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 <title>AnthropoWeb</title>
 <subtitle><![CDATA[AnthropoWeb.com, Le Portail des Sciences Humaines
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 <updated>2026-04-12T14:57:26+02:00</updated>
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   <title>Walter Benjamin, la tradition des vaincus - Introduction</title>
   <updated>2010-09-29T18:12:00+02:00</updated>
   <id>https://www.anthropoweb.com/Walter-Benjamin-la-tradition-des-vaincus-Introduction_a152.html</id>
   <category term="Anthropologie " />
   <published>2010-09-29T17:15:00+02:00</published>
   <author><name>Philippe Simay</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
« De quel péril les phénomènes sont-ils sauvés ? Pas seulement et pas principalement du discrédit et du mépris dans lequel ils sont tombés, mais de la catastrophe que représente une certaine façon de les transmettre en les « célébrant » comme « patrimoine ». – Ils sont sauvés lorsqu’on met en évidence chez eux la fêlure. – Il y a une tradition qui est catastrophe». Walter Benjamin, Paris, Capitale du dix-neuvième siècle.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.anthropoweb.com/photo/art/default/2379004-3331327.jpg?v=1289628743" alt="Walter Benjamin, la tradition des vaincus - Introduction" title="Walter Benjamin, la tradition des vaincus - Introduction" />
     </div>
     <div>
      <p>M&eacute;connu de son  vivant, Walter Benjamin est aujourd&rsquo;hui consid&eacute;r&eacute; comme l&rsquo;un des critiques  majeurs du 20&egrave;me si&egrave;cle. Son &oelig;uvre, longtemps tenue pour  n&eacute;gligeable, fait d&eacute;sormais l&rsquo;objet d&rsquo;une r&eacute;ception qui d&eacute;borde largement son  cadre d&rsquo;origine (la critique litt&eacute;raire) pour investir de nombreux domaines de  connaissance (philosophie, urbanisme, &eacute;tudes visuelles). Cependant, rares sont  les historiens, les anthropologues et les sociologues qui s&rsquo;y r&eacute;f&egrave;rent  v&eacute;ritablement. La place marginale, pour ne pas dire inexistante, qu&rsquo;occupe  Benjamin au sein des sciences humaines et sociales est d&rsquo;autant plus troublante  que celui-ci a consacr&eacute; la majeure partie de ses r&eacute;flexions &agrave; des questions  relevant de ces disciplines. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des modalit&eacute;s de la transmission  culturelle, des transformations de l&rsquo;exp&eacute;rience subjective, des formes  emprunt&eacute;es par la soci&eacute;t&eacute; de masse ou de la critique de la philosophie du  progr&egrave;s, Benjamin n&rsquo;a jamais cess&eacute; de consid&eacute;rer l&rsquo;histoire, la culture et la  soci&eacute;t&eacute; comme des objets d&rsquo;investigation &agrave; part enti&egrave;re. </p>
<p><br><p>Il convient de  s&rsquo;interroger sur les raisons de l&rsquo;indiff&eacute;rence dont Benjamin fait l&rsquo;objet. On  peut certainement l&rsquo;imputer &agrave; l&rsquo;&eacute;puisement &ndash; suppos&eacute; ou r&eacute;el &ndash; du marxisme  comme pens&eacute;e politique. Le caract&egrave;re fragmentaire et parfois opaque des textes  de Benjamin y contribue sans doute aussi. Mais gageons que les d&eacute;coupages  disciplinaires, qui cloisonnent plus souvent les savoirs qu&rsquo;ils ne les mettent  en question, tiennent ici la plus grande place. Il s&rsquo;agit l&agrave;, somme toute, d&rsquo;un  ph&eacute;nom&egrave;ne continental car ailleurs, notamment dans le monde anglo-saxon o&ugrave; le  postmodernisme a conduit les auteurs issus du poststructuralisme et ceux de la  th&eacute;orie critique &agrave; se c&ocirc;toyer, les id&eacute;es de Benjamin sont fr&eacute;quemment  mobilis&eacute;es, certes avec plus ou moins de rigueur, mais toujours de fa&ccedil;on  stimulante.<br>
<p><p>Ce volume, issu d&rsquo;une  journ&eacute; d&rsquo;&eacute;tudes du Laboratoire d&rsquo;anthropologie sociale, esp&egrave;re r&eacute;veiller une  curiosit&eacute; qui s&rsquo;est estomp&eacute;e faute de n&rsquo;avoir peut-&ecirc;tre pas &eacute;t&eacute; suffisamment  nourrie. Il rassemble les contributions d&rsquo;historiens, d&rsquo;ethnologues et de sociologues  qui ont en commun de porter une grande attention &agrave; la singularit&eacute; de la pens&eacute;e  benjaminienne&nbsp;: &agrave; ses concepts, bien s&ucirc;r, mais aussi &agrave; ses op&eacute;rations de  pens&eacute;es et &agrave; ses modes d&rsquo;&eacute;criture. Deux partis pris guident ici la lecture.  Disons tout d&rsquo;abord qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;exercice du commentaire litt&eacute;ral, nous avons  privil&eacute;gi&eacute; la f&eacute;condit&eacute; des op&eacute;rations de passage. Si l&rsquo;&oelig;uvre de Benjamin doit  continuer &agrave; faire l&rsquo;objet d&rsquo;une ex&eacute;g&egrave;se &eacute;rudite, il est tout aussi n&eacute;cessaire  de s&rsquo;interroger sur sa traductibilit&eacute; vers d&rsquo;autres champs disciplinaires. Les  articles qui suivent ne portent donc pas sur Benjamin &agrave; proprement parler mais  montrent comment on peut travailler <em>avec</em> ou <em>&agrave; partir</em> de lui sur des  th&eacute;matiques et des objets extr&ecirc;mement divers. Il importait, d&rsquo;autre part, de ne  pas statuer sur la place qu&rsquo;occupe ou devrait occuper Benjamin au sein d&rsquo;une  discipline. Une telle entreprise est d&rsquo;ailleurs vou&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;chec tant son &oelig;uvre  atypique est r&eacute;tive &agrave; toute forme de classification. Les textes de Benjamin ont  en effet quelque chose de proprement incomparable, un caract&egrave;re <em>sui generis</em> comme le disait Hannah  Arendt, qui r&eacute;siste &agrave; leur appropriation. C&rsquo;est &agrave; travers cette r&eacute;sistance  qu&rsquo;ils continuent de nous provoquer, par-del&agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; ils furent &eacute;crits, en  mettant &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve leurs diff&eacute;rents contextes de r&eacute;ception. La diversit&eacute; des  analyses pr&eacute;sent&eacute;es ici t&eacute;moigne clairement de l&rsquo;impossibilit&eacute; d&rsquo;assigner aux  concepts benjaminiens une signification et un usage d&eacute;finitifs. Ils constituent  bien plut&ocirc;t un mat&eacute;riau sur lequel viennent se confronter des diff&eacute;rences de  pratiques, d&rsquo;intentions, de savoirs et qui, en retour, g&eacute;n&egrave;re de nouvelles  perspectives d&rsquo;analyse.&nbsp; <br>
<p><p>Le th&egrave;me de la  &laquo;&nbsp;tradition des vaincus&nbsp;&raquo; occupe une position centrale dans les  textes propos&eacute;s. Il renvoie directement aux th&egrave;ses &laquo;&nbsp;Sur le concept  d&rsquo;histoire&nbsp;&raquo; qui constituent l&rsquo;ultime r&eacute;flexion de Benjamin sur le sens de  l&rsquo;histoire mais aussi de la culture. Le texte, &eacute;crit en 1940, suite au pacte  germano-sovi&eacute;tique, se pr&eacute;sente comme un d&eacute;saveu de l&rsquo;optimisme na&iuml;f qui caract&eacute;rise  la pens&eacute;e de gauche de l&rsquo;entre-deux-guerres. &Agrave; la diff&eacute;rence de bon nombre de  marxistes, Benjamin n&rsquo;a jamais pens&eacute; que la r&eacute;volution r&eacute;sulterait simplement  du d&eacute;veloppement &eacute;conomique et technique. Il &eacute;tait plus encore convaincu que  l&rsquo;historicisme positiviste et la philosophie du progr&egrave;s qui caract&eacute;risaient la  social-d&eacute;mocratie allemande et certains courants marxistes conduiraient droit &agrave;  l&rsquo;&eacute;chec. L&rsquo;attitude sp&eacute;cifique de Benjamin envers l&rsquo;histoire, m&ecirc;me &agrave; son plus  haut degr&eacute; d&rsquo;engagement politique, s&rsquo;est toujours traduite par une volont&eacute; de  soustraire le mat&eacute;rialisme historique &agrave; toute id&eacute;e de progr&egrave;s. D&rsquo;o&ugrave; le  renversement radical op&eacute;r&eacute; dans les <em>th&egrave;ses</em>&nbsp;:  &agrave; la repr&eacute;sentation d&rsquo;une continuit&eacute; et d&rsquo;une causalit&eacute; encha&icirc;nant les  &eacute;v&eacute;nements de fa&ccedil;on prospective, Benjamin substitue une conception  r&eacute;trospective et discontinue du temps. Dans cette mise en question de la vision  t&eacute;l&eacute;ologique de l&rsquo;histoire, le pass&eacute; et le pr&eacute;sent ne sont plus dans un rapport  de successivit&eacute; mais se d&eacute;finissent conjointement. Le sens des &eacute;v&eacute;nements n&rsquo;est  pas fix&eacute; une fois pour toute&nbsp;: il ne cesse de se red&eacute;finir avec chaque  instant pr&eacute;sent qui les vise de fa&ccedil;on inductive. En ce sens, le pr&eacute;sent n&rsquo;est  plus un intervalle muet entre le pass&eacute; et le futur mais une instance de re-temporalisation  o&ugrave; se red&eacute;ploie, dans l&rsquo;apr&egrave;s-coup, le sens de l&rsquo;histoire. <br>
<p><p>Il faut cependant en dire davantage  car &agrave; trop se focaliser sur la discontinuit&eacute; et le pr&eacute;sent, comme l&rsquo;on fait  nombre de commentateurs, on en oubli que Benjamin ne r&eacute;cuse pas une mais deux  formes d&rsquo;historicisme&nbsp;: celle qui postule l&rsquo;existence d&rsquo;un progr&egrave;s  indiff&eacute;rent aux d&eacute;chirures du temps mais aussi celle qui, au nom du pr&eacute;sent et  de ses exigences, actualise le pass&eacute; pour s&rsquo;en faire opportun&eacute;ment l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re.  Bien qu&rsquo;oppos&eacute;es, ces deux conceptions n&rsquo;en sont pas moins solidaires&nbsp;:  l&rsquo;une comme l&rsquo;autre nage dans le sens du courant. Or si aujourd&rsquo;hui le  positivisme historique et la philosophie du progr&egrave;s sont d&eacute;finitivement  disqualifi&eacute;s, le second mod&egrave;le &eacute;cart&eacute; par Benjamin trouve son expression dans  des conceptions de l&rsquo;historicit&eacute; promulgu&eacute;es par la ph&eacute;nom&eacute;nologie et par  l&rsquo;herm&eacute;neutique. Pr&eacute;occup&eacute;es par l&rsquo;actualisation et la r&eacute;ception de  significations cach&eacute;es, mais disponibles, dans les monuments de la tradition,  elles demeurent sourdes aux appels du pass&eacute;. Pour Benjamin, au contraire,  l&rsquo;actualisation est indissociable de la rem&eacute;moration d&rsquo;un pass&eacute; en  souffrance&nbsp;: celui des g&eacute;n&eacute;rations opprim&eacute;es dont les combats ont &eacute;t&eacute;  oubli&eacute;s et dont les revendications ne se laissent plus entendre, faute d&rsquo;&ecirc;tre  transmises. En distinguant la tradition des vaincus de celles des vainqueurs,  Benjamin nous rappelle ainsi que&nbsp;:</p>
<p><br>&laquo;&nbsp;Quiconque domine est  toujours h&eacute;ritier de tous les vainqueurs [&hellip;] Tous ceux qui jusqu&rsquo;ici ont  remport&eacute; la victoire participent &agrave; ce cort&egrave;ge triomphal o&ugrave; les ma&icirc;tres  d&rsquo;aujourd&rsquo;hui marchent sur les corps des vaincus d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. A ce cort&egrave;ge  triomphal, comme ce fut toujours l&rsquo;usage, appartient aussi le butin. Ce qu&rsquo;on  d&eacute;finit comme biens culturels. [&hellip;]&nbsp;Il n&rsquo;est aucun document de culture qui  ne soit aussi document de barbarie. Et la m&ecirc;me barbarie qui les affecte aussi  bien le processus de leur transmission de main en main.&nbsp;&raquo; (Benjamin, 2000,  432-433)</p>
<p><br>L&agrave; est l&rsquo;actualit&eacute; de  Benjamin, dans sa prise de distance avec des r&eacute;gimes d&rsquo;historicit&eacute; dominant  aujourd&rsquo;hui l&rsquo;horizon des sciences humaines et sociales mais qui ne  questionnent pas suffisamment les implications politiques du processus de  transmission. Pour nous, il ne s&rsquo;agit plus de critiquer l&rsquo;historicisme du 19&egrave;me  si&egrave;cle qui, croyant saisir les &eacute;v&eacute;nements tel qu&rsquo;ils se sont r&eacute;ellement pass&eacute;s,  s&rsquo;identifiait empathiquement aux classes dominantes &ndash; celles qui d&eacute;cident de ce  qui doit &ecirc;tre conserv&eacute;. Il s&rsquo;agit bien plut&ocirc;t de reconna&icirc;tre que nos  entreprises historiographiques et ethnographiques, quelle que soit leur prise  en compte de la distance temporelle ou culturelle, demeurent tributaires d&rsquo;un  processus de transmission intrins&egrave;quement violent. A ce titre, ce que dit  L&eacute;vi-Strauss de l&rsquo;ethnologue a valeur exemplaire&nbsp;: celui-ci &laquo;&nbsp;peut  d&rsquo;autant moins se d&eacute;sint&eacute;resser de sa civilisation et se d&eacute;solidariser de ses  fautes que son existence m&ecirc;me est incompr&eacute;hensible, sinon comme une tentative  de rachat&nbsp;&raquo; (L&eacute;vi-Strauss, 1984&nbsp;: 466)</p>
<p><br><br><p>Rendre compte des  individus et des peuples consid&eacute;r&eacute;s comme le rebus de l&rsquo;humanit&eacute; et laiss&eacute;s  dans les marges de la civilisation, telle est bien la t&acirc;che que Benjamin  assigne aux sciences humaines et sociales. Celle-ci n&rsquo;a rien cependant  d&rsquo;&eacute;vident car la vision des vaincus, par manque d&rsquo;archives ou de t&eacute;moignages,  n&rsquo;est pas disponible &agrave; la description. Elle ne se laisse entrevoir que dans les  br&egrave;ches d&rsquo;un processus de transmission qui ne cesse de l&rsquo;occulter. Reste donc  des images, des visages et des &eacute;v&eacute;nements, toujours menac&eacute;s de dispara&icirc;tre si  nous ne nous les reconnaissons pas, au pr&eacute;sent, mais auxquels l&rsquo;&eacute;criture peut  encore donner un nom et, par l&agrave; m&ecirc;me, restituer la force de contestation dont  ils sont porteurs.</p>
<p>&nbsp;</p><br><br>
<strong><em>Bibliographie </em></strong>
<p><br>Benjamin, W.<br>
  2000&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo;&nbsp;Sur  le concept d&rsquo;histoire&nbsp;&raquo;, <em>&OElig;uvres III</em>,  Paris, Folio essais.</p>
<p><br>L&eacute;vi-Strauss, C.</p>
1984 (1955)&nbsp; <em>Tristes  tropiques</em>, Paris, Plon.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul>    <li class="list"><strong>Introduction extrait de <a class="link" href="http://www.anthropoweb.com/Walter-Benjamin-La-tradition-des-vaincus-Cahiers-d-anthropologie-sociale-n-4_a133.html">Walter Benjamin, la tradition des vaincus, Cahiers d'anthropologie sociale n°4</a>, Philippe Simay dir., Editions L'Herne</strong></li>    </ul></li>   <span>&nbsp;</span>&nbsp;<br /><ul>    <li class="list"><strong>&nbsp;&nbsp;Ecouter </strong><a class="link" href="http://www.anthropoweb.com/downloads/files/92741/"><strong>l'entretien de Salvatore D'Onofrio </strong></a>  <strong>sur les Cahiers d'anthropologie sociale</strong></li>    </ul></li>
     </div>
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