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 <title>AnthropoWeb</title>
 <subtitle><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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 <updated>2026-06-06T22:27:09+02:00</updated>
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  <entry>
   <title>L'autre est ma part d'invisible, Entretien avec Jacques Lombard par Marie Rose Moro et Lola Martin-Moro. Extrait.</title>
   <updated>2015-12-21T16:07:00+01:00</updated>
   <id>https://www.anthropoweb.com/L-autre-est-ma-part-d-invisible-Entretien-avec-Jacques-Lombard-par-Marie-Rose-Moro-et-Lola-Martin-Moro-Extrait_a781.html</id>
   <category term="Anthropologie " />
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   <published>2015-12-21T15:53:00+01:00</published>
   <author><name>Marie Rose Moro, Lola Martin-Moro</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/8691554-13722148.jpg?v=1450710466" alt="L'autre est ma part d'invisible, Entretien avec Jacques Lombard par Marie Rose Moro et Lola Martin-Moro. Extrait." title="L'autre est ma part d'invisible, Entretien avec Jacques Lombard par Marie Rose Moro et Lola Martin-Moro. Extrait." />
     </div>
     <div>
      Extrait de l'interview publiée dans la <a class="link" href="http://www.revuelautre.com/L-autre-2014-Vol-15-no3.html" target="_blank">Revue L'autre : Matières des rêves</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Merci de nous accorder cette interview. Dans ces pages de la revue, l’idée est d’essayer d’articuler les travaux et les découvertes des chercheurs dans le champ transculturel avec leur histoire personnelle et intellectuelle. Je commencerai ainsi par ton enfance qui est marquée par la migration de la Provence à Paris.</b></div>
     <div>
      <p>Jacques Lombard (JL): Mon p&egrave;re venait du sud,  d&rsquo;un village de Haute Provence. Il appartenait &agrave; une famille d&rsquo;&eacute;leveurs de  ch&egrave;vres et de moutons. Il a grandi l&agrave; jusqu&rsquo;&agrave; son service militaire qu&rsquo;il a fait  au Maroc comme Zouave. Je me souviens qu&rsquo;il &eacute;tait doublement indign&eacute; par ce qu&rsquo;il  avait vu l&agrave;-bas. Indign&eacute; par le traitement r&eacute;serv&eacute; aux Marocains juste apr&egrave;s la  guerre du Riff en 1926. Pour lui, ils &eacute;taient trait&eacute;s avec beaucoup de m&eacute;pris.  Il a &eacute;galement subi ce m&eacute;pris. On l&rsquo;a fait voyager avec des 
  moutons &agrave; fond de cale dans le bateau qui le  menait au Maroc, lui qui &eacute;tait &eacute;leveur! Troupe et moutons &eacute;taient m&eacute;lang&eacute;s,  indistinctement. Peu de temps apr&egrave;s, il a quitt&eacute; la ferme. Il faut savoir qu&rsquo;en  Haute Provence &agrave; cette &eacute;poque, l&rsquo;autorit&eacute; du p&egrave;re est tr&egrave;s grande. Il  travaillait beaucoup et devait ramener tout ce qu&rsquo;il gagnait pour que toute la  famille, nombreuse, puisse vivre. Il recevait juste un peu d&rsquo;argent pour aller  au bal le samedi. Ils &eacute;taient quatre fr&egrave;res et n&rsquo;avaient qu&rsquo;un seul v&eacute;lo pour  tous. Il a voulu tenter sa chance ailleurs, devenant ainsi un migrant, gr&acirc;ce au  r&eacute;seau de solidarit&eacute; constitu&eacute; par les nombreux cousins d&eacute;j&agrave; install&eacute;s dans la  capitale. Pour commencer, il s&rsquo;est retrouv&eacute; garde r&eacute;publicain mais il ne  montait pas &agrave; cheval&hellip; Il &eacute;tait autodidacte et s&rsquo;exprimait tr&egrave;s bien. Je garde  de lui l&rsquo;image d&rsquo;un homme tr&egrave;s digne, plut&ocirc;t autoritaire, plein d&rsquo;humour et  d&eacute;testant toute forme de vulgarit&eacute;. Je n&rsquo;ai jamais su comment il avait  rencontr&eacute; ma m&egrave;re.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Elle n’est pas de la même région?</b></div>
     <div>
      <p>JL : Non, pas du tout, elle &eacute;tait normande. Elle avait fait des  &eacute;tudes de secr&eacute;tariat de direction. C&rsquo;&eacute;tait une femme douce et tr&egrave;s fine. Elle  est n&eacute;e dans un port de p&ecirc;che du Bessin, une belle r&eacute;gion, tr&egrave;s riche, une  terre aristocratique le long de la c&ocirc;te normande, couverte de fermes ch&acirc;teaux,  l&agrave; o&ugrave; les 
  Alli&eacute;s ont d&eacute;barqu&eacute; en 1944. Elle descend d&rsquo;un  lignage de marins p&ecirc;cheurs. Son p&egrave;re &eacute;tait gabier dans le Grand M&eacute;tier, sur un  Terre-neuvas. Un de mes oncles faisait vivre sa famille en p&ecirc;chant 
  jour apr&egrave;s jour quelques kilos de  maquereaux, naviguant au grand air sur son &laquo;!picoteux!&raquo; qui valait pour lui un  royaume! Il partait pour un ou deux jours. C&rsquo;&eacute;tait des gens pauvres qui  travaillaient beaucoup et qui pouvaient d&icirc;ner le soir d&rsquo;un bol de chicor&eacute;e, mais  ils incarnaient une formidable 
  libert&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre et &eacute;taient port&eacute;s par une  vraie joie de vivre. Je me souviens des chansons entonn&eacute;es &agrave; tue-t&ecirc;te malgr&eacute; la  piqure insistante des embruns, de vrais nomades! Je dirais la m&ecirc;me chose pour  les &eacute;leveurs de Provence. Le plaisir d&rsquo;&ecirc;tre dans la montagne empruntant les  chemins escarp&eacute;s, monde sauvage que l&rsquo;on connait par coeur, seul en pleine  nature, un autre royaume! Les brins de g&eacute;n&eacute;pi r&eacute;colt&eacute;s que l&rsquo;on fera tremper  pour la liqueur ou la collecte de quelques baies de geni&egrave;vre et d&rsquo;un peu de  sauge pour le r&ocirc;ti du dimanche et, dans les deux cas, le regard qui se perd  dans l&rsquo;infini de l&rsquo;horizon embrum&eacute; ou des montagnes bleut&eacute;es. Le m&ecirc;me sentiment  d&rsquo;&ecirc;tre ma&icirc;tre chez soi, ma&icirc;tre de son destin. J&rsquo;ai retrouv&eacute; cela plus tard chez  les &eacute;leveurs sakalava de Madagascar et chez les Lobi du Burkina Faso, peuples  en mouvement. Mes parents se sont rencontr&eacute;s &agrave; Paris. Ils s&rsquo;entendaient bien, c&rsquo;&eacute;tait  je crois un vrai couple, m&ecirc;me s&rsquo;ils se disputaient sur bien des sujets. Le  d&eacute;bat &eacute;tait souvent culinaire et cela ouvrait sur tout le reste notamment sur les  liens de parent&eacute;.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le beurre et l’huile?</b></div>
     <div>
      <p>JL : Oui. La matelote normande contre la daube de Provence.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Tu retournais souvent en Provence durant ton enfance?</b></div>
     <div>
      <p>JL : Mon fr&egrave;re est n&eacute; est en 1943, en pleine guerre. Peu apr&egrave;s sa  naissance, nous sommes partis &nbsp;avec ma  m&egrave;re, mon p&egrave;re nous a gliss&eacute;s dans le train par la fen&ecirc;tre tant il &eacute;tait bond&eacute;  et on s&rsquo;est retrouv&eacute; &agrave; La Combe, chez mon grand-p&egrave;re, dans la montagne. C&rsquo;est l&rsquo;une  des histoires familiales que l&rsquo;on a le plus souvent entendue. Mon fr&egrave;re et moi  nous avons &eacute;t&eacute; tous les deux &eacute;lev&eacute;s au lait de ch&egrave;vre, le meilleur dit-on! J&rsquo;ai  un attachement tr&egrave;s fort pour ces montagnes. Nous y sommes retourn&eacute;s chaque  ann&eacute;e pour les grandes vacances apr&egrave;s &ecirc;tre remont&eacute;s &agrave; Paris en 1945. Apr&egrave;s la  mort de mon grand-p&egrave;re, nous avons cess&eacute; d&rsquo;y descendre r&eacute;guli&egrave;rement et sommes  plut&ocirc;t all&eacute;s en Normandie. J&rsquo;avais quinze ans. Pour moi, la Normandie c&rsquo;&eacute;tait  les plages et la d&eacute;couverte captivante des filles&hellip;</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Quels sont tes premiers engagements intellectuels? Tu ne te destinais pas d’emblée à faire de l’anthropologie, plutôt de la philosophie n’est-ce pas?</b></div>
     <div>
      <p>JL : J&rsquo;ai fait des &eacute;tudes de philosophie qui m&rsquo;ont totalement  passionn&eacute;. Je passais mon temps &agrave; lire partout o&ugrave; je pouvais trouver un petit  coin pour me caler tranquille. C&rsquo;&eacute;tait une exp&eacute;rience assez solitaire car  personne ne me guidait dans mes lectures. Plus tard au moment des premi&egrave;res  rencontres amoureuses, j&rsquo;ai trouv&eacute; de vraies partenaires tr&egrave;s cultiv&eacute;es. J&rsquo;ai  &eacute;t&eacute; dans un bon lyc&eacute;e, Louis le Grand (Grand lyc&eacute;e du Ve arrondissement &agrave;  Paris). J&rsquo;ai ensuite &eacute;t&eacute; tent&eacute; de faire une classe pr&eacute;pa de Lettres (Classe pr&eacute;paratoire  &agrave; l&rsquo;Ecole Normale sup&eacute;rieure), mais je suis tomb&eacute; amoureux d&rsquo;une de mes amies  de Normandie et j&rsquo;ai fil&eacute; l&agrave;-bas toutes voiles dehors&hellip; Peut-&ecirc;tre un pr&eacute;texte? J&rsquo;ai  obtenu un poste de surveillant d&rsquo;internat dans un centre d&rsquo;apprentissage, o&ugrave; il  fallait que je fasse r&eacute;gner l&rsquo;ordre au milieu de soixante-dix gaillards deux fois  plus larges que moi. Je me suis inscrit&agrave; l&rsquo;universit&eacute; &agrave; Caen en philosophie. J&rsquo;ai  eu un accident de voiture et je suis revenu &agrave; Paris. Gr&acirc;ce &agrave; Lucie Prenant,  Directrice de l&rsquo;&Eacute;cole Normale Sup&eacute;rieure dite de S&egrave;vres et sp&eacute;cialiste bien  connue de Leibniz, j&rsquo;ai obtenu un poste de surveillant au lyc&eacute;e Montaigne. C&rsquo;&eacute;tait  la grand-m&egrave;re de l&rsquo;un de mes plus proches camarades de classe du lyc&eacute;e disparu  pr&eacute;matur&eacute;ment. Cela m&rsquo;a permis de financer mes &eacute;tudes parce que je n&rsquo;avais pas de  ressources. Malgr&eacute; mon fort attachement pour mes professeurs de l&rsquo;&eacute;poque, Vladimir  Jank&eacute;l&eacute;vitch qui ivre du plaisir de transmettre, faisait quasiment ses cours en  grec ancien, Paul Ricoeur et Alexis Philonenko, j&rsquo;ai arr&ecirc;t&eacute; la philosophie et  me suis lanc&eacute; dans des &eacute;tudes d&rsquo;anthropologie dans le cadre de la toute  nouvelle &Eacute;cole des Hautes &Eacute;tudes en Sciences Sociales.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Mais justement comment en es-tu venu à t’intéresser à l’anthropologie?</b></div>
     <div>
      <p>JL : Cela me para&icirc;t assez simple. Mes parents qui nous aimaient  beaucoup &eacute;taient tr&egrave;s attentifs, &nbsp;&nbsp;assez  intrusifs et voulaient imaginer pour leurs enfants autre chose qu&rsquo;un travail  trop dur, les 
  petits chefs et la pauvret&eacute;. Ils pensaient &agrave;  juste titre que l&rsquo;on pourrait gagner notre vraie libert&eacute; gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. J&rsquo;&eacute;tais  issu de deux mondes tr&egrave;s <em>ethniques</em>, on dirait aujourd&rsquo;hui, qui m&rsquo;ont chacun profond&eacute;ment p&eacute;tri  mais dont mes parents ont, malgr&eacute; tout et je dirais inconsciemment, cherch&eacute; &agrave; m&rsquo;exclure  en voulant nous projeter ailleurs dans leurs r&ecirc;ves d&rsquo;ascension sociale, en  marquant une rupture avec leur propre histoire! Cela donnait tout son sens &agrave;  leur migration vers Paris et &agrave; toutes 
  les s&eacute;parations douloureuses qu&rsquo;ils ont d&ucirc;  vivre. A quinze ans, mes cousins conduisaient le tracteur, tiraient &agrave; la carabine  sur quelques malheureux &eacute;cureuils ou rentraient le chalutier dans le port. Tout  cela et bien d&rsquo;autres choses de leur identification dans une classe d&rsquo;&acirc;ge nous  faisaient tellement envie mais nous &eacute;taient interdit. Le seul, parmi tous mes  cousins, je me suis retrouv&eacute; de &laquo;!l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;!&raquo; ailleurs du monde bien r&eacute;el  des &laquo;!travailleurs!&raquo;, <em>d&eacute;tach&eacute; de la  production, </em>avec l&rsquo;ambition de  devenir un intellectuel, projet qui me garantissait aux yeux de mes parents un  certain avenir social. Pourtant, 
  ce n&rsquo;&eacute;tait pas l&agrave; mon d&eacute;sir profond mais c&rsquo;&eacute;tait  proprement inconcevable pour moi d&rsquo;imaginer que j&rsquo;aurais plut&ocirc;t pu devenir un  artiste, un cin&eacute;aste, un peintre ou un danseur, seulement pr&eacute;occup&eacute; par l&rsquo;expression  de ce qui m&rsquo;animait au plus fort. Je ne m&rsquo;accordais pas assez d&rsquo;importance pour  cela et poursuivre des &eacute;tudes r&eacute;pondait &agrave; un choix d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment utilitaire m&ecirc;me  si l&rsquo;anthropologie en repr&eacute;sentait une forme assez baroque! Plusieurs occasions  m&rsquo;ont &eacute;t&eacute; offertes mais je ne me suis jamais donn&eacute; la libert&eacute; d&rsquo;y r&eacute;pondre les  jugeant trop al&eacute;atoires. Il me fallait trouver un travail de fonctionnaire en  passant les concours! Pourtant, je ne me sentais pas non plus pleinement &agrave; ma place  dans des lyc&eacute;es prestigieux o&ugrave; je cohabitais avec les enfants de la nomenklatura  parisienne regroupant, ce qui me faisait dr&ocirc;le &agrave; voir, grande bourgeoisie et  intelligentsia de la gauche fran&ccedil;aise.<br>
  Au fond, beaucoup de mes camarades de classe  partageaient au plus fort le sentiment d&rsquo;appartenir &agrave; une &eacute;lite, ce qui  rec&eacute;lait un parfum tr&egrave;s particulier &agrave; mon go&ucirc;t et m&rsquo;&eacute;tait plut&ocirc;t &eacute;tranger. Je  me souviens des batailles de bombes &agrave; eau au lyc&eacute;e, bataille des pr&eacute;pa Lettres  contre les &laquo;! taupes! &raquo;, les pr&eacute;pa d&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;ing&eacute;nieurs qui portaient des  blouses, un comble, et &eacute;taient consid&eacute;r&eacute;s alors comme des laborieux qui  faisaient des &eacute;tudes pour avoir un m&eacute;tier et gagner leur vie alors que  &laquo;!nous!&raquo;, nous cherchions seulement &agrave; cultiver notre diff&eacute;rence. La diff&eacute;rence  entre ceux qui &eacute;taient &laquo;!n&eacute;s!&raquo; et les autres&hellip; Je vivais toutes les  contradictions possibles &agrave; travers ces rapports de classe et surtout j&rsquo;&eacute;tais  fascin&eacute; par les filles de la grande bourgeoisie que j&rsquo;installais au pinacle  mais aupr&egrave;s desquelles j&rsquo;ai beaucoup appris&hellip; Ainsi, je naviguais &agrave; vue dans un  monde totalement nouveau pour moi. Je d&eacute;couvrais des appartements somptueux aux  murs couverts de tableaux de ma&icirc;tres dont je m&rsquo;amusais &agrave; reconna&icirc;tre les  auteurs. J&rsquo;&eacute;coutais avec ravissement David et Igor O&icirc;strakh assis sur une seule  fesse sur des chaises fragiles au cours de concerts priv&eacute;s de musique de  chambre. J&rsquo;apprenais mille choses, toutes ces choses que l&rsquo;on sait pour avoir  en quelque sorte <em>mijot&eacute; </em>dedans et qui  apparaissaient bien loin des questions de rentabilit&eacute;. Je m&rsquo;enivrais des  plaisirs de la vie, le ski, la danse, la litt&eacute;rature, les arts&hellip; sans pourtant  jamais oublier qui j&rsquo;&eacute;tais. Pendant mes ann&eacute;es d&rsquo;&eacute;tudiant, j&rsquo;allais en plus de  mon travail de surveillant exercer une fonction de pr&eacute;cepteur pour des enfants  de ce m&ecirc;me monde. Dans l&rsquo;une de ces familles, je retrouvais pour d&eacute;jeuner la m&egrave;re  de mon &eacute;l&egrave;ve, belle et pleine de charme, fr&eacute;quentant le Tout Paris, afin de  parler des progr&egrave;s de son fils. Nous &eacute;tions servis par un ma&icirc;tre d&rsquo;h&ocirc;tel en gilet  &agrave; rayures comme au th&eacute;&acirc;tre! Souvent, &agrave; douze, quatorze ans, je trainais au  Mus&eacute;e de l&rsquo;Homme et restais bouche b&eacute;e, devant des objets qui me capturaient.  Surtout une momie toute recroquevill&eacute;e d&rsquo;un prince inca dont j&rsquo;imaginais qu&rsquo;il  avait encore un pied dans le monde des vivants! Elle ne cessait de m&rsquo;occuper l&rsquo;esprit  et je voyais l&agrave; une mani&egrave;re de r&eacute;ponse &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience sociale et morale qui  &eacute;tait la mienne &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. J&rsquo;&eacute;tais impatient de plonger dans des mondes  totalement nouveaux o&ugrave; je r&ecirc;vais que j&rsquo;allais repartir &agrave; z&eacute;ro, me fabriquant  sur mesure une histoire tr&egrave;s personnelle et gagnant ainsi une mani&egrave;re de  ballant dans mon regard sans bien savoir encore que cela allait me permettre,  longtemps apr&egrave;s, d&rsquo;approcher ma propre histoire face &agrave; ces mondes si marqu&eacute;s o&ugrave;  j&rsquo;&eacute;tais &agrave; la fois dedans et dehors.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/8691554-13722160.jpg?v=1450710148" alt="L'autre est ma part d'invisible, Entretien avec Jacques Lombard par Marie Rose Moro et Lola Martin-Moro. Extrait." title="L'autre est ma part d'invisible, Entretien avec Jacques Lombard par Marie Rose Moro et Lola Martin-Moro. Extrait." />
     </div>
     <div>
      <span style="line-height: 25.6px;">Poursuivre la lecture de l'interview publiée dans la&nbsp;</span><a class="link" href="http://www.revuelautre.com/L-autre-2014-Vol-15-no3.html" target="_blank">Revue L'autre : Matières des rêves</a>  <span style="line-height: 25.6px;">.</span> <br />  &nbsp;  <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>Éditorial</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Claire Mestre, Daniel Derivois, Daniel Delanoë</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Tue-parce-que-Francais-La-pensee.html"><i>Tué parce que Français. La pensée contre la vengeance</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>Dossier Matières des rêves</strong></font> <br />  coordonné par Claire Mestre et Jean-François Vervier <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Arianna Cecconi</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Pratiquer-ses-reves-Reves.html"><i>Pratiquer ses rêves. Rêves, divinités et pratiques sociales dans les Andes péruviennes</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Malika Bennabi Bensekhar, Marie Rose Moro</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Matrice-des-usages-et-des.html"><i>Matrice des usages et des interprétations au Maghreb</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Dan Schurmans</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/La-fabrication-des-reves-processus.html"><i>La fabrication des rêves, processus individuel et collectif</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Danièle Pierre</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Travail-du-reve-travail-de-la.html"><i>Travail du rêve, travail de la culture dans une thérapie mère-enfant (Congo)</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Paul Rauchs</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/La-nostalgie-reve-ou-cauchemar.html"><i>La nostalgie, rêve ou cauchemar&nbsp;?</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Articles originaux</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Chryssanthi Koumentaki, Isam Idris, Marie Rose Moro</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Le-vent-qui-emporte-la-vie.html"><i>Le vent qui emporte la vie. Décompensation psychotique chez une femme migrante bambara du Mali atteinte de la maladie du Sida</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Isabelle Real, Hanna Cohen, Chryssanthi Koumentaki, Marie Rose Moro</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Une-approche-ethnopsychiatrique-de.html"><strong>Une approche ethnopsychiatrique de la psychose</strong></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Faiza Seddik Arkam</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Epouser-l-essuf-l-invisible-Rites.html"><i>Épouser&nbsp;</i>l’essuf&nbsp;<i>(l’invisible)&nbsp;: Rites de passages et de guérison chez les Touaregs de l’Ahaggar (Sahara algérien)</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Paola Revue, Marion Feldman, Marie Rose Moro</strong>,&nbsp;<a class="link" href="http://www.revuelautre.com/Travail-sur-des-descendants-de.html"><i>Travail sur des descendants de rapatriés d’Indochine&nbsp;: transmission et vécu identitaire</i></a>  <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Note de recherches</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Mona Junger-Aghababaie</strong>,&nbsp;<i>Interaction par l’image et identité en ligne&nbsp;: le cas des selfies</i> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Entretien</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><i>L’autre est ma part d’invisible. Entretien avec Jacques Lombard</i>&nbsp;par&nbsp;<strong>Marie Rose Moro</strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>Lola Martin Moro</strong> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Note de terrain</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Chantal Costemale</strong>,&nbsp;<i>Le soin en centre de rétention&nbsp;: une croisée culturelle de sociétés et de professions</i> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Film</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><img alt="-" class="puce" height="11" src="http://www.revuelautre.com/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-cebf5.gif" style="margin: 0px; padding: 0px; border: none; height: 11px; width: 8px;" width="8" />&nbsp;<strong>Brigitte Moïse-Durand</strong>, Of Men and War (Des hommes et de la guerre),&nbsp;<i>un film-documentaire de Laurent Bécue Renard</i> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Livres</strong></font> <br />    <p style="color: rgb(0, 0, 0); font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12.16px; line-height: 16px;"><font style="color: rgb(47, 48, 105);"><strong>• Informations</strong></font> <br />  
     </div>
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