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 <title>AnthropoWeb</title>
 <subtitle><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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 <updated>2026-03-13T08:29:51+01:00</updated>
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   <title>L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui</title>
   <updated>2010-04-07T09:12:00+02:00</updated>
   <id>https://www.anthropoweb.com/L-anthropologie-sous-le-regard-de-l-art-Reflexion-autour-de-l-oeuvre-d-El-Anatsui_a92.html</id>
   <category term="Histoire" />
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   <published>2010-04-07T08:56:00+02:00</published>
   <author><name>Stéphanie Vergnaud</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L’anthropologie, comme toutes disciplines scientifiques, doit sans cesse s’adapter aux nouvelles réalités sociales, culturelles, politiques ou économiques, avec d’autant plus de ferveur, qu’elle est un moyen d’étude des sociétés et des cultures en perpétuel changement. De surcroît, elle est tenue de se diversifier, pour se détourner des théories globalisantes et, appréhender au mieux notre monde nomade et complexe. Lorsqu’elle s’intéresse à l’art contemporain africain, l’anthropologie doit jongler avec de nouvelles façons de penser et un espace-temps plus large. Pour la plupart des artistes contemporains, l’artiste ne vit pas hors du monde, il fait partie d’une chaîne sociale. En cela, il participe à la compréhension de son environnement et à la recréation d’une mémoire individuelle et collective. L’histoire du monde se fait à plusieurs voix et les anthropologues doivent dialoguer directement avec les artistes, susceptibles aujourd’hui de contester leur point de vue. Toma Muteba Lutumbe crée notamment une œuvre intitulée La collection ethnographique ou la collection Meyer-Jacob, qui fait référence à la célèbre collection Barbier-Mueller. La réalité est retravaillée par l’imaginaire de l’artiste qui nous montre qu’à travers les collections ethnographiques, nous avons à faire avec une certaine vision de l’Afrique. Il dénonce le sort fait à l’art africain, par la fiction, par la vie d’un ethnologue virtuel, dans un langage particulier.     <div>
      <p><strong>Les artistes,  nouveaux partenaires in&eacute;vitables et actifs des anthropologues.</strong></p>
<p><br>
  L&rsquo;art contemporain est une machine &agrave; voyager dans le  temps et une fen&ecirc;tre ouverte sur une mani&egrave;re particuli&egrave;re d&rsquo;appr&eacute;hender le  monde. Chaque artiste est le produit d&rsquo;une ou plusieurs cultures, un sujet de  son temps, qui offre au spectateur sa vision personnelle de l&rsquo;histoire. Simon  Njami souligne notamment que &laquo;&nbsp;tout art est n&eacute;cessairement le fruit d&rsquo;un  processus de collage et de permanence&nbsp;&raquo;(1).&nbsp; <br>
  L&rsquo;artiste El Anatsui participe de cette tendance, en privil&eacute;giant le  travail du bois et du tissage dans ses &oelig;uvres. Les  oeuvres <em>The Ancestors Converged Again</em>,  et <em>At the Ancestor&rsquo;s conference II</em>(2)<em>, </em>en 1995<em>, </em>sont des sculptures en  bois brut, repr&eacute;sentant des &ecirc;tres spirituels puissants, qui se r&eacute;unissent pour  manifester leur inqui&eacute;tude au sujet de la situation actuelle au Nigeria. Dans<em> Crumbling Wall,</em> en 2000, El Anatsui  utilise de vieilles r&acirc;pes rouill&eacute;es, utilis&eacute;es pour la pr&eacute;paration du Gari. L'utilisation  de la r&acirc;pe est la phase la plus douloureuse dans la fabrication du Gari,  n&eacute;cessitant de frotter vigoureusement le manioc. Cette &oelig;uvre repr&eacute;sente par  prolongement m&eacute;taphorique la r&eacute;sistance des traditions africaines et des  peuples dans le contexte de changements. L&rsquo;oeuvre <em>Adinkra Sasa</em> en 2003, se compose de centaines d'&eacute;tiquettes noires  tiss&eacute;es. Elle fait r&eacute;f&eacute;rence au tissu Adinkra, tissu teint avec des dessins  estampill&eacute;s par les peuples Akan du Ghana. Lorsque le tissu est destin&eacute; au  deuil, il est de couleur sombre (brun fonc&eacute;, brique rouge ou noir). El Anatsui  en choisissant donc le noir, semble annoncer le deuil de quelque chose. Or, la  Sasa, terme Ewe, peut &ecirc;tre d&eacute;fini comme &laquo;patchwork&raquo; et les noms des marques  d'alcool, encore visibles sur les &eacute;tiquettes, refl&egrave;tent une p&eacute;riode sombre dans  l'histoire africaine, la traite des esclaves. Par le biais de cette &oelig;uvre, El  Anatsui&nbsp; d&eacute;plore la balkanisation de  l'Afrique par les puissances coloniales europ&eacute;ennes.<br>
  Au moyen de ses &oelig;uvres, El Anatsui se place en  commentateur de son histoire, et donne des cl&eacute;s de lecture utiles aux  anthropologues, notamment en mettant en &eacute;vidence que les notions de tradition  et de contemporan&eacute;it&eacute; cohabitent dans le m&ecirc;me temps et forment un tout  homog&egrave;ne.&nbsp; </p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/1993141-2750582.jpg?v=1289628720" alt="L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui" title="L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui" />
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      <p><strong>L&rsquo;identit&eacute;  multiple</strong></p>
<p><br>
  Depuis plusieurs ann&eacute;es, nous sommes contraints de nous  repenser non plus en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; une identit&eacute; fig&eacute;e, mais en &ecirc;tres  prot&eacute;iformes, aux identit&eacute;s multiples. Les d&eacute;bats en France sur la crise des  banlieues et sur l&rsquo;identit&eacute; nationale, illustrent bien cette probl&eacute;matique de  l&rsquo;identit&eacute;, qui ne peut plus se concevoir uniquement par rapport &agrave; un  territoire donn&eacute;. Dans son ouvrage <em>American  Vertigo, </em>Bernard Henri L&eacute;vy &eacute;voque son &eacute;tonnement face &agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie  de drapeaux qui s&rsquo;est r&eacute;pandue sur la ville (&hellip;<strong>) </strong>C&rsquo;est incompr&eacute;hensible pour quelqu&rsquo;un qui, comme moi, vient d&rsquo;un  pays sans drapeau, o&ugrave; le drapeau a pour ainsi dire disparu.&nbsp;&raquo; Or, la  probl&eacute;matique de l&rsquo;identit&eacute; devient un leitmotiv dans les &oelig;uvres contemporaines  europ&eacute;ennes et extra-europ&eacute;ennes. <br>
  Au Ghana, El Anatsui d&eacute;couvre par le biais de son p&egrave;re le m&eacute;tier de  tisserand. Il fait sa formation &agrave; l&rsquo;Ecole Sup&eacute;rieure des Arts &agrave; l&rsquo;Universit&eacute;  des Sciences et Technologies de Kumasi au Ghana, avant de devenir conf&eacute;rencier  au d&eacute;partement des Beaux-arts et d&rsquo;arts appliqu&eacute;s &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Winneba du  Ghana. Malgr&eacute; son installation au Nig&eacute;ria depuis 1996, on per&ccedil;oit l&rsquo;h&eacute;ritage  familial, conscient ou non, de la technique du tissage dans ses &laquo;&nbsp;murs de  fer&nbsp;&raquo;. Il utilise des mat&eacute;riaux divers (bouchons et &eacute;tiquettes de  bouteilles, plaques d&rsquo;impression) pour cr&eacute;er une sorte de tissu flexible,  capable d&rsquo;atteindre des dimensions immenses. La flexibilit&eacute; de la sculpture  peut alors &ecirc;tre per&ccedil;u de mani&egrave;res diff&eacute;rentes. Lors de la biennale de Venise en  2007, l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;El Anatsui pare la fa&ccedil;ade du Palazzo Fortuny, tel un rideau de  sc&egrave;ne, tandis que pour l&rsquo;exposition &agrave; la galerie October, &agrave; Londres, les &oelig;uvres  sont pr&eacute;sent&eacute;es comme des v&ecirc;tements. Pour l&rsquo;&oelig;uvre <em>Man&rsquo;s Cloth and woman&rsquo;s cloth</em> en2002 El Anatsui sugg&egrave;re que <em>Man&rsquo;s  cloth</em> doit &ecirc;tre pr&eacute;sent&eacute; relativement plat, tandis que <em>Woman&rsquo;s cloth</em> devrait &ecirc;tre suspendu de mani&egrave;re &agrave; avoir plus de  plis, de courbes et de crevasses. Une exposition t&eacute;moigne parfaitement de cet  aspect&nbsp;flexible des mat&eacute;riaux : le titre de l&rsquo;exposition <em>El Anatsui: Gawu</em>, organis&eacute;e par la Galerie  Oriel Mostyn, au Pays de Galles en 2003, associe deux mots &laquo;GA&raquo;, &agrave; savoir le  m&eacute;tal, et &laquo;&nbsp;Wu&nbsp;&raquo; qui signifie manteau&nbsp; dans sa langue  maternelle.&nbsp;Ces &oelig;uvres refl&egrave;tent bien l&rsquo;identit&eacute; multiple qui caract&eacute;rise  l&rsquo;&ecirc;tre humain aujourd&rsquo;hui. <br>
&Agrave; l&rsquo;image des artistes, les anthropologues appr&eacute;hendent  donc la singularit&eacute; individuelle dans un cadre social et historique. Philippe  Corcuff, situe historiquement cette tendance : &laquo; Dans le sillage de Bourdieu,  Lahire demeure tendanciellement <em>d&eacute;terministe</em>, dans le sens o&ugrave; il  continue &agrave; situer son analyse dans le langage des &laquo;&nbsp;d&eacute;terminations  sociales&nbsp;&raquo;. Pour Lahire, l&rsquo;individu ne serait donc pas de plus en plus  &laquo;&nbsp;libre&nbsp;&raquo;, mais dot&eacute; d&rsquo;une singularit&eacute; culturelle de plus en plus  dissonante. Son approche dispositionnelle appara&icirc;t toutefois assouplie d&rsquo;une  autre mani&egrave;re par rapport &agrave; Bourdieu, et ce &eacute;galement depuis <em>L&rsquo;homme  pluriel</em>&nbsp;: les dispositions incorpor&eacute;es ne sont pas actives dans  toutes les situations, comme tendanciellement dans l&rsquo;habitus chez Bourdieu,  mais sont plus ou moins activ&eacute;es ou d&eacute;sactiv&eacute;es en fonction des contextes  d&rsquo;action&nbsp;&raquo;(3).</p>
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      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/1993141-2750584.jpg?v=1289628720" alt="L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui" title="L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui" />
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      <p><strong>Vers un  pluriversalisme, dialogue authentique entre les cultures. </strong></p>
<p><br>
  Il est &eacute;vident que l&rsquo;anthropologue doit tendre vers un  pluriversalisme, c&rsquo;est-&agrave;-dire la reconnaissance que personne n&rsquo;a de crit&egrave;res  absolus pour juger le monde et les autres et, que l&rsquo;universalisme est une somme  de particularit&eacute;s. Face &agrave; l&rsquo;exigence d&rsquo;universalit&eacute; en art, trois positions  semblent possibles&nbsp;: chercher en quoi l&rsquo;art met en &oelig;uvre des valeurs  universelles ; chercher en quoi l&rsquo;art ob&eacute;it &agrave; des d&eacute;terminations particuli&egrave;res  ; chercher comment les artistes mettent en &oelig;uvre cette exigence dans leurs  jugements. Les anthropologues doivent mettre en pr&eacute;sence ces trois positions. <br>
  L&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;El Anatsui <em>Adinsibuli  Stood Tall</em> en<strong> </strong>1995, est r&eacute;alis&eacute;e  &agrave; partir de vieux mortiers en bois initialement utilis&eacute;s pour extraire l&rsquo;huile  de palme. L&rsquo;&oelig;uvre repr&eacute;sente une femme debout, avec un mouvement de balancement  des hanches, et par&eacute;e d&rsquo;anneaux en m&eacute;tal. La surface ext&eacute;rieure et int&eacute;rieure  est grav&eacute;e avec une s&eacute;rie de formes abstraites, de signes et de symboles  d&rsquo;origines diff&eacute;rentes. Les longues lignes cursives sur le corps sont des  figures Uli, rappelant les mod&egrave;les utilis&eacute;s par les femmes Igbo pour se parer,  d'autres sont des motifs secrets Nsibidi, d&rsquo;autres encore des motifs rappelant  le textile Adinkra. Ce qui est important est la combinaison de motifs,  provenant de diff&eacute;rentes origines ethniques, combinaison qui se retrouve dans  le titre (ADINSIBULI&nbsp;: <strong>Adi</strong>nkra, <strong>Nsi</strong>bidi,<strong> Uli</strong>).<strong> </strong>Par ce biais, El  Anatsui nous parle de la fa&ccedil;on dont les individus et les cultures sont  constitu&eacute;es de parties h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes. Dans <em>Peak  Project</em> en 1999, El Anatsui s&rsquo;est inspir&eacute; des &eacute;normes tas de d&eacute;tritus qui  jalonnent les rues des villes africaines. Tas de d&eacute;chets romanc&eacute;s par  l&rsquo;&eacute;crivain Ben Okri dans <em>Un amour  dangereux&nbsp;: &laquo;&nbsp;</em>Il essayait de ne pas heurter du pied les bo&icirc;tes de  lait vides, de ne pas marcher dans les flasques de boue, ni de tr&eacute;bucher sur  les chiens parias dont les oreilles douloureuses &eacute;taient entour&eacute;es de mouches  bourdonnantes (&hellip;) Tenir l&rsquo;&oelig;il ouvert sur le sol pour &eacute;viter les aspects  immondes de la soci&eacute;t&eacute; qui le d&eacute;primait&nbsp;&raquo;(4).  L&rsquo;association des fragments de m&eacute;tal dans l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;El Anatsui, fournissent un  commentaire sur la mondialisation, le consum&eacute;risme, le gaspillage et la  fugacit&eacute; de la vie des gens en Afrique. Or, cette th&eacute;matique trouve son &eacute;cho  bien au-del&agrave; des fronti&egrave;res africaines. </p>
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      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/1993141-2750585.jpg?v=1289628720" alt="L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui" title="L'anthropologie sous le regard de l'art, Réflexion autour de l'oeuvre d'El Anatsui" />
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      Dans le texte <em>Un air frais</em> de  la Revue Noire(5), Simon  Njami &eacute;crit : &laquo;&nbsp;L&rsquo;art africain contemporain, s&rsquo;il veut avoir un quelconque  sens, ne se d&eacute;cidera pas en dehors du continent. Les d&eacute;bats, les prises de  position, les ruptures doivent venir des espaces m&ecirc;mes o&ugrave; ces artistes sont  &eacute;lev&eacute;s et d&rsquo;o&ugrave; ils tirent leur l&eacute;gitimit&eacute;. Avant que d&rsquo;&ecirc;tre &laquo;&nbsp;international&nbsp;&raquo;,  il faut d&rsquo;abord &ecirc;tre ancr&eacute; quelque part. Non pas dans un essentialisme ridicule  qui confinerait au nationalisme, mais dans la revendication claire et articul&eacute;e  d&rsquo;un point de vue, d&rsquo;une sensibilit&eacute; et de mani&egrave;res de faire qui ne doivent pas  n&eacute;cessairement se calquer sur des mod&egrave;les  pr&eacute;existants.&nbsp;&raquo; Cette v&eacute;rit&eacute; n&rsquo;emp&ecirc;che nullement les anthropologues  &laquo;&nbsp;extra-africains&nbsp;&raquo;&nbsp; de  s&rsquo;interroger sur l&rsquo;art contemporain africain, bien au contraire, ce dernier  offre l&rsquo;opportunit&eacute; &agrave; la discipline de s&rsquo;adapter au nouveau monde composite  qu&rsquo;est le n&ocirc;tre. 
     </div>
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