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 <title>AnthropoWeb</title>
 <subtitle><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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 <updated>2026-03-13T09:09:00+01:00</updated>
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   <title>Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar</title>
   <updated>2011-03-30T16:59:00+02:00</updated>
   <id>https://www.anthropoweb.com/Le-maitre-du-jeu-Amour-quotidien-et-amour-merveilleux-a-Madagascar_a224.html</id>
   <category term="Anthropologie " />
   <published>2011-03-15T13:49:00+01:00</published>
   <author><name>Michèle Fiéloux, Jacques Lombard</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Depuis une vingtaine d'années, Madagascar est confrontée à une grave crise économique et sociale qui conduit à un effondrement définitif des anciens équilibres en milieu rural et à une dislocation des organisations de parenté associés à un affaiblissement des solidarités sociales et des pratiques religieuses anciennes. L'écho de cette transformation inéluctable résonne particulièrement dans les villes où affluent des paysans chassés des campagnes par le manque de terre, les vols de bœufs, la sécheresse ou l'appauvrissement. La résolution de ces nouvelles difficultés s'opère de plus en plus difficilement à l'intérieur des groupes de parenté et le développement de formes particulières de culte de possession apparaît comme une tentative plus ou moins réussie pour ouvrir des espaces concrets de dialogue et construire d'autres modes de sociabilité.  Dans un mouvement ample et continu, la multiplication des communautés de possédés ou tromba accompagne une extension rapide et souvent désordonnée des villes.     <div>
        Depuis les  p&eacute;riodes historiques les plus anciennes jusqu'&agrave; nos jours, les cultes de  possession repr&eacute;sentent une composante essentielle des pratiques religieuses  classiques que l&rsquo;on pourrait r&eacute;unir sous le terme&nbsp;: &laquo;&nbsp;cultes rendus  aux anc&ecirc;tres&nbsp;&raquo;.&nbsp; De cette mani&egrave;re, la communication quasi permanente  avec le surnaturel permettait et permet encore de penser et de g&eacute;rer  l'essentiel des probl&egrave;mes de la vie sociale, en reproduisant &agrave; un autre niveau  un mod&egrave;le politique mis en place par les royaut&eacute;s. Le roi et sa parent&eacute; &eacute;taient  d&rsquo;une nature diff&eacute;rente des autres &ecirc;tres humains, con&ccedil;ue comme l'&eacute;manation du  monde surnaturel par leur propre g&eacute;n&eacute;alogie. Cette position incomparable  conf&eacute;rait sa l&eacute;gitimit&eacute; au groupe dynastique. Les rois et les princes d&eacute;funts  sont toujours largement pr&eacute;sents dans les cultes urbains de possession o&ugrave; ils ont  trouv&eacute; un nouvel essor et les poss&eacute;d&eacute;s de ces souverains disparus transmettent  encore leur parole, la plus &eacute;lev&eacute;e qui soit, disposant ainsi d&rsquo;une grande  influence. Le d&eacute;veloppement actuel de ces cultes de possession s&rsquo;est donc  &eacute;largi &agrave; l'ensemble national, d&eacute;passant de fait les unit&eacute;s de r&eacute;f&eacute;rence  classiques que sont les royaumes, les lignages, les groupes ethniques et  constituant d&eacute;sormais une sorte de laboratoire de l'innovation sociale.&nbsp;<br>
  La r&eacute;alit&eacute;  profonde de la possession ou&nbsp;<em>tromba</em>&nbsp;s'est ainsi forg&eacute;e comme  un outil politique de contr&ocirc;le puis de communication qui d&eacute;tient tout &agrave; la fois  la capacit&eacute; de confirmer la l&eacute;gitimit&eacute; des pratiques sociales et d'assurer leur  transformation. Au nom du&nbsp;<em>Fombadrazana</em>, de la  &laquo;&nbsp;Tradition&nbsp;&raquo;, un poss&eacute;d&eacute; exp&eacute;riment&eacute; va donc pouvoir introduire le  changement qui loin d'appara&icirc;tre comme tel sera exactement con&ccedil;u comme  l'expression du&nbsp;<em>fomba</em>, de la tradition et donc de ce qui s'est  toujours fait. Les anc&ecirc;tres sont de ce fait les vrais modernes puisqu&rsquo;ils  l&eacute;gitiment toute nouvelle proposition, toute nouvelle action au nom de ce qui  s&rsquo;est toujours fait et puisque eux seuls, en d&eacute;finitive, peuvent s&rsquo;en porter  garants. &nbsp;<br>
  &nbsp;D&rsquo;une  mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, cette forme d'expression sociale est sans doute un biais  strat&eacute;gique pour l'analyse de l&rsquo;&eacute;volution actuelle des rapports de genre, des  rapports familiaux, des rapports de couple, des relations entre g&eacute;n&eacute;rations et  entre les membres d'une m&ecirc;me famille &eacute;largie, pour l&rsquo;analyse enfin de la  repr&eacute;sentation des hi&eacute;rarchies et de la notion de travail.&nbsp;</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <p>Ce travail  de recherche a &eacute;t&eacute; men&eacute; dans une ville de l'Ouest malgache, Tul&eacute;ar, capitale  r&eacute;gionale, forte d'environ 15O.OOO&nbsp; personnes dont le tissu social est  maill&eacute; par des r&eacute;seaux de communaut&eacute;s de poss&eacute;d&eacute;s de faible taille,  g&eacute;n&eacute;ralement de moins de dix personnes. A leur t&ecirc;te se trouve le plus souvent  une ma&icirc;tresse-poss&eacute;d&eacute;e ou&nbsp;<em>fondy&nbsp;</em>qui a &eacute;t&eacute; l'initiatrice de  chacun des membres.&nbsp;<br>
  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une  premi&egrave;re analyse de la composition de ces communaut&eacute;s r&eacute;v&egrave;le un certain nombre  de traits communs avec les cultes de possession observ&eacute;s en Afrique&nbsp;;  notamment un recrutement qui s'op&egrave;re dans les milieux populaires, aupr&egrave;s des  populations les plus d&eacute;favoris&eacute;es et qui concerne en tr&egrave;s grande majorit&eacute; des  femmes dont la plupart sont de facto des chefs de famille et qui ont un faible  niveau de scolarisation.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br>
  A Tul&eacute;ar,  plus de 85% des poss&eacute;d&eacute;s sont des femmes qui peuvent avoir ressenti les  premi&egrave;res manifestations de la possession au moment de l'adolescence mais qui  seront confirm&eacute;es dans ce statut honorifique de&nbsp;<em>tromba</em>&nbsp;par un  poss&eacute;d&eacute;&nbsp;<em>fondy</em>&nbsp;vers l'&acirc;ge de 18/20 ans au minimum avec  l'identification de leur premier esprit-poss&eacute;dant qui formera avec son  &quot;&eacute;lue&quot;, tout au long de sa vie, un v&eacute;ritable couple comme nous le  verrons plus bas.&nbsp;<br>
  Cette  possession &agrave; caract&egrave;re essentiellement f&eacute;minin est en fait une mise en sc&egrave;ne  distanci&eacute;e et l&eacute;g&egrave;rement caricaturale du monde masculin dans ses attributs  principaux puisque, dans la quasi-totalit&eacute; des cas, les esprits poss&eacute;dants sont  des anc&ecirc;tres masculins de tout &acirc;ge, allant du jeune gar&ccedil;on au vieillard. La  biographie relativement bien connue de ces &laquo;&nbsp;esprits&nbsp;&raquo; leur accorde  une place dans une g&eacute;n&eacute;alogie plus ou moins mythique, et rappelle avec de  nombreuses variantes leurs personnalit&eacute;s, leurs talents propres, leurs  exploits, les faits marquants de leur vie, les circonstances de leur  mort.&nbsp;<br>
  En plus du  changement de sexe, la gestuelle de la possession traduit cette modification  spectaculaire du statut de la personne-r&eacute;ceptacle qui acc&egrave;de par ce changement  d&rsquo;image, d&rsquo;identit&eacute;, &agrave; une double ascension sociale, devenant homme et Seigneur  en m&ecirc;me temps. La stature, le maintien, la voix forte, l'autorit&eacute; d'un ma&icirc;tre  s&rsquo;accordent alors avec une prise fort diff&eacute;rente sur la r&eacute;alit&eacute;. Cette  transformation particuli&egrave;re de l&rsquo;identit&eacute; de la personne r&eacute;v&egrave;le en m&ecirc;me temps  des aspects et des qualit&eacute;s insoup&ccedil;onn&eacute;es de son &ecirc;tre profond, lui conf&egrave;re des  pouvoirs inattendus et surtout lib&egrave;re l&rsquo;usage de sa parole en d&eacute;cuplant tous  ses effets d&rsquo;autant que la personne poss&eacute;d&eacute;e est toujours cens&eacute;e ignorer, comme  dans tout autre syst&egrave;me de possession connu, ce qui a &eacute;t&eacute; dit ou fait pendant  la transe. Enfin, rappelons que la possession est toujours con&ccedil;ue comme  l&rsquo;&eacute;lection par un esprit-poss&eacute;dant sur le mode d&rsquo;une relation amoureuse et non  comme le fruit d&rsquo;une d&eacute;marche individuelle et volontaire. Objet d&rsquo;une attention  exclusive, l&rsquo;&eacute;lue finit donc par contracter une alliance sous une forme tr&egrave;s  ritualis&eacute;e au terme d&rsquo;un itin&eacute;raire s&rsquo;&eacute;chelonnant sur plusieurs ann&eacute;es, jalonn&eacute;  de malheurs et d&rsquo;afflictions sp&eacute;cifiques. Cette forme d&rsquo;alliance  &laquo;&nbsp;spirituelle&nbsp;&raquo; suppose que l&rsquo;int&eacute;ress&eacute;e vive une v&eacute;ritable situation  de bigamie quand elle &eacute;pousera un mari humain. L&rsquo;esprit occupe toujours la  place de premier &eacute;poux et donc de v&eacute;ritable ma&icirc;tre de la personne de son &eacute;pouse  humaine et de la maison o&ugrave; elle vit. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une relation conjugale id&eacute;ale,  stable et harmonieuse et qui cessera seulement &agrave; la mort de l&rsquo;&eacute;lue, ce qui  permet &agrave; la femme de conserver un statut d&rsquo;&eacute;pouse ind&eacute;pendamment de ce qui peut  advenir dans sa relation avec son &eacute;poux humain.&nbsp;</p>
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2775318-3929493.jpg?v=1301149690" alt="Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar" title="Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar" />
     </div>
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      <p>Une fois  pos&eacute; ce cadre g&eacute;n&eacute;ral indispensable pour introduire de ce qui va suivre, notre  propos est justement de pr&eacute;senter un aspect particuli&egrave;rement significatif du  jeu subtil rendu possible gr&acirc;ce &agrave; la possession.&nbsp; Nous avons choisi, pour  ce faire, le th&egrave;me des relations amoureuses et des relations de couple parmi de  nombreux autres th&egrave;mes possibles comme, par exemple, les jeux de pouvoir, les  fonctions th&eacute;rapeutiques, etc. Les exemples que nous allons pr&eacute;senter vont nous  plonger dans la vraie dynamique de ce ph&eacute;nom&egrave;ne qui concerne en fait la  d&eacute;licate question du passage du sujet au social. Ils sont emprunt&eacute;s &agrave; un corpus  constitu&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;enregistrement syst&eacute;matique de toutes les consultations  publiques dans une m&ecirc;me communaut&eacute; pendant 18 mois (1990/91). Nous faisions  alors l&rsquo;hypoth&egrave;se que chaque s&eacute;ance de possession, chaque rituel particulier en  tant que performance in&eacute;dite est une explicitation du rituel pr&eacute;c&eacute;dent, et donc  une mani&egrave;re de le penser pour ceux qui en sont les acteurs et dans le m&ecirc;me  temps le lieu concret de la mise en &oelig;uvre de la strat&eacute;gie des personnes  engag&eacute;es dans cette performance. Cette observation cumul&eacute;e de nombreuses  s&eacute;ances de possession portait sur une &eacute;chelle en quelque sorte ininterrompue  entre le sensible et le social, entre la simple expression d&rsquo;une angoisse &agrave; un  extr&ecirc;me et l&rsquo;int&eacute;gration dynamique dans le jeu social &agrave; l&rsquo;autre bout. Chacun  arrivant l&agrave; avec son trouble, son malaise, son incertitude, sa douleur pour  ressortir avec une r&eacute;ponse qui lui redonnait sa vraie place, au nom des valeurs  les plus anciennes dans le monde commun d&rsquo;une modernit&eacute; en mouvement. Dans  cette perspective, nous avons d&eacute;velopp&eacute; une autre enqu&ecirc;te sur la&nbsp;vie  quotidienne de fa&ccedil;on &agrave; bien conna&icirc;tre l&rsquo;histoire de chaque personne impliqu&eacute;e  dans une consultation et &agrave; tenter ainsi de prendre une bonne mesure de la  nature concr&egrave;te des enjeux et des strat&eacute;gies &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans le cadre du rituel.<br>
  En  traitant ce th&egrave;me des relations amoureuses, nous allons explorer les diff&eacute;rents  registres de la communication, au plan social et psychologique, rendus  possibles par la possession et donc par la croyance en la dissociation de la  personne tels qu&rsquo;ils sont v&eacute;ritablement invent&eacute;s, au fil des circonstances et  des s&eacute;ances de consultation par une ma&icirc;tresse-poss&eacute;d&eacute;e ou&nbsp;<em>fondy</em>,  Clairette.&nbsp;<br>
  &Acirc;g&eacute;e  d&rsquo;environ 45 ans, Clairette est responsable d&rsquo;une communaut&eacute; depuis une  vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es. Habit&eacute;e par une douzaine d&rsquo;esprits appartenant &agrave; des  lignages prestigieux, elle est reconnue comme l&rsquo;&eacute;pouse de son premier  esprit-poss&eacute;dant, toujours consid&eacute;r&eacute; comme le plus important, le Prince Raleva,  qui aurait v&eacute;cu au d&eacute;but du si&egrave;cle dans le royaume sakalava du Boeny au  nord-ouest de Madagascar et qui a la r&eacute;putation d&rsquo;&ecirc;tre notamment un excellent  conseiller en mati&egrave;re conjugale. Il dispense ses bienfaits &agrave; une client&egrave;le  nombreuse et fid&egrave;le. Par ailleurs Clairette est depuis une quinzaine d&rsquo;ann&eacute;es  l&rsquo;&eacute;pouse de Justin, chauffeur &agrave; la compagnie d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; qui a accept&eacute;  d&rsquo;occuper la position de &laquo;&nbsp;co-&eacute;poux&nbsp;&raquo; du Prince. En fait, selon  l&rsquo;usage, un lien de parent&eacute; fictif les unit comme &laquo;&nbsp;fr&egrave;res&nbsp;&raquo; et c&rsquo;est  par ce terme d&rsquo;adresse que le Prince dialogue avec Justin alors que ce dernier  emploie le terme Seigneur ou&nbsp;<em>Koeze</em>, compte tenu de la position  hi&eacute;rarchique &eacute;lev&eacute;e de son parent<em>.</em>&nbsp;La relation triangulaire  unissant Clairette et ses deux maris p&egrave;se d&rsquo;un poids r&eacute;el, puisque l&rsquo;esprit,  tout comme son fr&egrave;re humain, est membre &agrave; part enti&egrave;re du groupe familial et  occupe une vraie place dans la structure de parent&eacute;.&nbsp;<br>
  Ainsi,  chaque membre de la famille va pouvoir se situer doublement par rapport &agrave; la  m&ecirc;me personne et vice-versa. Par exemple, Clairette cumule en tant que personne  &agrave; double personnalit&eacute; mais de fa&ccedil;on n&eacute;cessairement dissoci&eacute;e le r&ocirc;le d&rsquo;&eacute;pouse  de son mari humain et celui de fr&egrave;re de ce dernier&nbsp;; de m&ecirc;me elle est &agrave; la  fois la fille de ses parents et leur gendre, la m&egrave;re de sa fille et son p&egrave;re  spirituel etc. Endossant ces diff&eacute;rents r&ocirc;les, elle va pouvoir intervenir de  fa&ccedil;on diff&eacute;renci&eacute;e dans la vie des membres de sa famille aupr&egrave;s desquelles elle  peut passer d&rsquo;une personne &agrave; une autre dans la m&ecirc;me journ&eacute;e et selon les  besoins. Par exemple, m&egrave;re de famille pr&eacute;occup&eacute;e du repas de son enfant, elle  peut l&rsquo;instant d&rsquo;apr&egrave;s rev&ecirc;tir le costume de son esprit et se comporter comme  un homme craint et respect&eacute;, &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;un anc&ecirc;tre royal. Elle est alors  respectueusement &eacute;cout&eacute;e par ceux qui ne voient plus en elle une parente ou une  &eacute;pouse et qui semblent bien ne pas douter un instant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une  personne d&rsquo;une nature tout &agrave; fait diff&eacute;rente, un esprit de mort,&nbsp;<em>lolo</em>,&nbsp;<em>rivotse</em>,  etc&hellip;</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <p>L&rsquo;analyse  des registres de communication dans notre corpus autour du th&egrave;me central de la  relation de couple et des relations amoureuses fait appara&icirc;tre trois types de  configurations de relations triangulaires qui sont &agrave; la fois sp&eacute;cifiques et  interd&eacute;pendantes.&nbsp;</p>
     </div>
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     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2775318-3929498.jpg?v=1301149714" alt="Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar" title="Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar" />
     </div>
     <div>
      <p><strong>Configuration  1&nbsp;: Clairette/Le Prince/Justin&nbsp;</strong> <br>
  Le Prince sera le porte-parole de  Clairette pour dialoguer avec Justin, son mari humain, sur les sujets qui ne  peuvent &ecirc;tre trait&eacute;s par elle de mani&egrave;re directe (infid&eacute;lit&eacute;, utilisation des  revenus familiaux, relation avec les beaux-parents, etc.) &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Configuration  2, Clairette/La confidente/Le Prince virtuel</strong> <br>
  Clairette s&rsquo;adressant &agrave; une confidente et  non &agrave; un poss&eacute;d&eacute; &eacute;voque sa vie intime en introduisant dans la proc&eacute;dure  narrative un tiers d&rsquo;importance, Le Prince qui appara&icirc;t dans ce cas comme  essentiellement virtuel.&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Configuration  3&nbsp; Clairette/Le Prince/Un consultant/e&nbsp;</strong> <br>
  Le Prince se trouve en position  d&rsquo;intervenir comme conseiller et th&eacute;rapeute &agrave; un plus large niveau que le couple  Justin/Clairette, faisant montre dans ses r&eacute;ponses de toute l&rsquo;exp&eacute;rience  acquise par le jeu subtil des diff&eacute;rents &eacute;changes possibles dans ces relations  triangulaires intriqu&eacute;es.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <p>&nbsp;On  pourrait dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une forme d&rsquo;analyse critique, produite par ses  v&eacute;ritables acteurs, du mariage en milieu urbain dans une situation de crise et  de transition sociale. Ce que vit Clairette dans son quotidien dans le cadre de  la configuration 1 ou ce qu&rsquo;elle dit de sa vie de couple dans la configuration  2 semble refl&eacute;ter la situation conjugale moyenne telle qu&rsquo;elle appara&icirc;t dans la  configuration 3. Au fond, on assiste avec l&rsquo;histoire racont&eacute;e et jou&eacute;e par  Clairette et ses tiers &agrave; un sc&eacute;nario traitant avec force rebondissements,  sentiments et effets de sc&egrave;ne, d&rsquo;une r&eacute;alit&eacute; qui n&rsquo;est plus seulement celle de  Clairette mais qui, prenant source en elle, devient la trame de tout autre  histoire v&eacute;cue semblable en lui apportant ainsi du sens.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <p><strong>1) Clairette /Le Prince&nbsp; /Justin</strong> </p>
<p>La  premi&egrave;re configuration est donc induite par cette situation de bigamie,  socialement reconnue et dont la particularit&eacute; est de concilier deux formes  d&rsquo;alliance de nature tr&egrave;s distincte.&nbsp;<br>
  Que dire  de la relation conjugale de Clairette et du Prince ? Clairette ne s&rsquo;&eacute;tend pas  sur cette question, mais elle insiste sur les deux modalit&eacute;s de relation  qu&rsquo;elle entretient avec Le Prince&nbsp;: soit il l&rsquo;habite et se substitue alors  enti&egrave;rement &agrave; elle qui devient Le Prince Raleva&nbsp;; soit elle entretient un  v&eacute;ritable &eacute;change amoureux et sexuel avec Lui ce qui suppose la pr&eacute;sence de  deux &laquo;&nbsp;personnes&nbsp;&raquo;, Clairette l&rsquo;&eacute;pouse et Le Prince son mari.  Clairette explique que la pr&eacute;sence du Prince &laquo;&nbsp;qui la surprend dans son  sommeil&nbsp;&raquo; lui est rendue sensible tout d&rsquo;abord par l&rsquo;air parfum&eacute; qui le  pr&eacute;c&egrave;de et qui la rend impatiente de le voir et d&eacute;j&agrave; amoureuse. Ce sont ensuite  les postures de l&rsquo;intimit&eacute;, Le Prince prend place sur son lit, Clairette  d&eacute;couvre la mani&egrave;re dont il est v&ecirc;tu et le voit fumer.&nbsp;Seul Le Prince peut  s&rsquo;approcher d&rsquo;elle de cette fa&ccedil;on alors que les autres esprits ne le font pas.  Clairette pr&eacute;cise que tout se passe comme avec un &ecirc;tre humain. La grande  diff&eacute;rence tient dans le d&eacute;sir qui reste fort comme au premier jour et  peut-&ecirc;tre encore plus fort que celui d&rsquo;un &ecirc;tre humain. L&rsquo;esprit reste fid&egrave;le &agrave;  ses premiers &eacute;mois, il n&rsquo;est pas &laquo;&nbsp;abandonnant&nbsp;&raquo; m&ecirc;me au bout de 20  ans de mariage. L&rsquo;&acirc;ge de la femme et sa capacit&eacute; de f&eacute;condit&eacute; ne jouent pas en  sa d&eacute;faveur alors que ce sont des crit&egrave;res discriminants dans la vie  courante.&nbsp;<br>
  D&rsquo;apr&egrave;s  Clairette, Justin, son mari, a vaguement conscience que quelque chose se passe  pendant les apparitions du Prince mais il ne voit rien. Il peut l&rsquo;entendre rire  sans savoir pourquoi et n&rsquo;obtient aucune r&eacute;ponse s&rsquo;il l&rsquo;interroge&nbsp;!  Clairette ajoute que Justin conna&icirc;t le parfum du Prince, que c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs  lui qui peut le reconna&icirc;tre en d'autres circonstances et non elle, Clairette,  quand le Prince est pr&eacute;sent. Remarquons &agrave; cet &eacute;gard que Clairette ma&icirc;trise  parfaitement le double r&eacute;cit qu&rsquo;elle fait de tout &eacute;v&eacute;nement. Certains faits  concernent le Prince exclusivement et non Clairette qui n&rsquo;est pas cens&eacute;e &ecirc;tre  l&agrave;.&nbsp;<br>
  Soulignons  ici que le Prince se comporte d&rsquo;une mani&egrave;re sp&eacute;cifique, il parle doucement,  d&eacute;teste utiliser un langage ordurier contrairement &agrave; d&rsquo;autres princes, se  montre tr&egrave;s pudique &agrave; propos des questions de sexe, &eacute;coute avec patience les  consultants mais il peut se r&eacute;v&eacute;ler aussi, comme tout prince de haut lignage et  dont la parole p&egrave;se, autoritaire et intraitable. Personne, et pas plus  Clairette et Justin, ne peut le contredire et le faire revenir sur ses  d&eacute;cisions.&nbsp;<br>
  C&rsquo;est bien  parce que la poss&eacute;d&eacute;e est consid&eacute;r&eacute;e comme l&rsquo;instrument de son esprit et donc  enti&egrave;rement soumise &agrave; son autorit&eacute; qu&rsquo;elle peut justement en faire en retour  son propre outil pour mettre en &oelig;uvre sa propre autorit&eacute;, sa propre cr&eacute;ativit&eacute;  sociale et psychologique.&nbsp;<br>
  Le Prince  incarne l&rsquo;ambivalence, comme tout anc&ecirc;tre il peut apporter la prosp&eacute;rit&eacute;, mais  aussi le malheur ainsi que le veut le jeu de la r&eacute;compense/punition au  fondement du discours &laquo;&nbsp;autoris&eacute;&nbsp;&raquo; de l&rsquo;anc&ecirc;tre. Clairette impose  donc la loi du Prince comme la condition du bonheur familial. Les r&egrave;gles  impos&eacute;es correspondent &agrave; celles qu&rsquo;elle pourrait &eacute;dicter si elle en avait le  droit. Mais seule l&rsquo;autorit&eacute; masculine personnifi&eacute;e par le Prince Raleva est  assez forte pour &ecirc;tre entendue puisqu&rsquo;il cumule les qualit&eacute;s n&eacute;cessaires.  Clairette le r&eacute;p&egrave;te &agrave; loisir&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Le Prince, quand il est f&acirc;ch&eacute;,  n&rsquo;est pas commode. Il n&rsquo;est pas facile &agrave; amadouer&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est tout le  contraire de l&rsquo;image qu&rsquo;elle veut donner d&rsquo;elle-m&ecirc;me dans la vie courante. Elle  qui est douce, conciliante, discr&egrave;te, pudique. Le Prince n&rsquo;est-il pas le  meilleur m&eacute;diateur pour toute parole &laquo;&nbsp;bien sentie&nbsp;&raquo; de Clairette,  paroles qui seraient vues autrement comme vaines, d&eacute;plac&eacute;es, transgressives,  d&eacute;cal&eacute;e, passibles de sanction etc.<br>
  &nbsp;Par  opposition le mari humain est le plus souvent d&eacute;crit en termes n&eacute;gatifs,  volage, inconstant, paresseux, d&eacute;pensier, prodigue, violent, etc. Cependant, un  mariage d&rsquo;amour est la aussi possible. Clairette raconte qu&rsquo;elle dut s&rsquo;opposer  &agrave; ses parents pour &eacute;pouser Justin dont elle &eacute;tait &eacute;prise. &laquo;&nbsp;Nous nous  aimions beaucoup dit-elle, mais ma m&egrave;re le d&eacute;testait parce qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas  fonctionnaire&nbsp;; chaque fois qu&rsquo;il venait me rendre visite, elle me  traitait de&nbsp;<em>makorely,</em>&nbsp;de putain&nbsp;. Et maintenant Justin  commence &agrave; me poser des probl&egrave;mes alors qu&rsquo;au d&eacute;but il ne savait que faire pour  satisfaire mes d&eacute;sirs&nbsp;&raquo;.<br>
  Dans le  couple, seule Clairette dispose d&rsquo;un droit &agrave; la parole libre par  l&rsquo;interm&eacute;diaire du Prince. Il ne peut en &ecirc;tre de m&ecirc;me pour Justin. Quand il se  trouve face au Prince omniscient, il est en droit de lui parler sans contrainte  comme le font les consultants ordinaires qui recherchent justement ce type de  relation dans leurs contacts avec les poss&eacute;d&eacute;s. Mais on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit  pour Justin d&rsquo;une fausse intimit&eacute;, illusoire, dangereuse puisque Clairette peut  construire ensuite ce jeu pervers qui consiste &agrave; utiliser ce qui a &eacute;t&eacute; dit tout  en feignant d&rsquo;en ignorer la source.&nbsp;<br>
  Rappelons  ce fait essentiel pour la compr&eacute;hension du fonctionnement de la configuration 1  que Clairette n&rsquo;est pas cens&eacute;e &ecirc;tre pr&eacute;sente lorsque ses &laquo;&nbsp;deux  maris&nbsp;&raquo; dialoguent entre eux puisqu&rsquo;elle est habit&eacute;e &agrave; ce moment-l&agrave; par le  Prince. Jamais prise en d&eacute;faut de parler au nom de celui-ci alors qu&rsquo;elle doit  &ecirc;tre Clairette, elle apporte &eacute;galement par sa conduite la preuve qu&rsquo;elle est  r&eacute;ellement poss&eacute;d&eacute;e quand le Prince est pr&eacute;sent. Clairette se montre toujours  amn&eacute;sique et donc innocente de ce qui s&rsquo;est pass&eacute; lorsque le Prince &eacute;tait l&agrave;  alors qu&rsquo;elle attend d&rsquo;&ecirc;tre inform&eacute;e par un tiers de la teneur de l&rsquo;entretien  et notamment de ce que son mari spirituel tenait &agrave; lui faire savoir &agrave;  l&rsquo;occasion de sa venue. En fait, la r&egrave;gle de l&rsquo;amn&eacute;sie permet &agrave; Clairette de  mener un discours parall&egrave;le sur ce qui &laquo;&nbsp;aurait pu &ecirc;tre dit&nbsp;&raquo; pendant  la transe tout en faisant remarquer que ce ne sont que des suppositions. De  cette mani&egrave;re, elle peut &eacute;noncer ce qu&rsquo;elle ne pourrait pas dire directement  aux personnes concern&eacute;es dans la vie r&eacute;elle ni m&ecirc;me dans le cadre de la  possession, ce qui quelque part est le comble du syst&egrave;me. Dans ce contexte, la  pr&eacute;sence de la confidente est strat&eacute;gique comme nous le verrons dans la  configuration&nbsp; 2.<br>
  Clairette  use de cette confrontation entre les deux maris pour transgresser les r&egrave;gles de  conduite prescrites dans une relation conjugale, r&egrave;gles que le Prince se charge  par ailleurs de rappeler &agrave; bon escient lorsqu&rsquo;il traite avec un tiers,  c&rsquo;est-&agrave;-dire un consultant/e, des probl&egrave;mes de couple comme on le verra dans la  configuration 3.&nbsp;<br>
  Par  contre, le discours tenu par le Prince sur les probl&egrave;mes conjugaux de toute  nature (adult&egrave;re, r&eacute;partition du travail, etc.) qui affectent le couple  Justin/Clairette est autoris&eacute; par le fait que le tiers consult&eacute; n&rsquo;est pas  quelqu&rsquo;un d&rsquo;ext&eacute;rieur au couple, comme peut l&rsquo;&ecirc;tre un poss&eacute;d&eacute; ou un  devin-astrologue, mais qu&rsquo;il est par la force des choses inclus dans le couple,  le Prince poss&eacute;dant l&rsquo;&eacute;pouse du mari humain consultant. On devine le pouvoir  occulte consid&eacute;rable de Clairette lorsque le Prince intervient de mani&egrave;re  active, et souvent intrusive et coercitive. Nous avons choisi comme exemple  l&rsquo;extrait suivant d&rsquo;une consultation donn&eacute;e par le Prince recevant Justin. On  remarque que Justin ne reconna&icirc;t pas ou ne semble pas reconna&icirc;tre sa  femme&nbsp;; de m&ecirc;me que Clairette ne reconna&icirc;t pas ou ne semble pas  reconna&icirc;tre son mari.<br>
  En 1991,  Justin vient consulter le Prince pour deux raisons. Tout d&rsquo;abord, il vient  l&rsquo;informer que sa femme, Clairette, souffre d&rsquo;un furoncle sur la jambe &agrave; tel  point qu&rsquo;elle n&rsquo;a pu venir elle-m&ecirc;me le consulter. En son nom, il demande au  Prince de lui prescrire un m&eacute;dicament et ce dernier lui indique alors une  pommade &agrave; base de cinq plantes. D&rsquo;autre part, il vient lui exposer diff&eacute;rents  probl&egrave;mes concernant l&rsquo;entreprise familiale. Le Prince l&rsquo;interroge&nbsp;:</p>
<p>&quot; Comment marche l'&eacute;picerie ? Le  marchand de bois est-il venu livrer? Avez-vous, cette ann&eacute;e, l'intention de  confier vos terres aux m&ecirc;mes m&eacute;tayers? Avez-vous pu acheter le terrain que vous  guigniez ?&quot;.&nbsp; Le Prince entre alors dans le vif du sujet pour  rappeler qu'il ne supporte pas de le voir se disputer avec sa femme au sujet de  l'&eacute;picerie, de la vente de bois ou de toute autre activit&eacute;. &quot;C'est d&eacute;j&agrave;  assez difficile de gagner sa vie et mieux vaut &eacute;viter de le faire le coeur  serr&eacute;&quot;.<br>
  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le  Prince reproche &agrave; Clairette de se mettre trop vite en col&egrave;re, mais constate que  Justin fait souvent tout ce qu'il faut pour cela. Contrairement &agrave; ce que le  couple avait convenu, Justin continue, &agrave; l'&eacute;picerie, de vendre &agrave; cr&eacute;dit et ne  respecte pas toujours les r&egrave;gles de fonctionnement de leur entreprise (respect  des horaires de travail, assiduit&eacute; au travail notamment aux heures  d'affluence). Puis le Prince le remet &agrave; sa place avec cette remarque : &quot;  Ne te prends pas pour un prince &agrave; qui l'on ne peut rien dire !&quot;.&nbsp;<br>
  Finalement,  le Prince lui donne un talisman qui permet d'attirer davantage de monde &agrave;  l'&eacute;picerie et donc de rehausser sa r&eacute;putation. Il doit en asperger toutes les  marchandises et les trois vendeurs, lui, sa femme Clairette et Jeanne, la fille  de cette derni&egrave;re. Le Prince insiste encore une fois aupr&egrave;s de Justin pour  qu'il ne confie &agrave; personne d'autre la charge de l'&eacute;picerie ou la vente du  bois.&nbsp;<br>
  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avant  de clore la consultation, le Prince aborde le sujet d&eacute;licat des relations  conjugales. Clairette fait souvent &agrave; Justin le reproche d'&ecirc;tre infid&egrave;le et  d&eacute;pensier et de distraire les revenus familiaux avec d'autres femmes. Le Prince  juge son comportement inadmissible. S'il peut comprendre ses passades, il ne  peut tol&eacute;rer par contre qu'il gaspille l'argent du couple et le sien qui vient  de la m&ecirc;me caisse, en particulier l'argent de l'&eacute;picerie.<strong>&nbsp;</strong></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A  un certain niveau de comp&eacute;tence, les revenus de la possession, acquis gr&acirc;ce au  cabinet de consultations et aux activit&eacute;s &eacute;conomiques d&eacute;velopp&eacute;es &agrave; partir de  cette base, constituent le capital le mieux &eacute;pargn&eacute;, car il est nomm&eacute;ment  attribu&eacute; &agrave; &laquo;&nbsp;l&rsquo;esprit&nbsp;&raquo; et ne saurait &ecirc;tre confondu avec celui d&eacute;tenu  par tout autre membre de la famille, y compris par la poss&eacute;d&eacute;e. Personne ne  peut y avoir acc&egrave;s sans l&rsquo;accord de l&rsquo;esprit, via la poss&eacute;d&eacute;e. Par exemple, on  observe que le Prince au d&eacute;but de son mariage avait pour seuls biens son  costume et des objets cultuels et que vingt ans plus tard, en passant par des  p&eacute;riodes plus ou moins fastes, il est devenu le propri&eacute;taire exclusif de la  maison, de son mobilier, de l&rsquo;&eacute;picerie, de la buvette, etc. Une telle  situation, fr&eacute;quemment g&eacute;n&eacute;ratrice de conflits &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du couple  d&rsquo;humains, a aussi pour cons&eacute;quence de modifier sensiblement la nouvelle  composition des unit&eacute;s domestiques qui se fondent ainsi sur la base de la parent&eacute;  matrilin&eacute;aire. Une poss&eacute;d&eacute;e qui assume de facto le r&ocirc;le de chef de maison peut  d&eacute;cider qui sera pris en charge et int&eacute;gr&eacute; dans la famille.&nbsp;<br>
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      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2775318-3929503.jpg?v=1301149745" alt="Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar" title="Le maître du jeu. Amour quotidien et amour merveilleux à Madagascar" />
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       <strong>2) Clairette/La confidente /Le Prince  virtuel</strong> </p>
<p>Une  &eacute;tudiante qui collabore &agrave; cette &eacute;tude sur la possession a nou&eacute; des relations  d&rsquo;amiti&eacute; avec Clairette qui en a fait sa confidente.&nbsp;Bien qu&rsquo;ayant &eacute;t&eacute;  &eacute;lev&eacute;e dans un milieu protestant et peu port&eacute; sur la possession, celle-ci ne  cache pas sa croyance en la possession et pense que le Prince comme pour tout  autre esprit prenant possession de Clairette est un &ecirc;tre venu du monde  invisible. Elle se montre respectueuse et soumise d&egrave;s qu&rsquo;elle se trouve en leur  pr&eacute;sence. Le Prince sait bien comment l&rsquo;amener &agrave; faire ce qu&rsquo;il veut sans rien  lui imposer directement, comme il le fait pour les membres  &laquo;&nbsp;croyants&nbsp;&raquo; de sa famille. N&eacute;anmoins, la confidente occupe une place  sp&eacute;cifique dans ces jeux relationnels puisqu&rsquo;elle est avertie de tout &eacute;v&eacute;nement  donn&eacute; comme r&eacute;el m&ecirc;me si on peut douter dans certains cas de la r&eacute;alit&eacute; de  l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement en question. La confidente ne consulte jamais un poss&eacute;d&eacute; pour un  probl&egrave;me la concernant personnellement mais dialogue assez souvent avec le  Prince sur ses activit&eacute;s. Parfois, c&rsquo;est sur l&rsquo;instigation m&ecirc;me de Clairette  qu&rsquo;elle lui pose certaines questions qui sont strat&eacute;giques pour  Clairette&nbsp;et dont les r&eacute;ponses apport&eacute;es par le Prince permettent de  rendre publics certains &eacute;l&eacute;ments d&rsquo;un processus en cours.&nbsp;<br>
  Si les  dialogues entre &laquo;&nbsp;fr&egrave;res&nbsp;&raquo; semblent se passer beaucoup moins souvent  que l&rsquo;&eacute;pouse Clairette ne l&rsquo;affirme &agrave; sa confidente, par contre, la pr&eacute;sence  quasi quotidienne de celle-ci semble avoir activ&eacute;e une forme de relation  particuli&egrave;re o&ugrave; le Prince est utilis&eacute; comme un tiers virtuel. Clairette, par  exemple, confie les &eacute;l&eacute;ments d&rsquo;un drame conjugal en train de se d&eacute;rouler  (Justin rentre tard le soir parce qu&rsquo;il la trompe, grappille de l&rsquo;argent dans  la caisse de l&rsquo;&eacute;picerie, etc.) et qui serait l&rsquo;objet d&rsquo;une discussion anim&eacute;e  entre &laquo;&nbsp;les deux fr&egrave;res&nbsp;&raquo;. Chacun de ces entretiens se passe dans les  consultations dites priv&eacute;es qui se caract&eacute;risent par une rencontre en  t&ecirc;te-&agrave;-t&ecirc;te entre l&rsquo;esprit consult&eacute; et le consultant et donc en l&rsquo;absence de  t&eacute;moin (serviteur, ami&hellip;). Il est probable que certains de ces entretiens entre  le Prince et Justin ont &eacute;t&eacute; invent&eacute;s et leur r&eacute;cit constitue alors une simple  forme narrative autorisant la libre expression personnelle.<strong>&nbsp;</strong>Ce  dispositif permet &agrave; Clairette de d&eacute;rouler son histoire autrement qu&rsquo;elle ne le  fait lorsqu'elle endosse le r&ocirc;le du Prince ou d&rsquo;un autre de ses esprits.&nbsp;  Tant que Clairette fait allusion &agrave; un entretien fictif entre ses deux maris,  elle n&rsquo;engage que sa personne et non son couple. Elle peut ainsi d&eacute;velopper sa  mani&egrave;re de voir et de ressentir ce qui lui arrive sans que cela porte &agrave;  cons&eacute;quences comme lors d&rsquo;un entretien r&eacute;el (configuration 1). Qui pourrait  contredire Clairette quand elle assure &agrave; sa confidente que Justin a rencontr&eacute;  Le Prince mais qu&rsquo;elle-m&ecirc;me ne peut que supposer ce qui a pu se passer entre  eux puisqu&rsquo;elle doit attendre d&rsquo;en avoir un compte rendu d&eacute;taill&eacute;. Dans ce cas,  ce n&rsquo;est plus l&rsquo;amn&eacute;sie suivant la transe comme dans la configuration 1 mais le  silence de Justin et donc l&rsquo;absence de transmission concernant l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement  suscit&eacute; par la transe qui est un &eacute;l&eacute;ment clef du syst&egrave;me narratif puisque Clairette  peut rester l&agrave; aussi dans le registre de la supposition, de l&rsquo;hypoth&egrave;se, et ce  faisant tracer en filigrane les &eacute;l&eacute;ments du drame qu&rsquo;elle serait cens&eacute;e vivre  avec Justin.&nbsp; Ainsi, le 27 novembre 1990, elle explique &agrave; sa confidente  que le Prince, la veille au soir, a fait appeler Justin pour se plaindre que  des affaires lui appartenant dans la maison, frigidaire, ventilateur&hellip; ont &eacute;t&eacute;  vendus sans l&rsquo;avertir. Le Prince aurait rappel&eacute; que tout cela lui appartenait  et que tous deux, Clairette et Justin, font bien peu cas de lui, le Prince,  pour se comporter de cette mani&egrave;re&nbsp;!&nbsp; Clairette fait remarquer &agrave; sa  confidente que Justin lui aurait dit &agrave; quel point le Prince avait &eacute;t&eacute; froid  avec lui et bien plus qu&rsquo;&agrave; son habitude. Il appara&icirc;t au fil du r&eacute;cit que cette  histoire en cache une autre qui est le noyau du conflit opposant Clairette et  Justin et qui concerne les d&eacute;penses occasionn&eacute;es par le rite de retournement  des morts fait dans sa belle-famille, d&eacute;penses qui auraient rendu n&eacute;cessaire la  vente de ce mobilier. Clairette peut ainsi expliquer &agrave; sa confidente qu&rsquo;elle  tenait pour sa part &agrave; se montrer g&eacute;n&eacute;reuse (comme doit l&rsquo;&ecirc;tre d&rsquo;ailleurs toute  bru) compte tenu des relations tendues avec sa belle-famille qui lui reproche  d&rsquo;&ecirc;tre &laquo;&nbsp;une mauvaise &eacute;pouse&nbsp;&raquo; cumulant les traits les plus n&eacute;gatifs,  puisqu&rsquo;elle appartiendrait &agrave; un groupe inf&eacute;rieur &agrave; son mari, qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas  d&rsquo;enfant avec lui et qu&rsquo;elle est poss&eacute;d&eacute;e, r&ocirc;le peu valoris&eacute; et jug&eacute; inqui&eacute;tant  pour sa belle-famille. Par ailleurs, faute majeure, c&rsquo;est elle qui dispose des  moyens financiers et donc en d&eacute;tient le contr&ocirc;le m&ecirc;me si cela n&rsquo;est jamais dit  clairement et donc c&rsquo;est le Prince qui peut d&eacute;cider de la redistribution des  biens dans sa propre maison mais aussi de mani&egrave;re indirecte dans sa  belle-famille.&nbsp;<br>
  Probablement  Clairette n&rsquo;ose pas aborder ces questions mat&eacute;rielles avec Justin de mani&egrave;re  aussi directe. Celui-ci ne peut comprendre par contre coup sa position relative  dans le groupe domestique qu&rsquo;en pr&ecirc;tant attention aux propos tenus par le  Prince lors d&rsquo;une consultation dont l&rsquo;objet ne sera pas de traiter  explicitement de la r&eacute;partition des d&eacute;penses par exemple ou de tout autre sujet  concernant la gestion de la maison. De fa&ccedil;on inopin&eacute;e, inattendue, le probl&egrave;me  sera &eacute;voqu&eacute; par le Prince qui s&rsquo;&eacute;tonne par exemple de voir &agrave; quel point cela  &eacute;nerve Justin que Clairette h&eacute;berge des petits neveux &agrave; elle et trait&eacute; ensuite  de mani&egrave;re &agrave; englober les probl&egrave;mes sous-jacents concernant la faible autonomie  financi&egrave;re de Justin et le co&ucirc;t des relations avec la belle-famille. On  comprend qu&rsquo;une telle consultation peut porter &agrave; cons&eacute;quences et c&rsquo;est  d&rsquo;ailleurs sa finalit&eacute; cach&eacute;e, alors qu&rsquo;un dialogue avec la confidente permet &agrave;  Clairette d&rsquo;&eacute;noncer et peut-&ecirc;tre de clarifier ses pens&eacute;es en terrain  &laquo;&nbsp;neutre&nbsp;&raquo;, d&rsquo;autant que ses propos ne seront pas rapport&eacute;s &agrave; Justin  ni m&ecirc;me au Prince sauf si elle en fait la demande &agrave; sa confidente.</p>
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     <br style="clear:both;"/>
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      <p><strong>3) Clairette/Le Prince /un consultant</strong> </p>
<p>On peut  saisir dans ce dernier cas de figure de la relation triangulaire comment le  Prince s&rsquo;y prend pour imposer ses vues aux membres du groupe familial &eacute;largi et  pas seulement &agrave; Justin. On note ainsi que le pouvoir d&rsquo;action du Prince d&eacute;passe  largement le seul cadre de la relation conjugale Clairette/Justin et s&rsquo;&eacute;tend &agrave;  tout un r&eacute;seau de patients-parents fid&egrave;les qui viennent rechercher aupr&egrave;s du  Prince des r&eacute;ponses aux difficult&eacute;s conjugales qu&rsquo;ils rencontrent. Ce que Le  Prince dit en ces circonstances est peut-&ecirc;tre plus d&eacute;cisif que tout ce que  Clairette poss&eacute;d&eacute;e par Le Prince peut dire &agrave; propos de son couple. On mesure de  cette mani&egrave;re la forte influence dont peut b&eacute;n&eacute;ficier un poss&eacute;d&eacute; dans le jeu  social urbain...&nbsp;</p>
<p>Prenons  comme exemple la premi&egrave;re consultation d&rsquo;une jeune femme de 26 ans, sans  enfant, scolaris&eacute;e jusqu&rsquo;en 5&egrave;me&nbsp;et qui se pr&eacute;sente comme &eacute;tant en  voie de possession. Elle est accompagn&eacute;e par son concubin, patient fid&egrave;le du  Prince depuis 5 &agrave; 6 ans, &eacute;tudiant en philosophie et cousin de Justin. Cette  consultation a pour objet tout d&rsquo;abord l&rsquo;acquisition d&rsquo;un talisman favorisant  la r&eacute;ussite de son activit&eacute; principale, le petit commerce de produits vivriers,  et d&rsquo;autre part, la r&eacute;solution des probl&egrave;mes pos&eacute;s par une mar&acirc;tre hostile au  mariage de son fils avec une future poss&eacute;d&eacute;e. Il est question &eacute;galement de la  conduite infid&egrave;le de son concubin.&nbsp;Ce cas renvoie en miroir celui du  couple Clairette/Justin de sorte que le Prince va le traiter en connaissance de  cause comme nous le r&eacute;v&egrave;le cet extrait de la consultation du 3 juillet 1991,  tout en faisant du couple Clairette/Justin un mod&egrave;le du genre pour sa fa&ccedil;on de  concilier la relation amoureuse et la vie n&eacute;cessairement tourment&eacute;e que m&egrave;nent  les humains &agrave; la diff&eacute;rence des bienheureux&hellip;</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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      <p><strong>La  consultante&nbsp;</strong>:&nbsp;<br>
  Tu sais  Seigneur, depuis que nous sommes en couple, il n&rsquo;a pas trouv&eacute; de travail, j&rsquo;ai  support&eacute; cela, je l&rsquo;ai aim&eacute;, mais ce que je ne supporte plus, ce sont ses  mensonges et qu&rsquo;il continue &agrave; voir une autre femme alors que je le lui ai  interdit. Je ne sais pas s&rsquo;il m&rsquo;&eacute;pousera ou pas, mais tant que je suis  amoureuse de lui, je suis jalouse, et malgr&eacute; tout, il continue &agrave; la voir. S&rsquo;il  travaillait et gagnait de l&rsquo;argent, la situation serait peut-&ecirc;tre diff&eacute;rente,  mais comme il ne travaille pas, nous n&rsquo;avons rien, j&rsquo;endure seulement le fait  d&rsquo;&ecirc;tre amoureuse. Et puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas dispos&eacute; &agrave; laisser sa copine, alors il  vaut mieux que l&rsquo;on se quitte. C&rsquo;est cela que je veux.&nbsp;<br>
  Dieu  merci, Toi, Seigneur, tu m&rsquo;as fait venir aujourd&rsquo;hui alors que je viens ici  presque tous les jours mais je ne vois jamais que ma tante Clairette.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le  Prince&nbsp;s&rsquo;adressant &agrave; son compagnon:&nbsp;</strong> <br>
  Comment  cela Claude&nbsp;? Que sont ces habitudes qui ne conviennent pas&nbsp;?  Pourquoi tu ne laisses pas cette femme&nbsp;?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Claude&nbsp;:&nbsp;</strong> <br>
  Pourquoi  je ne renonce pas &agrave; elle ? On dit que le soup&ccedil;on, l&rsquo;inqui&eacute;tude, ne font pas les  bonnes relations. C&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit Seigneur. Moi j&rsquo;ai toujours  eu beaucoup de copines et j&rsquo;ai m&ecirc;me des relations intimes avec plusieurs  d&rsquo;entre elles.&nbsp; Si cela n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; ainsi, serions-nous rest&eacute;s  ensemble aussi longtemps&nbsp;? Elle aussi, il lui arrive de sortir, mais je ne  vais pas la soup&ccedil;onner pour autant. Dans cette affaire, c&rsquo;est toujours moi le  coupable.</p>
<p><br>
  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br>
  <strong>Le  Prince&nbsp;:</strong> <br>
  A supposer  que l&rsquo;homme entretienne une relation intime avec une autre femme,&nbsp;sa femme  ne peut pas imiter l&rsquo;homme sur ce point. Le sort de la femme est de savoir  toujours tol&eacute;rer. Prenons l&rsquo;exemple de Clairette et de son mari et m&ecirc;me si je  ne devrais pas parler d&rsquo;eux, je vais le faire pour vous permettre de r&eacute;fl&eacute;chir  &agrave; ce qui vous importe.&nbsp; Clairette s&rsquo;&eacute;tait absent&eacute;e pendant quelques jours,  elle aurait pu penser qu&rsquo;en raison de la pr&eacute;sence de tant d&rsquo;esprits royaux dans  la maison, son mari n&rsquo;aurait jamais os&eacute; commettre l&rsquo;adult&egrave;re. Et pourtant elle  l&rsquo;a pris sur le fait, mais elle n&rsquo;a rien dit parce qu&rsquo;elle aime son mari.  Beau-p&egrave;re (le p&egrave;re de Clairette) n&rsquo;est pas au courant ni belle-m&egrave;re (la m&egrave;re de  Clairette), personne ne le sait dans la famille. Clairette a gard&eacute; cette  histoire au fond de son c&oelig;ur. Elle a seulement dit &agrave; son mari de ne plus faire  des choses comme cela, parce que c&rsquo;est comme s&rsquo;il la tuait.&nbsp;<br>
  Quel que  soit le sentiment qui t&rsquo;unit &agrave; cette femme, tu ne devais pas la faire venir,  lui a t-elle dit, parce que c&rsquo;est un interdit absolu. Clairette a donc gard&eacute;  secret tout cela, mais je vous le raconte &agrave; titre d&rsquo;exemple. Rien n&rsquo;est  impossible d&egrave;s que l&rsquo;on d&eacute;cide de trouver un accord, alors faites de m&ecirc;me&hellip;.</p>
<p><br>
  <strong>La  consultante&nbsp;:</strong> <br>
  Je vous  remercie beaucoup Seigneur de nous avoir donn&eacute; ces conseils, vous &ecirc;tes un vrai  parent &agrave; nous. Si votre femme Clairette n&rsquo;&eacute;tait pas une vraie parente, les  esprits royaux ne pourraient pas nous montrer le bon chemin &agrave; suivre. C&rsquo;est  parce que&nbsp;nous sommes parents avec Clairette que les esprits qui prennent  possession d&rsquo;elle nous traitent comme leurs enfants. Aussi on vous remercie  beaucoup.</p>
<p><br>
  <strong>Le  Prince&nbsp;:&nbsp;</strong> <br>
  Que Dieu  et les anc&ecirc;tres vous prot&egrave;gent, que vous puissiez avoir des gar&ccedil;ons et des  filles et trouviez ce que vous d&eacute;sirez.<br>
  <strong>La  consultante&nbsp;:</strong> </p>
<p><br>
  Nous  allons partir, il est tard et nous habitons loin&hellip;.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br>
  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br>
  &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ________________________________________</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>&nbsp;Le  Prince charmant&nbsp;</strong> </p>
<p>Nous avons  pr&eacute;sent&eacute; &eacute;galement un film r&eacute;alis&eacute; en 1991 et intitul&eacute;&nbsp;: Le Prince  charmant, vid&eacute;o Beta Sp, 25', IRD. Ce film traite de l'itin&eacute;raire initiatique  de Clairette, parcours &agrave; la fois singulier et st&eacute;r&eacute;otyp&eacute; qui pr&eacute;c&egrave;de et induit  l'installation d'une personne dans son statut de poss&eacute;d&eacute;. En fait, nous avons  tent&eacute; de comprendre comment une personne, confront&eacute;e &agrave; elle-m&ecirc;me dans son  cheminement le plus intime, intellectuel, moral et affectif, choisit ou pas de  devenir un ou une poss&eacute;d&eacute;e, dans un dialogue subtil avec un groupe  particulier.&nbsp;</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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      <p><strong>Bibliographie</strong> </p>
<p>Boyer-Arauyo, V.<em>&nbsp;Femmes et cultes  de possession au Br&eacute;sil. Les compagnons invisibles.</em> Paris&nbsp;: l&rsquo;Harmattan&nbsp;; 1993<br>
  Fi&eacute;loux, M. Cultes de possession et  relations de genre. Les jeux de la bigamie &agrave; Madagascar. In D. Jonckers, R.  Carr&eacute;, M.C. Dupr&eacute;, editors.&nbsp;<em>Femmes plurielles, les repr&eacute;sentations des  femmes, discours, normes et conduites</em>. Paris&nbsp;; Editions de la Maison  des Sciences de l&rsquo;homme&nbsp;;1999&nbsp;; 141-149<br>
  Fi&eacute;loux, M. et Lombard, J.<em>&nbsp;</em>Du  royaume &agrave; la ville: le territoire des poss&eacute;d&eacute;s (Madagascar)<em>.&nbsp;</em>In&nbsp;:  J.F. Vincent, D.&nbsp;Dory, R.Verdier, editors.&nbsp;<em>La construction  religieuse du territoire</em>. Paris&nbsp;: l'Harmattan, coll. Connaissance des  hommes&nbsp;; 1995&nbsp;; 323-337<br>
  Fi&eacute;loux, M. et Lombard, J.<em>&nbsp;Du  premier frisson &agrave; la libre parole</em>, L&rsquo;Autre, Cliniques, Cultures&nbsp; et  Soci&eacute;t&eacute;s, Revue Transculturelle no3. Grenoble&nbsp;;<strong>&nbsp;</strong>Pens&eacute;e Sauvage  Editions&nbsp;; 2000&nbsp;; 455-473<br>
  Lambeck, M.&nbsp;<em>Spirits and spouses: possession as a system of  communication among the Malagasy speakers of Mayotte</em>, American  Ethnologist,&nbsp; 1980.<br>
  Lombard, J. &nbsp;Le tromba ou la  possession &agrave; Madagascar. Th&eacute;orie politique et conviction religieuse. In&nbsp;<em>L&rsquo;&eacute;tranger  intime</em>, M&eacute;langes offerts &agrave; Paul Ottino. Paris&nbsp;; L&rsquo;Harmattan&nbsp;;1995<br>
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      <ul>    <li class="list"><strong>Article extrait de la revue<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/" target="_blank">&nbsp;<span style="font-size: 12pt; line-height: 115%; color: black; ">L’autre, Cliniques, Cultures et Sociétés</span></a>  <span style="font-size:12.0pt;line-height:115%; font-family:&quot;Calibri&quot;,&quot;sans-serif&quot;;mso-ascii-theme-font:minor-latin;mso-fareast-font-family: &quot;Times New Roman&quot;;mso-hansi-theme-font:minor-latin;mso-bidi-theme-font:minor-latin; color:black;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;mso-bidi-language: AR-SA">, 2006, vol.7, pp252-266</span></strong></li>    </ul></li>
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