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  <title>AnthropoWeb</title>
  <description><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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   <title>Attraction touristique et religion au Maghreb, Quand la dimension religieuse devient "bonne à montrer"</title>
   <pubDate>Mon, 29 Nov 2010 13:16:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Katia Boissevain</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Anthropologie ]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Depuis l’ouvrage de J. Urry (1990) intitulé The Tourist Gaze (1), que l’on peut traduire par « le regard touristique », (avec une nuance supplémentaire de « contemplation »), bon nombre d’anthropologues ont travaillé sur les questions des représentations dans le cadre touristique. Ces travaux se sont principalement concentrés sur trois thématiques. La première est celle de l’imaginaire touristique de la destination (étant entendu que la destination « fantasmée » se construit en amont du voyage, par la littérature, la lecture de guides, les films, etc.). La deuxième thématique est celle du contraste entre les attentes des touristes et la réalité de leur expérience touristique ; tandis que la troisième traite de la question fort complexe de la manière dont les réalités locales sont modifiées pour correspondre à ces mêmes attentes.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2513397-3539075.jpg?v=1295887705" alt="Attraction touristique et religion au Maghreb, Quand la dimension religieuse devient "bonne à montrer"" title="Attraction touristique et religion au Maghreb, Quand la dimension religieuse devient "bonne à montrer"" />
     </div>
     <div>
      <p>Dans un m&ecirc;me temps, bien moins nombreuses ont &eacute;t&eacute;  les &eacute;tudes portant sur les individus des pays h&ocirc;tes, sur les diverses mani&egrave;res  dont ils r&eacute;agissent aux repr&eacute;sentations globalis&eacute;es et st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es construites  par le tourisme sur leur culture et leur lieu de vie. Il en est de m&ecirc;me pour  les &eacute;tudes concernant les changements sociaux ainsi provoqu&eacute;s. </p>
<p>Une id&eacute;e incontestable qui revient de mani&egrave;re  r&eacute;currente dans la litt&eacute;rature sur le tourisme, particuli&egrave;rement sur le  tourisme Nord-Sud, porte sur le d&eacute;s&eacute;quilibre des forces en pr&eacute;sence,  c&rsquo;est-&agrave;-dire entre touristes venus des pays riches, et habitants des pays en  d&eacute;veloppement, donc n&eacute;cessairement plus pauvres. Le dossier r&eacute;cemment publi&eacute;  dans <em>Civilisations</em> (2) vient nous  rappeler l&rsquo;ethnocentrisme de beaucoup de nos recherches sur le tourisme, en  incluant de mani&egrave;re tr&egrave;s heureuse la question du retour touristique des  migrants dans leur pays d&rsquo;origine, ou du tourisme asiatique, en Asie ou sur  d&rsquo;autres continents, qui ne sont pas simplement la diffusion du mod&egrave;le d&rsquo;un  tourisme occidental, mais se fonde sur des bases historiques et des  configurations culturelles diff&eacute;rentes. Aussi nous para&icirc;t-il f&eacute;cond de ne pas  se cantonner au constat d&rsquo;un d&eacute;s&eacute;quilibre entre Nord et Sud, et de s&rsquo;interroger  sur les modes de n&eacute;gociations, sur les adaptions mises en oeuvre par les  populations habitant les lieux visit&eacute;s (car ce sont bien les lieux qui forment  la base de la promesse de d&eacute;paysement et non les personnes). Ainsi, nous  pourrions suivre Bowman (1996, 83) &agrave; ce sujet, (cit&eacute; par G. Chatelard, 2002 (3))  lorsqu&rsquo;il nous dit : &laquo; En pr&eacute;sentant &laquo; l&rsquo;h&ocirc;te &raquo; comme une victime envers  laquelle le visiteur <em>fait</em> quelque  chose, nous continuons &agrave; pr&eacute;senter les non occidentaux comme des objets sur  lesquels agissent les projets occidentaux &raquo;. Pour sortir de cette impasse  th&eacute;orique et philosophique, il nous faudrait compl&eacute;ter les th&eacute;ories du pouvoir,  qui s&rsquo;int&eacute;ressent essentiellement aux questions d&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie et de r&eacute;sistance,  en nous penchant &eacute;galement, et peut-&ecirc;tre principalement, sur les strat&eacute;gies  d&rsquo;adaptation, comme ayant une action, &agrave; la fois, aux niveaux local et global.  Loin de faire des peuples &laquo; touristifi&eacute;s &raquo; les victimes d&rsquo;un ph&eacute;nom&egrave;ne qui les  d&eacute;passe, cette approche met l&rsquo;accent sur la capacit&eacute; des acteurs indig&egrave;nes &agrave;  s&rsquo;emparer du tourisme pour le mettre au service de leurs propres objectifs.  C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce qu&rsquo;analysent les travaux parus ces derni&egrave;res ann&eacute;es sur le  tourisme et le travail de l&rsquo;identit&eacute; (4), et il appara&icirc;t clairement que les  articles r&eacute;unis ici se situent dans cette veine th&eacute;orique. </p>
<p>Ainsi, nous pourrons &eacute;viter de buter sur le  concept de &laquo; r&eacute;sistance &raquo; qui, comme le souligne Brown (1996) dans un article &agrave;  port&eacute;e th&eacute;orique intitul&eacute; &ldquo;<em>On resisting  resistance</em>&rdquo; (5), est une th&eacute;matique rabattue et qui bloque l&rsquo;interpr&eacute;tation  plus qu&rsquo;elle ne l&rsquo;ouvre, pr&eacute;sentant celui qui r&eacute;siste comme &eacute;tant uniquement en  r&eacute;action par rapport &agrave; une action externe. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Quels  cadres pour l&rsquo;anthropologie du tourisme ? </strong></p>
<p>Malgr&eacute; l&rsquo;anciennet&eacute; des premiers travaux en  anthropologie sur le tourisme (6), ce champ se confronte encore &agrave; l&rsquo;&eacute;tiquette  de &laquo; nouvel objet &raquo;. Apr&egrave;s quarante ans de recherches, de mani&egrave;re plus nette  encore depuis vingt ans (principalement en g&eacute;ographie, mais aussi en histoire  et en anthropologie), les travaux sur le tourisme continuent de se multiplier  bien qu&rsquo;ils soient longtemps demeur&eacute;s un th&egrave;me presque ill&eacute;gitime. Cet objet  &eacute;minemment contemporain a &eacute;t&eacute;, dans un premier temps, massivement investi par  les sciences &eacute;conomiques puis par la g&eacute;ographie humaine, plus que par  l&rsquo;anthropologie, alors m&ecirc;me que holisme et m&eacute;thode comparative, constitutifs de  notre discipline, sont des outils appropri&eacute;s pour l&rsquo;analyse de ce ph&eacute;nom&egrave;ne  social. Une des raisons invoqu&eacute;es par Picard et Michaud (2001) (7) est que le  tourisme a &eacute;t&eacute; envisag&eacute; comme facteur de d&eacute;veloppement, ce qui a privil&eacute;gi&eacute;  l&rsquo;angle &eacute;conomique au d&eacute;pend des autres, qui op&egrave;re comme un &eacute;cran. La tendance  se r&eacute;&eacute;quilibre depuis une dizaine d&rsquo;ann&eacute;e avec de plus en plus de th&egrave;ses,  d&rsquo;ouvrages et de num&eacute;ro de revues consacr&eacute;s aux modifications li&eacute;es au tourisme  et &agrave; la pratique touristique elle-m&ecirc;me (8). </p>
<p>Selon Picard et Michaud (id., 5) : &laquo; La plupart  des anthropologues tiennent le tourisme pour une occupation frivole et  regardent les touristes comme des intrus &raquo;. Mais, il est certain qu&rsquo;en tant que  fait social majeur, le ph&eacute;nom&egrave;ne est n&eacute;cessairement un sujet d&rsquo;&eacute;tude l&eacute;gitime  pour l&rsquo;anthropologie. Nous ne pouvons continuer &agrave; nous comporter comme si, en  tant que chercheurs, nous n&rsquo;avions jamais crois&eacute; de touristes sur nos terrains,  comme si nous abordions des rivages encore vierges et inexplor&eacute;s par d&rsquo;autres  que nous et &eacute;ventuellement quelque explorateur du XIXe si&egrave;cle. Comme de  nombreux auteurs l&rsquo;ont pr&eacute;alablement soulign&eacute;, c&rsquo;est en grande partie ce d&eacute;ni  et le risque constant pour l&rsquo;ethnologue d&rsquo;&ecirc;tre confondu avec le touriste  (certes, sous sa forme plus valorisante de voyageur ind&eacute;pendant), qui a retard&eacute;  la probl&eacute;matisation sociologique de ce ph&eacute;nom&egrave;ne. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Nouveaux  usages de la culture religieuse </strong></p>
<p>Il nous est apparu qu&rsquo;un des aspects encore peu  explor&eacute;s des effets du tourisme sur les soci&eacute;t&eacute;s, notamment sur les soci&eacute;t&eacute;s du  Maghreb, &eacute;tait celui des interactions qu&rsquo;il entretient avec la religion. Le  programme de recherche d&eacute;velopp&eacute; au sein de l&rsquo;IRMC a pris le parti d&rsquo;interroger  cette dimension et ce de deux mani&egrave;res. D&rsquo;une part, en prenant la mesure des  d&eacute;veloppements du tourisme religieux (9), avec les divers circuits propos&eacute;s &ndash;  soit sous la forme de p&egrave;lerinage encadr&eacute;, ou sous celle de voyage &agrave; th&eacute;matique  religieuse &ndash; ; d&rsquo;autre part, en acceptant que les rituels religieux exercent un  attrait exotique ind&eacute;niable sur les touristes. Ces &eacute;tudes permettent de mettre  au jour comment les deux sph&egrave;res peuvent parfois d&eacute;velopper une compl&eacute;mentarit&eacute;  fructueuse ou, au contraire, la mani&egrave;re dont leur juxtaposition fait appara&icirc;tre  certains conflits, latents ou d&eacute;clar&eacute;s. Depuis vingt ans, on observe une nette  augmentation de l&rsquo;offre de circuits touristiques &agrave; th&eacute;matique religieuse, en  provenance d&rsquo;Europe, ou des &Eacute;tats-Unis, ayant des destinations vari&eacute;es, vers  des sites religieux plus ou moins importants. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de Saint-Jacques  de Compostelle ou d&rsquo;une visite en Terre Sainte, les modalit&eacute;s de mise en  tourisme sont propres &agrave; ce type de voyages qui combinent la prise en charge de  la demande spirituelle, culturelle &agrave; celle plus g&eacute;n&eacute;rale de loisir et de  d&eacute;tente (10). Comme en t&eacute;moigne le magazine <em>Tourisme  islamique</em> et le site Internet qui lui est rattach&eacute;, ce ph&eacute;nom&egrave;ne n&rsquo;est pas  cantonn&eacute; aux religions chr&eacute;tiennes et juives. &Eacute;dit&eacute; en cinq langues (arabe,  anglais, fran&ccedil;ais, espagnol et allemand) depuis septembre 2001 (11), ce  magazine vise &agrave; promouvoir &laquo; tous les genres de tourismes respectant les nobles  valeurs &eacute;thiques, humaines, familiales et les moeurs, dont nous trouvons la  meilleur manifestation dans notre religion musulmane int&egrave;gre (12) &raquo;. </p>
<p>En parall&egrave;le &agrave; ces voyages religieux &agrave; proprement  parler, et &agrave; la litt&eacute;rature touristique qui les encadre, nous nous sommes  &eacute;galement pench&eacute;s sur ce que la visite touristique, le regard touristique,  op&egrave;rent comme action sur le rituel religieux lorsque celui-ci est am&eacute;nag&eacute; pour  r&eacute;pondre aux attentes, ou qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;inverse, lorsqu&rsquo;il demeure jalousement prot&eacute;g&eacute;  du regard &eacute;tranger (13). Mark Tate avait d&eacute;j&agrave; d&eacute;montr&eacute; que le tourisme a  contribu&eacute; &agrave; la vivification des c&eacute;r&eacute;monies de la Semaine Sainte en Espagne (14).  Miguel Segui-Llinas, g&eacute;ographe espagnol qui avait &eacute;galement particip&eacute; &agrave; notre  groupe de recherche, distingue, quant &agrave; lui, ces grands rituels religieux  montr&eacute;s &agrave; tous (touristes inclus), d&rsquo;autres, qui se d&eacute;roulent sur un mode plus  intime, villageois, et tournent le dos au tourisme en excluant de fa&ccedil;on  ostentatoire et parfois brutale, de la m&ecirc;me mani&egrave;re, les touristes et les  habitants &eacute;trangers dans les &icirc;les Bal&eacute;ares (15). </p>
<p>Dans ce dossier, des anthropologues et des  sociologues, travaillant tous sur des soci&eacute;t&eacute;s du Maghreb, proposent d&rsquo;&eacute;tudier  l&rsquo;activit&eacute; touristique sous cet angle particulier. Les terrains investigu&eacute;s se  fondent tous, d&rsquo;une mani&egrave;re ou d&rsquo;une autre, sur des lieux, des rituels ou une  histoire religieuse visant &agrave; cr&eacute;er ou &agrave; enrichir un produit touristique. Il  s&rsquo;agit d&rsquo;interroger les diverses &eacute;volutions observ&eacute;es dans les pays maghr&eacute;bins,  quant au rapport &agrave; la mise en sc&egrave;ne ou non de la religion qui proc&egrave;dent des  &eacute;changes et contacts cr&eacute;&eacute;s par la situation touristique, de plus en plus  pr&eacute;sente et pr&eacute;gnante dans le fonctionnement des soci&eacute;t&eacute;s du sud de la  M&eacute;diterran&eacute;e. Hormis la probl&eacute;matique de la patrimonialisation des rituels  religieux, de leur folklorisation et de leur devenir, sur laquelle la recherche  anthropologique travaille depuis longtemps et sous toutes les latitudes (16),  les autres facettes de cette th&eacute;matique sont encore peu explor&eacute;es. Les  contributions r&eacute;unies ici permettent de mieux cerner les tensions, les enjeux  patrimoniaux et touristiques (et accessoirement &eacute;conomiques) entre ce qui est &agrave;  &laquo; nous &raquo; (la soci&eacute;t&eacute; h&ocirc;te) et ce que l&rsquo;on pr&eacute;sente de &laquo; nous &raquo;. Ainsi r&eacute;unies,  les &eacute;tudes font appara&icirc;tre le paradoxe fort, et semble-t-il incontournable,  selon lequel le travail d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; sur son patrimoine en exige une &laquo; d&eacute;prise  &raquo;, une forme de d&eacute;possession, de confiscation, en tout cas de mise &agrave; distance.  Or la religion, dans sa double dimension de croyance et de pratique, rec&egrave;le  cela de particulier qu&rsquo;elle rel&egrave;ve non seulement de l&rsquo;universel, de  l&rsquo;englobant, mais aussi de l&rsquo;intime le plus absolu, des relations sociales et  familiales priv&eacute;es, autant que du microcosme individuel, du coeur et de  l&rsquo;esprit. Pour illustrer cette tension, pensons aux repr&eacute;sentations de <em>dhikr</em> (rituel soufi), au cours  desquelles la relation &agrave; Dieu est offerte aux regards (17) ou &agrave; l&rsquo;ambivalence  des guides touristiques de Kairouan qui font p&eacute;n&eacute;trer les non musulmans dans  l&rsquo;enceinte des mosqu&eacute;es (ailleurs au Maghreb et contrairement aux &eacute;difices  religieux au Moyen-Orient, les mosqu&eacute;es ne peuvent &ecirc;tre visit&eacute;s par des non  musulmans) (18). Hormis trois des contributeurs, les participants &agrave; cette  recherche collective n&rsquo;avaient pas, au pr&eacute;alable, travaill&eacute; sur le tourisme.  Pour la majeure partie d&rsquo;entre nous, donc, ce travail a &eacute;t&eacute; l&rsquo;occasion de  s&rsquo;arr&ecirc;ter et de creuser des questions li&eacute;es au tourisme, qui &eacute;taient n&eacute;es lors  de terrains pr&eacute;c&eacute;dents, mais qui n&rsquo;avaient pas jusque l&agrave; &eacute;t&eacute; approfondies, ou  d&rsquo;engager une recherche originale. Nous nous plaisons &agrave; penser que, comme  Picard et Michaud l&rsquo;&eacute;crivaient au sujet des auteurs qui ont particip&eacute; &agrave; <em>Anthropologie et Soci&eacute;t&eacute;s. Tourisme et  soci&eacute;t&eacute;s locales en Asie Orientale</em>, (2001) : &laquo; Sans regard pr&eacute;alable du  c&ocirc;t&eacute; du tourisme, [leur] analyse garde une fra&icirc;cheur qui les pr&eacute;munit contre la  tentation de d&eacute;ductions pr&eacute;matur&eacute;es &raquo;. </p>
<p>Le concept de &laquo; situation touristique &raquo; est ici  appr&eacute;hend&eacute; comme un outil permettant l&rsquo;&eacute;tude d&rsquo;une m&eacute;diation. Nous traitons  principalement des touristes &eacute;trangers qui rendent visite aux pays du Maghreb  et rentrent en Europe une fois leur visite accomplie. Nous portons &eacute;galement  notre attention aux situations d&rsquo;entre deux, tels les juifs tunisiens de France  en visite &agrave; la synagogue de Djerba (19), les chr&eacute;tiens fran&ccedil;ais ou italiens en  randonn&eacute;e au Sahara alg&eacute;rien qui, &agrave; cette occasion, perd sa dimension nationale  pour &ecirc;tre happ&eacute; dans une g&eacute;ographie mystique (20). Une des pistes importantes  ouverte par cette recherche serait de voir comment ce site religieux chr&eacute;tien  et les pratiques qui s&rsquo;y d&eacute;roulent sont intrins&egrave;quement li&eacute;s &agrave; l&rsquo;histoire  coloniale et nationale, ce qui pose des enjeux de m&eacute;moire importants, &agrave; une  &eacute;chelle locale et nationale. </p>
<p>Dans ce cas pr&eacute;cis, les touristes ne parcourent  plus l&rsquo;Alg&eacute;rie mais &laquo; le d&eacute;sert &raquo;, et les articles r&eacute;unis ici d&eacute;veloppent bien  l&rsquo;attrait que ce dernier continue d&rsquo;op&eacute;rer sur l&rsquo;imaginaire touristique  europ&eacute;en, dans la mesure o&ugrave; il est impr&eacute;gn&eacute; de l&rsquo;h&eacute;ritage fort de la  spiritualit&eacute; chr&eacute;tienne. De plus, les auteurs nous disent comment ce d&eacute;sert  fonctionne comme un cadre &agrave; de nouvelles relations fantasm&eacute;es : relations que  l&rsquo;on retrouve dans les &eacute;quip&eacute;es d&eacute;crites par S. Boulay et C. Cauvin- Verner (21),  lorsqu&rsquo;ils relatent le travail touristique sur le semblant d&rsquo;initiation et  l&rsquo;intensit&eacute; des pleurs &agrave; l&rsquo;issue de &laquo; l&rsquo;exp&eacute;rience du d&eacute;sert &raquo;. </p>
<p>Gr&acirc;ce &agrave; des variations de point de vue, nous  avons aussi pris le parti de faire glisser notre regard des touristes vers les  populations qui les accueillent et am&eacute;nagent leur culture religieuse dans le  but de r&eacute;pondre &agrave; leurs attentes et d&rsquo;en tirer quelque b&eacute;n&eacute;fices (22). </p>
<p>Le titre du dossier &laquo; Les nouveaux usages de la  culture religieuse. Approches anthropologiques &raquo; demande une d&eacute;finition, m&ecirc;me  approximative, de la &laquo; culture religieuse &raquo; au Maghreb, en prenant en compte  les limites de ses expressions ou de ses diff&eacute;rents types de manifestations  (mat&eacute;rielles et immat&eacute;rielles). Ce concept est entendu ici comme l&rsquo;ensemble des  pratiques li&eacute;es &agrave; la sph&egrave;re religieuse, sans que les acteurs ne s&rsquo;y r&eacute;f&egrave;rent  toujours dans un but spirituel. Par exemple, une visite en famille sur un lieu  qui abrite un site religieux rel&egrave;ve de la culture religieuse d&rsquo;une ville dans  le sens o&ugrave; elle mobilise un ensemble de savoirs, de souvenirs, de r&eacute;f&eacute;rences  religieuses ancr&eacute;es dans la culture locale. De la m&ecirc;me mani&egrave;re, l&rsquo;artisanat li&eacute;  &agrave; la confection de drapeaux d&eacute;signant les saints et les confr&eacute;ries soufies  pourrait &ecirc;tre int&eacute;gr&eacute;e &agrave; la culture religieuse, alors que l&rsquo;action est en  elle-m&ecirc;me prosa&iuml;que, une succession de t&acirc;ches techniques, tourn&eacute;e n&eacute;anmoins  vers une finalit&eacute; religieuse. Il est vrai que la situation touristique nous  permet de reposer la question de l&rsquo;imbrication du sacr&eacute; et du profane, du  p&egrave;lerin par rapport au touriste, du rituel par rapport au spectacle, et ce  faisant, elle fait appara&icirc;tre d&rsquo;autres nuances. </p>
<p>La &laquo; mise en tourisme &raquo; de la culture religieuse  &eacute;voque donc ce processus social de transformation d&rsquo;un objet (ici la culture  religieuse et ses expressions) en objet bon &agrave; pr&eacute;senter aux touristes, parce  celui-ci est bon &agrave; penser par ces consommateurs en situation particuli&egrave;re. La &laquo;  mise en tourisme &raquo; est donc &agrave; comprendre comme une expression commode pour  &eacute;voquer ce que l&rsquo;on peut &eacute;galement appeler les &laquo; transferts &raquo;, les &laquo;  traductions &raquo; qui sousentendent une modification de sens, avec des ajouts ou  suppressions. On a l&agrave; finalement un ph&eacute;nom&egrave;ne de m&eacute;diatisation de la culture  (ici religieuse) dans le sens o&ugrave; il faut une intervention pour que l&rsquo;objet soit  &eacute;galement re&ccedil;u par Autrui. Cela pose la question des acteurs de cette  m&eacute;diatisation (les guides, par exemple, qui jouent un r&ocirc;le central), du choix  des &eacute;l&eacute;ments embl&eacute;matiques &agrave; m&eacute;diatiser (sites, rituels, musiques sacr&eacute;es,  manuscrits, etc.), enfin des supports et des techniques de m&eacute;diatisation  employ&eacute;s par les m&eacute;diateurs (discours, objets, lieux, temporalit&eacute;s, sc&egrave;nes,  mus&eacute;es, etc.). </p>
<p>&laquo; Mettre en tourisme &raquo; est en quelque sorte  op&eacute;rer une s&eacute;lection et une qualification d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments de sa culture pour  pr&eacute;senter celle-ci &agrave; un Autre, et pas n&rsquo;importe quel Autre : une personne issue  d&rsquo;un autre espace-temps, en situation de d&eacute;paysement, de loisir et de recherche  de plaisir, bref, un touriste. La &laquo; mise en tourisme &raquo; d&rsquo;une culture religieuse  et de ses &eacute;l&eacute;ments embl&eacute;matiques (architectures, objets, musiques, etc.), de  ses &laquo; monuments &raquo; qu&rsquo;ils soient tangibles ou intangibles, proc&eacute;derait ensuite  d&rsquo;une int&eacute;gration/inscription dans les produits touristiques, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de  circuits ou d&rsquo;images vendues aux touristes. Sur ces questions de  singularisation et de requalification, de changements de statut d&rsquo;objets au  sens large, nous pouvons nous reporter aux travaux d&rsquo;Appadurai (23), ou &agrave;  l&rsquo;article de Spooner (24) qui retrace le parcours concret et fantasm&eacute; du &laquo;  tapis oriental &raquo;, en y int&eacute;grant sa dimension historique, ainsi que toute la  charge affective et marchande de la notion d&rsquo;&laquo; authenticit&eacute; &raquo;. Nous voyons &agrave;  nouveau &agrave; quel point la question du tourisme est enchev&ecirc;tr&eacute;e &agrave; celle de la  globalisation, du contact entre les cultures, de la circulation des biens et  des id&eacute;es et, plus encore, comment le tourisme, en tant que pratique sociale  multiscalaire, fabrique une imagerie &agrave; partir d&rsquo;un stock d&rsquo;images construit sur  le temps long. </p>
<p>Si les rapports entre religion et loisirs sont  probl&eacute;matiques, nos diverses observations ont le m&eacute;rite de les clarifier dans  la mesure o&ugrave; les articles soulignent le pouvoir attractif de la culture  religieuse sur l&rsquo;imaginaire qui fonde la pratique touristique. Cette culture  religieuse peut &ecirc;tre mise en action comme embl&egrave;me, si elle est r&eacute;duite &agrave; un  logo, ou utilis&eacute;e comme un signe d&rsquo;exotisme (le minaret de Chinguetti ou la  pri&egrave;re dans le d&eacute;sert (25)). Elle peut &eacute;galement &ecirc;tre pr&eacute;sent&eacute;e comme un  &eacute;l&eacute;ment culturel (architecture, biblioth&egrave;ques de Chinguetti) ou comme &eacute;l&eacute;ment  esth&eacute;tique (musique religieuse, pri&egrave;re). Aussi le patrimoine, comme  construction en rapport direct avec la notion de &laquo; tourisme &raquo;, se charge-t-il  d&rsquo;une force suppl&eacute;mentaire lorsqu&rsquo;il traite &laquo; le religieux &raquo;. Il nous a sembl&eacute;  que, dans cette r&eacute;alit&eacute; complexe des configurations entre le tourisme et le  religieux, les visit&eacute;s jouent toujours sur les limites entre les &eacute;l&eacute;ments  qu&rsquo;ils acceptent de d&eacute;voiler et ceux qu&rsquo;ils pr&eacute;f&egrave;rent cacher (les fr&egrave;res de  l&rsquo;Assekrem prot&egrave;gent les retraitants des touristes ; les Stambeli ne pr&eacute;sentent  pas tous leurs chants ; dans le cas des &eacute;difices religieux, mosqu&eacute;es, madrasas,  ou zaouias, les lieux d&rsquo;ablutions sont souvent d&eacute;rob&eacute;s aux regards). En  revanche, les Nw&acirc;j&icirc; ne cachent pas vraiment leur religion, mais les aspects  plus probl&eacute;matiques de celle-ci, qui pourraient &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;s comme des  reliquats de religion populaire, voire de superstition. Dans ce cas pr&eacute;cis, il  s&rsquo;agit plus pr&eacute;cis&eacute;ment d&rsquo;une honte int&eacute;rioris&eacute;e par rapport au r&eacute;formisme  musulman qui impr&egrave;gne aujourd&rsquo;hui la soci&eacute;t&eacute; marocaine en g&eacute;n&eacute;ral. </p>
<p>Qu&rsquo;est-ce que patrimonialiser sa culture  religieuse a de particulier ? La r&eacute;ponse est &agrave; chercher du c&ocirc;t&eacute; de ce que la  sph&egrave;re religieuse &eacute;voque. Immanquablement, l&rsquo;id&eacute;e sous-jacente est que la &laquo;  religion d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; &raquo; rec&egrave;le une part de son intimit&eacute;. Rien d&rsquo;&eacute;tonnant donc  dans ce jeu de montrer/cacher auquel se livrent, avec plus ou moins de succ&egrave;s,  les acteurs en prise avec la mise en tourisme de la culture religieuse.  L&rsquo;acc&eacute;l&eacute;ration du ph&eacute;nom&egrave;ne touristique n&rsquo;est pas seulement une question de  changement d&rsquo;&eacute;chelles, elle implique &eacute;galement des changements de fond, par  exemple au coeur des rituels, comme le mettent en lumi&egrave;re tous les travaux  r&eacute;cents sur les Gn&acirc;w&acirc;s au Maroc. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Imagerie  religieuse et tourisme, entre produit d&rsquo;appel et lieu de r&eacute;sistance </strong></p>
<p>Le tourisme est avant tout une posture, une  disposition, un d&eacute;placement dans un but de loisir. La question commune &agrave; nos  recherches est de voir comment cette forme tr&egrave;s particuli&egrave;re de contact  culturel se traduit lorsqu&rsquo;elle rencontre la sph&egrave;re religieuse, que cette  derni&egrave;re soit &laquo; marchandis&eacute;e &raquo;, prise dans le r&eacute;seau &eacute;conomique du tourisme et  con&ccedil;ue comme un produit d&rsquo;exotisme attractif ou, au contraire, qu&rsquo;elle soit  d&eacute;rob&eacute;e au regard du visiteur. Quelles sont donc les multiples mani&egrave;res  d&rsquo;articuler le tourisme au religieux, dans une r&eacute;gion telle que le Maghreb o&ugrave;  histoire du tourisme et histoire coloniale sont entrelac&eacute;es ? </p>
<p>Loin de constituer un simple lieu de croisement  et de rencontres heureuses, l&rsquo;espace de contact, notamment en M&eacute;diterran&eacute;e, est  un champ de tensions qui met en oeuvre des n&eacute;gociations, des strat&eacute;gies  d&rsquo;appropriations et des postures de r&eacute;sistance. Nous avons tous observ&eacute; une  r&eacute;alit&eacute; mouvante, un cadre dans lequel les cat&eacute;gories sont poreuses,  s&rsquo;interp&eacute;n&egrave;trent, voire se renversent ais&eacute;ment, entre monument et lieu de  culte, entre visite culturelle et d&eacute;votion sur un site religieux, entre  touristes et p&egrave;lerins &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une c&eacute;r&eacute;monie religieuse, entre spectacle  et rituel, culturel et cultuel, artiste et th&eacute;rapeute. Le fait de porter notre  attention sur la &laquo; culture religieuse &raquo; comme attrait touristique intrins&egrave;que  du pays visit&eacute; nous a permis de montrer que c&rsquo;est au sein de ces zones de  croisements et de tensions que sont construits des produits touristiques. Ces  derniers sont tant&ocirc;t offerts &agrave; tous, de mani&egrave;re oecum&eacute;nique et universelle  (festival des musiques sacr&eacute;es (26)), tant&ocirc;t ils semblent appartenir de droit &agrave;  un groupe aux contours &eacute;clat&eacute;s par l&rsquo;exil, la migration, et recr&eacute;&eacute;s par la  force du d&eacute;sir et de la m&eacute;moire (juifs de Djerba (27)). D&rsquo;autres sont le  r&eacute;sultat d&rsquo;une histoire locale particuli&egrave;re qui vise parfois &agrave; l&rsquo;ouverture d&rsquo;un  patrimoine religieux, comme &agrave; Chinguetti en Mauritanie (28) ou &agrave; Kairouan en  Tunisie (29) tandis qu&rsquo;ailleurs, chez les Nw&acirc;j&icirc; d&eacute;crits par Cauvin-Verner (30),  il semble que l&rsquo;histoire religieuse doive demeurer interne au groupe pour &ecirc;tre  mieux prot&eacute;g&eacute;e du regard captiv&eacute; mais tout aussi capteur et juge des touristes  &eacute;trangers. Certains encore pr&eacute;f&egrave;rent jouer sur les deux tableaux comme les  Stambeli (31) en proposant des repr&eacute;sentations destin&eacute;es &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur (que cet  ext&eacute;rieur soit touriste &eacute;tranger ou festivalier autochtone) et des c&eacute;r&eacute;monies &laquo;  entre soi &raquo;, et en g&eacute;rant d&rsquo;une mani&egrave;re particuli&egrave;re les fruits de ce travail  contest&eacute; car per&ccedil;u comme &laquo; non authentique &raquo;. </p>
<p>Il est ici question de manifestations tr&egrave;s  diff&eacute;rentes de la culture religieuse : de la mosqu&eacute;e de Kairouan ou de la  synagogue de Djerba comme des biblioth&egrave;ques en Mauritanie, d&rsquo;un p&egrave;lerinage  chr&eacute;tien &agrave; Tamanrasset, de mise en sc&egrave;ne de c&eacute;r&eacute;monies religieuses ou de  ressourcement spirituel &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une randonn&eacute;e dans le d&eacute;sert. Pour  autant, le d&eacute;nominateur commun de ces objets est qu&rsquo;ils se situent tous dans un  entre-deux qui permet de r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la question des nouveaux usages du  religieux, souvent sous le sceau d&rsquo;une tradition revitalis&eacute;e. Ces nouveaux  usages permettent aussi bien d&rsquo;interroger les nouvelles valeurs et les  sociabilit&eacute;s qui en d&eacute;coulent que d&rsquo;analyser les questions de repr&eacute;sentation de  soi et du rapport &agrave; l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute;, autant de questions &eacute;minemment  anthropologiques. </p>
<p>La position observ&eacute;e par les chercheurs associ&eacute;s  &agrave; ce programme de recherche a &eacute;t&eacute; d&rsquo;analyser le religieux dans ses rapports  diffus avec les pratiques de loisir. Nous nous sommes ainsi &eacute;cart&eacute;s de l&rsquo;&eacute;tude  de la religion dans le sens des croyances et des pratiques, en nous situant  dans le loisir, dans des pratiques culturelles qui touchent &agrave; la m&eacute;moire, &agrave; la  vie non spirituelle des gens. En prenant pour points d&rsquo;entr&eacute;e le patrimoine  religieux, nous avons &eacute;t&eacute; amen&eacute;s &agrave; r&eacute;&eacute;valuer les discours sur soi, construits &agrave;  partir de l&rsquo;image qu&rsquo;une r&eacute;gion ou qu&rsquo;une ville veulent donner d&rsquo;elles-m&ecirc;mes,  et de la part d&rsquo;intimit&eacute; fantasm&eacute;e qu&rsquo;ils veulent pr&eacute;server. La tension entre  l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;on se fait de l&rsquo;int&eacute;rieur et celle de l&rsquo;ext&eacute;rieur, de l&rsquo;intime et  du collectif, de l&rsquo;individuel et du social est &eacute;ternellement pr&eacute;sente et cette  tension est rep&eacute;rable dans les moments de rencontre. </p>
<p>D&rsquo;une certaine mani&egrave;re, l&rsquo;appr&eacute;hension  touristique du Maghreb, du fait de l&rsquo;imagerie v&eacute;hicul&eacute;e par le XIXe si&egrave;cle,  s&rsquo;op&egrave;re tr&egrave;s &laquo; naturellement &raquo; en lien avec la dimension religieuse, per&ccedil;ue  comme intrins&egrave;que aux lieux et &agrave; leurs habitants. Dans ce cas, l&rsquo;Autre, le  Maghr&eacute;bin, voire l&rsquo;Oriental, de part sa diff&eacute;rence avec le touriste europ&eacute;en,  est avant tout per&ccedil;u comme &laquo; musulman &raquo;. C. Cauvin- Verner (32) ne  remarque-t-elle pas que les touristes rappellent &agrave; l&rsquo;ordre leurs guides nw&acirc;j&icirc;s  s&rsquo;ils les voient boire de l&rsquo;alcool ? Et S. Boulay (33) souligne la m&ecirc;me  indignation de la part des touristes en Mauritanie qui veillent au respect de  l&rsquo;heure de la pri&egrave;re de leurs chameliers. </p>
<p>La religion a la particularit&eacute; de relever, &agrave; la  fois, de l&rsquo;intimit&eacute; individuelle et du social ; et, par un jeu de passe-passe  elle en arrive &agrave; incarner l&rsquo;intimit&eacute; d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute;. Poser son regard sur des  &eacute;l&eacute;ments de la religion de l&rsquo;autre, dont l&rsquo;exotisation par le rituel ou par  l&rsquo;architecture est ais&eacute;e, c&rsquo;est avoir l&rsquo;impression d&rsquo;aller au-del&agrave; de la  surface des choses. Une seconde question importante pos&eacute;e par nos recherches  respectives est celle de la gestion du sacr&eacute; face au tourisme. Quelle attitude  est adopt&eacute;e face &agrave; l&rsquo;impuret&eacute; potentielle repr&eacute;sent&eacute;e par des personnes qui ne  partagent pas la m&ecirc;me religion, ou la m&ecirc;me intention religieuse ? On comprend  par exemple qu&rsquo;une des cons&eacute;quences du succ&egrave;s du Festival des Musiques Sacr&eacute;es  de F&egrave;s, outre ses retomb&eacute;es &eacute;conomiques directes et indirectes, se mesure sur  le plan des &eacute;quilibres religieux. Au regard de la probl&eacute;matique g&eacute;n&eacute;rale de ce  dossier, c&rsquo;est sans doute ce qui nous int&eacute;resse le plus directement. L&rsquo;auteur y  d&eacute;crit avec d&eacute;licatesse la dynamique qui s&rsquo;est enclench&eacute;e entre la confr&eacute;rie  Boutchichiya (&agrave; laquelle se rattache le fondateur du festival), et la ville. On  suppose que la visibilit&eacute; de cette confr&eacute;rie, et la l&eacute;gitimit&eacute; que la sc&egrave;ne,  les projecteurs, le public et les m&eacute;dias &ndash; tous r&eacute;unis &ndash; lui conf&egrave;rent,  contribue &agrave; faire na&icirc;tre ou rena&icirc;tre un int&eacute;r&ecirc;t aupr&egrave;s de certains habitants de  F&egrave;s, confirmant ainsi un peu plus son assise populaire et politique. </p>
<p>Si ces questions sont pos&eacute;es par tous nos  terrains, les r&eacute;ponses varient en fonction des contextes. En effet, quoi de  commun entre des derviches tourneurs de Konya en repr&eacute;sentation au Th&eacute;&acirc;tre  municipal de Tunis qui n&rsquo;acceptent pas d&rsquo;applaudissements, les Nw&acirc;j&icirc; du Sud  marocain qui cachent leurs saints locaux, les Stambeli qui semblent se diriger  vers une distinction claire entre les f&ecirc;tes religieuses ouvertes aux &eacute;trangers  et aux festivaliers et les c&eacute;r&eacute;monies th&eacute;rapeutiques &agrave; &laquo; utilit&eacute; &raquo; interne ? </p>
<p>Tous jouent sur les limites entre ce qui se cache  et ce qui se d&eacute;voile, entre ce que l&rsquo;on garde pour soi et ce qui peut &ecirc;tre mis  en partage.</p>
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      <p><em><strong>Notes</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>1. Londres, Sage Publication, 1990. </p>
<p>2. A. Doquet et O. Evrard (dir.), 2008, &laquo; Tourisme, mobilit&eacute;s et alt&eacute;rit&eacute;s contemporaines &raquo;, <em>Civilisations</em>, vol. 57, n&deg; 1-2. </p>
<p>3. &laquo; Carnet de route de Jordanie. De la recherche de terrain &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience de la m&eacute;diation Partie 1 &raquo;, Cultures &amp; Conflits, n&deg; 47, automne 2002, [En ligne], mis en ligne le 29 avril 2003. URL : http://conflits.revues.org/ index842.html. </p>
<p> 4. Comme par exemple la th&egrave;se de S. Le Menestrel, 1999, <em>La voie des Cadiens. Tourisme et identit&eacute; en Louisiane</em>, Paris, Belin. </p>
<p>5. Michael F. Brown 1996, &ldquo;On resisting resistance&rdquo;, <em>American Anthropology</em>, vol. 98, n&deg; 4, 729-735. </p>
<p>6. Th&eacute;o Nunez &laquo; Tourism, tradition and acculturation. Weekendismo in a Mexican Village &raquo; (1963). </p>
<p>7. Michel Picard et Jean Michaud, <em>Anthropologie et Soci&eacute;t&eacute;s. Tourisme et Soci&eacute;t&eacute;s locales en Asie Orientale, Tourisme et soci&eacute;t&eacute;s locales</em>, vol. 25, n&deg; 2, 2001. </p>
<p>8. Doquet, Anne et Sara Le Menestrel (dir.), 2006, &laquo; Tourisme culturel, r&eacute;seaux et recompositions sociales &raquo;, <em>Autrepart</em>, n&deg; 40 ; Andr&eacute; Rauch (dir.), 2002, &laquo; Touriste, autochtone : qui est l&rsquo;&eacute;tranger ? &raquo;, <em>Ethnologie fran&ccedil;aise</em>, n&deg; 91 ; Bertrand Reau (dir.), 2007, &laquo; Nouvelles (?) fronti&egrave;res du tourisme &raquo;, Actes de la recherche en sciences sociales, n&deg; 170. 9. A.-C. Simon (2007, &laquo; Les voyages religieux. Un march&eacute; de niche &raquo;, in &laquo; Sites religieux et tourisme &raquo;, Cahiers Espaces, n&deg; 96) propose une liste de quelques agences sp&eacute;cialis&eacute;es, telles que La Procure, Terre enti&egrave;re, Routes bibliques, Bipel ou Ictus voyages, que nous retrouvons dans l&rsquo;article de N. Belalimat. </p>
<p> 10. C&rsquo;est ce que d&eacute;veloppe Sylvaine Conord dans son article sur la synagogue de Djerba. Cf. <em>infra</em>, &laquo; Tourisme et p&egrave;lerinage <em>Lag ha Omer</em> : changements et continuit&eacute; de la Tunisie &agrave; Isra&euml;l &raquo;, pp&hellip;. 11. La co&iuml;ncidence avec la destruction des Tours jumelles de New- York est fortuite. </p>
<p>12. http://www.islamictourism.com/news. </p>
<p>13. Cf. infra Corinne Cauvin-Verner, &laquo; Randonner au d&eacute;sert : un rituel sans l&rsquo;islam &raquo;, pp&hellip;. </p>
<p>14. &ldquo;Tourism and the Holy Week&rdquo; in L&eacute;on Spain, E. Badone et S. Roseman (eds), 2004, <em>Intersecting Journeys. The Anthropology of Pilgrimage and Tourism</em>, Urbana, University of Illinois Press, 2004. </p>
<p>15. M. Segui-Llinas, 2007, &laquo; La religion, signe identitaire face au tourisme, l&rsquo;exemple des Bal&eacute;ares &raquo;, in &laquo; Sites religieux et tourisme &raquo;, <em>Cahiers Espaces</em>, n&deg; 96. </p>
<p>16. En ce qui concerne l&rsquo;Europe, on pourra se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; J. Boissevain, 1992, <em>Revitalizing Europeans Rituals, Londres</em>, Routledge. </p>
<p>17. Cf. <em>infra</em> Justin McGuinness, &laquo; &ldquo;De mon &acirc;me &agrave; ton &acirc;me&rdquo; : le Festival de F&egrave;s des musiques sacr&eacute;es du monde et ses discours (2003-2007) &raquo;, pp&hellip;. <br>
  </p>
<p>18. Cf. <em>infra</em> Barbara Caputo, &laquo; Le patrimoine kairouanais entre tradition, m&eacute;moire et tourisme &raquo;, pp&hellip; </p>
<p>19. Cf. <em>infra</em> S. Conord, art. cit. </p>
<p>20. Cf. <em>infra</em> Nadia Belalimat, &laquo; Marcher sur les traces de Charles de Foucault. Les nouvelles formes du tourisme religieux dans le Hoggar alg&eacute;rien &raquo;, pp&hellip; </p>
<p>21. Cf. <em>infra</em> S&eacute;bastien Boulay, &laquo; De la visite de Chinguetti &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience du trek dans le d&eacute;sert. R&eacute;v&eacute;lation de la culture religieuse en Adrar mauritanien dans le contexte touristique &raquo;, pp. ; cf. aussi C. Cauvin-Verner, art.cit. </p>
<p>22. Cf. <em>infra</em> K. Boissevain &laquo; Le rituel stamb&acirc;li en Tunisie. De la pratique d&eacute;votionnelle au spectacle commercial &raquo;, pp.. ; Pierre Bonte &laquo; La Sorbonne du d&eacute;sert. Les biblioth&egrave;ques de Chinguetti et le tourisme culturel en Adrar (Mauritanie), pp.. ; cf. aussi les articles pr&eacute;c&eacute;demment cit&eacute;s de C Cauvin-Verner, S. Boulay, J. McGuinness et B. Caputo. </p>
<p> 23. Arjun Appadurai (dir.), 1986, <em>The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspective</em>, Cambridge, Cambridge University Press. </p>
<p>24. Brian Spooner, 1986, &ldquo;Weavers and dealers : the authenticity of an oriental carpet&rdquo;, in A. Appadurai (dir.), <em>The Social Life of Things</em>&hellip;, 195-235. </p>
<p>25. Cf. <em>infra</em> S. Boulay, art. cit.</p>
<p><br>
  26. Cf. <em>infra</em> J..McGuinness, art. cit. </p>
<p>27. Cf. <em>infra</em> S. Conord, art. cit. </p>
<p>28. Cf. <em>infra</em> P. Bonte, art. cit., et S. Boulay, art. cit. </p>
<p>29. Cf. <em>infra</em> B. Caputo, art. cit. </p>
<p>30. Cf. <em>infra</em> C. Cauvin-Verner, art. cit. </p>
<p>31. Cf. <em>infra</em> K. Boissevain, art. cit. </p>
<p> 32. Cf. <em>infra</em> C. Cauvin-Verner, art. cit.</p>
<p> 33. Cf. <em>infra</em> S. Boulay, art. cit.</p>
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      <ul>    <li class="list"><strong>Introduction extraite de l'ouvrage <a class="link" href="http://www.anthropoweb.com/Socio-anthropologie-de-l-image-au-Maghreb-nouveaux-usages-touristiques-de-la-culture-religieuse-Audiovisuel-et-creation_a173.html">Socio-anthropologie de l'image au Maghreb : nouveaux usages touristiques de la culture religieuse : Audiovisuel et création cinématographique</a>, Katia Boissevin, Pierre-Noël Denieuil dir., Editions L'Harmattan.</strong></li>    </ul></li>
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   </description>
   <link>https://www.anthropoweb.com/Attraction-touristique-et-religion-au-Maghreb-Quand-la-dimension-religieuse-devient-bonne-a-montrer_a174.html</link>
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