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 <title>AnthropoWeb</title>
 <subtitle><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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 <updated>2026-08-12T16:30:36+02:00</updated>
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   <title>Le corps affligé. La conception du corps dans les médecines indiennes et l'usage de la possession en Inde du Sud</title>
   <updated>2011-03-15T14:59:00+01:00</updated>
   <id>https://www.anthropoweb.com/Le-corps-afflige-La-conception-du-corps-dans-les-medecines-indiennes-et-l-usage-de-la-possession-en-Inde-du-Sud_a225.html</id>
   <category term="Anthropologie " />
   <published>2011-03-15T14:40:00+01:00</published>
   <author><name>Brigitte Sebastia</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Les médecines savantes indiennes, la médecine āyurvédique et son homologue tamoule, la médecine citta (sk siddha), ont développé une classification très élaborée des troubles psychiques à partir des étiologies et de la symptomatologie. Les troubles consécutifs à la prise de possession du corps d’un patient par des entités surnaturelles y tiennent une place remarquable. L’évolution des textes médicaux montre que cette étiologie surnaturelle tend à être minorée au profit d’une étiologie organique centrée sur le déséquilibre humoral. Néanmoins, dans la perception populaire, l’étiologie surnaturelle est largement préférée à une interprétation des désordres comportementaux basée sur une défaillance physique de la personne. Cette étiologie ouvre l’espoir vers des perspectives thérapeutiques alors que les médecines formelles indiennes ou la biomédecine n’apporte qu’une solution bien souvent provisoire et dispendieuse.     <div>
        Cependant, l&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; l&rsquo;&eacute;tiologie surnaturelle n&rsquo;est  soutenable que si elle est v&eacute;rifi&eacute;e. Ceci implique qu&rsquo;elle doit prendre une  forme identifiable par la communaut&eacute;. Pour y parvenir, les personnes affect&eacute;es  par des troubles mentaux, psychiques et somatiques sont plac&eacute;es dans un  environnement impr&eacute;gn&eacute; d&rsquo;un pouvoir thaumaturgique et exorciste, et surtout, un  environnement capable d&rsquo;offrir les conditions requises pour favoriser  l&rsquo;&eacute;mergence de gestes et d&rsquo;attitudes codifi&eacute;s qui seront assimil&eacute;s &agrave; la  possession, preuve m&ecirc;me de l&rsquo;attaque surnaturelle. <br>
  La possession surnaturelle pour  se r&eacute;v&eacute;ler &agrave; besoin de deux acteurs : une personne qui orchestre la th&eacute;rapie en  torturant le corps du &lsquo;patient&rsquo; suppos&eacute; poss&eacute;d&eacute;, et le suppos&eacute; poss&eacute;d&eacute; qui  accepte de se conformer &agrave; ce qu&rsquo;on exige de lui en mortifiant son corps et en  le soumettant &agrave; toutes sortes de contorsions. La possession est toujours  pr&eacute;sent&eacute;e sous le signe de la douleur du fait que les contorsions et les violences  corporelles sont les manifestations visibles de la pr&eacute;sence d&rsquo;entit&eacute;s  dangereuses et liminales. N&eacute;anmoins, la r&eacute;p&eacute;tition, puis l&rsquo;amplification de la  fr&eacute;quence des p&eacute;riodes de possession d&egrave;s lors que les personnes ont exp&eacute;riment&eacute;  leurs premi&egrave;res manifestations, le jeu d&rsquo;&eacute;mulation qui se dessine entre les  poss&eacute;d&eacute;s, les innovations dans les gestuelles, les strat&eacute;gies utilis&eacute;es pour  capter l&rsquo;attention du public, montrent qu&rsquo;elle pr&eacute;sente des avantages. Et ces  avantages sont clairement en coh&eacute;rence avec l&rsquo;identit&eacute; des poss&eacute;d&eacute;s qui sont  essentiellement des personnes ayant v&eacute;cu des situations de grande d&eacute;tresse,  marqu&eacute;es par les violences, les &eacute;v&egrave;nements traumatisants, l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;  financi&egrave;re, le d&eacute;nuement. La possession a une fonction cathartique puisque, par  les gesticulations qu&rsquo;elle autorise qui d&eacute;rogent au comportement normalement  recommand&eacute;, elle canalise la tension ; elle a une fonction protectrice puisque,  tant qu&rsquo;elle est manifest&eacute;e, les personnes qui en sont affect&eacute;es sont assur&eacute;es  de ne pas retourner dans leur environnement social, elle est int&eacute;grative car la  crainte des esprits poss&eacute;dants force l&rsquo;attention vers la personne victime. Tous  ces aspects seront analys&eacute;s &agrave; partir d&rsquo;une &eacute;tude de terrain conduite de 2001 &agrave;  2002 et en 2004 dans un village du Tamil Nadu renomm&eacute; pour son sanctuaire qui  attire de nombreux patients affect&eacute;s de troubles psychiques. Je montrerai &agrave;  travers plusieurs histoires de vie comment les personnes psychiquement  fragilis&eacute;es usent de leur corps pour exprimer leur souffrance, leur mal &ecirc;tre,  leur espoir, leur confiance. La manifestation physique de l&rsquo;&eacute;tat psychique  prend d&rsquo;autant plus de sens ici que, dans la pens&eacute;e hindoue comme dans les  m&eacute;decines indiennes, le corps et l&rsquo;esprit sont en interd&eacute;pendance.</p>
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      <p>&nbsp;<strong>Corps d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s : th&eacute;&acirc;tralisation de  l&rsquo;affliction</strong></p><br>
<p>&nbsp;A Puliyampatti(1), chaque soir apr&egrave;s  l&rsquo;office religieux, se d&eacute;roule un &eacute;trange &lsquo;spectacle&rsquo;. Sous l&rsquo;oeil des  spectateurs qui se campent debout, la &lsquo;repr&eacute;sentation&rsquo; d&eacute;bute tranquillement  avec l&rsquo;arriv&eacute;e des acteurs qui progressivement investissent les lieux. Certains  commencent &agrave; effectuer des girations autour du m&acirc;t du sanctuaire (<em>kotimaram</em>)  tandis que d&rsquo;autres s&rsquo;assoient en demi-cercle devant cette structure en en  fixant le sommet. Petit &agrave; petit, alors que les circumambulations s&rsquo;acc&eacute;l&egrave;rent  et se d&eacute;sorganisent, les t&ecirc;tes puis les corps assis commencent &agrave; se mouvoir  lentement, s&rsquo;amplifiant au fur et &agrave; mesure que les paroles, les g&eacute;missements,  les cris d&eacute;chirent la nuit comme pour attirer l&rsquo;attention. Port&eacute;s par  l&rsquo;exaltation grandissante, quelques corps assis se redressent soudainement  comme mu&eacute;s par un ressort, pour bondir vers le <em>kotimaram </em>ou pour &eacute;voluer  au milieu des autres en gesticulations de plus en plus violentes for&ccedil;ant les  personnes de l&rsquo;entourage &agrave; s&rsquo;&eacute;carter. Un corps rampe sur le sol mimant  l&rsquo;inqui&eacute;tant mouvement du cobra avec la main formant le capuchon. Un autre  s&rsquo;acharne d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment sur une m&egrave;che de cheveux s&eacute;lectionn&eacute;e au sommet du  cr&acirc;ne qui refuse de c&eacute;der &agrave; la tension exerc&eacute;e avec la main. Au-dessus d&rsquo;un  foyer creus&eacute; au pied du <em>kotimaram </em>que les spectateurs alimentent en y  jetant des cierges, quelques t&ecirc;tes se d&eacute;cha&icirc;nent en faisant tournoyer les  cheveux au dessus du feu ou en exposant &agrave; la chaleur le visage duquel &eacute;merge  une langue inqui&eacute;tante et impudique. Tout &agrave; coup, alors que la surexcitation  est maximale et sans que rien ne le pr&eacute;sage, les corps quittent la sc&egrave;ne et se  pr&eacute;cipitent vers une petite chapelle qui, en quelques secondes, est transform&eacute;e  en champ de bataille. Le moindre &eacute;l&eacute;ment de structure du lieu devient une arme  pour meurtrir le corps. Au milieu des cris, des implorations, des grognements  d&rsquo;animaux, les t&ecirc;tes se propulsent contre la grille de fer de l&rsquo;entr&eacute;e du petit  sanctuaire et les barreaux de bois de la chapelle, les corps se projettent sur  le parvis de la chapelle et terminent leur course dans une violente culbute et,  tel le rebondissement d&rsquo;une balle de ping-pong, les dos percutent dans un bruit  sourd le mur de la chapelle et l&rsquo;enceinte de l&rsquo;aire sacr&eacute;e. Puis, les uns apr&egrave;s  les autres, les corps s&rsquo;affalent sur le sol, &eacute;reint&eacute;s, meurtris, an&eacute;antis par  la violence du combat contre l&rsquo;ennemi implacable.</p>
<p>&nbsp;Cette repr&eacute;sentation, chaque soir  renouvel&eacute;e, n&rsquo;est pas une banale reconstitution d&rsquo;une fresque guerri&egrave;re de la  grande &eacute;pop&eacute;e du <em>Mah&#257;bh&#257;rata</em>. C&rsquo;est une mise en sc&egrave;ne de l&rsquo;affliction en  deux actes : &lsquo;la r&eacute;v&eacute;lation de la possession&rsquo; et &lsquo;le combat contre des esprits  mal&eacute;fiques&rsquo;. Les acteurs, affect&eacute;s de troubles psychiques, exhibent leur  souffrance sous le regard de leurs parents, public aussi attentif qu&rsquo;inquiet.  Comment ne pourrait-on pas &ecirc;tre troubl&eacute; par la pr&eacute;sence aussi manifeste que  massive des forces surnaturelles ? A cette crainte se m&ecirc;le &eacute;galement un  sentiment de soulagement : celui de savoir que les troubles dont souffre leur  patient n&rsquo;ont d&rsquo;autres causes que l&rsquo;action d&rsquo;un mal&eacute;fice ou d&rsquo;un esprit  malveillant. Cette r&eacute;v&eacute;lation signe l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une qu&ecirc;te th&eacute;rapeutique  souvent longue et dispendieuse et la certitude d&rsquo;avoir fait le bon choix de  venir dans un sanctuaire r&eacute;put&eacute; pour le pouvoir exorciste de sa &lsquo;divinit&eacute;&rsquo;.<br>
  L&rsquo;Inde  dispose d&rsquo;une grande vari&eacute;t&eacute; de syst&egrave;mes th&eacute;rapeutiques h&eacute;rit&eacute;s d&rsquo;une longue  tradition et d&rsquo;apports ext&eacute;rieurs. L&rsquo;apport ext&eacute;rieur le plus r&eacute;cent est la  biom&eacute;decine import&eacute;e par les Europ&eacute;ens et diffus&eacute;e surtout par l&rsquo;Empire  colonial britannique. Cette m&eacute;decine, ainsi que les trajets th&eacute;rapeutiques des  patients l&rsquo;attestent, est bien souvent choisie en premi&egrave;re instance. Sa  pr&eacute;f&eacute;rence ne signifie pas une adh&eacute;sion &agrave; ses concepts. C&rsquo;est pour  l&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute; de la chimioth&eacute;rapie dont elle tire sa r&eacute;putation qu&rsquo;elle est  recherch&eacute;e. D&egrave;s lors qu&rsquo;aucune am&eacute;lioration n&rsquo;est perceptible, elle est vite  abandonn&eacute;e au profit d&rsquo;une th&eacute;rapie traditionnelle. Les th&eacute;rapies  traditionnelles vers lesquelles les patients se tournent sont rarement des  m&eacute;decines officielles. En d&rsquo;autre terme, ils s&rsquo;adressent &agrave; un sorcier, &agrave; un  pr&ecirc;tre hindou, voire &agrave; un astrologue, mais rarement &agrave; un praticien de m&eacute;decine  savante indienne, qu&rsquo;il soit <em>vaidya</em>,  vers&eacute; dans l&rsquo;&#257;yurv&eacute;dique, ou <em>cittamaruttuvan</em>,  vers&eacute; dans la m&eacute;decine <em>citta</em> (sk : siddha).  A la diff&eacute;rence de la biom&eacute;decine, le manque d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour ces deux m&eacute;decines  savantes ne signifie pas que leurs concepts soient ignor&eacute;s. Bien au contraire,  ils alimentent aussi bien les discours des patients que ceux des gu&eacute;risseurs  traditionnels d&egrave;s qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;&eacute;tiologie, de symptomatologie, de th&eacute;rapie et  de corps. C&rsquo;est donc &agrave; travers le th&egrave;me de la m&eacute;decine et plus pr&eacute;cis&eacute;ment des  troubles psychiques que cet article abordera la repr&eacute;sentation du corps en  Inde. Celle-ci sera trait&eacute;e sous trois angles d&rsquo;approche : la perception du corps  et de la maladie dans les m&eacute;decines savantes ; l&rsquo;interpr&eacute;tation et l&rsquo;usage des  th&eacute;ories m&eacute;dicales savantes dans les discours et les pratiques des patients ;  la place de l&rsquo;agression surnaturelle et les avantages du corps poss&eacute;d&eacute;. <br>
  Avant de  s&rsquo;int&eacute;resser aux concepts des m&eacute;decines savantes qui dominent dans les  pratiques et les perceptions des personnes affect&eacute;es par des troubles  psychiques, il est n&eacute;cessaire d&rsquo;en d&eacute;finir les principales th&eacute;ories.  Pr&eacute;sentation qui ne peut se faire qu&rsquo;&agrave; travers le prisme de l'histoire car, si  les praticiens de m&eacute;decines officielles (occidentales et indiennes) rejettent  enti&egrave;rement l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;une morbidit&eacute; peut avoir une origine surnaturelle, cette  id&eacute;e est centrale dans les textes les plus anciens et encore attest&eacute;e pour certaines  cat&eacute;gories nosologiques. C&rsquo;est du moins la situation de la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique  car ce type d&rsquo;interpr&eacute;tation &eacute;tiologique, s&rsquo;il a exist&eacute; dans le pass&eacute;, n&rsquo;est  plus attest&eacute; dans les textes de la m&eacute;decine <em>citta</em>. Les patients de  Puliyampatti se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; la m&eacute;decine <em>citta </em>alors m&ecirc;me  qu&rsquo;implicitement, ils utilisent des conceptions &#257;yurv&eacute;diques. Cette confusion  se justifie &agrave; plusieurs niveaux. D&rsquo;une part, ces deux m&eacute;decines s&rsquo;appuient sur  un certain nombre de th&eacute;ories communes qui masquent des diff&eacute;rences plus  subtiles d&rsquo;ordre philosophique et cosmologique. D&rsquo;autre part, la pr&eacute;f&eacute;rence  pour la m&eacute;decine <em>citta </em>est conjoncturelle et sociologique. A la  diff&eacute;rence de la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique, compos&eacute;e en sanskrit, r&eacute;pandue et  enseign&eacute;e dans toute l&rsquo;Inde, la m&eacute;decine <em>citta </em>est r&eacute;dig&eacute;e en langue  tamoule sur des <em>&#333;lai</em>(2)du  fait qu&rsquo;elle s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;e principalement au Tamil Nadu(3). En tant que  paradigme de la culture tamoule, cette m&eacute;decine s&rsquo;est trouv&eacute;e valoris&eacute;e par les  discours des dirigeants du mouvement dravidien d&eacute;non&ccedil;ant l&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie  brahmanique qui a &eacute;merg&eacute; &agrave; la fin du 19&egrave;mesi&egrave;cle (Irschick 1986). Ceci  se traduit par une situation tr&egrave;s sp&eacute;cifique au Tamil Nadu : la m&eacute;decine  &#257;yurv&eacute;dique, pratiqu&eacute;e essentiellement par les brahmanes, est consult&eacute;e par les  membres de cette caste et les cat&eacute;gories sociales &eacute;lev&eacute;es et &eacute;duqu&eacute;es (Trawick  1992). Les autres communaut&eacute;s pr&eacute;f&egrave;rent s&rsquo;adresser aux praticiens de m&eacute;decine <em>citta </em>avec lesquels ils partagent les affinit&eacute;s de caste et de culture. <br>
  Les  m&eacute;decines indiennes savantes et plus pr&eacute;cis&eacute;ment l&rsquo;&#257;yurv&eacute;dique, ont d&eacute;velopp&eacute;  une classification tr&egrave;s &eacute;labor&eacute;e des troubles psychiques &agrave; partir des  &eacute;tiologies et de la symptomatologie. Cependant, une telle nosographie faisant  r&eacute;f&eacute;rence &agrave; des concepts trop savants ou/et brahmaniques est ignor&eacute;e au profit  des interpr&eacute;tations plus rationnelles qui, de plus, offrent des perspectives  th&eacute;rapeutiques. C&rsquo;est &agrave; ce niveau que prend sens la pr&eacute;f&eacute;rence pour une  interpr&eacute;tation surnaturelle des troubles psychiques qui favorise la  manifestation de la possession. Bien que la possession soit une exp&eacute;rience  p&eacute;nible puisqu&rsquo;elle fait intervenir des entit&eacute;s dangereuses et liminales, elle  offre des opportunit&eacute;s &agrave; ceux qui en sont victimes. Ce sont ces avantages qui  expliquent en partie que, malgr&eacute; la pluralit&eacute; des syst&egrave;mes m&eacute;dicaux, la  th&eacute;rapie religieuse soit encore tr&egrave;s recherch&eacute;e.</p><br>
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      <p><strong>La  conception du corps dans les m&eacute;decines <em>&#257;yurv&eacute;dique </em>et <em>citta </em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique  tire son nom de l&rsquo;<em>&#256;yurveda</em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un corpus de textes consid&eacute;r&eacute;  par les commentateurs comme un <em>upaveda</em>, un <em>veda(</em>4) accessoire du <em>Rg  veda </em>ou comme un <em>upnga</em>, partie annexe de l&rsquo;<em>Atharva veda. </em>Le <em>Rg veda </em>comme l&rsquo;<em>Atharva veda </em>pr&eacute;sente un ensemble de formules  faisant r&eacute;f&eacute;rence aux parties du corps et offrent quelques rudiments sur  l&rsquo;anatomie, la physiologie, les maladies et les th&eacute;rapies. Cependant ces  formules ont une fonction sp&eacute;cifiquement conjuratoire et les parties du corps  ne sont mentionn&eacute;es que lorsque les hymnes visent &agrave; c&eacute;l&eacute;brer la divinit&eacute;  responsable de l&rsquo;affliction de mani&egrave;re &agrave; r&eacute;tablir l&rsquo;ordre universel (<em>rta</em>)  qu&rsquo;elle a d&eacute;stabilis&eacute;. L<em>&rsquo;Atharva veda </em>se singularise des autres <em>veda </em>par  l&rsquo;importance qu&rsquo;il accorde &agrave; la magie. Ses hymnes ou plut&ocirc;t ses formules  concernent deux domaines: la &lsquo;magie blanche&rsquo; compos&eacute;e de recettes pour gu&eacute;rir  certaines maladies et pour conduire sur le chemin de la prosp&eacute;rit&eacute; et du  bonheur, et son oppos&eacute;, la &lsquo;magie noire&rsquo; dont l&rsquo;objet est l&rsquo;an&eacute;antissement  d&rsquo;autrui. N&eacute;anmoins, cette dimension magique a fortement diminu&eacute; &agrave; l&rsquo;&acirc;ge  classique et ne transpara&icirc;t plus dans les textes m&eacute;dicaux que dans la partie  brossant les diff&eacute;rentes typologies de la &lsquo;folie&rsquo; (<em>unm&#257;da</em>). A cette  tradition v&eacute;dique remontant vers 1500-2000 ans avant l&rsquo;&egrave;re chr&eacute;tienne (selon  les auteurs, la r&eacute;daction de l&rsquo;<em>Atharva veda </em>daterait d&rsquo;entre le 9&egrave;me et 5&egrave;me si&egrave;cle)  succ&egrave;de un h&eacute;ritage constitu&eacute; de deux trait&eacute;s ou <em>samhit&#257; </em>nomm&eacute;s d&rsquo;apr&egrave;s  le m&eacute;decin qui a r&eacute;dig&eacute; les textes ou recompos&eacute; les premiers &eacute;crits : <em>Caraka  samhit&#257; </em>et <em>Su&#347;ruta samhit&#257; </em>(2&egrave;me si&egrave;cle ap. J.C.), auxquels  s&rsquo;ajoute l&rsquo;<em>Astanga Hrdayam </em>&eacute;labor&eacute; par V&#257;gbhata, m&eacute;decin bouddhiste du 7&egrave;me si&egrave;cle.  Ces trois corpus, largement remodel&eacute;s sous la plume des commentateurs qui les  ont enrichis de recettes provenant de th&eacute;rapies indig&egrave;nes et de m&eacute;decines  chinoise, <em>citta</em>, <em>yu<u>n</u>&#257;<u>n</u>i </em>(gr&eacute;co-musulmane), forment  la base de la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique classique et servent de r&eacute;f&eacute;rence &agrave;  l&rsquo;enseignement.<br>
  A la diff&eacute;rence des <em>Caraka </em>et <em>Su&#347;ruta samhit&#257; </em>qui affirment une origine divine (5), les pr&eacute;mices du syst&egrave;me de pens&eacute;e <em>citta </em>sont attribu&eacute;s au <em>citt&#257;r </em>Akattya (sk. Agastya), un yogi accompli,  p&egrave;re de la langue et de la culture tamoules. Ayant acquis cette connaissance &agrave;  travers le yoga et les aust&eacute;rit&eacute;s (<em>tapas</em>), il aurait inspir&eacute; dix-huit <em>citt&#257;rhal </em>(pl de <em>citt&#257;r</em>) dont certains avant d&rsquo;atteindre l&rsquo;&eacute;tat de <em>citti </em>(perfection  ; sk <em>sam&#257;dhi</em>) ont r&eacute;dig&eacute; des trait&eacute;s de m&eacute;decine tel que le <em>Tirumantiram </em>de Tirumular, p&egrave;re de la m&eacute;decine <em>citta</em>, ou le <em>Tirurutpa </em>de  Ramalingam (Shanmuganvelan, <em>ibid.</em>)(6).  Malgr&eacute; la diff&eacute;rence de tradition entre ces syst&egrave;mes m&eacute;dicaux, l&rsquo;asc&egrave;se et le  yoga ont &eacute;t&eacute; les outils qui ont permis leur &eacute;laboration. Ceci trouve sa  justification en ce que ces syst&egrave;mes ont avant tout centr&eacute; leur attention sur  les moyens de maintenir la sant&eacute; en dissipant les maladies afin de prolonger la  vie, finalit&eacute; rendue par le terme &lsquo;<em>&#256;yur veda</em>&rsquo;, savoir donnant la vie, la  long&eacute;vit&eacute; ou par celui de &lsquo;m&eacute;decine <em>kalpa</em>&rsquo;, synonyme de m&eacute;decine <em>citta </em>(un <em>kalpa </em>&eacute;quivaut &agrave; un jour de Brahm&#257;, p&eacute;riode cosmique &eacute;gale &agrave; un <em>mah&#257;yuga</em>). <br>
  La  diff&eacute;rence de conceptualisation de la long&eacute;vit&eacute; de la vie a &eacute;t&eacute; analys&eacute;e par M.  Trawick (<em>ibid.</em>) dans un article consacr&eacute; &agrave; la perception du corps selon  quatre syst&egrave;mes m&eacute;dicaux utilis&eacute;s au Tamil Nadu. Dans la cosmologie  &#257;yurv&eacute;dique, influenc&eacute;e par la philosophie s&#257;mkhya(7), l&rsquo;homme (microcosme) est &agrave; l&rsquo;image du cosmos  (macrocosme), constitu&eacute; de deux principes compl&eacute;mentaires : l&rsquo;un femelle (<em>prakrti</em>),  compose le &lsquo;corps mat&eacute;riel&rsquo;, et l&rsquo;autre, m&acirc;le (<em>purusa</em>), forme l&rsquo;&lsquo;esprit  absolu&rsquo;. Le <em>purusa </em>est sans attribut, sans qualit&eacute;, d&eacute;pourvu de tout  lien avec le monde sensible. Son immuabilit&eacute; l&rsquo;oppose &agrave; la dynamique de <em>prakrti</em>,  incarnation de la Nature compos&eacute;e de cinq &eacute;l&eacute;ments grossiers (terre, eau, feu,  air, &eacute;ther) et d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments subtils (mental, sens, action) soumise aux variations  incessantes et productives de <em>buddhi </em>(l&rsquo;intellect) et de <em>ahamkara </em>(individualisation  de l&rsquo;intellect, conscience du moi) (Feuga et <em>al. </em>1998). <em>Prakrti </em>combinant  corps grossiers et corps subtils s&rsquo;anime d&egrave;s qu&rsquo;elle est p&eacute;n&eacute;tr&eacute;e par <em>purusa</em>.  L&rsquo;extinction de <em>prakrti </em>provoque non pas la dissociation de <em>purusa </em>mais  celle des corps subtils qui, de ce fait, partent en errance &agrave; la recherche  d&rsquo;une autre combinaison de corps grossiers. Ainsi qu&rsquo;on peut le remarquer, la  constitution du corps propos&eacute;e dans ce syst&egrave;me n&rsquo;est donc pas dualiste comme on  tend &agrave; le penser en Occident lorsqu&rsquo;on oppose les deux principes &acirc;me et corps  (voir &eacute;galement Bouillier et <em>al. </em>2002). La pratique du yoga d&eacute;crite dans  les <em>yoga s&#363;tra </em>de Patanjali et int&eacute;gr&eacute;e &agrave; la philosophie <em>s&#257;mkhya </em>permet  d&rsquo;interf&eacute;rer dans cette combinaison et de d&eacute;lier (<em>viyoga</em>) de mani&egrave;re  irr&eacute;versible le lien entre l&rsquo;immat&eacute;riel (<em>purusa</em>) et le mat&eacute;riel, la  Nature (<em>prakrti</em>). C&rsquo;est certainement le syst&egrave;me <em>citta </em>qui va le  plus loin dans l&rsquo;exp&eacute;rience de s&eacute;paration puisque les outils qu&rsquo;il propose,  attitudes d&eacute;votionnelles, techniques rigoureuses de l&rsquo;<em>hatha yoga</em>,  pratiques &eacute;rotico-mystiques, absorption de substances issues de la connaissance  en alchimie ont fonction d&rsquo;immortaliser le corps (<em>j&#299;vamukti</em>) et l&rsquo;&acirc;me (<em>&#257;tman</em>),  et de mettre un terme au processus de r&eacute;incarnation de l&rsquo;adepte. Devenu <em>cittar</em>,  cet &ecirc;tre semi-divin ne conna&icirc;tra ni la mort, ni la vieillesse, ni la maladie. <br>
  Les m&eacute;decines &#257;yurv&eacute;dique et <em>citta </em>&eacute;tablissent clairement  l&rsquo;homologie entre le microcosme humain et le macrocosme. Elles consid&egrave;rent que  le corps est form&eacute; des cinq &eacute;l&eacute;ments (<em>pancabh&#363;ta/ pancap&#363;tam</em>)(8) qui composent l&rsquo;univers: la terre  (<em>prthvi/pirutivi</em>), l&rsquo;eau (<em>jala/appu</em>), le feu (<em>tejas/t&#275;yu</em>),  l&rsquo;air (<em>anila/v&#257;yu</em>), l&rsquo;&eacute;ther (<em>&#257;k&#257;&#347;a/&#257;k&#257;cam</em>). Dans la m&eacute;decine <em>citta</em>,  l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment &lsquo;terre&rsquo; forme les constituants solides (os, tissus, cheveux) ; l&rsquo;eau,  les substances liquides (sang, fluide vital, sperme), le feu produit l&rsquo;&eacute;motion,  la vitalit&eacute; et stimule la digestion, l&rsquo;air permet la respiration et enfin,  l&rsquo;&eacute;ther est l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment n&eacute;cessaire &agrave; l&rsquo;activit&eacute; mentale et spirituelle  (Shanmuganvelan, <em>ibid.</em>). L<em>&rsquo;&#256;yurveda </em>corr&egrave;le &eacute;galement les  &eacute;l&eacute;ments terre, eau et air avec les parties solides, liquides et le souffle  mais se distingue pour les deux autres &eacute;l&eacute;ments, le feu produisant la chaleur  corporelle et l&rsquo;&eacute;ther, le vide des organes creux. Cette diff&eacute;rence montre que  la m&eacute;decine <em>citta </em>est plus sensible au psychisme, &agrave; l&rsquo;hygi&egrave;ne mentale et  spirituelle, dimensions qui s&rsquo;expliquent par son lien privil&eacute;gi&eacute; avec la voie  tantrique. Les nourritures absorb&eacute;es (repas, eau, air) sont d&eacute;compos&eacute;es par le  feu du corps en trois humeurs <em>dosa/t&#333;sam</em>(9) : la bile ou <em>pitta</em>/<em>pittam </em>(feu), le  phlegme ou <em>kapha/kapam </em>(terre, eau), le vent ou <em>v&#257;ta/v&#257;tam </em>(air,  &eacute;ther), et en sept &eacute;l&eacute;ments constitutifs de l&rsquo;organisme <em>dh&#257;tu/t&#257;tu</em>(10) : os, chair, graisse, suc  organique ou chyle, sang, moelle, sperme. <br>
  Certains  textes &#257;yurv&eacute;diques classent les maladies selon qu&rsquo;elles ont une origine  exog&egrave;ne ou accidentelle (blessures, morsures, fractures, etc.), endog&egrave;ne ou  surnaturelle (esprits, divinit&eacute;s, influence des plan&egrave;tes). C&rsquo;est lorsque les  causes sont endog&egrave;nes que l&rsquo;on fait appel &agrave; la comp&eacute;tence de la m&eacute;decine  &#257;yurv&eacute;dique. L&rsquo;origine de ces maladies &eacute;tant attribu&eacute;e &agrave; un d&eacute;s&eacute;quilibre  humoral, cette m&eacute;decine propose une th&eacute;rapie appropri&eacute;e &agrave; r&eacute;tablir l&rsquo;&eacute;tat de <em>dh&#257;tus&#257;mya</em>,  c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;&eacute;quilibre des constituants corporels (<em>dh&#257;tu </em>et <em>dosa</em>)  n&eacute;cessaire pour assurer une bonne sant&eacute; physique ou mentale et r&eacute;aliser  l&rsquo;harmonie avec l&rsquo;environnement social, familial, m&eacute;taphysique, spirituel. Un  d&eacute;s&eacute;quilibre d&rsquo;humeur(s) favorise une perturbation des constituants <em>dh&#257;tu </em>et  inversement, un trouble des <em>dh&#257;tu </em>affecte les humeurs qui alors  provoquent un d&eacute;s&eacute;quilibre de temp&eacute;rature et d&rsquo;humidit&eacute; du corps(11). Le r&ocirc;le  du praticien est d&rsquo;&eacute;tablir un diagnostic en d&eacute;terminant l&rsquo;&eacute;tiologie et la  pathogen&egrave;se de la maladie &agrave; partir de la symptomatologie. <em>Caraka samhit&#257; </em>distingue  62 perturbations d&eacute;finies selon le nombre, la nature et le degr&eacute; d&rsquo;excitation  des humeurs en cause et liste les signes cliniques permettant d&rsquo;identifier le  type de perturbation humorale (Mazard 1995 : 45). Le praticien s&rsquo;appuie ensuite  sur ce diagnostic pour prescrire un traitement dont la composition m&ecirc;lant  di&egrave;tes, exercices corporels, r&egrave;gles de conduite, pr&eacute;parations m&eacute;dicinales,  poss&egrave;de des propri&eacute;t&eacute;s &eacute;chauffantes, rafra&icirc;chissantes, humides ou ass&eacute;chantes  permettant de neutraliser l&rsquo;exc&egrave;s de ou des humeurs. <br>
  La m&eacute;decine <em>citta </em>interpr&egrave;te &eacute;galement  certaines formes de morbidit&eacute; comme r&eacute;sultant d&rsquo;un d&eacute;s&eacute;quilibre. Mais, &agrave; la  diff&eacute;rence de l&rsquo;&#257;yurv&eacute;dique, le d&eacute;s&eacute;quilibre r&eacute;sulte de la perturbation des  centres o&ugrave; si&egrave;gent les souffles organiques appel&eacute;s <em>muticcu </em>(tm ; noeud)  ou <em>cakra </em>(sk ; roue), <em>padma </em>(sk ; lotus), centres que l&rsquo;<em>&#256;yurveda </em>identifie aux organes abritant l&rsquo;&eacute;nergie vitale (<em>marman</em>). Cette  perturbation survient d&egrave;s que les canaux (<em>n&#257;ti</em>) emprunt&eacute;s par l&rsquo;&eacute;nergie  vitale sont obstru&eacute;s par des impuret&eacute;s et affecte un &agrave; plusieurs <em>t&#257;tu </em>qui,  &agrave; leur tour, entra&icirc;nent une d&eacute;gradation des autres <em>t&#257;tu </em>et des <em>t&#333;sam</em>.  Pour d&eacute;crypter l&rsquo;origine d&rsquo;une maladie, la m&eacute;decine <em>citta </em>s&rsquo;appuie sur  une lecture &eacute;labor&eacute;e du pouls (&eacute;galement <em>n&#257;ti</em>) dont le proc&eacute;d&eacute;, d&eacute;crit  et analys&eacute; par V. E. Daniel (1984a ; 1984b), permet de d&eacute;terminer le souffle  organique et l&rsquo;humeur affect&eacute;s. Sa th&eacute;rapeutique a &eacute;galement une action  allopathique puisqu&rsquo;elle a fonction de r&eacute;tablir le d&eacute;s&eacute;quilibre en d&eacute;barrassant  le corps de ses impuret&eacute;s. Elle utilise une vari&eacute;t&eacute; de simples rares et  sp&eacute;cifiques, et surtout, des compos&eacute;s min&eacute;raux, organiques, m&eacute;talliques,  toxiques, dangereux qui se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; son int&eacute;r&ecirc;t tout particulier pour  l&rsquo;alchimie et de l&rsquo;iatrophysique. <br>
  Courtallam est une petite ville thermale bien souvent  cit&eacute;e par les patients pour la r&eacute;putation de ses eaux &agrave; gu&eacute;rir les troubles  psychiques. Quelques-uns uns la connaissent pour y avoir fait un s&eacute;jour dans  une des cliniques psychiatriques priv&eacute;es. Ces derni&egrave;res ont toute une  orientation <em>citta</em>, sp&eacute;cialit&eacute; qui se justifie par la qualit&eacute; des eaux  charg&eacute;es en principes actifs de la flore diversifi&eacute;e des montagnes et aussi en  une grande vari&eacute;t&eacute; d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments min&eacute;raux. Si l&rsquo;hydroth&eacute;rapie est inscrite dans  les programmes de soin, en revanche le yoga n&rsquo;y est pas propos&eacute;. Ceci peut  para&icirc;tre frappant si on consid&egrave;re que la repr&eacute;sentation du corps dans le  syst&egrave;me <em>citta </em>est avant tout yogique. T. Anandan (1984) souligne &agrave; ce  propos que le yoga et le contr&ocirc;le des souffles sont des techniques  psychoth&eacute;rapiques (<em>mantiram</em>) int&eacute;gr&eacute;es au traitement des 18 formes de  psychoses d&eacute;crites par les trait&eacute;s <em>citta. </em>Elles compl&eacute;mentent les  m&eacute;decines &agrave; base de mercure, de min&eacute;raux, de simples, de massages, de  fumigations, de purifications orales, nasales, oculaires qui usent parfois de  pr&eacute;parations dangereuses et polluantes (cr&acirc;nes, organes humains ou animaux,  alcool, drogue). Ainsi, la th&eacute;rapie propos&eacute;e dans les cliniques de Courtallam  n&rsquo;utilise qu&rsquo;une partie des moyens &eacute;labor&eacute;s par la m&eacute;decine <em>citta </em>et de  ce fait, se distingue assez de celle propos&eacute;e dans les cliniques psychiatriques  de type occidental. <br>
  Les  m&eacute;decines <em>citta </em>et &#257;yurv&eacute;dique accordent peu cr&eacute;dit aux interventions  surnaturelles et proposent une typologie &eacute;labor&eacute;e des maladies mentales &eacute;tablie  d&rsquo;apr&egrave;s trois crit&egrave;res : physique, physiologique et psychologique. Ainsi, les  m&eacute;decines indiennes affichent une s&eacute;cularisation qui tranche avec les courants  philosophiques et religieux avec lesquels elles sont corr&eacute;l&eacute;es. Cette  s&eacute;cularisation est plus apparente que r&eacute;elle car la th&eacute;rapeutique manipule des  pr&eacute;ceptes utilis&eacute;s dans l&rsquo;univers religieux. L&rsquo;article de M. Trawick (<em>ibid.</em>)  d&eacute;crivant une consultation chez un praticien &#257;yurv&eacute;dique montre combien la cure  est centr&eacute;e sur la purification &agrave; travers des r&egrave;gles d&rsquo;hygi&egrave;ne corporelle et  une di&egrave;te compos&eacute;e d&rsquo;aliments cat&eacute;goris&eacute;s de &lsquo;purs&rsquo; par la taxinomie  brahmanique : bains quotidiens ; massages ; &eacute;vitement des endroits publics et  bruyants, de l&rsquo;exc&egrave;s de nourriture et de caf&eacute; ; recommandations pour des  produits comme le lait de vache, le <em>gh&#299; </em>(beurre clarifi&eacute;), les aliments  cuits &agrave; base de riz ou de bl&eacute;, &eacute;vitement de produits trop &eacute;pic&eacute;s, huileux. Or,  les r&egrave;gles d&rsquo;hygi&egrave;ne stipul&eacute;es par le th&eacute;rapeute font partie d&rsquo;un ensemble  d&rsquo;observances que l&rsquo;asc&egrave;te se doit de respecter. La prescription de ces  cat&eacute;gories d&rsquo;aliments induit la purification du corps qui favorise le  rapprochement avec le divin. Cependant, dans l&rsquo;&eacute;laboration de son diagnostic et  de son traitement, le praticien consid&egrave;re l&rsquo;identit&eacute; du patient et tient compte  de son genre, de sa classe d&rsquo;&acirc;ge, de sa fonction professionnelle et, &eacute;galement,  de sa caste. Ainsi, pour donner un exemple, un malade souffrant d&rsquo;une maladie  n&eacute;cessitant une di&egrave;te rafra&icirc;chissante ne voit pas sa consommation de viande  proscrite s&rsquo;il est un travailleur manuel de caste intouchable alors que  celle-ci est d&eacute;conseill&eacute;e aux personnes de caste dont l&rsquo;activit&eacute; est souvent  r&eacute;duite. Cette diff&eacute;rence de traitement en fonction de la caste rend compte  d&rsquo;une part, des qualit&eacute;s nutritives de la viande qui sont n&eacute;cessaires pour  pallier l&rsquo;&eacute;nergie d&eacute;pens&eacute;e par le travail manuel et, d&rsquo;autre part, des qualit&eacute;s  impures qui, du fait qu&rsquo;elles partagent la nature de l&rsquo;intouchable sont  n&eacute;cessaires &agrave; la constitution de son corps. <br>
  Zimmerman, pour le Kerala, a montr&eacute; combien  l&rsquo;environnement est intimement li&eacute; &agrave; la m&eacute;decine. D&rsquo;une part, le climat  pr&eacute;sente des qualit&eacute;s identiques &agrave; celles des humeurs du corps et donc les  diff&eacute;rentes sortes de vent, les p&eacute;riodes s&egrave;ches et humides peuvent fragiliser  l&rsquo;&eacute;quilibre humoral du corps et d&rsquo;autre part, la th&eacute;rapeutique fait une grande  utilisation de la diversit&eacute; botanique &agrave; cette r&eacute;gion. Ceci est rendu possible  par une conscience aigu&euml; que le corps est enti&egrave;rement perm&eacute;able au monde  ext&eacute;rieur. Ainsi que V.E. Daniel (1984a) l&rsquo;a analys&eacute; &agrave; travers le langage  m&eacute;taphorique de ses informateurs, la qualit&eacute; et la compatibilit&eacute; des substances  &eacute;chang&eacute;es avec le milieu ext&eacute;rieur influent sur la sant&eacute; et le bien &ecirc;tre des  personnes. La circulation entre le milieu ext&eacute;rieur et l&rsquo;int&eacute;rieur du corps est  r&eacute;alis&eacute;e par le biais des orifices corporels (<em>tuv&#257;ram</em>) : nez, yeux,  oreilles, bouche, nombril, anus, orifice sexuel/m&eacute;at urinaire(12) d&rsquo;o&ugrave; les  pr&eacute;cautions en mati&egrave;re d&rsquo;hygi&egrave;ne et de conduites dont ils font objet. C&rsquo;est  tout &agrave; fait explicite lors du traitement des orifices du corps des nouveau-n&eacute;s  et des morts, c&rsquo;est &agrave; dire dans les deux stades biographiques o&ugrave; la dangerosit&eacute;  est &agrave; son maximum. Tandis que la toilette des b&eacute;b&eacute;s s&rsquo;&eacute;vertue &agrave; ouvrir les  orifices, le traitement du corps mort consiste &agrave; les sceller. Dans le premier  cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;optimiser le flux des substances afin d&rsquo;&eacute;viter les maladies et  les agressions malveillantes, et dans l&rsquo;autre, d&rsquo;&eacute;viter l&rsquo;incarnation dans ce  corps liminal des esprits malveillants qui r&ocirc;dent sur le champ fun&eacute;raire. La  bouche est certainement l&rsquo;orifice le plus sujet au danger et aux pollutions. De  nombreuses maladies, m&ecirc;me celles class&eacute;es <em>unm&#257;da </em>&lsquo;folie&rsquo;, sont  interpr&eacute;t&eacute;es comme r&eacute;sultant de l&rsquo;ingestion d&rsquo;une nourriture prohib&eacute;e (<em>viruddha</em>),  contamin&eacute;e (<em>dusta</em>), impure (<em>a&#347;uci</em>), insuffisante. De ce fait, la  bouche focalise les attentions hygi&eacute;niques (lavage des dents, raclage de la  langue, gargarisme, pour les nouveau-n&eacute;s : &eacute;vacuation des glaires) et les pr&eacute;cautions.  Un repas, m&ecirc;me festif, n&rsquo;est jamais un temps de grande convivialit&eacute; et  d&rsquo;&eacute;changes gestuels et verbaux, c&rsquo;est au contraire une activit&eacute; socialement  codifi&eacute;e par les r&egrave;gles de commensalit&eacute; qui se fait dans le silence, de mani&egrave;re  exp&eacute;ditive afin de limiter les risques de pollution occasionn&eacute;s par la mauvaise  parole ou les regards impurs ou malveillants. De ce fait, en cas de maladies ou  de malheurs inexpliqu&eacute;s, la crainte d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; ensorcel&eacute; ou empoisonn&eacute; par une  nourriture est un th&egrave;me bien r&eacute;current. Camouflage de cendres sacr&eacute;es activ&eacute;es  par des pri&egrave;res dans la nourriture, repas chez des affins jaloux, irruption  pendant le repas d&rsquo;une personne malveillante, consommation d&rsquo;alcool, sont autant  de mod&egrave;les puis&eacute;s dans l&rsquo;histoire individuelle qui donnent &agrave; l&rsquo;inexplicable, un  sens et aussi, une raison d&rsquo;esp&eacute;rer la &lsquo;gu&eacute;rison&rsquo;. </p><br>
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      <p><strong>Concepts  des m&eacute;decines indiennes et l&rsquo;&eacute;tiologie de la possession </strong></p>
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<p>Si peu de personnes poss&eacute;d&eacute;es ont eu recours &agrave; une  m&eacute;decine indienne avant de s&rsquo;orienter vers un s&eacute;jour en sanctuaire  th&eacute;rapeutique, cela ne veut pas dire qu&rsquo;ils ne l&rsquo;accr&eacute;ditent pas. Les principes  fondamentaux des m&eacute;decines indiennes sont connus de tous et sont appliqu&eacute;s dans  le quotidien pour soigner les maux courants. Ainsi que l&rsquo;article de M. Carrin  (&agrave; para&icirc;tre) le montre &agrave; travers la pr&eacute;sentation de sept castes de gu&eacute;risseurs  localis&eacute;s dans la r&eacute;gion du Tulu (Nord du Karnataka), les concepts humoraux de  la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique sont manipul&eacute;s par tous les groupes mais ils coexistent  avec un autre ensemble &eacute;tiologique qui d&eacute;termine alors un recours &agrave; des  th&eacute;rapies autres que celles institu&eacute;es par la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique. Ce r&eacute;sultat  s&rsquo;articule pour la r&eacute;gion concern&eacute;e sur la comp&eacute;tition entre les diff&eacute;rentes  cat&eacute;gories de gu&eacute;risseurs issues de castes hi&eacute;rarchiques diverses et par une  relation particuli&egrave;re au territoire dans lequel s&rsquo;inscrit un panth&eacute;on auquel  certains de ces th&eacute;rapeutes se r&eacute;f&egrave;rent pour soigner ou pour l&eacute;gitimer leur  fonction. <br>
  Du point de  vue de l&rsquo;&eacute;tiologie, les th&eacute;rapeutes, &agrave; l&rsquo;exception des <em>vaidya, </em>consid&egrave;rent  que l&rsquo;intervention surnaturelle est la cause de l&rsquo;exc&egrave;s d&rsquo;humeur qui g&eacute;n&egrave;re la  morbidit&eacute;. Cette interpr&eacute;tation puisant dans les deux registres diff&egrave;re de la  mani&egrave;re dont la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique conceptualise l&rsquo;intervention surnaturelle  pour certaines nosologies, notamment celles se r&eacute;f&eacute;rant aux troubles psychiques  et comportementaux. Les divinit&eacute;s et les esprits sont les agents de ces  maladies et donc celles-ci sont la manifestation ext&eacute;rioris&eacute;e de leur prise de  possession du corps(13). Les personnes poss&eacute;d&eacute;es de Puliyampatti offrent un  discours similaire &agrave; celui des th&eacute;rapeutes du pays Tulu, inscrivant leurs maux  dans une cha&icirc;ne de causalit&eacute;s m&ecirc;lant principes de m&eacute;decines indiennes, attaques  surnaturelles, cadre familial ou social. Ainsi, l&rsquo;attitude vis-&agrave;-vis de la  m&eacute;decine indienne est diam&eacute;tralement oppos&eacute;e &agrave; celle vis-&agrave;-vis de la  biom&eacute;decine ou m&eacute;decine anglaise <em>&#257;&#324;kilici maruntu</em>. Si une forte majorit&eacute;  des personnes poss&eacute;d&eacute;es a eu recours &agrave; cette m&eacute;decine, l&rsquo;arriv&eacute;e &agrave; Puliyampatti  marque un refus radical du diagnostic qui leur a &eacute;t&eacute; &eacute;tabli et signe l&rsquo;arr&ecirc;t de  la chimioth&eacute;rapie consid&eacute;r&eacute;e en inad&eacute;quation avec la foi qui est n&eacute;cessaire  pour obliger le saint th&eacute;rapeute(14) &agrave;  agir. A l&rsquo;oppos&eacute;, peu de patients ont consult&eacute; un <em>cittamaruntunva<u>n </u></em>(m&eacute;decin <em>citta</em>) mais utilisent certaines substances valoris&eacute;es par les m&eacute;decines  indiennes pour leurs propri&eacute;t&eacute;s &agrave; r&eacute;&eacute;quilibrer les humeurs corporelles. C&rsquo;est  le cas des bains qui, bien qu&rsquo;int&eacute;gr&eacute;s dans les activit&eacute;s de routine,  d&eacute;tiennent un statut th&eacute;rapeutique qui interdit toute restriction. Que ce soit  durant la p&eacute;riode de menstrues qui n&eacute;cessite que le corps soit &lsquo;&eacute;chauff&eacute;&rsquo; (donc  non baign&eacute;) ou que ce soit en p&eacute;riode des pluies o&ugrave; le risque d&rsquo;attraper un  refroidissement est bien r&eacute;el, l&rsquo;usage du bain reste inscrit dans les activit&eacute;s  quotidiennes. Il a fonction de rafra&icirc;chir le corps, qualit&eacute; qui s&rsquo;accorde avec  l&rsquo;id&eacute;e g&eacute;n&eacute;ralement &eacute;mise que parall&egrave;lement &agrave; une origine surnaturelle, les  troubles psychiques s&rsquo;installent d&egrave;s lors que le corps est &eacute;chauff&eacute;. La  m&eacute;decine indienne classifie &eacute;galement certains troubles psychiques comme  r&eacute;sultant d&rsquo;un exc&egrave;s de <em>pitha </em>(<em>pithonm&#257;da</em>) mais en attribue la  cause &agrave; l&rsquo;absorption d&rsquo;une nourriture indigeste, trop chaude, aigre, am&egrave;re(15). <br>
  Les patients ne font pas une telle distinction entre  les diff&eacute;rentes nosologies de sorte que convulsions, comportements d&eacute;pressifs,  psychotiques, maniaques ou m&ecirc;me maladies m&eacute;taboliques ou organiques sont toutes  rang&eacute;es sous la m&ecirc;me &eacute;tiologie, un exc&egrave;s de chaleur (<em>c&#363;tu</em>) provoqu&eacute; par  un mal&eacute;fice ou un esprit. Ceci se traduit par un usage g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; d&rsquo;un broyat  de feuilles de margosier (<em>Azadirachta indica </em>; tm. <em>v&#275;ppamaram </em>ou <em>v&#275;mpu</em>)  renomm&eacute; dans la pharmacop&eacute;e pour sa qualit&eacute; rafra&icirc;chissante qui est appliqu&eacute;  sur la t&ecirc;te(16) ou sur la partie souffrante du corps, une di&egrave;te  &eacute;vitant autant que possible les produits &eacute;chauffants(17) et l&rsquo;abstinence  d&rsquo;une sexualit&eacute; dont les actes produisent la chaleur essentielle pour la  conception. <br>
  Si tous les troubles psychiques et les manifestations  somatiques sont expliqu&eacute;s par une intervention surnaturelle d&eacute;s&eacute;quilibrant la  balance humorale, certaines divinit&eacute;s interf&egrave;rent sur les constituants  corporels (<em>dhatu</em>), notamment sur le sperme d&eacute;nomm&eacute; &eacute;galement <em>dhatu </em>(tm.<em>vintu</em>).  Les femmes comme les hommes poss&egrave;dent cette substance mais ce sont surtout les  hommes qui expriment leurs craintes et leur mal-&ecirc;tre lorsqu&rsquo;ils constatent la  fr&eacute;quence de pertes s&eacute;minales nocturnes. Ils interpr&egrave;tent ces pertes  incontr&ocirc;l&eacute;es comme la cause de leur manque d&rsquo;&eacute;nergie, affaiblissement de leur  corps et redoutent la mort. Si les psychiatres indiens consid&egrave;rent que le &lsquo;<em>dhat  syndrome</em>&rsquo; (Singh 1985 ; Venkoba Rao et <em>al. </em>1997) est l&rsquo;expression  culturelle d&rsquo;un &eacute;tat d&eacute;pressif(18), la crainte qu&rsquo;il g&eacute;n&egrave;re &agrave; ceux qui en  souffrent fait r&eacute;f&eacute;rence au statut de la substance dans la construction du  corps. Dernier composant form&eacute;, il est le produit d&rsquo;un raffinage successif de  chaque <em>dh&#257;tu </em>op&eacute;r&eacute; par le feu corporel et donc d&eacute;tient les qualit&eacute;s les  plus &eacute;lev&eacute;es en mati&egrave;re de puret&eacute; et de puissance. Sa quantit&eacute; est limit&eacute;e du  fait que sa r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration est difficile(19). G. Obeyesekere (1998) d&eacute;montre que  les personnes se plaignant de pertes s&eacute;minales nocturnes redoutent la sexualit&eacute;  ou pr&eacute;sentent des difficult&eacute;s &agrave; vivre une sexualit&eacute; refoul&eacute;e. C&rsquo;est aussi le  cas des jeunes gens rencontr&eacute;s &agrave; Puliyampatti qui, la plupart, n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute;  mari&eacute;s en d&eacute;pit de leur &acirc;ge ou n&rsquo;ont pu &eacute;pouser la personne de leur choix.  Ramasubrahmanian, jeune c&eacute;libataire de 24 ans, qui, pour sa part, a &eacute;volu&eacute; dans  un univers peupl&eacute; que de femmes, se plaint d&rsquo;&ecirc;tre sous l&rsquo;emprise d&rsquo;une d&eacute;esse  qui vient lui rendre visite certaines nuits : <br>
  &laquo; Mes probl&egrave;mes ont commenc&eacute; par des douleurs dans les  jambes. A ce moment-l&agrave;, je travaillais &agrave; la poste &agrave; Chennai o&ugrave; je livrais les  colis en bicyclette. Quelquefois, je devais aller tr&egrave;s loin mais au fur et &agrave;  mesure, mes jambes ne trouvaient plus la force de p&eacute;daler. Un soir, j&rsquo;ai dit &agrave;  ma m&egrave;re que je n&rsquo;avais plus de force pour travailler. Alors, elle m&rsquo;a amen&eacute; &agrave;  l&rsquo;h&ocirc;pital. On m&rsquo;a donn&eacute; 20 bouteilles de glucose et des vitamines. Cela n&rsquo;a  rien fait et je me sentais toujours aussi faible. Une nuit, &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital, j&rsquo;ai  senti la pr&eacute;sence de quelqu&rsquo;un pr&egrave;s de mon lit. Imm&eacute;diatement apr&egrave;s, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute;  frapp&eacute; &agrave; ma joue, et puis, plus rien, personne. Trois fois de suite, cela s&rsquo;est  produit. Trois fois, j&rsquo;ai re&ccedil;u une gifle, trois fois la personne a disparu comme  &ccedil;&agrave;, sans bruit, sans se faire voir. Alors, j&rsquo;ai pens&eacute; que j&rsquo;avais le mauvais  pouvoir (<em>tiy&#257; cakti</em>) en moi (il &eacute;tait poss&eacute;d&eacute;). J&rsquo;en ai parl&eacute; &agrave; ma m&egrave;re  et quand je suis sorti de l&rsquo;h&ocirc;pital, elle m&rsquo;a entra&icirc;n&eacute; voir un <em>mantirav&#257;ti </em>(sorcier  qui r&eacute;cite des formules pour r&eacute;v&eacute;ler le mal&eacute;fice afin de le conjurer, ou au  contraire, pour jeter un mauvais sort). Ses incantations n&rsquo;ont pas eu d&rsquo;effet.  Quelques jours apr&egrave;s, j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; avoir des r&ecirc;ves bizarres. La premi&egrave;re  fois, une belle jeune fille s&rsquo;approcha de moi, puis plus rien, pas de souvenir.  Quand je me suis r&eacute;veill&eacute; le matin, je n&rsquo;&eacute;tais pas bien, fatigu&eacute;, la t&ecirc;te  lourde. La nuit suivante, la belle jeune fille est revenue. Elle s&rsquo;est  approch&eacute;e de moi et, comme elle voulait me serrer, je me suis sauv&eacute;. Mais, elle  m&rsquo;a vite rattrap&eacute;e et, cette fois-ci je n&rsquo;ai pas eu le choix que de me laisser  faire. Ce matin-l&agrave;, je n&rsquo;ai pu me lever tellement j&rsquo;&eacute;tais fatigu&eacute; et  courbatur&eacute;, comme si j&rsquo;avais travaill&eacute; toute la nuit. Et puis, j&rsquo;ai senti que  j&rsquo;&eacute;tais mouill&eacute;, j&rsquo;ai eu vraiment tr&egrave;s peur. Les <em>mantirav&#257;ti </em>que l&rsquo;on  est all&eacute; voir ont dit que je n&rsquo;avais rien &agrave; craindre. J&rsquo;&eacute;tais victime de M&#333;hi<u>n</u>i  et que lorsqu&rsquo;elle d&eacute;cidera de me quitter, mes forces reviendront. Ma m&egrave;re a  alors d&eacute;cid&eacute; de m&rsquo;accompagner &agrave; Puliyampatti.&nbsp;&raquo; <br>
  La crainte de la sexualit&eacute; se lit &agrave; travers le contenu  des r&ecirc;ves o&ugrave; l&rsquo;univers religieux entrecroise l&rsquo;univers fantasmatique : une  belle d&eacute;esse s&rsquo;introduit dans le r&ecirc;ve des jeunes gens, les agresse jusqu&rsquo;&agrave; ce  qu&rsquo;ils c&egrave;dent &agrave; ses ardeurs et les quitte apr&egrave;s les avoir &eacute;puis&eacute;s. L&rsquo;article de  J. Racine (1999) portant sur l&rsquo;intrusion de la d&eacute;esse M&#333;hi<u>n</u>i dans les  r&ecirc;ves des jeunes gens sexuellement inexp&eacute;riment&eacute;s ou effray&eacute;s, montre que la  position de cette d&eacute;esse est ambigu&euml; du fait qu&rsquo;elle &eacute;volue entre le monde des  vivants et celui des morts. Une telle ambivalence transpara&icirc;t dans le r&eacute;cit de  Balasubrahmanian qui l&rsquo;a d&eacute;crite sous les traits d&rsquo;une <em>&#257;vi</em>, &acirc;me de  malemort (entit&eacute;s identifiables par la gifle qu&rsquo;elles infligent en poss&eacute;dant  leur victime) ou d&rsquo;une belle femme s&eacute;duisante. Quelle que soit sa  repr&eacute;sentation, les jeunes gens consid&egrave;rent l&rsquo;apparition de M&#333;hi<u>n</u>i comme  une exp&eacute;rience p&eacute;nible g&eacute;n&eacute;rant angoisse et faiblesse. </p><br>
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      <p><strong>Corps  poss&eacute;d&eacute;s : identification et lib&eacute;ration</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>M.G. Weiss (1977) identifient dans les <em>Caraka </em>et <em>Su&#347;ruta samhit&#257;</em>, huit cat&eacute;gories de divinit&eacute;s poss&eacute;dantes dont la  position hi&eacute;rarchique est clairement corr&eacute;l&eacute;e avec un ensemble de sympt&ocirc;mes  sp&eacute;cifiques. Ainsi, plus le statut d&rsquo;une divinit&eacute; est bas, plus les sympt&ocirc;mes  qu&rsquo;elle provoque sont s&eacute;rieux et plus le mal est incurable. De la m&ecirc;me mani&egrave;re  que les poss&eacute;d&eacute;s utilisent un sch&eacute;ma interpr&eacute;tatif de la maladie r&eacute;ducteur par  rapport aux textes m&eacute;dicaux, l&rsquo;identit&eacute; des entit&eacute;s accus&eacute;es d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;auteur des  troubles est plus restreinte et limit&eacute;e. Ce d&eacute;calage entre les sp&eacute;culations et  les conceptions individuelles est &eacute;galement soulign&eacute; par G. Tarabout (2001) qui  pr&eacute;cise que celui-ci s&rsquo;observe quelle que soit la caste. L&rsquo;&eacute;cart est d&rsquo;autant  plus creus&eacute; lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;analyser le discours de personnes qui n&rsquo;ont pas  eu acc&egrave;s &agrave; la culture brahmanique. A titre d&rsquo;exemple, G. Tarabout cite A. Good  qui souligne qu&rsquo;au Tamil Nadu, la th&eacute;orie de la renaissance n&rsquo;est connue que  des citadins les plus orthodoxes appartenant aux castes &eacute;lev&eacute;es. Plus qu&rsquo;une  ignorance, il s&rsquo;agit souvent du d&eacute;ni d&rsquo;une th&eacute;orie qui implique la notion <em>karma </em>&ndash;&eacute;galement crit&egrave;re inf&eacute;rant sur l&rsquo;&eacute;quilibre humoral, source de certains  troubles physiques ou mentaux-, que les gens de bas statut consid&egrave;rent comme  une invention des brahmanes leur permettant de s&rsquo;octroyer les privil&egrave;ges dus &agrave;  leur position dans l&rsquo;ordonnancement des castes. N&eacute;anmoins, le refus  d&rsquo;accr&eacute;diter les th&eacute;ories eschatologiques fondamentales au brahmanisme ne se  traduit pas par un rel&acirc;chement des rituels fun&eacute;raires et notamment ceux qui  apr&egrave;s la cr&eacute;mation ou l&rsquo;enterrement, visent &agrave; faciliter la r&eacute;incarnation du  corps subtil. L&rsquo;appr&eacute;hension du monde des morts et l&rsquo;importance accord&eacute;e aux  anc&ecirc;tres sont les raisons qui justifient un bon d&eacute;roulement des rites. Et ces  craintes sont bien r&eacute;elles puisque les entit&eacute;s d&eacute;nonc&eacute;es pour leur capacit&eacute; &agrave;  affliger et &agrave; poss&eacute;der entretiennent un rapport tr&egrave;s &eacute;troit avec la mort et, &agrave;  un niveau moindre, avec les anc&ecirc;tres. <br>
  La plupart des entit&eacute;s poss&eacute;dantes appartiennent &agrave; la  cat&eacute;gorie de malemort, esprits de personnes d&eacute;c&eacute;d&eacute;es de mort violente qui  hantent les lieux de leur homicide, endroits d&eacute;sertiques et particularis&eacute;s par  un arbre, un point d&rsquo;eau, des ruines (Tarabout 2001, 1999 ; Nabokov, 2000). D&egrave;s  qu&rsquo;une personne commet l&rsquo;imprudence de fr&eacute;quenter un tel lieu &agrave; la tomb&eacute;e de la  nuit, l&rsquo;esprit l&rsquo;attaque et prend possession de son corps. Mais ces esprits ne  sont pas tr&egrave;s violents et face au pouvoir de l&rsquo;exorciste, ne r&eacute;sistent pas  longtemps avant de d&eacute;cliner leur identit&eacute; et accepter de partir. En revanche,  la possession est beaucoup plus tenace lorsque les personnes sont affect&eacute;es par  de multiples entit&eacute;s appartenant aussi bien &agrave; la cat&eacute;gorie de la malemort qu&rsquo;&agrave;  d&rsquo;autres cat&eacute;gories dont la r&eacute;gion de Tirunelveli est particuli&egrave;rement bien  pourvue. <br>
  Le terme g&eacute;n&eacute;rique se r&eacute;f&eacute;rant aux entit&eacute;s poss&eacute;dantes  est <em>p&#275;y</em>. Or dans la r&eacute;gion de Tirunelveli, chaque caste poss&egrave;de un petit  sanctuaire situ&eacute; en lisi&egrave;re de leur quartier qui est d&eacute;nomm&eacute; <em>p&#275;y k&#333;vil</em>.  Il abrite un ensemble de divinit&eacute;s et d&rsquo;esprits divinis&eacute;s qui bien qu&rsquo;affubl&eacute;es  de noms locaux, appartiennent aux cat&eacute;gories mineures et tr&egrave;s inf&eacute;rieures  cit&eacute;es dans les textes &#257;yurv&eacute;diques (<em>Pitr</em>, <em>Yaksa</em>, <em>R&#257;ksasa</em>, <em>Pi&#347;aca</em>). Ces entit&eacute;s provoquent les troubles les plus s&eacute;v&egrave;res, mais  deviennent bienveillantes et protectrices d&egrave;s qu&rsquo;on leur installe un si&egrave;ge (<em>pitha</em>)  et qu&rsquo;on leur rend un culte annuel sous forme d&rsquo;une offre de nourriture (<em>kotai</em>).  Ces f&ecirc;tes cultuelles int&egrave;grent bien souvent des possessions qui &agrave; la diff&eacute;rence  de celles qui affectent les patients sont institutionnelles et ont une fonction  devinatoire. Aussi, ce sont les noms de ces esprits-divinis&eacute;s qui sont  couramment cit&eacute;s pendant les s&eacute;ances d&rsquo;exorcisme o&ugrave; le patient verbalise sa  souffrance en usant d&rsquo;une rh&eacute;torique st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e mettant en sc&egrave;ne ses  agresseurs. <br>
  Petchiyammal est une femme de quarante cinq ans. Elle  vit au sanctuaire depuis plus de trois ans. Elle clame &ecirc;tre poss&eacute;d&eacute;e par de  nombreux esprits et par Kali dont elle rend visible ses manifestations en  tirant tr&egrave;s fort sa langue hors de sa bouche(20) : <br>
  &laquo; Je suis poss&eacute;d&eacute;e par Icakkiyamma<u>n</u>, Suntalaim&#257;tan,  K&#257;li, Muni, Patiravatiyamma<u>n</u>, S&#257;tt&#257;<u>n</u>, Sankili Putatt&#257;r, P&#275;cciyamma<u>n</u>.  Ce sont tous les esprits qui ont parl&eacute; depuis que je suis l&agrave;. C&rsquo;est mon fr&egrave;re  qui me les a envoy&eacute;s. Il est <em>k&#333;&#355;anki </em>(sorcier). Il est au Kerala. C&rsquo;est  l&agrave;-bas qu&rsquo;il a appris la magie (<em>c&#363;<u>n</u>iyam</em>). Au Kerala, la magie,  elle est terrible. Il s&rsquo;est mis en col&egrave;re contre moi quand j&rsquo;ai refus&eacute; de  donner ma fille a&icirc;n&eacute;e en mariage &agrave; son fils. Son mariage &eacute;tait d&eacute;j&agrave; arrang&eacute;.  Quelques temps apr&egrave;s, il m&rsquo;a contact&eacute; de nouveau, cette fois pour ma troisi&egrave;me  fille qu&rsquo;il voulait marier &agrave; un autre de ses fils. L&agrave; encore, je n&rsquo;&eacute;tais pas  d&rsquo;accord, ma fille n&rsquo;avait que quinze ans et j&rsquo;avais peur pour elle &agrave; cause de  sa magie. A cause de mes refus, il m&rsquo;a envoy&eacute; un mal&eacute;fice (<em>cey vi<u>n</u>ai</em>).  Marier une fille, c&rsquo;est une bonne chose, mais quelques fois vous devez faire  des mauvaises choses (<em>p&#257;vam</em>), des transgressions (<em>tud&#333;kam</em>). &raquo; <br>
  En d&eacute;pit de sa longue liste, Petchiyammal est  essentiellement poss&eacute;d&eacute;e par Kali, ce qui peut sugg&eacute;rer que l&rsquo;&eacute;num&eacute;ration ait  fonction d&rsquo;&eacute;valuer la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; de l&rsquo;affliction et, peut-&ecirc;tre, de montrer  l&rsquo;importance de la transgression commise qui a contraint son fr&egrave;re &agrave; lui  envoyer un tel arsenal(21). Parmi les noms cit&eacute;s, certaines divinit&eacute;s se  d&eacute;tachent par leur temp&eacute;rament moins mena&ccedil;ant. C&rsquo;est notamment le cas de la  D&eacute;esse Icakkiyamma<u>n </u>qui, par la vie malheureuse qu&rsquo;elle a subit, permet  &agrave; de nombreuses femmes de s&rsquo;identifier &agrave; elle. Comme nombre de ces femmes qui  s&eacute;journent &agrave; Puliyampatti, elle a &eacute;t&eacute; tromp&eacute;e, battue, r&eacute;pudi&eacute;e, mais par cette  souffrance, elle a acc&eacute;d&eacute; au statut de divinit&eacute;. Elle poss&egrave;de &eacute;galement un temp&eacute;rament  ambivalent mais lorsqu&rsquo;elle prend possession du corps d&rsquo;une femme, cette  exp&eacute;rience n&rsquo;est pas v&eacute;cue sur le mode de l&rsquo;agression, mais sur celui de la  protection. Quelques anc&ecirc;tres peuvent &eacute;galement assurer cette fonction  protectrice : <br>
  Selvatay, une jeune fille de 20 ans explique qu&rsquo;elle  est poss&eacute;d&eacute;e par l&rsquo;esprit de sa tante depuis qu&rsquo;elle s&rsquo;est rendue au <em>p&#275;y k&#333;vil </em>o&ugrave; celle-ci s&rsquo;est donn&eacute;e la mort. Comme sa tante, elle n&rsquo;a pas donn&eacute;  d&rsquo;enfant &agrave; son mari et subit les brimades r&eacute;p&eacute;t&eacute;es de sa belle-famille. Puis un  jour, son mari lui a annonc&eacute; qu&rsquo;il allait prendre une seconde &eacute;pouse.  D&eacute;sempar&eacute;e, elle est all&eacute;e voir le lieu o&ugrave; sa tante s&rsquo;&eacute;tait empoisonn&eacute;e. Quand  elle est rentr&eacute;e, elle &eacute;tait incontr&ocirc;lable, pleurait, criait, se d&eacute;battait, ne  voulait plus manger, ni dormir, ni parler. On a su o&ugrave; elle avait &eacute;t&eacute; et on a  compris qu&rsquo;elle avait &eacute;t&eacute; attrap&eacute;e par les divinit&eacute;s malveillantes (<em>p&#275;y pitikki<u>r</u>atu</em>)  qui r&ocirc;dent dans ces lieux. Selvatay ne se plaint jamais des gesticulations ou  des culbutes que sa tante l&rsquo;oblige &agrave; faire quand elle la poss&egrave;de. Au contraire,  elle dit &agrave; demi-mot que tant que sa tante est en elle, elle ne craint rien.  Depuis qu&rsquo;elle est poss&eacute;d&eacute;e, sa belle-famille se montre bien plus aimable et  son mari ne parle plus de prendre une autre &eacute;pouse. <br>
  La manifestation de la possession est v&eacute;cue par les  familles des patients comme un soulagement car elle renforce la conviction que  les troubles jusque l&agrave; si impr&eacute;visibles, ont une origine surnaturelle. Par  contre, les patients qui, souvent se sont montr&eacute;s r&eacute;ticents &agrave; manifester les  signes de possession, m&ecirc;me sous la contrainte de leurs parents qui leur  torturaient leur corps pour faire r&eacute;agir les esprits, comprennent tr&egrave;s vite les  avantages que peut apporter une telle expression. La possession leur offre une  meilleure consid&eacute;ration car la pr&eacute;sence des esprits forcent la crainte et le  respect. Tant qu&rsquo;ils sont poss&eacute;d&eacute;s, peu de chose sera faite &agrave; leur encontre. La  possession les prot&egrave;ge contre le monde ext&eacute;rieur, cet univers social et  familial, g&eacute;n&eacute;rateur de souffrances. Tant que les esprits sont l&agrave;, il ne peut  &ecirc;tre question de retourner &agrave; la vie normale, leur pr&eacute;sence risquerait affect&eacute;  la famille et l&rsquo;entourage. Surtout, la possession autorise un rel&acirc;chement du  contr&ocirc;le social, notamment sur les femmes. M&ecirc;me si leurs parents sont choqu&eacute;s  de les voir se mettre en sc&egrave;ne, en adoptant des attitudes violentes,  impudiques, d&eacute;cha&icirc;n&eacute;es, sensuelles, vulgaires, toutes ces gesticulations sont  rendues acceptables sous l&rsquo;emprise de la possession. Les poss&eacute;d&eacute;es, qui ont  exp&eacute;riment&eacute; de telles &eacute;motions jusqu&rsquo;alors refoul&eacute;es par l&rsquo;&eacute;ducation stricte,  ont bien souvent du mal &agrave; abandonner le sanctuaire. Pour les bienfaits d&rsquo;une  psychoth&eacute;rapie cathartique ou pour l&rsquo;atmosph&egrave;re s&eacute;curisante du sanctuaire,  quelques poss&eacute;d&eacute;s n&rsquo;ont jamais voulu repartir. </p><br>
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      <p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il  est impossible ici de brosser tous les aspects de la possession et toutes les  raisons qui orientent le choix d&rsquo;une th&eacute;rapie religieuse. Un tel projet  n&eacute;cessiterait une &eacute;tude &agrave; part enti&egrave;re. Mais les quelques r&eacute;f&eacute;rences que l&rsquo;on a  not&eacute;es permettent de saisir la place sp&eacute;cifique que celle-ci d&eacute;tient dans  l&rsquo;univers de la repr&eacute;sentation de la maladie et de l&rsquo;affliction. L&rsquo;&eacute;tiologie  surnaturelle a ses fondements dans les m&eacute;decines traditionnelles savantes et  m&ecirc;me si les praticiens aujourd&rsquo;hui la d&eacute;nient au profit d&rsquo;une causalit&eacute;  physiologique ou psychologique, celle-ci est encore tr&egrave;s op&eacute;rante lorsqu&rsquo;une  cha&icirc;ne de malheurs s&rsquo;abat sur une famille affectant les membres les plus  vuln&eacute;rables. Celle-ci permet de rationaliser l&rsquo;inexplicable et d&rsquo;entrevoir une  &eacute;ventuelle gu&eacute;rison aupr&egrave;s d&rsquo;une divinit&eacute; ou d&rsquo;un sorcier r&eacute;put&eacute; pour son  pouvoir exorciste. Elle permet surtout ignorer la th&egrave;se d&rsquo;une maladie  psychiatrique stigmatisante pour la famille. Si les prescriptions de  m&eacute;dicaments ordonn&eacute;es au cours des consultations ou des s&eacute;jours hospitaliers  sont peu respect&eacute;es et jamais observ&eacute;es d&egrave;s le commencement d&rsquo;une th&eacute;rapie  religieuse, en revanche les outils th&eacute;rapeutiques d&eacute;velopp&eacute;s par les m&eacute;decines  savantes sont int&eacute;gr&eacute;s dans l&rsquo;hygi&egrave;ne, la di&egrave;te et les actes de la vie  quotidienne de ces sanctuaires. La purification et le r&eacute;tablissement du  d&eacute;s&eacute;quilibre des constituants corporels sont cens&eacute;s d&eacute;stabiliser les esprits  malveillants et donc, facilitent l&rsquo;expulsion et le retour de la sant&eacute;. <br>
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      <p><em><strong>Notes</strong></em></p>
<p>1. Puliyampatti est un petit hameau situ&eacute; au Tamil Nadu, &agrave; 25 kilom&egrave;tres au Nord-Est de Tirunelveli. L&rsquo;&eacute;tude pr&eacute;sente fait l&rsquo;objet d&rsquo;une th&egrave;se d&rsquo;anthropologie sociale et religieuse en voie de r&eacute;alisation qui examine d&rsquo;une part les ph&eacute;nom&egrave;nes d&rsquo;acculturation du catholicisme en Inde et d&rsquo;autre part la conception des troubles psychiques et le choix du religieux dans son traitement. Bien que l&rsquo;&eacute;tude de terrain concerne un sanctuaire catholique, les pratiques d&rsquo;exorcisme et l&rsquo;interpr&eacute;tation sur la maladie que l&rsquo;on observe rel&egrave;vent d&rsquo;une identit&eacute; partag&eacute;e avec les hindous et les musulmans. En dehors de la liturgie particuli&egrave;rement imposante ici, de catholique ne transpara&icirc;t que l&rsquo;image exorciste du saint qui patronne le sanctuaire, dans ce contexte saint Antoine de Padoue, une prise en charge des pratiques par les familles du fait que le pr&ecirc;tre refuse de se pr&ecirc;ter &agrave; tout exorcisme ainsi que des tentatives individuelles d&rsquo;exorcisme inspir&eacute;es de mouvements charismatiques.</p>
<p>2. Les &#333;lai sont des feuilles de palmier s&eacute;ch&eacute;es sur lesquelles le texte est grav&eacute; et &eacute;crit avec un stylet. Ces textes se transmettaient par h&eacute;ritage de p&egrave;re en fils, souvent de l&rsquo;oncle au neveu ou du ma&icirc;tre &agrave; l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve. Ce n&rsquo;est que dans les premi&egrave;res d&eacute;cennies du 20&egrave;me si&egrave;cle qu&rsquo;un travail de recension des &#333;lai a permis la diffusion des textes et leur enseignement dans les &eacute;coles sp&eacute;cialis&eacute;es dans l&rsquo;&eacute;tude des m&eacute;decines indiennes. Selon A. Shanmuganvelan (1963), la premi&egrave;re &eacute;cole dispensant l&rsquo;&eacute;tude de la m&eacute;decine citta a &eacute;t&eacute; ouverte en 1924 &agrave; Madras mais elle a ferm&eacute; ses portes dans les ann&eacute;es 1960. Aujourd&rsquo;hui, deux colleges gouvernementaux (Chennai, Tirunelveli) et trois priv&eacute;s (Kanyakumari dt., Kanchipuram dt. Kanchipuram) proposent l&rsquo;enseignement de cette sp&eacute;cialit&eacute; au Tamil Nadu.</p>
<p>3. C.K. Sampath (1984) &eacute;met l&rsquo;hypoth&egrave;se que la m&eacute;decine <em>citta</em> est un h&eacute;ritage de la civilisation de la vall&eacute;e de l&rsquo;Indus, berceau pr&eacute;suppos&eacute; de la culture tamoule. Il &eacute;chafaude son hypoth&egrave;se sur les faits que d&rsquo;une part, cette m&eacute;decine est travers&eacute;e par un courant tantrique dont la civilisation de l&rsquo;Indus porte les traces dans le culte phallique de Shiva et celui de la D&eacute;esse m&egrave;re et, d&rsquo;autre part, la concentration de bois de cerf et d&rsquo;os de s&egrave;che dans certaines habitations sugg&egrave;re un usage m&eacute;dical non &eacute;tranger &agrave; la m&eacute;decine <em>citta</em>. Il pense &eacute;galement que l&rsquo;<em>Atharva veda</em> a int&eacute;gr&eacute; certaines croyances th&eacute;rapeutiques r&eacute;pandues dans cette civilisation de l&rsquo;Indus, notamment l&rsquo;action de la sorcellerie et des esprits dans l&rsquo;apparition des maladies.</p>
<p>4. La tradition v&eacute;dique s&rsquo;appuie sur quatre textes fondateurs appel&eacute;s veda &lsquo;savoir&rsquo; que les brahmanes &eacute;rudits consid&egrave;rent &ecirc;tre r&eacute;v&eacute;l&eacute;s. Il s&rsquo;agit des <em>Rg veda</em>, <em>Yajurveda</em>, <em>S&#257;maveda</em> et <em>Atharvaveda</em>. Les trois premiers textes correspondent respectivement aux trois cat&eacute;gories de pr&ecirc;tres du sacrifice v&eacute;dique, tandis que le dernier, compos&eacute; de formules magiques est regard&eacute; comme inf&eacute;rieur (Biardeau 1981).</p>
<p>5. L&rsquo;&ecirc;tre  supr&ecirc;me, Brahman, serait le p&egrave;re de la m&eacute;decine. Il enseigna son savoir  classifi&eacute; en huit parties &agrave; Praj&#257;pati qu&rsquo;il transmit aux <em>A&#347;vin </em>(jumeaux  m&eacute;decins-devins) qui, &agrave; leur tour, l&rsquo;enseign&egrave;rent &agrave; Indra. Selon la tradition  du <em>Su&#347;ruta samhit&#257;</em>, Dhanvantari, roi de B&eacute;nar&egrave;s, re&ccedil;ut d&rsquo;Indra ce savoir  qu&rsquo;il divulgua aux hommes par l&rsquo;interm&eacute;diaire d&rsquo;un groupe de m&eacute;decins-scribes  dont Su&#347;ruta. Le texte, enfin, fut remani&eacute; par N&#257;g&#257;rjuna, un docteur bouddhique  contemporain du roi scytho-indien Kaniska (II&egrave;me si&egrave;cle apr&egrave;s J.C.). Selon la  tradition du <em>Caraka samhit&#257;</em>, c&rsquo;est Bharadv&#257;ja, un <em>Rsi </em>v&eacute;dique  (sage) qui re&ccedil;ut la r&eacute;v&eacute;lation d&rsquo;Indra. Il la communiqua aux autres <em>Rsi </em>dont  l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, &#256;treya Punarvasu, la r&eacute;v&eacute;la &agrave; ses six disciples qui se  charg&egrave;rent de r&eacute;diger les textes. Deux de ces disciples sont Bhela et Agnive&#347;a.  Tandis que le manuscrit de Bhela, certainement le plus ancien texte de m&eacute;decine  indienne dont on dispose, n&rsquo;est parvenu que dans un &eacute;tat fragmentaire, celui  d&rsquo;Agnive&#347;a est connu sous le nom de <em>Caraka samhit&#257; </em>&agrave; la suite du  remaniement du texte par Caraka (Filliozat 1975 ; voir &eacute;galement le mythe  pr&eacute;sent&eacute; par Zimmerman 1989, p. 35-36 qui s&rsquo;appuie sur la tradition <em>Caraka</em>). <br>
6. D.G.  White (2002) pr&eacute;sente les <em>tamil cittarhal </em>comme des &eacute;lites affirmant le  statut de demi-dieu issues de groupes sectaires qui se sont multipli&eacute;s durant  la p&eacute;riode m&eacute;di&eacute;vale. Ils utilisent les m&ecirc;mes techniques que celles des  alchimistes <em>Rasa siddha</em>, des <em>Mahasiddha </em>bouddhiques et &eacute;galement  des <em>N&#257;th siddha hathayogi</em>, adeptes sur lesquels porte pr&eacute;cis&eacute;ment  l&rsquo;&eacute;tude de l&rsquo;auteur. Dans cette &eacute;tude, l&rsquo;auteur d&eacute;crit la projection du corps  du yogi dans l&rsquo;univers mondain et cosmique. Chaque partie du corps y est  associ&eacute;e aux &eacute;l&eacute;ments terrestres, aux corps c&eacute;lestes et &agrave; la cosmologie. <br>
7. Le <em>s&#257;mkhya </em>&lsquo;d&eacute;nombrement&rsquo; fait partie d&rsquo;un des six syst&egrave;mes philosophiques classiques.  Ce syst&egrave;me s&rsquo;appuie sur le <em>s&#257;mkhya k&#257;rik&#257;</em>, texte obscur de date  incertaine (4&egrave;me si&egrave;cle ?). Selon les termes de A.M. Loth (1981 : 366) :  &laquo; le <em>s&#257;mkhya </em>est une &eacute;tude analytique de principes et de r&eacute;alit&eacute;s qui  proviennent de la &lsquo;Nature&rsquo; ou d&rsquo;une &lsquo;Substance Primordiale&rsquo; (selon l&rsquo;expression  de T. Michel). &raquo; Voir &eacute;galement le second chapitre de P. Feuga et <em>al</em>.  (1998) o&ugrave; sont d&eacute;finis les 25 principes (<em>tattva</em>) de <em>s&#257;mkhya </em>qui  se d&eacute;clinent de la Nature primordiale pour parvenir &agrave; l&rsquo;esprit supr&ecirc;me <em>purusa </em>&nbsp;<br>
8. Cette  partie pr&eacute;sentant les concepts <em>&#257;yurvedique/citta </em>utilise de fait une  double lexicographie, sanskrite et tamoule. Les termes isol&eacute;s ainsi que le  premier mot des termes associ&eacute;s sont sanskrits, le deuxi&egrave;me mot des termes  associ&eacute;s est tamoul, en fait, une &lsquo;tamoulisation&rsquo; de termes sanskrits. <br>
9. Le  terme <em>dosa </em>est polys&eacute;mique. Dans le Sanskrit-English Dictionary de  Monnier-William, il est traduit par faute, erreur, transgression, cons&eacute;quence  n&eacute;faste. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en second lieu qu&rsquo;il est d&eacute;fini par humeur. Ce second  niveau est m&eacute;taphorique puisque l&rsquo;exc&egrave;s d&rsquo;un <em>dosa</em>-humeur induisant un  d&eacute;s&eacute;quilibre des trois humeurs et donc, la maladie peut &ecirc;tre la cons&eacute;quence  d&rsquo;une faute. <br>
10. <em>Dh&#257;tu </em>d&eacute;signe un &eacute;l&eacute;ment constitutif du corps (s&eacute;rum, sang, muscle, graisse, os,  moelle et sperme). Le terme est aussi utilis&eacute; pour d&eacute;finir un des sept tissus  qui maintiennent solidement l&rsquo;esprit au corps physique ou un des &eacute;l&eacute;ments du  syst&egrave;me des cinq organes des sens et des cinq propri&eacute;t&eacute;s des &eacute;l&eacute;ments per&ccedil;us  par eux (Sanskrit-English Dictionary Monnier-Williams). &nbsp;<br>
11. G. Mazard (1995 : 45) pr&eacute;sente l&rsquo;exemple de  perturbations affectant la relation sang/vent : le vent transitant dans du sang  vici&eacute; suite &agrave; un d&eacute;s&eacute;quilibre direct ou un probl&egrave;me humoral provoque, entre  autres, la contraction des vaisseaux, qui &agrave; leur tour entravent le passage du  vent ; le vent bloqu&eacute; r&eacute;agit en empoissonnant le sang amplifiant ainsi les  troubles. &nbsp;<br>
12. Le nombre de ces orifices semble &ecirc;tre variable.  L&rsquo;article de C. Osella et <em>al. </em>(1999) qui concerne le Kerala pr&eacute;sente un  nombre d&rsquo;orifices variant de neuf &agrave; onze. La liste ne fait pas r&eacute;f&eacute;rence au nez  mais en revanche signale <em>ucci </em>en tant qu&rsquo;orifice alors qu&rsquo;au Tamil Nadu  il correspond au sommet du cr&acirc;ne. Une diff&eacute;rence conceptuelle se dessine entre  ces deux r&eacute;gions n&eacute;anmoins proches g&eacute;ographiquement et culturellement puisque  les auteurs de l&rsquo;article signalent que les esprits malveillants ne peuvent  p&eacute;n&eacute;trer dans le corps par <em>ucci </em>car c&rsquo;est un &lsquo;bon orifice&rsquo; alors qu&rsquo;au  Tamil Nadu, c&rsquo;est cette voie que les esprits empruntent et c&rsquo;est par celle-ci  qu&rsquo;ils sont expuls&eacute;s. Le d&eacute;part de l&rsquo;agresseur est m&eacute;taphoriquement mis en  sc&egrave;ne par une m&egrave;che de cheveux choisie &agrave; cet endroit pr&eacute;cis que l&rsquo;exorciste  coupe et cloue sur le tronc d&rsquo;un tamarinier (tm <em>pulimaram</em>) dont  l&rsquo;acidit&eacute; &agrave; l&rsquo;effet de fixer les esprits malveillants. A ce sujet, on peut  consulter les rituels d&rsquo;exorcisme pr&eacute;sent&eacute;s dans I. Nabokov (2000). &nbsp;<br>
13. M.G. Weiss (1977), dans une &eacute;tude de la m&eacute;decine &#257;yurv&eacute;dique  centr&eacute;e sur l&rsquo;ensemble nosologique <em>unm&#257;da </em>&lsquo;folie&rsquo;, pr&eacute;sente la  nosographie et l&rsquo;interpr&eacute;tation propres &agrave; chacune de ces maladies. Ainsi,  l&rsquo;intrusion de divinit&eacute;s plus ou moins dangereuses, un mauvais karma, une  transgression au moment de la conception ou au cours de la vie sont des  facteurs causaux reconnus, d&rsquo;autres maladies &eacute;tant strictement endog&egrave;nes,  d&eacute;coulant d&rsquo;un d&eacute;sordre humoral ou d&eacute;termin&eacute;e par la nature psychologique (<em>tamas </em>ou <em>ragas</em>). L&rsquo;auteur pr&eacute;cise que l&rsquo;&eacute;tiologie surnaturelle encore  utilis&eacute;e pour ces cat&eacute;gories morbides, reste une exception puisque les  m&eacute;decines privil&eacute;gieront par la suite les raisons physiologiques. N&eacute;anmoins, il  remarque que, au fur et &agrave; mesure de la composition de nouveaux textes m&eacute;dicaux,  la place allou&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;tiologie surnaturelle s&rsquo;accro&icirc;t parall&egrave;lement au nombre  de cat&eacute;gories divines impliqu&eacute;es dans les maladies, <em>Caraka </em>et <em>Su&#347;ruta  samhit&#257; </em>en mentionnent 8, l&rsquo;<em>Astan&#61466;ga Hrdayam</em>, 18 et le texte plus  r&eacute;cent <em>&#346;&#257;r&#324;gadhara samhit&#257;</em>, 20. Il explique ce ph&eacute;nom&egrave;ne par l&rsquo;influence  des facteurs traditionnels et non-m&eacute;dicaux (<em>ibid.</em>: 52). Concernant le  texte le plus r&eacute;cent (13&egrave;me si&egrave;cle ?), il a pu suivre l&rsquo;influence de  la m&eacute;decine <em>citta </em>et autre m&eacute;decine partageant les concepts puisqu&rsquo;il  inclut des pr&eacute;parations &agrave; base de m&eacute;taux, de min&eacute;raux et de substances  dangereuses et inscrit la lecture du pouls en tant que diagnostic. &nbsp;<br>
14. A Puliyampatti, saint Antoine de Padoue exerce son  pouvoir exorciste du sommet du <em>kotimaram </em>et &agrave; la petite chapelle o&ugrave; la  Vierge l&rsquo;aide dans sa t&acirc;che. Dans les temples hindous, les d&eacute;esses ambivalentes  (aimantes et vengeresses) poss&egrave;dent souvent les fonctions d&rsquo;exorcisme ; des  personnes d&eacute;tenant le pouvoir de la D&eacute;esse ex&eacute;cutent les rituels soit dans les  temples ou devant leur autel domestique (Nabokov 2000). Dans les <em>d&#257;rgha</em>,  un homme, interm&eacute;diaire du saint soufi (<em>p&#299;r</em>) dont il poss&egrave;de le pouvoir  par sa filiation, exorcise sur la tombe du saint (Pfleiderer 1981, Assayag 1995  ) <br>
15. D&rsquo;apr&egrave;s  les pr&eacute;cisions d&rsquo;un psychiatre indien, Ventoba Rao (1978), <em>Caraka samhit&#257; </em>d&eacute;crit  seize personnalit&eacute;s d&eacute;finies par une qualit&eacute; dominante (<em>guna</em>) : sept  domin&eacute;es par <em>sattva </em>(puret&eacute;, clairvoyance de l&rsquo;esprit), cinq soumises &agrave; <em>rajas </em>(passion, assombrissement de l&rsquo;esprit) et quatre &agrave; <em>tamas </em>(ignorance,  obscurantisme) et cinq types de constitution se diff&eacute;renciant d&rsquo;apr&egrave;s la  dominance d&rsquo;une humeur sur les autres et le degr&eacute; d&rsquo;&eacute;quilibre entre les trois  humeurs. <br>
16. &nbsp;L&rsquo;application du broyat sur la  t&ecirc;te s&rsquo;explique par le fait que les d&eacute;sordres psychiques et comportementaux  sont interpr&eacute;t&eacute;s par un disfonctionnement de l&rsquo;esprit (<em>ma<u>n</u>am</em>)  ou/et de l&rsquo;intelligence, du discernement (<em>putti</em>, <em>puttic&#257;litta<u>n</u>am</em>)  dont le cerveau (<em>m&#363;lai</em>) est consid&eacute;r&eacute; &ecirc;tre le si&egrave;ge (&eacute;galement not&eacute; par  Obeyesekere 1977). Ceci est une diff&eacute;rence avec la plupart des textes  classiques <em>&#257;yurvediques </em>qui, pour leur part, situent <em>buddhi </em>et <em>manas </em>dans le coeur (dans <em>Bhela samhit&#257;</em>, <em>manas </em>est situ&eacute; entre le  sommet du cr&acirc;ne et le palais). <br>
17. &nbsp;Il est &agrave; noter que les  m&eacute;dicaments occidentaux sont class&eacute;s parmi les substances &lsquo;&eacute;chauffantes&rsquo;, ce  qui, en plus de la justification religieuse que l&rsquo;on a soulign&eacute;e, renforce son  inad&eacute;quation &agrave; soigner ces troubles. Un article de L. Sachs (1989) souligne  &eacute;galement cette propri&eacute;t&eacute; accord&eacute;e aux m&eacute;decines occidentales, r&eacute;putation  affirm&eacute;e par V.E. Daniel (1984a) qui pr&eacute;cise que tous les aliments d&rsquo;origine  &eacute;trang&egrave;re incluant les m&eacute;dicaments sont sans exception class&eacute;s parmi les  substances &eacute;chauffantes. L. Sachs explique que les patients pensent qu&rsquo;une  prise r&eacute;guli&egrave;re de cette m&eacute;dication risque d&rsquo;occasionner des maux de t&ecirc;te, des  sensations de br&ucirc;lure dans les yeux ou une lourdeur &agrave; l&rsquo;estomac et rem&eacute;dient &agrave;  ces &lsquo;effets secondaires&rsquo; en consommant l&rsquo;eau des jeunes noix de coco &agrave; la  propri&eacute;t&eacute; rafra&icirc;chissante. Elle insiste sur l&rsquo;appr&eacute;ciation mitig&eacute;e du patient  par rapport &agrave; cette m&eacute;decine : elle est &eacute;chauffante et sa capacit&eacute; &agrave; soigner  est douteuse &agrave; cause des effets secondaires mais elle est capable d&rsquo;apporter un  soulagement rapidement. L&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute; attribu&eacute;e aux m&eacute;dicaments occidentaux est  maintes fois soulign&eacute;e par les patients de Puliyampatti, ce qui justifie la  th&egrave;se d&rsquo;une origine surnaturelle des troubles, non biologique, si aucune  am&eacute;lioration n&rsquo;est pas obtenue apr&egrave;s la prise de quelques comprim&eacute;s. &nbsp;<br>
18. &nbsp;Le  terme de &lsquo;<em>dh&#257;t syndrome</em>&rsquo; a &eacute;t&eacute; utilis&eacute; par le psychiatre Wig en 1960. Il  se d&eacute;finit comme &laquo; une croyance partag&eacute;e selon laquelle le sperme passe dans  les urines &raquo;. (Nakra et <em>al. </em>1977) <br>
19. &nbsp;Selon la tradition, 40 gouttes de  sang sont n&eacute;cessaires pour une goutte de moelle et 40 gouttes de moelle sont <br>
n&eacute;cessaire  pour une goutte de sperme (Nakra et <em>al. ibid. </em>: 15). Parmi les pratiques  d&eacute;velopp&eacute;es dans le yoga tantrique, une consiste &agrave; refouler le sperme et &agrave; le  faire remonter vers la t&ecirc;te. Cette technique a pour objectif d&rsquo;augmenter les  pouvoirs transcendants. Cette valorisation a son contraire puisque Carstairs et <em>al. </em>(1976) note pour le Karnataka que la perte s&eacute;minale, du fait qu&rsquo;elle  est produite de la chaleur du cerveau, engendre une perte de chaleur corporelle  puis l&rsquo;apparition de sympt&ocirc;mes somatiques. &nbsp;<br>
20. &nbsp;Durant  les possessions, les entit&eacute;s poss&eacute;dantes peuvent d&eacute;cliner leur nom mais aussi  elles peuvent s&rsquo;identifier par une gestuelle (minant un cobra, un singe), des  bruits particuliers (porc, chien) ou encore par des traits du visage imitant,  comme ici, l&rsquo;image conventionnelle de Kali mena&ccedil;ante. <br>
21. La  transgression dont il s&rsquo;agit est celle des r&egrave;gles d&rsquo;alliances pr&eacute;f&eacute;rentielles.  Dans le syst&egrave;me de parent&eacute; dravidienne dont les Tamouls font partie, les  mariages pr&eacute;f&eacute;rentiels sont de type cousin-crois&eacute; et plus rarement oncle  maternel-ni&egrave;ce. Dans la r&eacute;gion du Tirunelveli et en fonction des castes, on  note une fr&eacute;quence importante des mariages oncle maternel-ni&egrave;ce chez les  personnes &acirc;g&eacute;es. </p>
Notons &eacute;galement qu&rsquo;&agrave;  l&rsquo;instar de toutes les soci&eacute;t&eacute;s, la transgression induit le mal&eacute;fice et la  vengeance qui obligent &agrave; la r&eacute;paration. &nbsp;
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