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 <title>AnthropoWeb</title>
 <subtitle><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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 <updated>2026-04-12T14:12:38+02:00</updated>
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   <title>Les féminismes islamiques au tournant du XXIe siècle</title>
   <updated>2011-01-24T17:41:00+01:00</updated>
   <id>https://www.anthropoweb.com/Les-feminismes-islamiques-au-tournant-du-XXIe-siecle_a195.html</id>
   <category term="Anthropologie " />
   <published>2011-01-07T15:06:00+01:00</published>
   <author><name>Stéphanie Latte-Abdallah</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Appréhender aujourd’hui la notion de féminisme islamique apparue il y a maintenant 20 ans, au début des années 1990, c’est se pencher sur un phénomène éminemment politique, particulièrement quand on écrit dans le contexte français, européen ou des pays dits du Nord. C’est envisager un phénomène toujours relativement peu connu malgré les travaux dont il a fait depuis lors l’objet. C’est surtout se poser une question renouvelée du féminisme islamique, ou plutôt des féminismes islamiques, à un moment où ce courant est en mouvement, en pleine transformation, diversification et transition.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2599273-3665635.jpg?v=1294412294" alt="Les féminismes islamiques au tournant du XXIe siècle" title="Les féminismes islamiques au tournant du XXIe siècle" />
     </div>
     <div>
       <p>Il importe donc tout d&rsquo;abord de rappeler bri&egrave;vement comment ce terme s&rsquo;est diffus&eacute;, simultan&eacute;ment en plusieurs lieux du globe dans les milieux intellectuels et universitaires au d&eacute;but de la d&eacute;cennie 1990. Il est &eacute;labor&eacute; tout d&rsquo;abord en Iran o&ugrave; plusieurs revues ont mis en lumi&egrave;re les interpr&eacute;tations sexistes des textes religieux par le clerg&eacute;, incarn&eacute;es dans le droit musulman. Ces publications ont contribu&eacute; &agrave; la connaissance de travaux d&rsquo;interpr&eacute;tation du Coran (<em>tafsir</em>) puis de r&eacute;flexion sur la jurisprudence islamique (<em>fiqh</em>) de femmes et d&rsquo;hommes faisant valoir les droits conf&eacute;r&eacute;s aux femmes par l&rsquo;islam. Ce courant revendique notamment un droit &agrave; l&rsquo;interpr&eacute;tation (<em>ijtihad</em>) susceptible de promouvoir l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des sexes, des r&ocirc;les nouveaux dans les rituels et les pratiques religieuses, des changements dans les domaines du droit familial, du droit p&eacute;nal, et des pratiques juridiques et politiques. Le d&eacute;bat iranien fut le d&eacute;tonateur du f&eacute;minisme islamique en tant que mouvement intellectuel. Les &eacute;crits publi&eacute;s dans la revue&nbsp;<em>Zanan</em>&nbsp;(Les femmes), cr&eacute;&eacute;e en 1992, ont ouvert une voie nouvelle, celle d&rsquo;un f&eacute;minisme qui prend l&rsquo;islam comme source de l&eacute;gitimit&eacute;, enlevant &agrave; ce mot le &laquo;&nbsp;sens p&eacute;joratif&nbsp;&raquo; qu&rsquo;il avait pr&eacute;c&eacute;demment en Iran (Sherkat, 2009&nbsp;: 18). Dix ans apr&egrave;s la R&eacute;volution de 1979, &agrave; la faveur de la mouvance r&eacute;formatrice dans ce pays, des femmes religieuses issues des classes moyennes s&rsquo;engag&egrave;rent dans ce courant, en r&eacute;action aux lois discriminatoires promulgu&eacute;es par un r&eacute;gime qui avait pourtant fait de la justice sociale un de ses th&egrave;mes de campagne et proclam&eacute; sa volont&eacute; de &laquo;&nbsp;rendre aux femmes leur statut &ldquo;vrai et &eacute;lev&eacute;&rdquo; en islam&nbsp;&raquo; (Mir-Hosseini, 1996&nbsp;: 285). &Agrave; terme, cela sous-entendait d&rsquo;&eacute;tablir l&rsquo;&eacute;quit&eacute; entre les sexes. Parall&egrave;lement, aux &Eacute;tats-Unis et en Europe, des universitaires iraniennes exil&eacute;es ont revendiqu&eacute; leur appartenance &agrave; ce mouvement. En 1999, la sociologue Ziba Mir-Hosseini a publi&eacute; une &eacute;tude pionni&egrave;re sur le d&eacute;bat religieux en Iran (Mir-Hosseini, 1999) dans laquelle elle a analys&eacute; les diff&eacute;rents courants de pens&eacute;e sur le genre des s&eacute;minaires th&eacute;ologiques de Qom et leurs liens avec les d&eacute;bats publics, sociaux et politiques de l&rsquo;Iran contemporain. Selon elle, ces s&eacute;minaires annon&ccedil;aient l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un &laquo;&nbsp;f&eacute;minisme endog&egrave;ne, produit localement&nbsp;&raquo; (Mir-Hosseini, 1999&nbsp;: XVI) capable, de ce fait, de concilier des injonctions construites de fa&ccedil;on jusque-l&agrave; contradictoire entre des appartenances culturelles, religieuses et nationales et un discours f&eacute;ministe sur les droits des femmes per&ccedil;u comme occidentalis&eacute;. D&rsquo;autres intellectuelles des mondes arabe et musulman, telles Rifaat Hassan, Asma Barlas ou encore la th&eacute;ologienne afro-am&eacute;ricaine convertie &agrave; l&rsquo;islam Amina Wadud, pour n&rsquo;en citer que quelques-unes, ont rejoint ce mouvement de r&eacute;interpr&eacute;tation des textes d&egrave;s le d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. Amina Wudud &eacute;crit en 1992 un livre inaugural<em>&nbsp;Qur&rsquo;an and Woman: Rereading the Sacred Text from a Woman&rsquo;s Perspective</em>&nbsp;auquel fait suite quinze ans plus tard une r&eacute;flexion plus audacieuse,&nbsp;<em>Inside the Gender Jihad&nbsp;: Women&rsquo;s Reform in Islam&nbsp;</em>en 2006. Certaines l&rsquo;avaient m&ecirc;me anticip&eacute;&nbsp;: en 1987, la sociologue marocaine Fatima Mernissi avait remis en cause la validit&eacute; des hadiths misogynes attribu&eacute;s au proph&egrave;te (Mernissi, 1987). </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Bien que le terme f&eacute;ministe n&rsquo;ait pas toujours &eacute;t&eacute; revendiqu&eacute; par les int&eacute;ress&eacute;es, il s&rsquo;est rapidement propag&eacute; en d&rsquo;autres lieux du monde arabe et musulman. Le f&eacute;minisme islamique fut donc au d&eacute;part un discours et un mouvement intellectuel et militant, contrairement aux premiers f&eacute;minismes s&eacute;culiers dans les mondes arabes et musulmans, qui d&eacute;but&egrave;rent en tant que mouvements sociaux. Il s&rsquo;est imm&eacute;diatement mondialis&eacute;, et a d&rsquo;abord &eacute;t&eacute; initi&eacute; et diffus&eacute; surtout au sein du monde musulman non arabe. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> En d&eacute;pit de son ancrage novateur dans la sp&eacute;cificit&eacute; culturelle islamique, et bien qu&rsquo;il &eacute;merge &agrave; un moment o&ugrave; les sciences sociales sont fortement marqu&eacute;es par les<em>subaltern</em>&nbsp;et les&nbsp;<em>postcolonial studies</em>, le concept de f&eacute;minisme islamique a &eacute;t&eacute;, et est toujours malmen&eacute; de toutes parts. Il a d&rsquo;une part &eacute;t&eacute; critiqu&eacute; par des f&eacute;ministes ou des intellectuels s&eacute;culiers, en Europe, aux &Eacute;tats-Unis mais aussi dans les mondes arabe ou musulman, pour lesquels les religions, et en premier lieu l&rsquo;islam, ne peuvent que contraindre les itin&eacute;raires f&eacute;minins. Il a &eacute;t&eacute; parfois d&eacute;nonc&eacute; comme le cheval de Troie de l&rsquo;islamisme, ou per&ccedil;u comme un non-objet scientifique, voire un oxymore. D&rsquo;autre part, il a &eacute;t&eacute; r&eacute;cus&eacute; par certains de ceux ou celles qui, se revendiquant de traditions islamiques, rigoristes le plus souvent, voient dans la juxtaposition des mots &laquo;&nbsp;f&eacute;minisme&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;islamique&nbsp;&raquo;, l&rsquo;h&eacute;ritage sourd d&rsquo;un mode de pens&eacute;e &laquo;&nbsp;occidental&nbsp;&raquo;, &eacute;tranger aux diff&eacute;rentes cultures islamiques. Enfin, d&rsquo;autres acteurs refusent tout simplement de consid&eacute;rer que le ph&eacute;nom&egrave;ne ait pu na&icirc;tre dans le monde musulman. Ils en font une simple cr&eacute;ation d&rsquo;universitaires enseignant sur les campus am&eacute;ricains. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Aussi a-t-il &eacute;t&eacute; parfois minor&eacute; voire ignor&eacute; par une part de la recherche sur le r&eacute;formisme musulman actuel au sein duquel il s&rsquo;est situ&eacute;(1), ou sur les transformations de l&rsquo;islam politique et les reformulations de l&rsquo;islamisation. Des travaux qui ont reproduit l&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;imposition d&rsquo;un terme per&ccedil;u comme &laquo;&nbsp;exog&egrave;ne&nbsp;&raquo;, ou qui ont &eacute;t&eacute; r&eacute;fractaires &agrave; un mot consid&eacute;r&eacute; comme militant. Les d&eacute;bats sur les lieux d&rsquo;&eacute;nonciation suppos&eacute;s du f&eacute;minisme islamique, sur l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; de son statut &ndash;&nbsp;d&eacute;signe-t-il un mode d&rsquo;engagement ou un objet d&rsquo;&eacute;tude&nbsp;?&nbsp;&ndash;ou sur la diversit&eacute; des actrices &ndash;&nbsp;intellectuelles, universitaires et/ou militantes&nbsp;&ndash; qui ont anim&eacute; le mouvement sont l&agrave; pr&eacute;gnants. </p>
     </div>
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     <div>
      <strong>;Un moment de transition : du courant intellectuel aux mouvements sociaux et pratiques religieuses émergentes</strong><p><br><br>

Ce qui para&icirc;t particuli&egrave;rement int&eacute;ressant est cette p&eacute;riode dans laquelle nous nous trouvons. </p>
<p> Un moment de transition tout d&rsquo;abord au sein de ce premier mouvement intellectuel du f&eacute;minisme islamique. Cette &eacute;volution en cours a &eacute;t&eacute; retrac&eacute;e par Margot Badran dans le num&eacute;ro de&nbsp;<em>Critique internationale&nbsp;</em>que j&rsquo;ai r&eacute;cemment coordonn&eacute; sur le sujet et dans la continuation duquel je m&rsquo;inscris ici. L&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se f&eacute;minine s&rsquo;est en effet depuis le milieu des ann&eacute;es 2000 transform&eacute;e et diversifi&eacute;e, en adoptant des postures intellectuelles plus audacieuses. Une ex&eacute;g&egrave;se qui a tout d&rsquo;abord r&eacute;tabli la n&eacute;cessaire distinction entre la&nbsp;<em>sharia</em>, la voie de Dieu r&eacute;v&eacute;l&eacute;e au proph&egrave;te, et le&nbsp;<em>fiqh</em>, c&rsquo;est-&agrave;-dire les efforts humains pour traduire ce chemin en dispositions juridiques. Des dispositions qui se sont tout d&rsquo;abord organis&eacute;es autour de quatre &eacute;coles principales aux&nbsp;ixe&nbsp;et&nbsp;xe&nbsp;si&egrave;cles. Le&nbsp;<em>fiqh</em>&nbsp;&eacute;tant au fondement des diverses l&eacute;gislations nationales concernant le statut personnel ou le droit de la famille. Un travail qui a &eacute;videmment &eacute;t&eacute; et est pris dans les contingences culturelles et historiques des diff&eacute;rentes p&eacute;riodes, et donc dans des interpr&eacute;tations sexistes. &Agrave; une premi&egrave;re herm&eacute;neutique centr&eacute;e sur une historicisation des textes et traditions fondateurs (le Coran puis dans certains cas la Sunna) a succ&eacute;d&eacute; une mise en contexte plus radicale ax&eacute;e sur les conditions actuelles et sur les compr&eacute;hensions contemporaines de la justice et de l&rsquo;&eacute;galit&eacute;. Cette herm&eacute;neutique f&eacute;ministe envisage le Coran comme un texte ouvert, non fig&eacute;, au sein duquel certains points se doivent d&rsquo;&ecirc;tre cat&eacute;goriquement r&eacute;fut&eacute;s (tels par exemple que la polygamie ou la violence physique de l&rsquo;homme vis-&agrave;-vis de son &eacute;pouse &ndash; mentionn&eacute;e par le terme de&nbsp;<em>daraba&nbsp;</em>dans le Coran) en accord avec les principes et l&rsquo;esprit &eacute;galitaires du texte (Badran, 2010). Dans le contexte iranien cette &eacute;volution herm&eacute;neutique s&rsquo;est traduite par la revendication de changements juridiques (Kian, 2010). </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Par ailleurs, ce premier mouvement intellectuel s&rsquo;est progressivement structur&eacute; et incarn&eacute; dans une s&eacute;rie de r&eacute;seaux voire de mouvements sociaux transnationaux visant &agrave; diss&eacute;miner les apports et &agrave; accro&icirc;tre l&rsquo;influence de ces ex&eacute;g&egrave;ses. Les travaux des f&eacute;ministes islamiques ayant &eacute;t&eacute; longtemps critiqu&eacute;s par les&nbsp;<em>ulema</em>&nbsp;ou ignor&eacute; par les r&eacute;formistes lorsqu&rsquo;ils suscitaient l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t d&rsquo;intellectuelles et de f&eacute;ministes s&eacute;culi&egrave;res ou religieuses (Badran, 2010). Des conf&eacute;rences et des r&eacute;seaux se sont au fil du temps mis en place et ont s&eacute;diment&eacute; un mouvement transnational. Aux premi&egrave;res organisations n&eacute;es au milieu des ann&eacute;es 1980 (telle que&nbsp;<em>Sisters in islam&nbsp;</em>fond&eacute;e en Malaysie), s&rsquo;est en effet ajout&eacute;e l&rsquo;action de r&eacute;seaux plus anciens au d&eacute;part fond&eacute; par des s&eacute;culi&egrave;res qui se sont diversifi&eacute;s et ont utilis&eacute; des outils similaires &agrave; ceux des f&eacute;ministes islamiques pour changer les lois sur la famille (<em>Women Living Under Muslim Laws</em>&nbsp;ou le&nbsp;<em>Sisterhood is Global Institute</em>, qui a diffus&eacute; un manuel des droits humains destin&eacute; &agrave; promouvoir les droits des femmes dans un langage religieux). Simultan&eacute;ment, depuis le milieu des ann&eacute;es 2000, d&rsquo;autres r&eacute;seaux f&eacute;ministes islamiques sont apparus&nbsp;: le mouvement global demandant l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des droits au sein de la famille&nbsp;<em>Musawah</em>, WISE (<em>Women&rsquo;s Islamic Initiative in Spirituality and Equality</em>), le comit&eacute; consultatif transnational des intellectuelles et th&eacute;ologiennes&nbsp;<em>(</em><em>Global Women&rsquo;s Shura Council)</em>&nbsp;visant &agrave; diffuser leurs travaux et &agrave; asseoir l&rsquo;autorit&eacute; f&eacute;minine, ou encore les trois conf&eacute;rences de la&nbsp;<em>Junta islamica</em>&nbsp;&agrave; Barcelone (en 2005, 2006 et 2008 et celle annonc&eacute;e d&rsquo;octobre 2010) (Badran, 2010). </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> C&rsquo;est ensuite un moment de transition qui appelle &agrave; ne plus se limiter &agrave; ce courant intellectuel pour &eacute;largir le champ de ce que le f&eacute;minisme islamique a recouvert jusqu&rsquo;&agrave; maintenant. Il s&rsquo;agit de se demander &agrave; pr&eacute;sent si ce discours intellectuel et militant s&rsquo;est transform&eacute; ou a parall&egrave;lement g&eacute;n&eacute;r&eacute; au fil des ans des pratiques et des mouvements sociaux&nbsp;? S&rsquo;il s&rsquo;est aussi incarn&eacute; ou invent&eacute; dans des mouvements ou des groupes sociaux &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des soci&eacute;t&eacute;s arabes&nbsp;ou musulmanes, et au-del&agrave; du cas iranien, ou d&rsquo;autres pays musulmans non arabes comme la Malaysie ? Il convient donc au tournant du&nbsp;xxie&nbsp;si&egrave;cle de renouveler l&rsquo;&eacute;tude du f&eacute;minisme islamique pour l&rsquo;envisager plut&ocirc;t comme une pratique, ou plut&ocirc;t comme&nbsp;<em>des</em>pratiques ancr&eacute;es sociologiquement, politiquement mais aussi nationalement, localement et subjectivement&nbsp;; et ainsi d&rsquo;amorcer une sociologie&nbsp;<em>des</em>&nbsp;f&eacute;minismes islamiques, de leurs actrices, et des nouvelles fonctions et subjectivit&eacute;s f&eacute;minines ainsi cr&eacute;&eacute;es. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Ces pratiques sont li&eacute;es soit &agrave; la production de textes (interpr&eacute;tations, d&eacute;bats th&eacute;ologiques, th&eacute;ologie f&eacute;minine ou concern&eacute;e par le genre), soit &agrave; de nouvelles fonctions religieuses (pr&eacute;dicatrices, sp&eacute;cialistes en religion, etc.), soit &agrave; des mouvements (organisations, associations f&eacute;minines li&eacute;es &agrave; l&rsquo;islam politique) voire &agrave; des groupes (cercles religieux, cours, groupes de m&eacute;morisation du Coran, etc.), ou encore &agrave; des pratiques religieuses quotidiennes. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Des pratiques qui montrent l&rsquo;ampleur sans pr&eacute;c&eacute;dent du ph&eacute;nom&egrave;ne d&rsquo;individualisation des trajectoires des femmes, de la reformulation des subjectivit&eacute;s f&eacute;minines dans les sph&egrave;res de l&rsquo;engagement politique, social et religieux notamment. Des subjectivit&eacute;s actuelles qui sont &eacute;videmment li&eacute;es &agrave; l&rsquo;acc&egrave;s massif des femmes de l&rsquo;ensemble des classes sociales &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation secondaire et sup&eacute;rieure dans les ann&eacute;es 1970-1980 dans la plupart des pays arabes et musulmans(2). Les femmes &eacute;tant &agrave; pr&eacute;sent plus nombreuses &agrave; l&rsquo;universit&eacute; et plus dipl&ocirc;m&eacute;es dans nombre de ces pays, et en Iran ou en Arabie par exemple. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Je prends donc ici le parti d&rsquo;une acception, ou plut&ocirc;t d&rsquo;une question ouverte du f&eacute;minisme, qui implique de r&eacute;fl&eacute;chir en termes non seulement d&rsquo;&eacute;mancipation ou d&rsquo;&eacute;galit&eacute; des droits entre hommes et femmes, mais aussi de r&eacute;alisation de soi, d&rsquo;ind&eacute;pendance, de pouvoir, d&rsquo;&eacute;largissement du champ des possibles, d&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;individualit&eacute;s et de nouvelles subjectivit&eacute;s f&eacute;minines. Ainsi la plupart des articles r&eacute;unis ici discutent, interrogent, redessinent ou parfois d&eacute;passent m&ecirc;me cette notion de f&eacute;minisme islamique. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Certes, on pourra contester l&rsquo;emploi du terme f&eacute;minisme pour &eacute;voquer des pratiques sensiblement diff&eacute;rentes. Il ne s&rsquo;agit en aucun cas de l&rsquo;imposer, mais en l&rsquo;&eacute;tat actuel de nos connaissances, il s&rsquo;av&egrave;re pour l&rsquo;instant utile de le conserver, en tant qu&rsquo;aiguillon dans un d&eacute;bat en cours, et en raison de son heuristique dimension critique. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Il bouleverse en effet les confortables dichotomies dites &laquo;&nbsp;Orient/Occident&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;Islam/Occident&nbsp;&raquo;, telles qu&rsquo;elles ont &eacute;t&eacute; pos&eacute;es &agrave; partir des mobilisations f&eacute;minines, et des deux premi&egrave;res vagues f&eacute;ministes dans les mondes arabes et musulmans (ann&eacute;es 1920-1940/ann&eacute;es 1960-1980). Il subvertit ces dichotomies ici et l&agrave;-bas. Ici, en permettant d&rsquo;&eacute;viter l&rsquo;aporie d&rsquo;une soit disant alternative entre universalisme et culturalisme ou particularisme, en d&eacute;crivant d&rsquo;autres modalit&eacute;s d&rsquo;engagements et d&rsquo;&eacute;mancipations f&eacute;minins. L&agrave;-bas, et diversement selon les contextes, en revenant sur une s&eacute;rie d&rsquo;oppositions &eacute;tablies de longue date sur le f&eacute;minisme, d&rsquo;abord s&eacute;culier, qui a contribu&eacute; &agrave; le d&eacute;consid&eacute;rer. 
     </div>
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      <strong>Féminisme islamique et aggiornemento historique : la troisième vague féministe</strong><p><br><br>
Ces argumentaires ont qualifi&eacute; les premiers f&eacute;minismes d&rsquo;exog&egrave;nes contrairement au r&eacute;f&eacute;rent islamique con&ccedil;u comme endog&egrave;ne. Ils les ont consid&eacute;r&eacute;s comme les repr&eacute;sentants d&rsquo;une &eacute;lite proche des &Eacute;tats postcoloniaux et oppos&eacute;e &agrave; des classes populaires dont l&rsquo;islam politique portait seul la voix. Les mouvements de l&rsquo;islam politique des ann&eacute;es 1970-1980 ont &oelig;uvr&eacute; &agrave; cette disqualification des premiers mouvements f&eacute;ministes s&eacute;culiers en participant &agrave; diffuser l&rsquo;id&eacute;e de leur caract&egrave;re import&eacute;. Des dichotomies que la recherche a par ailleurs &agrave; sa mani&egrave;re v&eacute;hicul&eacute;es. Et ce, au m&eacute;pris des sp&eacute;cificit&eacute;s sociologiques et politiques des organisations, et des histoires nationales ou r&eacute;gionales. Une diversit&eacute; de contextes sur laquelle ce num&eacute;ro entend insister au-del&agrave; des lectures ou des points de vue id&eacute;ologiques qui ont longtemps pr&eacute;valu sur l&rsquo;histoire des f&eacute;minismes. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Disons simplement ici que trois points se doivent d&rsquo;&ecirc;tre remis en cause. Dans un premier temps, il faut dire que la n&eacute;cessaire mise au jour d&rsquo;un f&eacute;minisme colonial (Ahmed,&nbsp;1992)(3)&nbsp;a en retour contribu&eacute; &agrave; &eacute;laborer l&rsquo;id&eacute;e de deux types irr&eacute;ductibles de f&eacute;minisme&nbsp;: l&rsquo;un qui serait occidentalis&eacute;, s&eacute;culier et &eacute;litiste, donc import&eacute; et critiqu&eacute;&nbsp;; et l&rsquo;autre, promu par des figures islamiques, culturellement et socialement mieux ancr&eacute; (Ahmed,&nbsp;1992). Et ce, en &eacute;vacuant l&rsquo;hybridit&eacute; des premi&egrave;res formulations des droits f&eacute;minins, et celles ayant tr&egrave;s t&ocirc;t utilis&eacute;es un langage islamique que ce soient par les voix des figures religieuses pionni&egrave;res au d&eacute;but du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle en &Eacute;gypte(4), ou par celles de mouvements s&eacute;culiers qui se r&eacute;f&eacute;raient d&eacute;j&agrave; &agrave; la r&eacute;forme islamique(5)&nbsp;et &agrave; ses interpr&eacute;tations du droit musulman pour changer des dispositions juridiques sur la famille codifi&eacute;es par l&rsquo;&Eacute;tat &agrave; partir des sources religieuses du&nbsp;<em>fiqh</em>&nbsp;(Badran, 1994). Une hybridit&eacute; qui r&eacute;sultait de plus de l&rsquo;activit&eacute; de militantes s&eacute;culi&egrave;res mais aussi d&rsquo;actrices pratiquantes, chr&eacute;tiennes et musulmanes, au sein de ces premiers mouvements s&eacute;culiers. A aussi &eacute;t&eacute; gomm&eacute; le fait que le premier f&eacute;minisme &eacute;gyptien est apparu &agrave; la m&ecirc;me p&eacute;riode que ses homologues europ&eacute;ens ou am&eacute;ricains et non en &eacute;cho &agrave; ceux-ci (Badran, 1994)&nbsp;; de m&ecirc;me que toutes les sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles et nationales des premiers f&eacute;minismes qui les ont constitu&eacute;s endog&egrave;nes et non import&eacute;s, dont la plus remarquable fut leur arrimage commun aux mouvements nationalistes et anticoloniaux(6). </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Dans un second temps, soulignons que la grille d&rsquo;analyse courante a quasi invariablement fait des mouvements religieux des opposants &agrave; des &Eacute;tats s&eacute;culiers et modernisateurs, sous la protection desquels se seraient &eacute;panouis les premiers f&eacute;minismes, eux-m&ecirc;mes s&eacute;culiers et repr&eacute;sent&eacute;s comme pro-occidentaux. Or si cette dimension oppositionnelle est pr&eacute;gnante au Maghreb, elle a &eacute;t&eacute; ou l&rsquo;est &eacute;videmment beaucoup moins au Machrek, et surtout dans le Golfe, comme le montre dans ce num&eacute;ro les articles sur le Koweit (Haya al-Mughni), la Jordanie (St&eacute;phanie Latte Abdallah), et d&rsquo;autres sur le Bahrein (Seikaly,&nbsp;1997), l&rsquo;Arabie Saoudite (Le Renard, 2010) ou le Y&eacute;men (Clark, Schwedler, 2003). En Jordanie par exemple, les Fr&egrave;res musulmans ont &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement choy&eacute;s par le r&eacute;gime lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de contrer l&rsquo;opposition politique constitu&eacute;e par les communistes, la gauche et les partis palestiniens dans les ann&eacute;es 1970-1980. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Enfin, cette lecture des premi&egrave;res vagues f&eacute;ministes a de concert fortement minor&eacute; le r&ocirc;le ambivalent, voire r&eacute;pressif, des &Eacute;tats vis-&agrave;-vis des f&eacute;minismes et des diverses organisations qui ont vu le jour &agrave; cette &eacute;poque. Tous les &Eacute;tats, m&ecirc;me s&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; modernisateurs et promoteurs, t&ocirc;t dans le si&egrave;cle, d&rsquo;une forme de f&eacute;minisme d&rsquo;&Eacute;tat &ndash;&nbsp;la Turquie k&eacute;maliste, l&rsquo;Iran du chah, ou, plus tard, la Tunisie de Bourguiba&nbsp;&ndash;, et m&ecirc;me s&rsquo;ils ont accord&eacute; des droits citoyens aux femmes et favoris&eacute; leur &eacute;ducation, se sont employ&eacute;s &agrave; contr&ocirc;ler, voire &agrave; interdire les mouvements f&eacute;ministes ind&eacute;pendants, pour la plupart li&eacute;s aux partis de gauche et, en tout &eacute;tat de cause, dans l&rsquo;opposition et en demande de d&eacute;mocratisation des r&eacute;gimes. La religieuse Zeinab Al-Ghazali comme la s&eacute;culi&egrave;re Doria Shafik ont connu la prison ou l&rsquo;assignation &agrave; r&eacute;sidence sous Nasser. Il s&rsquo;agissait alors, d&rsquo;une part, de remplacer ces organisations par d&rsquo;autres affili&eacute;es aux &Eacute;tats, d&rsquo;autre part, de coopter des f&eacute;mocrates, &agrave; m&ecirc;me de mettre en &oelig;uvre les politiques &eacute;tatiques. Dans l&rsquo;&Eacute;gypte de Nasser(7), toutes les organisations f&eacute;minines ont &eacute;t&eacute; dissoutes apr&egrave;s l&rsquo;obtention du droit de vote par les femmes. Ces r&eacute;gimes postcoloniaux ont &eacute;galement emp&ecirc;ch&eacute; l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un f&eacute;minisme ayant une large assise sociale et incluant les femmes des classes les moins favoris&eacute;es et celles des milieux ruraux (Fleischmann, 1999) pour favoriser celui d&rsquo;une &eacute;lite plus facile &agrave; contr&ocirc;ler et dont l&rsquo;influence &eacute;tait moindre. En Jordanie, l&rsquo;&Eacute;tat s&rsquo;est engag&eacute; sur le terrain des droits des femmes tardivement, dans les ann&eacute;es 1980. Il a alors d&rsquo;abord voulu instrumentaliser les organisations f&eacute;minines agissantes depuis l&rsquo;ind&eacute;pendance du pays, et li&eacute;es &agrave; l&rsquo;opposition de gauche ainsi qu&rsquo;aux partis palestiniens. Il a vainement essay&eacute; de les chapeauter puis les a un temps ferm&eacute;es. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> La promotion par les &Eacute;tats d&rsquo;organisations ou d&rsquo;actrices dans un paradigme de valorisation des droits f&eacute;minins, en vue de monopoliser la sc&egrave;ne politique et sociale en contrant des revendications f&eacute;minines port&eacute;es par des oppositions nationalistes, de gauche, et &agrave; pr&eacute;sent &eacute;galement par la soci&eacute;t&eacute; civile et les organisations &agrave; r&eacute;f&eacute;rent islamique, s&rsquo;est r&eacute;p&eacute;t&eacute;e tout au long du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle et se produit encore de nos jours. Pour parvenir &agrave; leurs fins, ces &Eacute;tats se sont octroy&eacute; un r&ocirc;le modernisateur et avant-gardiste alors m&ecirc;me que la plupart d&rsquo;entre eux &eacute;taient en retrait par rapport aux revendications initi&eacute;es &agrave; partir de la soci&eacute;t&eacute; et r&eacute;cemment, le plus souvent, de groupes dont la participation sociale et politique &eacute;tait limit&eacute;e. Des revendications qu&rsquo;ils ont dans les faits longtemps bloqu&eacute;es. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Et c&rsquo;est &agrave; pr&eacute;sent le cas au Maroc o&ugrave; l&rsquo;&Eacute;tat mobilise tr&egrave;s visiblement le r&eacute;f&eacute;rent f&eacute;ministe religieux. La promotion d&rsquo;un islam d&rsquo;&Eacute;tat mod&eacute;r&eacute; s&rsquo;est dans ce pays ancr&eacute;e sur une r&eacute;forme &eacute;galitaire du code de la famille (<em>mudawana)</em>&nbsp;men&eacute;e &agrave; partir de r&eacute;f&eacute;rences religieuses, r&eacute;pondant aux mobilisations f&eacute;minines s&eacute;culi&egrave;res, puis plus tardivement &eacute;galement religieuses; et sur l&rsquo;institutionnalisation de nouvelles fonctions religieuses f&eacute;minines, des pr&eacute;dicatrices (<em>murshidat</em>) mais aussi des sp&eacute;cialistes en sciences religieuses (<em>alemat</em>) afin d&rsquo;ancrer socialement cet islam d&rsquo;&Eacute;tat (Edouadda, Pepicelli, 2010&nbsp;; Karima Dir&egrave;che dans ce num&eacute;ro), en particulier aupr&egrave;s de femmes dont l&rsquo;engagement religieux a &eacute;t&eacute; massif (Christiansen, 2003). Cette instrumentalisation &eacute;tatique parfois subtile des demandes f&eacute;minines, voire cette promotion des femmes, est &eacute;galement &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre aujourd&rsquo;hui en Arabie, o&ugrave; l&rsquo;&Eacute;tat s&rsquo;est depuis peu fait le chantre d&rsquo;une certaine conception des droits f&eacute;minins (Le Renard, 2010). La mise en avant d&rsquo;un &laquo;&nbsp;islam du juste milieu&nbsp;&raquo; est devenue l&agrave; aussi urgente dans le sillage, ici comme au Maroc, du 11 septembre, et surtout d&rsquo;attentats ayant frapp&eacute; ces pays en 2003. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Enfin, force est de constater que les revendications f&eacute;minines ind&eacute;pendantes, qu&rsquo;elles soient s&eacute;culi&egrave;res ou religieuses, se sont depuis les ann&eacute;es 1980, d&eacute;mocratis&eacute;es. Elles se sont ouvertes aux classes moyennes et populaires, et plus pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; des groupes politiquement ou socialement minoritaires, rest&eacute;s en marge de la repr&eacute;sentation sociale et politique. En Jordanie, une grande part de l&rsquo;engagement f&eacute;minin ind&eacute;pendant de l&rsquo;&Eacute;tat, communiste et de gauche, historiquement li&eacute; &agrave; la militance pour la Palestine, a &eacute;t&eacute; investie par les femmes issues des camps de r&eacute;fugi&eacute;s qui ont transform&eacute; sa base &agrave; partir de la fin des ann&eacute;es 1980 (Latte Abdallah, 2006(a), 2009). Un processus similaire a &eacute;t&eacute; d&eacute;crit en Palestine o&ugrave; l&rsquo;engagement f&eacute;minin se d&eacute;mocratise avec la cr&eacute;ation des&nbsp;diff&eacute;rentes branches du Comit&eacute; du Travail des femmes dans les ann&eacute;es 1980 (Hiltermann, 1991). De la m&ecirc;me mani&egrave;re &agrave; Bahrein de nouvelles mobilisations f&eacute;minines ont &eacute;merg&eacute; dans le sillage de la forte contestation de 1994-1997, g&eacute;n&eacute;r&eacute;e par les revendications &eacute;conomiques et politiques de groupes en grande partie de confession chiite vivant dans les villages les plus pauvres. Leurs demandes ont abouti &agrave; la reprise du processus &eacute;lectoral et, &agrave; cette occasion, &agrave; l&rsquo;octroi du droit de vote aux femmes (Seikaly, 1997). Ce militantisme s&rsquo;est d&eacute;mocratis&eacute; lorsque, dans le m&ecirc;me temps, une part des organisations f&eacute;minines s&rsquo;&eacute;mancipaient des partis nationalistes au sein desquels elles avaient vu le jour pour formuler un f&eacute;minisme ind&eacute;pendant &agrave; la fois de l&rsquo;&Eacute;tat et des partis refusant le postulat pr&eacute;c&eacute;dent d&rsquo;un conflit d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts entre cause nationale et cause f&eacute;ministe(8). </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> &Agrave; ces transformations des premiers mouvements, dans les ann&eacute;es 1990 s&rsquo;est ajout&eacute;e l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un f&eacute;minisme islamique et de nouvelles figures militantes et organisations islamiques f&eacute;minines. &Agrave; cette p&eacute;riode, se sont reformul&eacute;es des revendications plus radicalement f&eacute;ministes. Elles se sont cristallis&eacute;es pr&eacute;cis&eacute;ment gr&acirc;ce aux nouveaux positionnements et modes d&rsquo;actions d&rsquo;actrices engag&eacute;es, s&eacute;culi&egrave;res et islamiques, et aux liens qu&rsquo;elles ont au fil du temps tiss&eacute;s entre elles. D&egrave;s lors, il n&rsquo;est sans doute pas &eacute;tonnant que ce soit dans les ann&eacute;es 1990 qu&rsquo;appara&icirc;t dans le monde arabe un terme non &eacute;quivoque pour le mot f&eacute;minisme,<em>niswiyya</em>, en remplacement du pr&eacute;c&eacute;dent&nbsp;<em>nisa&rsquo;iyya</em>&nbsp;qui signifie indistinctement f&eacute;ministe ou f&eacute;minin (Badran, 2005). </p>
<p>&nbsp;</p>
<p> Lancer le d&eacute;bat sur le f&eacute;minisme islamique aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est donc aborder la troisi&egrave;me vague f&eacute;ministe dans les mondes arabes et musulmans, qui fait suite &agrave; celles essentiellement s&eacute;culi&egrave;res du d&eacute;but du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle (ann&eacute;es 1920-1940), puis des d&eacute;cennies 1960-1980, et commence au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. Cette troisi&egrave;me vague est celle du f&eacute;minisme islamique mais aussi celle des transformations et des recompositions &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre au sein d&rsquo;organisations li&eacute;es aux premiers f&eacute;minismes. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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      <strong>L'islam politique en mouvement : glissements, subversion et reformulations féministes</strong><p><br><br>
Il convient donc de d&eacute;passer la premi&egrave;re formulation du f&eacute;minisme islamique en tant que discours ayant atteint une &eacute;chelle mondiale pour r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la mani&egrave;re dont il s&rsquo;incarne dans des mouvements sociaux, et dont les mobilisations islamiques qui ont massivement surgi sur la sc&egrave;ne politique dans ces ann&eacute;es 1970-1980 ont particip&eacute; ou non de ces mouvements.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn25" dir="ltr">Envisager le r&ocirc;le de groupes li&eacute;s &agrave; l&rsquo;islam politique dans cette transition en cours du f&eacute;minisme islamique est une des intentions fortes de ce num&eacute;ro, et ce, en s&rsquo;appuyant sur plusieurs &eacute;tudes &agrave; m&ecirc;me de rendre compte de la diversit&eacute; des contextes et des histoires. Des articles portant soit directement sur des actrices de ces organisations au Liban, en Palestine, en Jordanie, au Koweit ou en Iran, soit plus indirectement sur l&rsquo;effet de la pr&eacute;sence de l&rsquo;islam politique sur les mobilisations f&eacute;minines ou sur l&rsquo;action de l&rsquo;&Eacute;tat (au Maroc, en Tunisie ou en Indon&eacute;sie).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p dir="ltr"> Ce r&ocirc;le manifeste est devenu aujourd&rsquo;hui n&eacute;cessaire &agrave; traiter dans la mesure o&ugrave; d&rsquo;une part l&rsquo;islam politique a particip&eacute; dans les ann&eacute;es 1970-1980 de l&rsquo;individualisation du rapport au religieux et au savoir religieux en disqualifiant d&rsquo;abord l&rsquo;establishment des&nbsp;<em>ulema</em>&nbsp;pour faire valoir des lectures concurrentes. Des lectures faites par des penseurs aux formations intellectuelles plus hybrides, en sciences dures ou sociales tout autant, voire plus, qu&rsquo;en sciences religieuses, ayant acquis leur comp&eacute;tences religieuses en autodidactes. Une d&eacute;mocratisation de la connaissance religieuse dont des femmes ont pu par la suite &agrave; leur tour se saisir. D&rsquo;autre part, en raison des dynamiques m&ecirc;me des organisations f&eacute;minines. Contrairement aux constructions id&eacute;ologiques qui ont fait des causes f&eacute;ministes des alli&eacute;es d&rsquo;&Eacute;tats s&eacute;culiers et modernisateurs, on peut avancer que les revendications f&eacute;ministes ont le plus souvent surf&eacute; sur une logique oppositionnelle dans les diff&eacute;rents contextes nationaux et r&eacute;gionaux(9). Cette opposition n&rsquo;a eu de cesse de se recomposer au cours du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle et jusqu&rsquo;&agrave; nos jours, au gr&eacute; de l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de ces mouvements ou de l&rsquo;&eacute;largissement de leur influence. Les revendications f&eacute;minines ont &eacute;t&eacute; les passag&egrave;res de mouvements ascendants qu&rsquo;elles ont soutenus et qui, dans l&rsquo;ensemble, ont d&eacute;&ccedil;u leurs attentes, comme ce fut le cas en Iran o&ugrave; la formulation du f&eacute;minisme islamique s&rsquo;est d&rsquo;abord faite dans le sillage du courant r&eacute;formateur (Sadeghi dans ce num&eacute;ro, Kian, 2010). Elles ont &eacute;t&eacute; arrim&eacute;es &agrave; des demandes sociales plus larges en termes de d&eacute;mocratisation et de participation sociale et politique de la part de groupes qui, dans le contexte des &Eacute;tats postcoloniaux, et surtout depuis les ann&eacute;es 1980, n&rsquo;&eacute;taient plus des &eacute;lites. Or, dans les ann&eacute;es 1980 ou plus tard dans la d&eacute;cennie 1990, ces oppositions ont &eacute;t&eacute; souvent port&eacute;es par des mouvements li&eacute;s &agrave; l&rsquo;islam politique. Ces organisations de l&rsquo;islam politique &eacute;tant en outre largement constitu&eacute;es par des militantes appartenant &agrave; des classes moyennes, cr&eacute;&eacute;es par l&rsquo;acc&egrave;s aux &eacute;tudes sup&eacute;rieures, en pleine demande d&rsquo;ascension sociale et de participation politique. Le cas du Koweit analys&eacute; ici par Haya al-Mughni montre de la m&ecirc;me mani&egrave;re que la position sociale et politique occup&eacute;e par certains groupes favorise l&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se f&eacute;minine et la revendication de r&ocirc;les publics f&eacute;minins lorsque la premi&egrave;re &agrave; l&rsquo;avoir revendiqu&eacute;e, Khadija al-Mahm&icirc;t, appartenait &agrave; la minorit&eacute; chiite du pays. </p>
<p>&nbsp;</p>
<p id="pn27" dir="ltr">Ces mouvements ont au fil du temps opportun&eacute;ment promu les femmes dans l&rsquo;espace social et politique pour appuyer leur demande d&rsquo;ouverture politique. Ils ont construit des argumentaires qui leur &eacute;taient sp&eacute;cifiquement destin&eacute;s quand elles ont repr&eacute;sent&eacute; une majorit&eacute; de leur &eacute;lectorat ou de l&rsquo;audience de leurs activit&eacute;s sociales. Les choix politiques des mouvements, de participation accrue dans le cadre d&eacute;mocratique, ont fr&eacute;quemment infl&eacute;chi l&rsquo;&eacute;quilibre entre les courants au b&eacute;n&eacute;fice de l&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se religieuse des contextualistes (ceux partisans de lectures ax&eacute;es sur les conditions actuelles -<em>ma&rsquo;amalat</em>- et sur l&rsquo;esprit des textes) qui ont gagn&eacute; du terrain dans beaucoup de ceux li&eacute;s aux Fr&egrave;res musulmans au d&eacute;triment des l&eacute;galistes (en faveur d&rsquo;interpr&eacute;tations &agrave; la lettre). Dans les cas palestinien et jordanien, l&rsquo;&eacute;tablissement de quotas f&eacute;minins aux &eacute;lections l&eacute;gislatives et municipales a par exemple particip&eacute; de cette promotion des femmes dans la sph&egrave;re politique. Ceci a, en retour, appuy&eacute; l&rsquo;herm&eacute;neutique f&eacute;minine et accru la place des femmes en leur sein.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn28" dir="ltr">Tout comme les premiers f&eacute;minismes s&eacute;culiers furent longtemps d&eacute;pendants des logiques internes des partis de gauche, les engagements f&eacute;minins dans ces organisations sont jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent rest&eacute;s contraints et gouvern&eacute;s par leurs logiques et par la priorit&eacute; donn&eacute;e aux enjeux politiques. Mais ces actrices ont peu &agrave; peu formul&eacute;, diversement selon les lieux bien s&ucirc;r, des revendications ind&eacute;pendantes. Cela a &eacute;t&eacute; et est le cas en Turquie (G&ouml;le, 1993), en &Eacute;gypte, au Maroc (Eddouada,&nbsp;2003), en Palestine (Islah Jad dans ce num&eacute;ro), en Jordanie (St&eacute;phanie Latte Abdallah dans ce num&eacute;ro), au Bahrein (Seikaly, 1997), et au Koweit (Haya al-Mughni dans ce num&eacute;ro).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn29" dir="ltr">Une fois lanc&eacute;es dans la sph&egrave;re publique, lancement auquel elles ont &eacute;t&eacute; g&eacute;n&eacute;ralement encourag&eacute;es par leurs mouvements afin d&rsquo;augmenter la pr&eacute;sence politique de partis de l&rsquo;opposition ou de diffuser le message religieux aupr&egrave;s des femmes (<em>da&rsquo;wa</em>), la plupart de ces militantes red&eacute;finissent leur r&ocirc;le et d&eacute;fendent au nom du message islamique leurs droits ou du moins leur autonomie dans tous les domaines. Des d&eacute;placements fr&eacute;quents se font depuis un militantisme li&eacute; &agrave; l&rsquo;islam politique vers un engagement qui permet des trajectoires ind&eacute;pendantes et plus individualis&eacute;es, cherche de nouveaux espaces militants et modes d&rsquo;action plus pragmatiques, ou parfois se retrouve dans la sph&egrave;re s&eacute;culi&egrave;re. Si les majorit&eacute;s politiques ont chang&eacute; et varient selon les pays, avec une omnipr&eacute;sence de la r&eacute;f&eacute;rence religieuse dans certains, un temps en Iran, et toujours en Arabie, des d&eacute;placements similaires sont pourtant &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre en de nombreux lieux, et m&ecirc;me de fa&ccedil;on moins visible en Arabie. La trajectoire de Suhayla Zayn Al-Abidin Hammad en est l&agrave; une illustration : d&rsquo;un engagement public li&eacute; &agrave; sa proximit&eacute; avec les Fr&egrave;res musulmans fortement critique vis-&agrave;-vis des &laquo;&nbsp;lib&eacute;rales&nbsp;&raquo;, elle est &agrave; pr&eacute;sent m&eacute;diatis&eacute;e comme une d&eacute;fenseure convaincue des droits des femmes, et prend part &agrave; des activit&eacute;s de protection des femmes battues et de lutte contre la violence familiale (Al-Fassi, 2009, Le Renard, 2010).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn30" dir="ltr">Et l&rsquo;on constate que leurs argumentaires s&rsquo;appuient de plus en plus sur les discours f&eacute;ministes pr&eacute;c&eacute;dents et &agrave; disposition en termes de droits f&eacute;minins et humains, invoquant leurs apports ou ceux des conf&eacute;rences internationales par exemple. Les actrices islamistes &eacute;tudi&eacute;es par Nil&uuml;fer G&ouml;le &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980 et au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990 en Turquie se revendiquaient d&eacute;j&agrave; clairement d&rsquo;un h&eacute;ritage f&eacute;ministe turc et de l&rsquo;apport des diff&eacute;rents f&eacute;minismes (G&ouml;le, 1993).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn31" dir="ltr">Ces changements participent d&rsquo;une hybridation des mouvements et des r&eacute;f&eacute;rences religieuses m&ecirc;me. Dans l&rsquo;ensemble, ces militantes ne se d&eacute;clarent pas f&eacute;ministes, le terme &eacute;tant souvent per&ccedil;u comme extr&eacute;miste, impliquant l&rsquo;exclusion ou le conflit avec les hommes, m&ecirc;me si de notables changements de vocabulaire ont lieu. Certaines le font &agrave; pr&eacute;sent, comme la Marocaine Nadia Yassine, figure de l&rsquo;association islamique Justice et Bienfaisance. Le label g&eacute;n&eacute;ral de f&eacute;minisme islamique est plus opportun, voire porteur, dans un contexte o&ugrave; le th&egrave;me des droits des femmes en islam, et la capacit&eacute; de l&rsquo;islam &agrave; les garantir en vertu de son id&eacute;al de justice, sont partag&eacute;s. Il tend r&eacute;cemment &agrave; se diffuser au sein de ces groupes.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn32" dir="ltr">Porter le regard sur ces reformulations et glissements en cours est central quand les argumentaires, jusque-l&agrave; plus fixes que les pratiques, se remod&egrave;lent &agrave; leur tour. La question de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; hommes/femmes n&rsquo;est pas ici un &eacute;l&eacute;ment signifiant en soi pour distinguer ce qui est f&eacute;ministe de ce qui ne l&rsquo;est pas lorsqu&rsquo;il est repris par tous les militants et les militantes islamiques en recouvrant &agrave; chaque fois des sens divergents. Il est le plus souvent entendu qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;une &eacute;galit&eacute; incontestable devant Dieu, en tant qu&rsquo;&ecirc;tre humain, compl&eacute;t&eacute;e par des diff&eacute;rences biologiques qui, selon les tendances, peuvent impliquer des possibilit&eacute;s tr&egrave;s diverses d&rsquo;action concr&egrave;tes pour les femmes. Le terme de f&eacute;minisme fait l&rsquo;objet de ce que Judith Butler a nomm&eacute; des resignifications et ne cristallise plus de critiques et de rejets virulents. Une conception sp&eacute;cifique du f&eacute;minisme, plus collective et relationnelle, est en effet en cours de formulation. C&rsquo;est en revanche plus fr&eacute;quemment le concept bien distinct du genre (diversement nomm&eacute; ou traduit selon les lieux,&nbsp;<em>gender</em>,<em>gendara</em>, ou&nbsp;<em>no&rsquo;a ijtima&rsquo;i</em>) qui les suscite lorsqu&rsquo;il est parfois envisag&eacute; comme mena&ccedil;ant les r&ocirc;les masculins et f&eacute;minins au sein de la famille et les identit&eacute;s sexuelles, c&rsquo;est-&agrave;-dire la norme h&eacute;t&eacute;rosexuelle.
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      <strong>Un féminisme islamique en actes ? D'actuelles subjectivités féminines, de nouvelles fonctions religieuses et intellectuelles</strong><p><br><br>
S&rsquo;int&eacute;resser aux organisations f&eacute;minines &agrave; r&eacute;f&eacute;rent islamique am&egrave;ne dans un premier temps &agrave; distinguer d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; celles qui sont ouvertement tourn&eacute;es vers le changement social et politique&nbsp;&agrave; l&rsquo;&eacute;chelle collective : ce sont les diff&eacute;rentes sections des partis islamiques et des organisations sociales qui leur sont li&eacute;es que je viens d&rsquo;aborder. Elles sont le plus souvent, affili&eacute;es &agrave; la mouvance des Fr&egrave;res musulmans.&nbsp;Et de l&rsquo;autre, celles plurielles et moins visibles qui sont plus tourn&eacute;es vers la transformation de l&rsquo;individu, vers ce que Michel Foucault a nomm&eacute; des<em>techniques de soi</em>&nbsp;(groupes form&eacute;s par des pr&eacute;dicatrices, centres de m&eacute;morisation du Coran, autres fondations religieuses f&eacute;minines&hellip;etc.).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn34" dir="ltr">Ces derniers groupes sont extr&ecirc;mement divers. Il peut s&rsquo;agir soit de groupes pieux fr&eacute;quemment mais pas toujours rigoristes autour de la&nbsp;<em>da&rsquo;wa&nbsp;</em>tel le mouvement des moqu&eacute;es d&eacute;crit en Egypte par Saba Mahmood(Mahmood, 2005), ou bien des cercles d&rsquo;ob&eacute;dience soufie r&eacute;cemment renouvel&eacute;s (Ardito, 2010). Ils entendent d&rsquo;abord changer l&rsquo;individu au quotidien, et en ce sens, ils sont en effet porteurs d&rsquo;effets politiques ou sociaux &agrave; long terme bien que cette vis&eacute;e ne soit pas affich&eacute;e et qu&rsquo;ils se d&eacute;marquent en ce sens de l&rsquo;islam politique (Mahmood, 2005). Contrairement aux travaux de Saba Mahmood sur l&rsquo;&Eacute;gypte ou de Sadaf Ahmad sur le Pakistan (Ahmad, 2009), d&rsquo;autres ont montr&eacute; qu&rsquo;ils ne sont pas toujours et seulement rigoristes et utilisent des r&eacute;f&eacute;rences plurielles et hybrides en &Eacute;gypte m&ecirc;me (Nehaoua, 2010). C&rsquo;est aussi le cas du discours psychologisant du d&eacute;veloppement personnel islamique, empruntant une part de ses r&eacute;f&eacute;rences aux productions am&eacute;ricaines du m&ecirc;me nom, diffus&eacute; au sein des fondations religieuses f&eacute;minines et des centres de m&eacute;morisation du Coran en Arabie. Il cr&eacute;&eacute; de nouvelles formulations hybrides et en partie seulement religieuse de subjectivit&eacute;s f&eacute;minines ax&eacute;es sur l&rsquo;itin&eacute;raire personnel et la r&eacute;alisation de soi&nbsp;(Le Renard, 2010). Certains groupes doivent d&rsquo;abord d&rsquo;&ecirc;tre interrog&eacute;s en termes de transformation d&rsquo;ordre &eacute;thique de l&rsquo;individu, de formation d&rsquo;un &laquo;&nbsp;soi pieux&nbsp;&raquo; (Mahmood, 2005), et &eacute;videmment d&rsquo;acc&egrave;s des femmes &agrave; de nouvelles fonctions religieuses (celles de pr&eacute;dicatrices -<em>da&rsquo;iyat</em>). D&rsquo;autres visent aussi &agrave; permettre &agrave; celles qui y participent d&rsquo;acqu&eacute;rir des comp&eacute;tences, des ressources pour affirmer leur itin&eacute;raire personnel dans la soci&eacute;t&eacute;, et &agrave; &eacute;largir le champ des possibles pour les femmes.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn35" dir="ltr">Les fronti&egrave;res entre ces diff&eacute;rentes formes d&rsquo;engagement ne sont en outre pas toujours marqu&eacute;es comme cela a &eacute;t&eacute; montr&eacute; au Maroc (Christiansen,&nbsp;2003), ou telles que l&rsquo;illustrent les &eacute;tudes r&eacute;unies ici. La formation de nouvelles subjectivit&eacute;s religieuses f&eacute;minines par les conversions &laquo;&nbsp;de l&rsquo;int&eacute;rieur&nbsp;&raquo; &agrave; l&rsquo;islam des jeunes femmes fran&ccedil;aises descendantes de familles musulmanes (Rania Hanafi), la pratique incarn&eacute;e dans le port du voile (<em>hijab</em>) en Tunisie (Myriam Ben Salem), ou encore la militance au sein du Hezbollah au Liban (Kinda Chaib) sont envisag&eacute;es tout autant comme des conduites religieuses que comme des ressources tir&eacute;es de l&rsquo;islam pour faire valoir des itin&eacute;raires sociaux, universitaires, professionnels voire militants vis-&agrave;-vis de leur famille, de leur environnement social et/ou du contexte politique dans lequel elles vivent. Ces articles se placent tous &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de la constitution de subjectivit&eacute;s f&eacute;minines qui s&rsquo;approprient individuellement le religieux, ses pratiques, ses signes ou sa dimension politique, parfois en passant par des groupes (<em>halaqat</em>, associations, activit&eacute;s sociales ou culturelles&hellip;etc.) pour r&eacute;attribuer, dans un contexte donn&eacute;, le sens souhait&eacute; &agrave; leurs trajectoires.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn36" dir="ltr">Ces subjectivit&eacute;s f&eacute;minines quotidiennes ou militantes s&rsquo;appuient toutes sur l&rsquo;acc&egrave;s au savoir religieux, qui va de pair avec l&rsquo;acc&egrave;s au savoir en g&eacute;n&eacute;ral. Un savoir que cet islam &laquo;&nbsp;vrai&nbsp;&raquo; et non plus &laquo;&nbsp;traditionnel&nbsp;&raquo; les encourage &agrave; acqu&eacute;rir. Cet acc&egrave;s sans pr&eacute;c&eacute;dent des femmes &agrave; la connaissance religieuse textuelle a conf&eacute;r&eacute; des r&ocirc;les et des revendications nouveaux s&rsquo;appuyant sur ces connaissances, et sur les droits qu&rsquo;elles conf&egrave;rent.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn37" dir="ltr">Ainsi, parall&egrave;lement au d&eacute;veloppement d&rsquo;une ex&eacute;g&egrave;se f&eacute;ministe islamique, les transformations de l&rsquo;islam politique et le renouvellement et la diffusion de groupes pieux ont par ailleurs multipli&eacute; l&rsquo;acc&egrave;s des femmes &agrave; de nouvelles fonctions religieuses. Au-del&agrave; d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements m&eacute;diatis&eacute;s comme la direction d&rsquo;une pri&egrave;re du vendredi mixte par Amina Wadud &agrave;&nbsp;New York en 2005 ou celle d&rsquo;une italienne d&rsquo;origine marocaine peu apr&egrave;s, des femmes souhaitent devenir&nbsp;<em>muftiat</em>, sont promues par l&rsquo;&Eacute;tat marocain&nbsp;<em>murshidat&nbsp;</em>(pr&eacute;dicatrices), ou&nbsp;<em>alemat&nbsp;</em>(doctes en religion), et sont devenues un peu partout des th&eacute;ologiennes, des pr&ecirc;cheures (<em>da&rsquo;iyat</em>), des sp&eacute;cialistes en religion donnant des cours (<em>durus</em>) chez elles, dans les mosqu&eacute;es ou dans les centres de m&eacute;morisation du Coran, ou professant dans des cercles (<em>halaqat</em>).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn38" dir="ltr">Ces nouvelles fonctions sont rarement uniquement ax&eacute;es sur la sph&egrave;re religieuse. Elles sont parfois soutenues par l&rsquo;&Eacute;tat quand elles constituent une interface religieuse, politique et sociale &agrave; m&ecirc;me de promouvoir un islam d&rsquo;&Eacute;tat pr&eacute;sent&eacute; comme mod&eacute;r&eacute; et d&eacute;fenseur des droits et de la place des femmes (les&nbsp;<em>murshidat</em>&nbsp;au Maroc &eacute;tudi&eacute;es par Karima Dir&egrave;che). En Indon&eacute;sie, une &eacute;lite intellectuelle de th&eacute;ologiennes s&rsquo;est form&eacute;e. Elles jouissent d&rsquo;une grande surface sociale en enseignant dans les universit&eacute;s islamiques publiques depuis les ann&eacute;es 1980-1990 o&ugrave; elles ont r&eacute;cemment ouvert des centres d&rsquo;&eacute;tudes f&eacute;minines. Ces th&eacute;ologiennes sont &agrave; pr&eacute;sent les plus engag&eacute;es sur le terrain f&eacute;ministe dans la sph&egrave;re publique face &agrave; un courant souhaitant faire adopter des lois inspir&eacute;es d&rsquo;une lecture religieuse litt&eacute;raliste (Andr&eacute;e Feillard et Nelly Van Doorn-Harder).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn39" dir="ltr">Les articles d&eacute;passent tous la probl&eacute;matique de la modernit&eacute; islamique telle qu&rsquo;elle avait tout d&rsquo;abord &eacute;t&eacute; pos&eacute;e par les travaux pionniers sur le r&ocirc;le du r&eacute;f&eacute;rent religieux dans l&rsquo;affirmation de trajectoires f&eacute;minines (G&ouml;le, 1993 ; Adelkhah, 1991&nbsp;; Al-Bizri, 1995&nbsp;; Deeb, 2006) en montrant la mani&egrave;re dont cette ressource se d&eacute;ploie dans une pluralit&eacute; de sph&egrave;res et &agrave; partir d&rsquo;un large &eacute;ventail de r&eacute;f&eacute;rences qui font de leur contemporaine hybridit&eacute; le fondement m&ecirc;me de ces exp&eacute;riences.
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      <strong>Des militantismes féminins pragmatiques et post idéologiques : passage des frontières militantes et hybridations</strong><p><br><br>
La troisi&egrave;me vague f&eacute;ministe dans les mondes arabes et musulmans t&eacute;moigne de l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;opposition entre mobilisations s&eacute;culi&egrave;res et islamiques au profit d&rsquo;interactions, d&rsquo;alliances objectives, de passages d&rsquo;une forme d&rsquo;engagement &agrave; une autre et d&rsquo;une porosit&eacute; des fronti&egrave;res entre elles. Au-del&agrave; des discours et d&rsquo;une compr&eacute;hension identitaire de l&rsquo;utilisation du r&eacute;f&eacute;rent islamique, les ann&eacute;es 1990 sont en effet marqu&eacute;es par un affaiblissement des syst&egrave;mes id&eacute;ologiques (s&eacute;culier/religieux) au profit d&rsquo;un pragmatisme des modes d&rsquo;action et des voies emprunt&eacute;s par les femmes pour faire valoir leurs droits et affirmer leurs itin&eacute;raires et leurs aspirations.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn41" dir="ltr">&Agrave; Bahrein comme au Koweit, c&rsquo;est d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; la contestation r&eacute;cente des fronti&egrave;res sociales, communautaires et celle des partis nationalistes (qu&rsquo;ils soient de gauche, lib&eacute;raux, panarabes ou islamiques) par les mouvements f&eacute;minins, et de l&rsquo;autre la construction d&rsquo;alliance par del&agrave; la suppos&eacute;e opposition entre s&eacute;culi&egrave;res et religieuses en vertu d&rsquo;un paradigme prioritairement &laquo;&nbsp;f&eacute;ministe&nbsp;&raquo; qui ont permis l&rsquo;obtention du droit de vote, respectivement en 2002 et 2005 (Seikaly, 1997, Al-Mughni dans ce num&eacute;ro). Par ailleurs, au Koweit, &agrave; l&rsquo;instigation de Khadija al-Mahmit, d&rsquo;autres causes font maintenant l&rsquo;objet de revendications communes tel que la possibilit&eacute; pour les femmes de transmettre leur nationalit&eacute; &agrave; leurs enfants, notamment quand elles ont &eacute;pous&eacute; des &eacute;trangers (Al-Mughni dans ce num&eacute;ro).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p dir="ltr"> De telles alliances sont fugaces mais fr&eacute;quentes. Elles sont r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre en Jordanie quand un militantisme f&eacute;minin, plus pragmatique et moins institutionnalis&eacute;, &laquo;&nbsp;connexionniste&nbsp;&raquo; et maill&eacute; autour de &laquo;&nbsp;projets&nbsp;&raquo;(10), forge des alliances ponctuelles sur des causes communes. Ses modes d&rsquo;action prennent la forme de r&eacute;seaux mobilis&eacute;s et existants par l&rsquo;action plus que par&nbsp;l&rsquo;id&eacute;ologie. Un pragmatisme partag&eacute; par des militantes ou des figures engag&eacute;es issues de courants politiques ou de pens&eacute;e vari&eacute;s, par-del&agrave; le partage s&eacute;culier/religieux &agrave; pr&eacute;sent moins op&eacute;rant dans les faits. Ces coalitions strat&eacute;giques d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts sont favoris&eacute;es par l&rsquo;alliance politique objective ou manifeste entre toute une frange de la gauche et l&rsquo;islam politique, pr&eacute;gnante en divers lieux du monde arabe depuis les ann&eacute;es 1990. </p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p dir="ltr"> Ces coalitions et r&eacute;seaux f&eacute;minins furent efficaces dans les mobilisations ayant abouti &agrave; la r&eacute;forme de la&nbsp;<em>mudawana</em>&nbsp;au Maroc en 2004 (Eddouada, 2003&nbsp;; Eddouada, Pepicelli, 2010). En Iran, une &laquo;&nbsp;une solidarit&eacute; f&eacute;minine sans pr&eacute;c&eacute;dent&nbsp;&raquo; na&icirc;t avec l&rsquo;&eacute;mergence du f&eacute;minisme islamique, et est r&eacute;activ&eacute;e depuis l&rsquo;&eacute;lection d&rsquo;Ahmadinejad (Kian, 2010). Elle a forg&eacute; des luttes f&eacute;ministes, puis des actions politiques communes avec le Mouvement vert, en faisant passer au second plan la dimension id&eacute;ologique et, particuli&egrave;rement religieuse (Fatemeh Sadeghi dans ce num&eacute;ro). </p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn44" dir="ltr">Selon Margot Badran, le d&eacute;ficit d&rsquo;action des premiers f&eacute;minismes sur la famille fut un des ferments de l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un discours f&eacute;ministe islamique qui a fait de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des droits, non seulement dans la sph&egrave;re politique mais dans la sph&egrave;re familiale, une priorit&eacute; (Badran, 2009). Pourtant, depuis la d&eacute;cennie 1990, les groupes issus des premiers f&eacute;minismes ont d&eacute;velopp&eacute; des causes et des outils nouveaux. En Jordanie et dans la r&eacute;gion, aux pr&eacute;occupations essentiellement centr&eacute;es sur une citoyennet&eacute; politique et juridique enti&egrave;re des femmes, s&rsquo;est joint un souci plus grand pour les questions quotidiennes, sociales et personnelles avec des programmes orient&eacute;s sur la famille, et notamment sur ses dysfonctionnements, avec une prise en charge de ses conflits et de la violence (Latte Abdallah, 2006(b)). Ce qui est par exemple vis&eacute; par les diff&eacute;rents programmes sur les relations familiales de l&rsquo;Union des femmes jordaniennes depuis le milieu des ann&eacute;es 1990 n&rsquo;est plus seulement le domaine juridique (la r&eacute;forme du Code du statut personnel fait toujours l&rsquo;objet de demandes des groupes f&eacute;minins ind&eacute;pendants dans le cadre d&rsquo;un vaste projet r&eacute;gional) mais une transformation en profondeur des relations de couple, des modalit&eacute;s de la parentalit&eacute;, pour appuyer d&rsquo;autres subjectivit&eacute;s.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn45" dir="ltr">L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour les relations familiales a port&eacute; la contestation sur des terrains jusque-l&agrave; inexplor&eacute;s. Et ce, en posant &agrave; la fois l&rsquo;enjeu social du syst&egrave;me patriarcal et son enjeu politique, quand dans nombre de syst&egrave;mes &eacute;tatiques r&eacute;gionaux, la famille, et/o&ugrave; la communaut&eacute; participent fortement des modes de repr&eacute;sentation sociale et politique (Latte Abdallah, 2006(a), (c)). &Agrave; travers la notion de discrimination et en portant au jour les pr&eacute;occupations de minorit&eacute;s (tout &agrave; la fois sexuelles, sociales et politiques), ces mouvements replacent au c&oelig;ur du politique une question d&eacute;mocratique &eacute;largie, de la sph&egrave;re personnelle &agrave; la place des groupes sociaux et nationaux dans un champ qui est maintenant tout autant r&eacute;gional et global que born&eacute; par les fronti&egrave;res des &Eacute;tats (Latte Abdallah, 2009).</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p id="pn46" dir="ltr">Aussi ces enjeux familiaux dessinent-ils des convergences entre les f&eacute;ministes islamiques, les militantes ayant h&eacute;rit&eacute; des premiers f&eacute;minismes, et plus r&eacute;cemment, celles de l&rsquo;islam politique. Si la famille a longtemps constitu&eacute; un bastion id&eacute;ologique pour l&rsquo;islam politique, ses r&eacute;centes mutations, r&eacute;sultant pour partie des r&ocirc;les acquis par les femmes en leur sein, ont modifi&eacute; les prises de positions de leurs militantes (sur la hausse de l&rsquo;&acirc;ge au mariage, le contr&ocirc;le de la natalit&eacute; ou la transmission de la nationalit&eacute; par les femmes par exemple). Ils ont contribu&eacute; &agrave; un partage des modes d&rsquo;actions entre militantismes s&eacute;culier et islamique. C&rsquo;est particuli&egrave;rement le cas au Moyen-Orient pour les dysfonctionnements familiaux quand les centres d&rsquo;accueil et lignes t&eacute;l&eacute;phoniques destin&eacute;s &agrave; traiter les conflits et la violence familiale ont fleuri dans la r&eacute;gion. Les organisations islamiques se sont elles aussi largement plac&eacute;es sur ce champ afin de construire un discours et des pratiques islamiques contemporaines r&eacute;pondant aux probl&egrave;mes pos&eacute;s aux familles, tels le c&eacute;libat, les divorces, les familles monoparentales, ou la violence. Les activit&eacute;s de conseils islamiques d&eacute;livr&eacute;s dans des organisations sociales et f&eacute;minines, utilisant une pluralit&eacute; d&rsquo;outils conceptuels, et les diffusant par l&rsquo;interm&eacute;diaire de CD, DVD ou bien par les m&eacute;dias et les nouvelles technologies se multipliant un peu partout dans la r&eacute;gion.</p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p> S&rsquo;il ne faut pas surestimer ces convergences, elles t&eacute;moignent d&rsquo;une hybridation des revendications f&eacute;ministes largement due &agrave; la formulation d&rsquo;un f&eacute;minisme islamique, &agrave; pr&eacute;sent ancr&eacute; sur des mouvements sociaux, ainsi qu&rsquo;&agrave; des formes de s&eacute;cularisation d&rsquo;une norme religieuse par ailleurs plus partag&eacute;e en raison d&rsquo;une r&eacute;sislamisation r&eacute;ussie des soci&eacute;t&eacute;s (Roy, 1999) et d&rsquo;une hybridation accrue du r&eacute;f&eacute;rent islamique m&ecirc;me et des trajectoires des militants (Roy, 1999, 2002&nbsp;; Haenni, 2005&nbsp;; Haenni, Tammam, 2008). Ces changements impliquent alors de penser le f&eacute;minisme dans les mondes arabes et musulmans &agrave; partir de nouveaux paradigmes pragmatiques qui sont toujours politiques mais sont post-nationalistes, post-partisans, et plus largement post-id&eacute;ologiques donc &agrave; terme &eacute;galement &laquo;&nbsp;post-islamiques&nbsp;&raquo;(11). Ils invitent &agrave; forger de nouveaux outils pour &eacute;tudier ces engagements et les nouveaux modes de subjectivit&eacute;s f&eacute;minines qu&rsquo;ils illustrent et qu&rsquo;ils cr&eacute;ent. 
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      <em><strong>Notes</strong></em></p>
<p dir="ltr">&nbsp;</p>
<p dir="ltr">1.&nbsp;&nbsp;Voir sur ce r&eacute;formisme contemporain et les nouveaux intellectuels musulmans, le num&eacute;ro 123 de la REMMM dans lequel certains auteurs ont, au contraire, abord&eacute; cette herm&eacute;neutique f&eacute;ministe (<em>REMMM</em>, 2008-1).</p>
<p dir="ltr">2.&nbsp;&nbsp;Avec une g&eacute;n&eacute;ration de retard dans le cas de l&rsquo;Arabie, et &agrave; l&rsquo;exception notable du Y&eacute;men.</p>
<p dir="ltr">3.&nbsp;&nbsp;C&rsquo;est-&agrave;-dire un f&eacute;minisme d&eacute;fendu par les puissances ou ex-puissances colonisatrices ou par certains Etats postcoloniaux ayant associ&eacute; &laquo;&nbsp;occidentalisation&nbsp;&raquo; &agrave; la promotion des droits f&eacute;minins en marquant en retour les cultures locales et islamiques du sceau de l&rsquo;arri&eacute;ration ou de la tradition (Kandiyoti, 1991&nbsp;; Ahmed, 1992&nbsp;; G&ouml;le, 1993). Un discours qui a &eacute;t&eacute; r&eacute;&eacute;labor&eacute; p&eacute;riodiquement depuis le d&eacute;but du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle, et r&eacute;cemment par le projet de Grand Moyen-Orient de l&rsquo;administration Bush apr&egrave;s le 11 septembre 2001 (Latte Abdallah, 2006, 2010).</p>
<p dir="ltr">4.&nbsp;&nbsp;Telles Malak Hifni Nassef, Nabawiya Musa, Bint al-Shati -Aisha Abd al-Rahman, et plus tard Zeinab al-Ghazali ou Safinaz Kazim.</p>
<p dir="ltr">5.&nbsp;&nbsp;Dans le sillage des r&eacute;formistes de l&rsquo;&eacute;poque, tel Mohamed Abdu.</p>
<p dir="ltr">6.&nbsp;&nbsp;Ceci concernant plus largement une grande majorit&eacute; des pays dits du Sud (Jayawardena, 1986).</p>
<p dir="ltr">7.&nbsp;&nbsp;Mais aussi en Irak, en Turquie, au Pakistan et dans l&rsquo;Iran du chah.</p>
<p dir="ltr">8.&nbsp;&nbsp;L&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;organisations ind&eacute;pendantes &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980 ou dans les ann&eacute;es 1990 a &eacute;t&eacute; document&eacute;e par une s&eacute;rie de travaux sur le Maroc, la Tunisie, l&rsquo;Alg&eacute;rie, le Soudan, la Palestine, le Bahrein, le Koweit, la Turquie ou la Jordanie (Hatem, 1993&nbsp;; Chatty, Rabo,&nbsp;1997; Mughni,&nbsp;2001(1993); Seikaly, 1997&nbsp;; G&ouml;le, 1993, Latte Abdallah, 2006(c), 2009).</p>
<p dir="ltr">9.&nbsp;&nbsp;Logique dont l&rsquo;effet a &eacute;t&eacute; la grande flexibilit&eacute; et l&lsquo;h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute; id&eacute;ologique de ces mouvements, ainsi qu&rsquo;une forte capacit&eacute; &agrave; se transformer (Fleischmann, 1999).</p>
<p dir="ltr">10.&nbsp;&nbsp;Je fais ici r&eacute;f&eacute;rence au concept de &laquo;&nbsp;cit&eacute; par projets&nbsp;&raquo; d&eacute;velopp&eacute; par Luc Boltanski et &Egrave;ve Chiapello (Boltanski, Chiapello, 1999).</p>
<p dir="ltr">11.&nbsp;&nbsp;Si Olivier Roy a d&eacute;fendu la th&egrave;se du post-islamisme politique (Roy, 1999), dans le contexte des &eacute;tudes sur l&rsquo;engagement f&eacute;minin, cette expression a &eacute;t&eacute; d&rsquo;abord employ&eacute;e par Mervat Hatem (Hatem, 1993).</p>
<br>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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      <ul>    <li class="list"><strong>Stéphanie Latte Abdallah, « Les féminismes islamiques au tournant du XXIe siècle », <a class="link" href="http://www.anthropoweb.com/Feminismes-islamiques-Revue-des-Mondes-Musulmans-et-de-la-Mediterranee-numero-128_a192.html"></a>  <a class="link" href="http://remmm.revues.org/index6822.html ">Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne</a> ], 128 | décembre 2010, pp3-13.</strong></li>    </ul></li>    <br /><ul>    <li class="list"><strong>Consulter<a class="link" href="http://remmm.revues.org/index6822.html#tocto1n1"> la bibliographie&nbsp;</a>  </strong></li>    </ul></li>
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     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.anthropoweb.com/Les-feminismes-islamiques-au-tournant-du-XXIe-siecle_a195.html" />
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