Anthropologie au Québec. Diversité des pratiques et pertinence des terrains locaux.



Présenté dans le cadre du 81ème Congrès de l’ACFAS à l’Université Laval, Québec, CANADA, 10 mai 2013
Avec la contribution de l’Association des anthropologues du Québec


Anthropologie au Québec. Diversité des pratiques et pertinence des terrains locaux.
L’anthropologie sociale et culturelle a traditionnellement étudié la diversité culturelle des peuples autochtones d’ici et d’ailleurs. Guidé par la méthode ethnographique, l’anthropologue séjournait alors longuement auprès du peuple étudié jusqu’à l’obtention d’une description de ses pratiques et des ses croyances (Boas 1911, Evans-Pritchard 1937,  Malinowski 1922).
 
Bien que l’anthropologie traditionnelle soit toujours pertinente, plusieurs facteurs scientifiques et professionnels en diminuent la faisabilité. De ces facteurs soulignons le nombre grandissant d’études locales et d’auto-ethnographies (Augé 1992 et 1994, Bensa 2006, Caratini 2004) ainsi que les défis de l’employabilité des anthropologues de la relève. Pour répondre à ces nouvelles réalités disciplinaires, l’anthropologie se doit de diversifier ses pratiques et ses objets de recherche.
 
Ce colloque a rassemblé des anthropologues professionnels et de la relève qui se sont démarqués de la tradition disciplinaire en menant leur recherche au Québec, sur des enjeux locaux. Leurs recherches et leurs parcours professionnels ont permis de réfléchir à la question suivante : Comment l'anthropologie peut-elle contribuer à l'étude des enjeux de notre société québécoise ?  
 
Par ce colloque, anthropologues professionnels et étudiants ont fait part des résultats de leurs recherches  en terrain québécois. Ils ont réfléchi aux apports des méthodes, concepts et approches de l'anthropologie pour l'étude des enjeux de notre société québécoise. 

1. Promouvoir l’apport et la pertinence des recherches anthropologiques pour la société québécoise. 
2. Diffuser les résultats de recherches anthropologiques effectuées au Québec. 
3. Soutenir la relève par le dialogue entre anthropologues professionnels et étudiants.

Mot de bienvenue

Salutation de Pierre Maranda, professeur retraité associé, Département d'anthropologie de l'Université Laval

Vu que, malheureusement,  je ne puis être présent à l’événement en cours, et que notre présidente, Karine St-Denis, m’a demandé de vous adresser un court message qu’elle vous lira en mon nom, voici ce que j’aimerais vous dire personnellement.


D’abord, je remercie Karine pour sa proposition de me donner l’occasion de vous adresser la parole par son intermédiaire.


Vous voici, consolidation et espoir de l’anthropologie québécoise.  Poursuivez vos travaux avec tout le dynamisme dont vous faites preuve.  Continuez de démontrer la pertinence de l’anthropologie non seulement pour le Québec mais aussi à l’international.


Le dernier livre de Karine  - La Force de l’urgence - est un exemple remarquable : à partir de son terrain au Québec, sa contribution déborde notre contexte et s’avèrera précieuse dans nombre d’autres pays où les interventions policières posent de si nombreux problèmes. Notamment, comme elle dit si bien, quant à l’épistémologie de la différence entre la connaissance et la compréhension.
En cela, le travail de Karine et les vôtres rejoignent les propos de grande ouverture exprimés dans le dernier ouvrage posthume de mon défunt ami, Claude Lévi-Strauss, Nous sommes tous des cannibales – Paris : Seuil, 2013.  Au cours de ces seize chapitres écrits entre 1989 et 2000 – alors qu’il avait entre 81 et 92 ans – Lévi-Strauss démontre, avec la vivacité d’esprit et l’élégance conceptuelle qui lui ont toujours été propres,  l’actualité de notre discipline.  La prospective anthropologique qu’il trace vise, entre autres, des problèmes tels que ceux que suscitent le mariage entre personnes de même sexe, celui de la filiation lorsque ces conjoints adoptent des enfants ou que la conjointe d’une femme en fait un, celui des greffes d’organes (dans le chapitre qui a donné son titre au livre), celui de la procréation assistée, et de multiples autres qui réclament une ouverture d’esprit, un éclairage et un déploiement d’horizons culturels que seuls, nous, anthropologues, pouvons fournir.
Il y a donc fort à faire pour que tous partagions avec nos sœurs et frères humains les connaissances que l’anthropologie nous donne le privilège d’acquérir et d’assimiler.


Je vous incite donc, vous tous, la poursuite et la relève, à continuer de contribuer à l’avancement du savoir pour une amélioration d’une humanité  à laquelle nous appartenons à part entière.


Pierre Maranda


Mot de Bienvenue de Karine St-Denis

Bonjour à tous,

Je vous souhaite la bienvenue au colloque Anthropologie au Québec. Diversité des pratiques et pertinence des terrains locaux.

 

D’entrée de jeu, permettez-moi de vous raconter l’origine de ce colloque. Tout comme vous, mes recherches anthropologiques sont réalisées ici, au Québec, en des terrains locaux  qui ne sont pas coutume en anthropologie. Je n’habite pas chez un peuple exotique et méconnu. Je séjourne plutôt dans les postes de police et les casernes de pompiers ; ici, au coin de la rue. J’ai comme plusieurs d’entre-vous, un titre de professionnelle de recherche en institution : je suis agente de recherche à l’École nationale des pompiers du Québec.

 

Ce parcours est peu orthodoxe pour un anthropologue et il m’a amenée à repenser l’anthropologie, ses méthodes comme ses apports. La question centrale du colloque – soit Comment l ’anthropologie peut-elle contribuer à l’étude des enjeux de notre société québécoise ? – est, en fait, issue de mon journal de terrain. Il s’agit d’un questionnement récurrent depuis ma recherche de maîtrise en anthropologie, réalisée en 2003.  

 

Dix ans plus tard, je constate que cette question nous unis. Nous voici ici, avec nos divers parcours, expériences et thématiques de recherche. Certains d’entre nous sont étudiants et en sont à leurs premières expériences de recherche. D’autres ont une vaste expérience à titre de consultant ou de professionnel institutionnel. Nos travaux portent sur des thématiques aussi diverses que la santé, les politiques publiques, les milieux ruraux et la sécurité publique.

 

Malgré cette diversité, nous sommes tous unis par la même volonté de mener nos travaux localement et ce, avec tous les défis disciplinaires et professionnels que cela comporte.

 

Je vous invite à faire de ce colloque une occasion d’échanges de nos expériences et questionnements, une occasion de discuter des défis et apports de l’anthropologie locale.

 

En vous souhaitant un colloque enrichissant

Session 1 : Anthropologie et santé

Daniel Côté Ph.D., Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail IRSST
L’anthropologie au risque de la biomédecine et des sciences appliquées: penser la santé au travail et la réadaptation sans y laisser sa chemise.

  À chaque année au Québec, près de cent mille travailleurs subissent une lésion professionnelle qui nécessite un arrêt de travail temporaire. Si la grande majorité d’entre eux retournent en emploi dans un délai de quelques semaines, environ 6 % d’entre eux se retrouvent dans une situation d’incapacité prolongée qui nécessite des traitements de réadaptation. Plus du tiers d’entre eux sont traités pour des maux de dos. Les parcours médico-administratif et professionnel de ces travailleurs sont chargés d’embûches : litiges médico-légaux, stigmatisation, atteinte au sentiment d’identité personnelle, perte du lien d’emploi, précarité économique, ruptures, isolement social et affectif, etc. Un épisode d’incapacité prolongée au travail peut vite devenir le lieu de profondes remises en question. Malgré l’ampleur de cette problématique (réadaptation des travailleurs), très peu d’anthropologues ont investi ce champ de recherche (réadaptation au travail). Cette conférence présente le parcours professionnel de l’auteur, anthropologue de formation et reconnu en SST comme un spécialiste de la réadaptation. Que signifie être anthropologue dans un milieu de recherche appliquée fortement influencé par le paradigme biomédical? Qu’est-ce qu’une formation en anthropologie peut apporter dans un contexte où la multidisciplinarité est d’abord pensée comme une diversité des sciences médicales et cliniques? Cette conférence tentera de répondre à ces questions à la lumière du parcours personnel de l’auteur.
 
             
Lilianne Bordeleau M.A., Centre de santé et des services sociaux de la Vieille-Capitale
En terrain inconnu : le parcours académique et professionnel d’une anthropologue dans le monde  multidisciplinaire de la recherche en santé.
  La recherche sur la santé est bien souvent synonyme de multidisciplinarité. Cette multidisciplinarité peut entraîner des échanges de points de vue et de méthodes susceptibles d’enrichir un projet de recherche, et ce, à différents niveaux. Cependant, elle peut aussi amener des difficultés pouvant ralentir certaines collaborations, telle que la démonstration de la valeur scientifique d’une discipline ou d’une méthode de recherche. Ces difficultés soulèvent deux questionnements : quelle est la place de l’anthropologie en recherche sur la santé et comment arriver à délaisser l’idée trop souvent répandue de l’anthropologie comme science « molle »?
Je répondrai à ces questionnements en m’inspirant de mon parcours académique et professionnel. J’évoquerai les expériences multidisciplinaires auxquelles j’ai fait face depuis mes débuts dans le milieu de la recherche sur la santé. Aussi, je parlerai de la place de l’anthropologue au sein des groupes de recherche au Québec. La première partie de mon exposé traitera de mon parcours académique et des motifs justifiant mon choix d’un terrain local (Montréal) comme le lieu du sujet d’étude de ma maîtrise : le blanchiment de l’apparence. En deuxième partie, je parlerai de mon parcours professionnel qui fut l’occasion de travailler en multidisciplinarité avec différents professionnels et chercheurs.
 
 

 
Liliana Gomez Cardona M.A., Candidate au doctorat, Université de Montréal
Les technologies médicales dans un contexte pluriculturel. La transfusion de sang à Montréal.
  La transfusion de sang est un élément essentiel des soins aux patients et contribue à sauver de nombreuses vies (OMS 2009).  Au Québec, 80 000 personnes bénéficient annuellement d’une transfusion sanguine (Héma-Québec 2011). Par contre, ces  transfusions posent des problèmes d’ordre éthique, moral, religieux et légal (Kleinman 1994, Muramoto, 2001) qui demeurent rarement abordés par la littérature scientifique. En réponse à cette lacune,  nous avons consacré notre recherche doctorale en anthropologie à la perspective des enfants et de leurs familles par rapport à l’utilisation thérapeutique de produits sanguins.  Notre recherche s’inscrit dans un projet pilote mené dans deux unités cliniques d’un hôpital pédiatrique à Montréal, soit le CHU Sainte-Justine. Ce projet pilote s’est basé sur une méthodologie qualitative et des entrevues en profondeur auprès de 23 patients et leurs proches. Cette conférence expose la problématique, les principaux objectifs et les résultats préliminaires de notre recherche doctorale. Ces résultats permettent de mieux comprendre le vécu transfusionnel du point de vue des receveurs du sang et les enjeux identitaires que cette procédure entraîne. Ils apportent également une information précieuse pour les professionnels de la santé en ce qui concerne le transfert de connaissances et les aspects culturels et sociaux qui entourent la transfusion de sang.

Session 2 : Anthropologie et politique publique

Geneviève Grégoire-Labrecque, Candidate à la maîtrise, Université de Montréal
Les enjeux de la diversité ethnoculturelle dans les établissements scolaires : les formations interculturelles.
  Ma démarche s’inscrit en ethnologie dans une visée de l’anthropologie urbaine et des relations ethniques, notamment au Québec. En 1998, le Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec a mis sur pied une politique d'intégration scolaire et d'éducation interculturelle. Des sessions de formation interculturelle ont été créées à l'intention des enseignants, des professionnels non enseignants ainsi que des directions scolaires afin de concrétiser les principes et orientations de la politique. Cette communication présentera la vision des intervenants qui ont assisté à ces formations. Leurs perceptions seront mises en relation avec les diverses stratégies proposées par les formateurs afin d'analyser la dynamique entre la diversité ethnoculturelle et les institutions scolaires. Cette recherche s'appuie sur une observation participante de cinq formations données par le MELSQ de janvier 2012 à mai 2012 ainsi que sur une analyse des discours de sept participants sur les enjeux de la diversité ethnoculturelle dans leurs établissements scolaires. Divers thèmes sont ressortis des entrevues et formations et seront discutés : l'enjeu de l'identité québécoise, l'éthique de l'enseignant ainsi que la complexité de la réflexion amorcée par les intervenants scolaires. Nous verrons comment la rencontre avec « l'Autre force la réflexion sur le Soi» quotidiennement notamment avec le discours interculturel, les différentes valeurs en présence et la réflexivité préconisée par les formateurs.
 
 
Frédérick Gagné, M.A., Ministère de la santé et des services sociaux
L’anthropologue hors du domaine académique : du rôle d’interprète culturel à l’inscription dans des processus de consultation publique.
 
La discipline anthropologique s’est fait une spécialité de la description attentive des contextes de vie locaux, ainsi que des discours et des pratiques par lesquels les acteurs sociaux organisent leur vie et leur monde. Également, plusieurs ont mis l’accent sur le rôle d’interprète, d’intermédiaire, de témoin, pour ne pas dire de « truchement » que les anthropologues sont amenés à prendre entre divers contextes sociaux et culturels. Si ces compétences acquises lors d’un cursus universitaire en anthropologie peuvent mener à l’investissement d’une carrière académique, nombre d’anciens étudiants de cette discipline auront à s’inscrire dans des contextes professionnels moins orthodoxes, qu’ils s’agissent de centres de recherche qui regroupent des chercheurs d’autres disciplines académiques ou d’organisations qui produisent des savoirs pour des fins autres que la recherche universitaire. À partir d’un parcours professionnel individuel, cette conférence exposera comment un anthropologue peut contribuer au développement des connaissances dans diverses organisations. Une attention particulière sera portée à l’exemple de l’inscription d’un anthropologue dans un organisme gouvernemental à vocation consultative. Nous y verrons que les compétences à l’analyse des discours produits par les acteurs sociaux préparent les anthropologues à l’inscription dans de telles institutions.
 
 
Jean-Luc Bédard, Ph.D., Institut national de la recherche scientifique INRS
Le statut de chercheur universitaire sans poste, un parcours sinueux.
 
Après un doctorat sur l'identité, la mémoire et l'immigration (U. Laval, 2005), je contribue depuis 2006 à des travaux de recherche appliquée sur le travail. Ces projets de recherches appliquées portent sur les thèmes de la formation en milieu de travail, ainsi que du développement et de la reconnaissance des compétences. Je décrirai d’abord les étapes à franchir pour qu’un projet soit retenu par un organisme subventionnaire et les conséquences sur la présentation d’une démarche anthropologique. Les appels de projets sont orientés vers des objectifs pratiques, associés aux politiques publiques de l'emploi au Québec. Ensuite, sur le terrain, les sollicitations de participation auprès des entreprises (surtout des PME de secteurs manufacturiers) m'amènent à me présenter comme n'étant ni un chercheur aux visées seulement théoriques, ni un consultant muni d'un coffre à outils, promettant des recettes ou solutions « clés en main » ou la présentation des « meilleures pratiques ». Cette présentation s'attardera donc à décrire plus précisément ce parcours sinueux, pour en montrer à la fois certains périls, qui ne sont pas sans rappeler le dilemme faustien du pouvoir de la science, et certaines opportunités d'une pratique anthropologique co-construite.

Session 3 : Anthropologie et milieu rural

Anaïs Détolle, M.A., Candidate au doctorat, Université Concordia
Une anthropologue montréalaise en milieu rural au Québec : Une "bobo" chez les "ruraux" ?
 
Les négociations entre anthropologue et acteurs (s'il existe une telle distinction) sont uniques de terrain en terrain. En pays étranger, elles sont souvent basées sur une perception exotique de l'autre. Chez soi, l'exotisme est moins apparent et plus muet et peut donc entraîner des incompréhensions mutuelles plus subtiles. Mon terrain de recherche se déroulera dans les prochains mois et impliquera de prendre contact avec des producteurs alimentaires de produits du terroir en milieu rural. Ma situation d'urbaine, c'est-à-dire qui a peu quitté la métropole, m'amène à me poser des questions quant à mon entrée sur un terrain "chez moi", c'est-à-dire dans un Québec rural peu connu et peu vécu. Cette communication se veut un regard autocritique. En m'appuyant sur l'exemple de la compréhension différentielle de concepts, tel que celui de "nature", j'examinerai les effets de l'exacerbation médiatique de la différence entre Montréal et les autres régions du Québec. Cette exacerbation, que ce soit à travers des émissions de télévision telles que "les bobos" (caricature des habitants du Plateau) ou lors de la couverture d'élections ou de crises comme le printemps érable, accentue les construits identitaires et par le fait même les dichotomies urbains/ruraux, Montréal/région, gauche/droite. L'approche en terrain chez soi implique donc une prise de conscience appuyée de ces biais et construits identitaires afin d'éviter, le plus possible, de subtiles incompréhensions.
 
 
Mary Richardson, Ph.D., Institut national de santé publique du Québec INSPQ
Que veut-on des anthropologues ? Réflexions sur le travail interdisciplinaire et les attentes des milieux professionnels.
 
Au fil des années, l’apport des anthropologues à de nombreux domaines professionnels semble plus reconnu. On retrouve de nombreux anthropologues dans le réseau de la santé et des services sociaux ainsi qu’au sein d’organismes communautaires et gouvernementaux. Ce qu’on demande à ces employés varie grandement d’un milieu à l’autre : évaluations, recherche-action, analyse de politiques, développement de programmes, intervention et plus. Mais répondre à ces attentes nombreuses et variées et parfois mal articulées peut s’avérer difficile. Bien souvent ce qu’on veut des anthropologues est un regard neuf ou différent, et des techniques et méthodes particulières pour porter ce regard. Mais ces demandes réduisent parfois l’apport de l’anthropologue à une définition limitée des « aspects sociaux » d’une question, ou à l’application utilitaire d’une technique de collecte de données qualitatives par exemple. Quel espace peut-on occuper dans ce contexte? Quelles sont les attentes des milieux professionnels envers les anthropologues? Sommes-nous utilisés à notre plein potentiel? Comment donner à l’anthropologie sa pleine valeur pour enrichir la connaissance de divers enjeux au Québec ? Je discuterai de ces questions à la lumière de mes expériences dans le domaine de la santé publique où je travaille en développement des communautés, et dans le domaine de l’agroenvironnement où j’ai travaillé avec des ingénieurs agricoles sur un projet de cohabitation entre les agriculteurs et leurs voisins.

Session 4 : Anthropologie et sécurité publique

Valérie Céré M.A., Ministère des affaires indiennes et du nord du Canada
Un parcours hors des sentiers battus : de la pratique infirmière en région éloignée vers une anthropologie du désastre.

Infirmière depuis 1999 et diplômée d’une maîtrise en anthropologie sociale et culturelle à l’Université Laval, je m’intéresse depuis plusieurs années aux mesures d’urgence, à la santé publique et aux soins de santé primaire en région isolée. Mon intérêt pour les catastrophes et les mesures d’urgence prend source en 1994, dans mon expérience de bénévole à la Croix‐Rouge canadienne lors d’intervention d’urgence et de secours aux sinistrés. Depuis 2003, J’ai travaillé comme infirmière en soins de santé primaire dans les dispensaires du Nord du Québec et de l’Ontario, ce qui m’a permis de travailler dans plus de trente communautés autochtones et minières. Dans le cadre de mon mémoire de maîtrise en anthropologie sociale et culturelle, j’ai conduit une recherche sur les construits sociaux du désastre et la résilience des populations isolées du Québec dans la petite communauté de Blanc-Sablon sur la Basse-Côte-Nord. L’étude de l’anthropologie sociale et culturelle me donne les outils nécessaires permettant de mieux comprendre l’influence de la culture sur la santé et la perception du désastre dans notre société. Mes recherches se concentrent particulièrement sur l’influence de la culture, des savoirs locaux et traditionnels, sur la résilience et la perception du risque lors de désastres.
 
 
Karine St-Denis Ph.D., École nationale des pompiers du Québec
Une anthropologue chez les pompiers. Contexte et défis d’une recherche ethnographique professionnelle.
  Personnage héroïque de nos lieux communs, les pompiers demeurent rarement étudiés par les anthropologues. Pourtant, les questions sont nombreuses. Comment s’organise leur quotidien en caserne et hors caserne? Comment s'organisent leurs interventions ?  Que pensent-ils de la perception héroïque de leur profession ? Par la présentation d’une recherche ethnographique réalisée à titre de professionnelle de recherche à l’École nationale des pompiers du Québec, cette conférence abordera les résultats d’une recherche ethnographique auprès des pompiers québécois et les défis professionnels qui y sont inhérents. La réalisation d’une recherche en terrain local, d’autant plus auprès d’un groupe professionnel rarement objet de travaux ethnographiques, amène l’anthropologue à repenser les pratiques et les apports de sa discipline. Bien que l’observation participante et l’entrevue conservent toute leur pertinence lors de la collecte de données, l’inscription d’une recherche dans un contexte institutionnel et inusité engendre des défis tant lors des phases de justification et de réalisation  de la recherche que lors de sa diffusion. Sous forme de récit de parcours professionnel, cette conférence s’attardera à quatre des défis rencontrés soit : la justification de la pertinence de l’anthropologie et de la méthode ethnographique,  l’ouverture du terrain auprès des pompiers, l’accessibilité et la vulgarisation des résultats de recherche ainsi que le rôle du chercheur auprès d’un groupe professionnel.

Activités en soirée

Raphaëlle Proulx, Ph.D.
Engole Seco
Projection de documentaire ethnographique en présence de la productrice
  Ce documentaire témoigne du terrain ethnographique mené par l’anthropologue Raphaëlle Proulx Ph.D. dans l’univers des graffeurs de la mégapole de São Paulo, au Brésil, au début des années 2000. Comment les graffeurs paulistes se sont-ils approprié le graffiti hip-hop, un type de graffiti d’origine américaine, associé à la culture hip-hop? Cette question de recherche est le fil conducteur de ce documentaire qui nous fait découvrir de l’intérieur le milieu du graffiti de São Paulo, et nous présente des graffeurs – novices et anciens – animés par leur passion commune pour le graffiti. À travers les images et les récits de ces virtuoses de la bombe aérosol se dessine un portrait riche et coloré de la scène vibrante du graffiti à São Paulo, dite la Mecque du graffiti en Amérique latine.


Lundi 7 Octobre 2013
ACFAS

ACFAS

ISSN 2114-821X



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