Le corps stigmatisé en prison, l'affirmation de son identité par le tatouage depuis 1945


Le corps, le geste, le comportement sont les premières interfaces de la relation humaine. Comme le souligne l’anthropologue David Le Breton : « L’existence est d’abord corporelle »(1). Du corps naissent et se propagent les significations qui fondent l’existence individuelle et collective. Qu’il soit émetteur ou récepteur, le corps produit continuellement du sens et insère ainsi activement l’être humain à l’intérieur d’un espace social et culturel donné. Il incarne l’homme en tant que marque de l’individu, son identité, sa frontière qui le distingue des autres mais il n’est en aucun cas une nature. On ne se représente pas un corps ou des corps mais des hommes(2), des femmes, et dans notre cas, des prisonniers…
Les gestes, les postures, les expressions du corps sont rituellement organisées, s’enracinent dans des normes collectives implicites et sont donc porteuses d’importants symboles, et paroles très signifiantes. Ces sens varient pourtant fortement entre les cultures, les groupes sociaux, les lieux et les espaces. Transposé à la douleur (donné biologique relativement définissable : avoir mal) ou à la souffrance (aux contours plus fluctuant : être mal), le sociologue Marcel Mauss (1872-1950) nous permet d’affirmer que maintes postures en apparence dictées par des données physiologiques voire inconscientes n’en sont pas moins influencées ou même orientées par des données sociales, culturelles ou psychologiques(3).
Le contexte carcéral sublime le corps épuré d’une partie de ses nombreux artifices d’autant qu’il est confronté à des carences aux conséquences évidentes de par leur visibilité. Le prisonnier en souffrance, les souffrances carcérales se lisent sur les corps. La relation au corps du prisonnier demeure paradoxale. Le spectre des possibilités corporelles va en effet en prison de l’oubli de son corps à son affirmation indélébile que nous aborderons ici par les spécificités du tatouage. Nous avons là des entreprises comportementales qui ne sont pas exclusivement décelables en prison mais qui prennent une dimension toute particulière au cœur de cet espace carcéral.

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Le corps stigmatisé en prison, l'affirmation de son identité par le tatouage depuis 1945
Rédigé le Mercredi 17 Mars 2010


ISSN 2114-821X



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