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  <title>AnthropoWeb</title>
  <description><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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   <title>Grands Hommes vus d'en bas. L'iconographie officielle</title>
   <pubDate>Fri, 05 Nov 2010 12:55:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Julien Bonhomme, Nicolas Jaoul coord.</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Anthropologie ]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   « Quoi qu’il en puisse coûter à notre amour-propre, il faut reconnaître que Dieu a fait deux espèces d’hommes bien différentes : il y a les grands, et il y a les petits. On n’a jamais beaucoup discuté pour déterminer quel est ici-bas le rôle des petits et des humbles. Hélas ! nous ne le savons que trop ; pour la plupart notre seule fonction est de vivre, de perpétuer la race, de fournir une matière à des créations nouvelles, de tenir la scène pendant que d’autres événements et de nouveaux acteurs se préparent. – Mais les autres, à quoi servent-ils ? À quelles fins sont-ils destinés ? » (Durkheim 1975 [1883] : 409)     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2460414-3453904.jpg?v=1289628745" alt="Grands Hommes vus d'en bas. L'iconographie officielle" title="Grands Hommes vus d'en bas. L'iconographie officielle" />
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      <p>N&eacute; de la rencontre fortuite entre un masque  Jacques Chirac faisant irruption au milieu d&rsquo;un rituel au Gabon et les statues  bariol&eacute;es d&rsquo;un homme d&rsquo;&Eacute;tat en costume-cravate install&eacute;es dans des quartiers  populaires en Inde, ce dossier aborde les repr&eacute;sentations des grands hommes  sous une perspective in&eacute;dite. Alors que de nombreuses analyses ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute;  consacr&eacute;es &agrave; l&rsquo;iconographie officielle, nous proposons ici de d&eacute;caler le regard  pour examiner comment la figure des hommes d&rsquo;&Eacute;tat fait l&rsquo;objet d&rsquo;appropriations  qui &eacute;chappent au registre de l&rsquo;officiel tout en prenant appui sur lui.  Qu&rsquo;advient-il en somme de ces ic&ocirc;nes politiques lorsqu&rsquo;elles se mettent &agrave;  fonctionner dans un r&eacute;gime non officiel de repr&eacute;sentation&nbsp;? Afin de  souligner l&rsquo;ancrage mais aussi l&rsquo;originalit&eacute; de notre approche, il faut  commencer par la replacer dans le champ plus large des travaux classiques sur  les images et les mises en sc&egrave;ne du pouvoir. C&rsquo;est ce que nous proposons de  faire dans cette introduction, en croisant la pr&eacute;sentation des contributions  r&eacute;unies dans le dossier avec d&rsquo;autres exemples de figuration des grands hommes  tir&eacute;s de soci&eacute;t&eacute;s et d&rsquo;&eacute;poques tr&egrave;s diff&eacute;rentes. La diversit&eacute; des r&eacute;f&eacute;rences  abord&eacute;es vise avant tout &agrave; faire jouer des r&eacute;sonances et &agrave; sugg&eacute;rer des pistes  au sein d&rsquo;un vaste chantier de recherches au carrefour disciplinaire de  l&rsquo;anthropologie, de l&rsquo;histoire, de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art et des sciences  politiques.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La fabrique officielle  des grands hommes</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce qui fait la &laquo;&nbsp;grandeur&nbsp;&raquo; des  &laquo;&nbsp;grands hommes&nbsp;&raquo; varie selon les soci&eacute;t&eacute;s et les &eacute;poques. Maurice  Godelier (1982) distingue par exemple en M&eacute;lan&eacute;sie les &laquo;&nbsp;soci&eacute;t&eacute;s &agrave; grands  hommes&nbsp;&raquo;, o&ugrave; la grandeur est fond&eacute;e sur l&rsquo;initiation masculine et la  guerre, des &laquo;&nbsp;soci&eacute;t&eacute;s &agrave; <em>big  men&nbsp;</em>&raquo;, qui reposent sur l&rsquo;accumulation et la redistribution de  richesses dans le cadre d&rsquo;&eacute;changes c&eacute;r&eacute;moniels. Concernant la fabrique des  grands hommes dans les soci&eacute;t&eacute;s modernes, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de distinguer les hommes  d&rsquo;&Eacute;tat des h&eacute;ros populaires a &eacute;t&eacute; soulign&eacute; (Centlivres, Fabre et Zonabend  1999). Le h&eacute;ros est avant tout d&eacute;fini par le charisme que lui conf&egrave;rent ses  exploits (traditionnellement par le fait des armes) plut&ocirc;t que par  l&rsquo;officialit&eacute; de sa fonction, m&ecirc;me s&rsquo;il peut &eacute;ventuellement faire l&rsquo;objet d&rsquo;un  culte officiel. Le h&eacute;ros politique, sauveur de la nation qui acc&egrave;de au pouvoir,  se distingue alors par une grandeur mixte qui associe le charisme et la  fonction, comme le montre le culte national des <em>caudillos</em> en Am&eacute;rique latine au xixe&nbsp;si&egrave;cle  (Brunk et Fallaw 2006). Les contributions r&eacute;unies ici portent plus  sp&eacute;cifiquement sur des grands hommes dont la grandeur leur a &eacute;t&eacute; conf&eacute;r&eacute;e par  le fait d&rsquo;occuper une fonction d&rsquo;&Eacute;tat&nbsp;: il s&rsquo;agit de figures d&rsquo;hommes  d&rsquo;&Eacute;tat(1). Ce  dossier participe en ce sens d&rsquo;une r&eacute;flexion sur les &laquo;&nbsp;poses de la  grandeur d&rsquo;&Eacute;tat&nbsp;&raquo;, pour reprendre l&rsquo;expression cr&eacute;&eacute;e &agrave; propos de la mise  en sc&egrave;ne des chefs d&rsquo;&Eacute;tat lors des voyages officiels (Dereymez, Ihl et Sabatier  1998&nbsp;: 12). </p>
<p><br>
  Historiens et anthropologues ont bien montr&eacute;  que l&rsquo;exercice du pouvoir est indissociable de ses aspects symboliques (Frazer  1981 [1935]&nbsp;; Bloch 1983 [1924]). La reconnaissance de l&rsquo;autorit&eacute; et de sa  l&eacute;gitimit&eacute; exige un ordre symbolique que viennent ratifier des rites et des  c&eacute;r&eacute;monies politiques (Kertzer 1988&nbsp;; Rivi&egrave;re 1988). C&rsquo;est en ce sens que  le spectacle est essentiel au pouvoir (Balandier 2006 [1980]&nbsp;; Ab&eacute;l&egrave;s  2007). Au sein de ces liturgies politiques, le corps des dirigeants occupe  souvent le devant de la sc&egrave;ne (Carlier et Nollez-Goldbach 2008). Dans l&rsquo;Europe  m&eacute;di&eacute;vale, le corps du souverain poss&egrave;de, selon la th&eacute;ologie politique, une  double nature&nbsp;: c&rsquo;est un corps naturel, mais aussi un corps politique dont  l&rsquo;immortalit&eacute; permet d&rsquo;assurer la continuit&eacute; de la royaut&eacute; (Kantorowicz 1989  [1957]). L&rsquo;itin&eacute;rance royale manifeste bien cette importance du spectacle du  corps en majest&eacute; dans la construction de la souverainet&eacute; politique. Les rois de  France sont des princes migrateurs jusqu&rsquo;&agrave; la fin du xviie&nbsp;si&egrave;cle. Leurs tours de France sont une  fa&ccedil;on de &laquo;&nbsp;saturer le royaume de l&rsquo;image du roi&nbsp;&raquo; (Sabatier  1998&nbsp;: 31-32), notamment au cours des entr&eacute;es solennelles du souverain  dans la ville, rituel de repr&eacute;sentation de la majest&eacute; politique qui emprunte au  mod&egrave;le antique des triomphes romains(2). De  telles mises en sc&egrave;ne du corps du souverain, loin d&rsquo;&ecirc;tre une sp&eacute;cificit&eacute; europ&eacute;enne,  se retrouvent dans la plupart des royaut&eacute;s sacr&eacute;es. Dans les Grassfields du  Cameroun, le corps imposant du roi constitue le gabarit avec lequel tout le  royaume est con&ccedil;u par analogie (Warnier 2009)&nbsp;: &agrave; l&rsquo;occasion des festivals  de fin de cycle agricole, le corps du souverain se donne en spectacle, plein  des substances vitales des anc&ecirc;tres qu&rsquo;il dispense g&eacute;n&eacute;reusement &agrave; ses sujets &agrave;  travers des pulv&eacute;risations de son souffle et de sa salive m&ecirc;l&eacute;s au vin de  raphia.<br>
Le souverain, m&ecirc;me absent de la sc&egrave;ne, peut  maintenir une certaine forme de pr&eacute;sence &agrave; travers ses effigies. Autour de ces  repr&eacute;sentations se joue l&rsquo;articulation entre images du pouvoir et pouvoir des  images(3). La  conception juridique des deux corps du roi &eacute;labor&eacute;e dans l&rsquo;Angleterre des Tudor  trouve une traduction visuelle directe dans les fun&eacute;railles royales de la France du xvie&nbsp;si&egrave;cle (Giesey  1987). Pendant toute la p&eacute;riode liminale qui s&eacute;pare la mort du roi de son  enterrement, une effigie du d&eacute;funt tient la place du souverain en l&rsquo;absence de  son successeur, qui reste cach&eacute; dans le palais. On traite cette effigie comme  si elle &eacute;tait le roi encore vivant, par exemple en la nourrissant. La  s&eacute;paration spatiale entre le cercueil et l&rsquo;effigie met en sc&egrave;ne la distinction  entre le corps naturel du roi et son corps politique. L&rsquo;effigie donne ainsi &agrave;  voir que &laquo;&nbsp;le roi ne meurt jamais&nbsp;&raquo;. Ce c&eacute;r&eacute;monial entre en crise au  d&eacute;but du xviie&nbsp;si&egrave;cle,  au moment o&ugrave; la conception des deux corps du roi s&rsquo;efface devant de nouvelles  repr&eacute;sentations du pouvoir<strong> </strong>(Fonseca  Brefe et Guald&eacute; 2008). C&rsquo;est &agrave; la  m&ecirc;me &eacute;poque que le nomadisme royal prend fin, lorsque la cour se s&eacute;dentarise &agrave;  Versailles. Pour compenser cette absence, Louis&nbsp;XIV affirme son pouvoir &agrave;  travers les arts et multiplie les repr&eacute;sentations de sa personne, par la  peinture et la statuaire notamment. Le portrait du roi, dont le plus c&eacute;l&egrave;bre  est sans doute celui peint par Hyacinthe Rigaud en 1701, respecte un style  officiel en montrant le souverain en costume d&rsquo;apparat et entour&eacute; de ses <em>regalia</em> (Beaurain 2008). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un  portrait de la fonction royale elle-m&ecirc;me, ce qui fait dire &agrave; Louis Marin que  &laquo;&nbsp;le roi n&rsquo;est vraiment roi, c&rsquo;est-&agrave;-dire monarque, que dans des  images&nbsp;&raquo; (1981&nbsp;: 12). Cette iconographie officielle, &agrave; travers son  esth&eacute;tique et sa symbolique, participe d&rsquo;une entreprise de l&eacute;gitimation du  pouvoir par lui-m&ecirc;me (Ellenius 2001).</p>
<p><br>
L&rsquo;esth&eacute;tique de la grandeur d&rsquo;&Eacute;tat n&rsquo;est  &eacute;videmment pas l&rsquo;apanage des monarchies, m&ecirc;me si celles-ci l&rsquo;ont &eacute;lev&eacute;e &agrave; un  rare degr&eacute; de raffinement. Maurice Agulhon (1978) a bien montr&eacute; que le folklore  r&eacute;publicain passe &eacute;galement par la production d&rsquo;une iconographie officielle  sp&eacute;cifique. La &laquo;&nbsp;statuomanie&nbsp;&raquo; de la France du xixe&nbsp;si&egrave;cle participe en  effet d&rsquo;une p&eacute;dagogie r&eacute;publicaine centr&eacute;e sur le culte des grands hommes de la  nation(4). Alors  que les statues de l&rsquo;Ancien R&eacute;gime sont avant tout celles des rois et des  saints, la R&eacute;publique  se met &agrave; statufier tous les &laquo;&nbsp;grands hommes&nbsp;&raquo; qui peuvent &ecirc;tre donn&eacute;s  en exemple aux citoyens, qu&rsquo;ils soient hommes d&rsquo;&Eacute;tat, de science ou de lettres.  Comme le note Mona Ozouf (1984&nbsp;: 162), il y a un lien privil&eacute;gi&eacute; entre le  grand homme et la statue&nbsp;: l&rsquo;&eacute;rection de la statue sur la place publique  consacre le grand homme en officialisant sa grandeur. Cette statuaire se  caract&eacute;rise par son esth&eacute;tique conventionnelle&nbsp;: plac&eacute;e sur un socle qui  la sur&eacute;l&egrave;ve, la statue du grand homme, repr&eacute;sent&eacute; de pied en cap et de mani&egrave;re  r&eacute;aliste, est sculpt&eacute;e dans un mat&eacute;riau durable comme la pierre ou le bronze,  qui &eacute;voque l&rsquo;immortalit&eacute; que conf&egrave;re la cons&eacute;cration officielle.</p>
<p><br>
Les  repr&eacute;sentations des hommes d&rsquo;&Eacute;tat abondent ainsi dans l&rsquo;imagerie politique des  soci&eacute;t&eacute;s contemporaines (Gour&eacute;vitch 1980). Les images de propagande sont  particuli&egrave;rement pr&eacute;sentes dans les soci&eacute;t&eacute;s totalitaires, o&ugrave; le culte du chef  joue un r&ocirc;le central. Au sein de cette iconographie officielle, les statues  monumentales du leader peuvent c&ocirc;toyer des repr&eacute;sentations en miniature plus  facilement reproductibles &agrave; l&rsquo;infini&nbsp;: la R&eacute;publique populaire de  Chine a par exemple produit plusieurs milliards d&rsquo;insignes de Mao, selon une  esth&eacute;tique soigneusement contr&ocirc;l&eacute;e qui montre toujours le m&ecirc;me profil, le  gauche, par analogie politique (Wang 2008). Dans le Cameroun &agrave; l&rsquo;&egrave;re du parti  unique, l&rsquo;effigie de l&rsquo;autocrate est &eacute;galement omnipr&eacute;sente&nbsp;: &laquo;&nbsp;Elle  appartient au mobilier, et figure parmi les objets qui servent &agrave; d&eacute;corer les  maisons. On la retrouve dans les bureaux, le long des avenues, dans les salles  d&rsquo;embarquement des a&eacute;roports et sur les lieux de torture. On la porte sur soi.  Elle est tout pr&egrave;s, sur le corps des personnes, comme dans le cas des femmes  qui portent la robe du parti unique.&nbsp;&raquo; (Mbembe 1995&nbsp;: 97) Affichant  l&rsquo;image du chef d&rsquo;&Eacute;tat sur le corps m&ecirc;me de ses sujets, les pagnes politiques  sont une tradition bien ancr&eacute;e sur le continent africain (Ayina 1987)&nbsp;; et  les pagnes Barack Obama n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; longs &agrave; faire leur apparition, c&eacute;l&eacute;brant  la nouvelle figure du grand homme messianique. </p>
<ul>
  <li>La  prise en compte de leur r&eacute;ception hors de la sph&egrave;re officielle a ouvert de nouvelles  perspectives &agrave; l&rsquo;&eacute;tude des ic&ocirc;nes politiques. Les travaux sur la r&eacute;ception ont  montr&eacute; que les images du pouvoir ne sont jamais re&ccedil;ues de mani&egrave;re passive, mais  sont souvent susceptibles de faire l&rsquo;objet d&rsquo;une appr&eacute;hension critique par  ceux-l&agrave; m&ecirc;mes auxquels elles sont destin&eacute;es. L&rsquo;acad&eacute;misme de la statuaire  r&eacute;publicaine a souvent &eacute;t&eacute; raill&eacute;, de m&ecirc;me que la d&eacute;valuation de la grandeur  entra&icirc;n&eacute;e par une statuomanie qui en est rapidement venue &agrave; consacrer des  grands hommes de chef-lieu de canton. Toute une tradition de d&eacute;rision s&rsquo;est  ainsi d&eacute;velopp&eacute;e aux d&eacute;pens des grands hommes, &agrave; travers le d&eacute;tournement  grotesque de leurs statues ou des parodies d&rsquo;inauguration (Agulhon 1978&nbsp;:  158). De m&ecirc;me, sous l&rsquo;Ancien R&eacute;gime, &laquo;&nbsp;l&rsquo;image du roi g&eacute;n&egrave;re sa  contre-image&nbsp;&raquo; (Duprat 2002&nbsp;: 10). Ces caricatures inversent  l&rsquo;esth&eacute;tique officielle de la grandeur en peignant les souverains sous les  traits d&rsquo;un bestiaire monstrueux. Le monde animal fournit encore un riche  r&eacute;pertoire &agrave; la caricature politique contemporaine, comme en t&eacute;moigne  l&rsquo;&eacute;mission t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e du <em>B&eacute;b&ecirc;te Show</em>(5) (Collovald 1992). Aux mises en sc&egrave;ne officielles du corps des dirigeants  r&eacute;pondent des satires elles aussi centr&eacute;es sur le corps. La propagande  sovi&eacute;tique a ainsi donn&eacute; naissance &agrave; toute une tradition d&rsquo;histoires dr&ocirc;les et  de l&eacute;gendes qui tournent en d&eacute;rision le culte de L&eacute;nine et de Staline en leur  inventant des difformit&eacute;s corporelles (Regamey 2008). Au Cameroun, la  f&eacute;tichisation officielle du corps de l&rsquo;autocrate est reprise par la caricature,  qui pousse &agrave; l&rsquo;exc&egrave;s cette f&eacute;tichisation grotesque pour en d&eacute;voiler la vacuit&eacute;  (Mbembe 1996).</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Les grands hommes vus  d&rsquo;en bas</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;imagerie populaire ne saurait se r&eacute;duire &agrave;  une alternative tranch&eacute;e entre la caricature et l&rsquo;&eacute;dification&nbsp;: elle  exprime un rapport aux figures du pouvoir autrement plus complexe et ambivalent,  comme le montrent bien les six contributions r&eacute;unies ici. Celles-ci ne portent  pas sur la fabrique esth&eacute;tique de la grandeur officielle et sa r&eacute;ception, mais  sur les r&eacute;pliques populaires que ces ic&ocirc;nes officielles suscitent&nbsp;: elles  s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; l&rsquo;appropriation populaire de la figure des hommes d&rsquo;&Eacute;tat en  tant que ressource symbolique efficace. Il s&rsquo;agit de montrer la fa&ccedil;on dont la  culture visuelle des soci&eacute;t&eacute;s contemporaines est affect&eacute;e par l&rsquo;iconographie  officielle et comment cette derni&egrave;re est retravaill&eacute;e &agrave; nouveaux frais par des  artistes ou des artisans anonymes(6).  L&rsquo;int&eacute;gration de la symbolique officielle &agrave; la culture populaire offre en outre  une entr&eacute;e pertinente pour &eacute;tudier le rapport populaire &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat. Comme le note  Achille Mbembe, les signes du pouvoir &laquo;&nbsp;sont constamment repris et  utilis&eacute;s, aussi bien par ceux qui commandent que par ceux qui sont suppos&eacute;s  ob&eacute;ir, dans des op&eacute;rations de refabulisation du pouvoir&nbsp;&raquo; (1995&nbsp;:  83). Nous proposons ainsi un changement de perspective&nbsp;: il s&rsquo;agit de voir  les grands hommes revus et corrig&eacute;s &laquo;&nbsp;par le bas&nbsp;&raquo;. Cette formulation  fait &eacute;cho &agrave; l&rsquo;approche du &laquo;&nbsp;politique par le bas&nbsp;&raquo; de Jean-Fran&ccedil;ois  Bayart (1981), qui nous invite &agrave; aborder le politique du point de vue des  acteurs subordonn&eacute;s plut&ocirc;t que de celui du pouvoir. L&rsquo;entr&eacute;e par les images  s&rsquo;av&egrave;re alors particuli&egrave;rement int&eacute;ressante, car le changement de perspective  s&rsquo;y manifeste parfois de mani&egrave;re litt&eacute;rale. Une repr&eacute;sentation populaire de  Mobutu le montre par exemple de dos, les yeux cach&eacute;s par des lunettes de soleil  (Jewsiewicki 2003&nbsp;: 87)&nbsp;: cette image inverse l&rsquo;iconographie  officielle qui montre habituellement le grand homme de face et r&eacute;v&egrave;le ainsi le  c&ocirc;t&eacute; occulte du pouvoir et son origine sorcellaire. L&rsquo;iconographie qui scande  le dossier comprend nombre d&rsquo;images qui jouent sur de tels effets de  perspective. Elle &eacute;voque les op&eacute;rations visuelles sur lesquelles repose  l&rsquo;appropriation subalterne des grands hommes&nbsp;: retourner, rapetisser,  peinturlurer, flouter, d&eacute;former, d&eacute;figurer, etc.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <p><em><strong>Notes</strong></em></p>
<p>1. Les  cas de Gandhi et de Che Guevara sont quelque peu &agrave; part&nbsp;: le premier n&rsquo;a  jamais occup&eacute; de fonction officielle, m&ecirc;me s&rsquo;il a &eacute;t&eacute; consacr&eacute; p&egrave;re de la Nation indienne apr&egrave;s son  assassinat&nbsp;; le second abandonne ses fonctions dans le gouvernement  castriste pour retourner &agrave; sa vie de gu&eacute;rillero. Nous revenons plus loin sur  ces liens ambigus entre la figure du grand homme et le h&eacute;ros politique,  g&eacute;n&eacute;ralement rebelle, qui peut faire l&rsquo;objet d&rsquo;un processus d&rsquo;officialisation  par l&rsquo;&Eacute;tat. </p>
<p>2. Sur  le nomadisme royal, cf. &eacute;galement Boutier, Dewerpe et Nordman 1984. Sur les  entr&eacute;es royales, cf. Blanchard 2003.</p>
<p>3. Sur  la pr&eacute;sence des images, cf. Belting 1994&nbsp;; sur le pouvoir des images, cf.  Freedberg 1989. Ces deux ouvrages classiques s&rsquo;int&eacute;ressent cependant davantage  aux ic&ocirc;nes religieuses qu&rsquo;aux ic&ocirc;nes politiques.</p>
<p>4. Sur  le culte des grands hommes, cf. &eacute;galement Bonnet 1998&nbsp;; Gaehtgens et  Wedekind 2010. Sur le rite r&eacute;publicain de la panth&eacute;onisation, cf. Ben-Amos  1990.</p>
<p>5. Sur  la caricature du <em>B&eacute;b&ecirc;te Show </em>et des <em>Guignols de l&rsquo;info</em>, cf. &eacute;galement Neveu  et Collovald 1996&nbsp;; Coulomb-Gully 1997.</p>
<p>6. Sur  le lien entre culture visuelle et iconographie officielle, cf. Andermann et  Rowe 2006.</p>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Extrait choisi de l'introduction <em>Grands hommes vus d'en bas. L'iconographie officielle</em>, Julien Bonhomme, Nicolas Jaoul, <strong><a class="link" href="http://www.anthropoweb.com/Grands-Hommes-vus-d-en-bas_a163.html">Grands Hommes vus d'en bas</a>  </strong>, Gradhiva revue d'anthropologie et d'histoire des arts n°11, Musée du Quai Branly, pp5-11.<div><br /><div><ul>    <li class="list"><strong>Ecouter <a class="link" href="http://www.anthropoweb.com/downloads/files/95286/">l'entretien croisé de Julien Bonhomme et Nicolas Jaoul&nbsp;</a>  </strong></li>    </ul></li>    </div></div>
     </div>
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   <link>https://www.anthropoweb.com/Grands-Hommes-vus-d-en-bas-L-iconographie-officielle_a164.html</link>
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