1. Saturne
La planète associée à Kaalii, à notre Mère du Temps, est naturellement Saturne : symbole du temps. Son emplacement est intéressant, il est le dernier astre visible à l'oeil nu. Il marque donc une limite entre le monde... le monde perceptible, et le monde de l'au-delà. Son nom sanskrit est Shani : lent. Selon le mythe védique, Saturne est le fils du Soleil né de sa deuxième femme, Chaya l'ombre (Eh oui ! Les divorces existaient déjà) Shani est boiteux parce qu'un des enfants d'Usha, la première femme du Soleil, en colère contre lui, lui donna un violent coup de pied. C'est pourquoi Saturne est la planète la plus lente du système solaire.
Sa froideur et sa méfiance le poussent à vivre en retrait dans un isolement qui encourage sa mélancolie naturelle. De nature maléfique, Saturne représente les anciens, les penseurs, ceux qui vivent dans l'isolement. Les anciens, les penseurs, la mélancolie, le temps nous font obligatoirement penser à la mémoire qui est, en effet, une fonction importante de la sphère saturnienne. Elle présente un caractère de fixité en opposition avec la vie de la pensée, un souvenir est comme une pensée cristallisée. Nous ne pouvons nous souvenir que de ce qui a déjà été, au moins une fois, présent à la conscience. Cet aspect a été parfaitement bien saisi par les Anciens, qui symbolisaient les forces de la tête par le bêlier : ils figuraient celui-ci la tête tournée vers l'arrière, autrement dit vers le passé.
Mais les choses se compliquent. Comme je l'ai dit, Saturne est une vieille planète et les hommes n'établissent plus, depuis bien longtemps, de relation entre Kaali et Saturne, ils ont oublié que Kaali est, avant tout, notre Mère du Temps, ils la voient plus comme la Mère de la destruction.
2. Mars
Ils ont donc mis en relation Kaali et Mars. Son chiffre, dans la numérologie indienne, est le 9 qui se trouve être celui de notre déesse. Sa couleur est le rouge corail, couleur utilisée dans les danses primitives pour le maquillage de Kaalii. Son appellation sanskrite est Mangala(1) le plus souvent ou Kuja qui signifie respecti-vement ; « bénédiction » et « né de la Terre ». En effet, dans la mythologie védique il apparaît être « né de la Terre ». Sarva, l'archer, représente l'élément de la Terre comme le partisan de la vie. La femme de Sarva, Vikesi, l'échevelée, est la déesse Terre. La littérature puraanique déclare qu'Angaraka(2) (nom de Mars dans les Veda signifiant : charbons ardents), est leur fils né de la Terre. Ces mythes dépeignent sa valeur, son courage, sa force,sa puissance... Mais Mars incarne la guerre, le courage et la détermination. C'est ce qui le distingue. Mars dirige son activité vers l'élément extérieur qu'il veut influencer. La planète cherche à écarter les obstacles. On constate qu'elle a un impact très important sur la voix. Les cris poussés autrefois par les combattants étaient moins, comme on le croit souvent, pour intimider l'adversaire que pour accroître en eux-mêmes les forces du courage. Souvenons-nous de l'émergence de Kaalii dans le Devii Maahaatmya où la divinité pousse un cri cataclysmique. Mais les dévots, eux, ne la voient pas ainsi...
Il est amusant de remarquer sa position dans le ciel par rapport à la Terre et à Mars. En effet, nous constatons que leurs orbites se trouvent des deux côtés de celui de la Terre : Vénus juste à l'intérieur, Mars à l'extérieur. Il est intéressant de remarquer aussi l'opposition, ou la complémentarité des caractères et sentiments véhiculés par ces planètes. Je ne m'attarderai pas sur cette question... je dirai juste que Vénus mène des actions, des faits désirables, alors que ceux véhiculés par Mars ont une coloration agressive. Plus haut je constatais que Mars a une influence sur la voix... sachant l'opposition de ces astres, c'est avec peu de surprise que nous constaterons l'influence de Vénus sur l'écoute. Autant Mars a une activité extérieure, autant Vénus a une activité intérieure. Tous les processus d'assimilation, d'engrangement de mise en réserve, d'intériorisation sont orchestrés par Vénus. Actuellement, il existe deux courants de pensée astrologique l'un associant à notre Déesse la planète Vénus, l'autre la planète Mars. Pour ma part, je l'associerai à Saturne... et beaucoup d'éléments confirment ma pensée.
En effet, en Inde, existent des temples dédiés aux planètes, toujours beaucoup fréquentés par les autochtones qui perpétuent le culte comme il y a deux mille ans avant notre ère. Aujourd'hui, chaque planète a une personnification propre et est aussi associée à un des dieux védiques... patriarcat oblige. Seulement, il y a des indices autres qui nous orientent vers notre déité matriarcale. Comme dans la mythologie romaine, l'astre Saturne gouverne le temps humain que l'on peut mesurer, découper, donc maîtrisable pour l'homme... mais aussi le Grand Temps, le Temps divin, le Temps non maîtrisable pour l'homme. Comme toutes les déités, il a sa monture, son véhicule : ici un corbeau (FIG. 1). C'est intéressant car, dans les anciennes cultures, le corbeau est vu comme un être qui plonge dans l'inconnu en quête de réponses et découvre les voies du spirituel. Il rapporte de ses voyages dans les royaumes de l'au-delà des connaissances fabuleuses. En Orient, précisément le corbeau est considéré comme un messager divin et donc associé jadis à la magie, on appelle d'ailleurs « Médecine du Corbeau » tout ce qui a trait à la magie, à la communication des messages divinatoires et au mysticisme qui consiste à matérialiser la pensée créatrice. Mais il existe une autre preuve irréfutable de la relation Kaalii-Shani.
Dans les temples de Saturne, pour les cultes, les puja, les cérémonies, brûlent des bâtonnets d'encens; et, ces bâtonnets sont de musc, le musc est indissociable du culte de Shani, or, dans le Mahaanirvana tantra, il est écrit :
A côté de la statue de Mangala (FIG. 3), se trouve celle d'Amba, seule relation avec la Déesse ; en effet, elle est pour tous les indiens associée à Skanda, malgré les dires de certains astrologues. Mangala porte un sari rouge car cette déité est charitable, courageuse, protectrice et a la capacité de détruire le mal. Sa monture est un bélier. Ardent, mâle, instinctif et puissant, cet animal symbolise la force génésique mais aussi, dans le passé, symbole de la Déesse. En Inde, on a la célébration de cette chaîne symbolique associant feu créateur, fertilité et immortalité. Le temple de Vénus est très sobre, il a gardé la couleur de la roche : blanc-gris argenté. Le blanc est un mélange de sept couleurs différentes d'où il symbolise un peu de la qualité de chacun: la pureté, la propreté, la paix et de la connaissance.
Le crocodile est sa monture. Divinité nocturne, cosmophore ou porteur du monde, né des eaux primordiales, le crocodile, dont la voracité est celle de la nuit dévorant chaque soir le soleil, présente quantité de facettes de cette chaîne symbolique fondamentale qui est celle des forces maîtresses de la mort et de la renaissance. C'est dans la symbolique du véhicule de Shukra que nous découvrons la présence de Kaalii. En effet, la voracité de saurien dévorant chaque soir l'astre du jour est la marque du temps. « Oui, me direz-vous, mais c'est le temps humain, pas celui de Kaalii». C'est vrai, mais souvenez-vous que Kaalii a dévoré Kaala, ce qui signifie que le temps humain fait partie du Temps de Kaalii.
6. Kaalii et la Lune
N'oublions pas que Kaalii est une shakti représentée par toutes femmes et que la femme, en tant que telle, est associée à la Lune : Chandra en sanskrit (FIG. 5), ceci implique que notre satellite gouverne l'élément vie : l'eau, les plantes... le royaume végétal en général. Un des anciens noms de Kaalii est Annaapurnaa, (abondance en nourriture). Elle est réputée nourrir son peuple affamé avec les végétaux produits par son corps. Celui-ci est la terre, source de la vie. La Lune est le véhicule de l'esprit qui reçoit la lumière de l'âme. La déesse noire est associée à la Lune noire appelée la nouvelle Lune, et même à la quinzaine sombre, allant de la pleine Lune à la Lune sombre : elle est appelée : krishna paksha. Kaalii est la Lune noire(3), aussi appelée Lilith dans la bible, déesse de l’ombre dans la mythologie assyrio-babylonienne, qui avale les quinze jours de la quinzaine, comme le bindu de Om, la demi-Lune (ardhacandra) résorbe les trois sons aum, les trois mondes, les trois temps. Le philosophe R. Steiner dira que la Lune noire est la face spirituelle de la Lune.
Mais qu'est-ce que l'ancienne Lune ? Eh bien... c'est le troisième état planétaire de notre habitat correspondant à un stade de la formation de la constitution humaine. A cette époque, la Terre et la Lune n'étaient pas séparées. Au commencement, il y avait la Grande Déesse, la déesse était la terre, et la terre était la déesse. Les origines du culte de la Grande Déesse demeurent cachées dans le sombre crépuscule de l'époque « pré-historique »(Je veux parler d'une période bien antérieure à celle relatée par les historiens). Elle régna pendant des centaines de milliers d'années. Au fil du temps la Déesse-Mère fut renversée et chassée par les religions patriarcales. Mais quand a eu lieu ce renversement ? Tout d'abord, il faut savoir qu'en cette époque très reculée, l'Homme - qui n'était en rien comparable à ce qu'il est aujourd'hui - était androgyne... c'est-à-dire homme et femme à la fois.
Puis une autre ère débuta : l'ère lémurienne. Cette période est très importante... et dans l'évolution, et pour notre sujet puisque c'est à ce moment que la Lune se sépare de la Terre et que l'être humain se divise en deux sexes : masculin et féminin. C'est à partir de cette époque que la religion devint patriarcale. Amba est presque toujours présente dans les temples dédiés aux planètes et, surtout dans ce cas précis, dans celui de la Lune. Amba, en sanskrit, signifie Mère: une femme de respect et droiture. Elle est la Mère protectrice. Elle est aussi appelée Ambamaataa : la Mère de la montagne et désigne la Grande Mère Durgaa ou Kaalii, ou encore Maataa (FIG. 6). Maataa dérivé de maatrii: mère, est l'appellation de la Mère divine, la Déesse en Mère universelle, (je rappelle que mata est le participe passé de la racine sanskrite MAN : penser) :Maatangii, une des mahaavidyaa, est donc la puissance de la déesse qui est entrée dans la pensée. La Lune est très souvent appelée Maataa nominatif singulier de matrii: mère en sanskrit... c'est une formule d'adresse respectueuse pour une femme d'un certain âge ou rang. Maataa signifie aussi la « mesureuse » (racine MAA : mesurer) sous-entendu du temps. Cette déesse est toujours représentée versant de l'eau sacrée, que l'on apparente à l'écoulement du temps ou de la sagesse cosmique se déversant dans le cosmos.
Regardons l'impact médical de la Lune sur l'être humain. Son impact est surtout sur la gestation, la reproduction. Remarquons que dans les précédents mythes, il est toujours question d'enfantement par Kaalii. Sa force agit aussi sur la différenciation. Rappelons-nous l'épisode du Raktabiijaa et Darika où Kaalii empêche leurs gouttes de sang de toucher terre afin que d'autres eux-mêmes ne naissent et ainsi éviter un clonage... et créer, indirectement, la différenciation.
La relation entre Kaalii et la Lune, que nous ne suspections pas avant, est maintenant devenue évidente.

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