Pour une anthropologie de Paris - Introduction extraite de : " Le Paris des ethnologues. Des lieux, des hommes." Revue d'ethnologie française Tome XLII - n°3.


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Le flâneur parisien sait-il que, dès 1660, Boileau dans ses Embarras de Paris dépeignait avec un oeil d’ethnographe une ville grouillante et encombrée, ou que, peu avant la Révolution, Laurent-Sébastien Mercier en proposait un tableau social, économique, religieux et politique [2006] ? Déjà leurs regards étaient nourris de la fascination pour la capitale, croquant des scènes insolites ou banales. Tous ont participé, à leur manière, à L’invention de Paris chère à Éric Hazan [2002]. Plus tard, les archéologues, les ethnologues, les historiens, les géographes et les sociologues ont eux aussi pris la capitale pour objet d’étude, dressant des tableaux de la ville, de son fleuve, de ses quartiers, de ses habitants. Dans ce concert de recherches, quelle est la place pour le regard ethnologique ? Quelle peut être sa spécificité ?


Des terrains ethnologiques parisiens


Aux ethnologues, Paris a offert un « terrain » d’exception. Pourtant leurs travaux ne sont pas très anciens. Il suffit de consulter Ethnologie française, Terrain ou les productions éditoriales depuis leur création pour s’en convaincre.
Lorsque l’anthropologie urbaine et industrielle commence à s’affirmer en France, dans les années 1980, les premiers articles traitent de l’artisanat, des communautés issues d’une immigration nationale et internationale implantées dans la capitale, de leurs réseaux professionnels, commerciaux ou associatifs. La ville est plus directement cernée à travers l’étude de la transformation de ses quartiers. Ainsi Sabine Chalvon-Demersay [1984] a-t-elle su montrer les effets de la gentrification d’un quartier, le 14e arrondissement.
Dans les années 2000, des travaux portent sur des lieux emblématiques tels que le palais Brongniart, les Folies Bergère, ou le musée national d’Art d’Afrique et d’Océanie, les hôpitaux Broussais, Boucicaut et Laennec ou encore le jardin de la butte Chaumont, etc., et les analyses examinent plutôt leurs mutations sociales. Dans tous les cas, Paris est pris pour cadre plutôt que pour cible de la recherche. De nombreux travaux se penchent sur les particularismes de communautés (asiatique, africain, maghrébin, etc.), leur zone de résidence (le 13e arrondissement, Barbès, Château-Rouge, Belleville, etc.), leur mode de vie. La réunion de ces travaux offre un joli patchwork identitaire dont les morceaux restent à assembler. Le développement d’une anthropologie des institutions et du politique a pour sa part contribué à l’analyse des lieux emblématiques du pouvoir étatique centralisé dans la capitale (l’Assemblée nationale), économique et financier (la Bourse).
Les ethnologues n’ont donc pas été absents des terrains parisiens, mais ils pouvaient aller plus loin. Notre propre parcours est assez illustratif de ce point de vue : depuis les années 1980, nous avons enquêté dans des lieux aussi divers que des maisons de haute couture, des ateliers d’artisans, des banques, des hôpitaux, des institutions culturelles (musées et Archives nationales), des jardins, tous ces terrains servant de support à des réflexions thématiques sur la fête, le travail, le genre, le patrimoine mais sans que soit pris en compte directement l’« effet Paris ».
C’est sans doute sous l’impulsion des programmes de recherche de la Ville de Paris, lancés depuis 2005 (1), que l’idée de prendre en considération la capitale comme un objet d’étude en soi s’est progressivement imposée.


Paris, ville musée, ville habitée


L’ethnologie de Paris est d’abord une ethnologie dans Paris. Penser Paris dans sa globalité serait-il donc impossible ? Penser l’identité parisienne serait-il infondé ? En 1983, dans le compte rendu qu’elle donne de deux ouvrages dirigés par Daniel Roche, Françoise Loux se pose des questions similaires. Constatant que l’historien a jeté les bases d’une anthropologie historique de Paris [1983 : 71] en traçant un inventaire de la vie du « peuple parisien » (2), elle lance aux ethnologues un appel « pour une anthropologie de Paris », pour une anthropologie sociale et culturelle. Cet appel ne fut alors pas entendu. Aujourd’hui, l’accumulation de travaux sur la capitale permet de prendre au mot l’invitation et de répondre au défi.
Notre attention s’est portée ici d’abord sur des lieux phare, parfois emblématiques de la Ville lumière, en cherchant à passer derrière les clichés qui leur sont habituellement associés. Paris demeure la capitale mythique de l’art, de la mode et de la science ; elle est ville festive autant que ville patrimoniale avec ses célèbres quartiers comme Montmartre, les Champs-Élysées ou Montparnasse, ses monuments et ses musées. Elle est la scène imaginée et imaginaire du « titi parisien », gamin un peu voyou des faubourgs populaires, de la « Parisienne », charmante ouvrière de la mode, ou encore de ces « petites femmes de Paris ». Toutes ces figures, parmi d’autres, construisent le mythe de la ville, participent de sa renommée au-delà des frontières et attirent les touristes du monde entier ; comme le dit le refrain d’une chanson du groupe français Java (3) : « Paris devient un musée » (2009). La capitale n’échappe pas à sa « muséalité », pour reprendre la formule de Philippe Dubet, professeur québécois en muséologie. Est-ce cette évolution qui fait chanter à Thomas Dutronc « J’aime plus Paris » (2008) ? En maniant le registre de la nostalgie, il revient sur un « Paris sous cloche », surfait, qu’il ne reconnaît plus et qui a perdu les charmes d’un Paris populaire chanté naguère par son père, Jacques Dutronc, dans « Il est cinq heures, Paris s’éveille » (1968) (4). Pourtant, la capitale n’est pas qu’une ville-musée dédiée aux touristes. C’est aussi et surtout une ville habitée par les Parisiens qui y vivent, y travaillent, y consomment, s’y distraient ou s’y installent pour de plus ou moins longs séjours. Revisiter, déconstruire le Paris touristique et pittoresque pour mieux approcher le Paris ordinaire contemporain, c’est ce que nous avons demandé aux auteurs ici réunis, ethnologues et sociologues, français et étrangers, de tous âges, de tous statuts.
Si « explorer la ville » [Hannerz, 1983] n’est pas une démarche nouvelle, il nous revient de rappeler les apports de l’ethnographie pratiquée tant par les ethnologues que par les sociologues. L’ethnographe trouve sa spécificité dans sa façon d’observer, de s’impliquer, de nouer des contacts sur le terrain, et surtout dans sa façon de le parcourir et d’y revenir. Il passe et repasse. C’est à petits pas qu’il se nourrit des micro-espaces géographiques ou sociaux qui font la ville. Il vit Paris de l’intérieur. Le témoignage des ethnologues, Marc Augé et Colette Pétonnet, comme celui des sociologues, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, tous passionnés des mondes sociaux et surtout fins connaisseurs de la capitale, en est l’illustration. Chacun, dans une écriture libre, la regarde à sa manière. Marc Augé revient sur son parcours et les liens tissés avec elle, depuis son enfance, sur ces moments (voyages, missions) qui l’en ont éloigné pour mieux l’en rapprocher ensuite. Son Paris est un Paris marqué par le « mouvement sensible de l’histoire », un grand Paris. Cette sensibilité citadine affleure dans la flânerie que nous offre Colette Pétonnet. Son oeil avisé ne laisse échapper aucun détail sur son passage, attentif aux transformations les plus ténues, aux moindres signes d’appropriation des espaces urbains. Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon ont préféré se poser devant l’hôtel Bristol, suivant dans une quasi-instantanéité le réveil estival des beaux quartiers. De ce moment, il reste un cliché, fidèle à l’ambiance vécue et ressentie, fidèle à leur démonstration.
C’est donc avec un regard décalé, sinon un autre regard sur des lieux, emblématiques ou ordinaires, que le mythe parisien peut être tout à la fois compris et dépassé. Paris se dévoile à travers des points de vue, textuels ou visuels. Si la tentation des images, au propre et au figuré, existe bien, elle trouve son sens dans l’analyse des mises en scène, des [re]présentations de la ville et de ses usagers, ce qui explique la part belle faite aux photographies en couleurs dans ce numéro.


Endroit et envers des décors parisiens


C’est au Paris du XXIe siècle, espace géographique défini par ses frontières – intramuros – et incarné par des lieux souvent chargés d’histoire (5), que nous nous sommes attachés : lieux d’habitation (un immeuble haussmannien, des squats, des résidences secondaires), lieux de travail (des ateliers d’artistes), lieux de consommation (un grand magasin, un bistrot), lieux de distraction (des dancings, le Moulin Rouge), lieux de balade et de recueillement (des jardins et le Père-Lachaise), lieux de culture (la tour Eiffel, le Louvre et sa pyramide), lieux de circulation (les Halles, la gare du Nord).
Ces analyses nous renvoient aux manières d’occuper la ville, de s’y occuper ou d’y vivre, comme à la façon dont les populations se croisent. Ici, ce ne sont donc pas les lieux du pouvoir qui ont été ciblés mais ceux qui caractérisent la vie ordinaire et culturelle des Parisiens ou des populations de passage. Ici ce sont les hommes et leurs usages qui nous intéressent, en ce qu’ils œuvrent à une « parisianité » cultivée pour asseoir une identité de Paris. Ces lieux sont de grands et petits patrimoines occupés et vécus. Visité de la cave au grenier, en surface et en sous-sol, devant et derrière, le Paris façade, celui des apparences, cohabite avec le Paris côté cour, celui des coulisses, voire s’y imbrique.
Hauts-lieux [Micoud, 1991], Lieux de mémoire [Nora, 1984, 1986, 1993], lieux anodins ou encore Non-lieux [Augé, 1992], Paris réunit tous ces lieux à la fois : ils appartiennent à son décor urbain et plus encore le constituent, lui apportent ses caractéristiques architecturales, sociales et politiques. En d’autres termes, ils font et produisent Paris, saisi dans son épaisseur historique et dans sa contemporanéité.
Les lieux étudiés dans ce numéro sont le reflet des politiques de la ville qui cherchent à valoriser l’image de la capitale. Certains monuments incarnent au présent le pouvoir culturel, comme le Louvre (Mélanie Roustan), tout en demeurant des lieux de mémoire, emblématiques d’un passé politique et économique glorieux, de Paris et de la France. La tour Eiffel est l’un de ces monuments uniques, esthétiquement exceptionnel, symbole fort (Gilles Teissonnières). À ce patrimoine prestigieux, il faut en ajouter d’autres plus modestes, moins monumentaux : une tombe comme celle de Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise, qui participe de la transformation de Paris en ville-monde (Michelangelo Giampaoli), ou encore ces statues dédiées aux « gens de peu » [Sansot, 2002], aux femmes du peuple, érigées dans les squares de la rive droite, qui sont le rappel discret d’une histoire sociale parisienne (Anne Monjaret).
Tous ces lieux, tous ces monuments sont « habités » [Fabre et Iuso, 2009], investis quotidiennement. On se rend à la pyramide du Louvre certes pour consommer du culturel, mais aussi pour y faire ses courses, flâner ou encore travailler, ce qui ne différencie guère sa galerie des grands magasins (Pascal Barbier). Habitants, touristes et travailleurs cohabitent, se croisent, se rencontrent et échangent parfois. Hommes ou femmes, jeunes ou vieux, riches et pauvres, d’ici ou d’ailleurs, tous participent aux flux et aux mouvements de la ville [Pétonnet, 1987] et à ses composantes.
Si la circulation de populations de toutes provenances définit Paris comme une ville cosmopolite, la maîtrise de ces flux la transforme en une ville sous surveillance. Les non-lieux ou plus précisément les lieux de noeud, « pôles d’échange » comme la gare du Nord (Julie Kleinman) ou le quartier des Halles (Anne Jarrigeon), sont soumis en permanence à des contrôles. Toutefois, cette situation s’observe dans tout espace public – jardins, cimetières, monuments –, lieu potentiel de pratiques déviantes.
Paris se caractérise par son « bouillon » de cultures, sa « mosaïque » sociale [Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, 2001], au point que la parisianité est revendiquée et portée par des étrangers : immigrés vivant dans des squats en attente d’un logement décent (Florence Bouillon et Pascale Dietrich-Ragon) mais aussi girls venues travailler au Moulin Rouge (Sylvie Pérault) ou résidents secondaires qui ont acheté un pied- à-terre (Sophie Chevalier, Sophie Corbillé et Emmanuelle Lallement). Les vieux quartiers, populaires, deviennent les nouveaux lieux investis par une classe moyenne, repoussant aux portes de Paris les plus pauvres, ce qui ne les transforme pas pour autant en beaux quartiers, loin de là. Des artistes y trouvent l’opportunité d’une vitrine et s’installent dans d’anciennes boutiques (Sophie Gravereau) ; un propriétaire possédant de longue date un appartement dans un immeuble haussmannien s’interroge sur l’avenir de ce patrimoine (David Lepoutre) ; un bistrot tente de préserver son identité aubracienne dans un arrondissement en mutation (Anne Steiner et Sylvaine Conord). Paris se vit à travers la diversité et les rythmes de ses quartiers : le café du coin accueille les habitués à la recherche de tranquillité ou d’échanges ; les jardins offrent aux citadins une parenthèse de verdure ; les dancings permettent aux plus âgés de faire des rencontres et de partager des moments de tendresse (Christophe Apprill) qui contrastent singulièrement avec l’ambiance des salles de music-hall. Tous ces temps, tous ces lieux contribuent à l’animation de la capitale et à la « fabrique de Paris ».


Le « pari » des ethnologues qui ont participé à cette aventure éditoriale a d’abord été de faire découvrir leur Paris. Tous ont creusé les sillons des « chemins de la ville » ouverts par Jacques Gurtwirth et Colette Pétonnet [1987]. Tous se sont attelés à penser, à comprendre la capitale à travers le prisme d’un lieu et des hommes qui le fréquentent. Tous ont décrypté leur terrain en se posant la question : en quoi est-il caractéristique de Paris ? À cette première question, s’en est ajoutée une seconde, plus complexe : qu’est-ce qu’être parisien ? Autrement dit, comment l’identité parisienne se définitelle ? Et finalement, qu’est-ce que Paris ? La cohérence de ce dossier tient à cette démarche commune à l’ensemble des auteurs.
Les termes d’une réflexion (6) sur la pertinence d’une anthropologie de Paris sont désormais posés.


Notes

 

1. Nés d’une politique scientifique renouvelée de la Ville de Paris, les appels d’offres se sont succédé depuis près de huit ans, mobilisant des chercheurs venus de divers horizons disciplinaires, dont l’ethnologie. Deux publications [Collectif, 2007, 2008] et le programme du colloque « Paris 2030 » qui s’est tenu en novembre dernier à l’Hôtel de Ville permettent de mesurer la somme des travaux réunis, et pour certains encore en cours de réalisation.
2. Chez les historiens, cet intérêt ne s’est jamais démenti ; la toute dernière exposition « Le Peuple de Paris au XIXe siècle » du musée Carnavalet de Paris (octobre 2011-février 2012) et son imposant catalogue [Simon, 2011] en sont la preuve.
3. Ce groupe de musiciens français est connu pour ses morceaux originaux qui mélangent rap et musette. « Paris Musée » est une chanson tirée de son album Maudits Français.
4. Paroles de Jacques Lanzmann et Anne Segalen, musique de Jacques Dutronc.
5. Le lieu est entendu comme un site circonscrit (un immeuble, un monument) ou une entité générique (le squat, la résidence secondaire). Pour une réflexion récente « Autour du lieu », se reporter à Brochot et de la Soudière [2010].
6. Suite à l’atelier thématique « Une anthropologie de Paris est-elle possible ? » que nous avons organisé sous l’égide de la SEF lors du premier congrès de l’AFEA en septembre 2011, nous sommes en train de mettre en place, dans ce même cadre institutionnel, un réseau thématique afin d’approfondir collectivement la question.

 

 

Bibliographie

 

AUGÉ Marc, 1992, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Le Seuil.
BROCHOT Aline et Martin DE LA SOUDIÈRE (dir.), 2010,« Autour du lieu », Communications, 87.
CHALVON-DEMERSAY Sabine, 1984, Le triangle du XIVe. Des nouveaux habitants dans un vieux quartier de Paris, Paris, Éditions de la MSH.
FABRE Daniel et Anna IUSO (dir.), 2009, Les monuments sont habités, Paris, Éditions de la MSH.
Collectif, 2007, Paris sous l’oeil des chercheurs, Paris, Mairie de Paris, Belin, t. 1.
Collectif, 2008, Paris sous l’oeil des chercheurs, Paris, Mairie de Paris, Belin, t. 2.
HANNERZ Ulf, 1983, Explorer la ville, Paris, Minuit.
HAZAN Éric, 2002, L’invention de Paris. Il n’y a pas de pas perdus, Paris, Le Seuil.
GURTWIRTH Jacques et Colette PÉTONNET (dir.), 1987, Chemins de la ville. Enquêtes ethnologiques, Paris, Éditions du CTHS.
LOUX Françoise, 1983, « Pour une anthropologie de Paris », compte rendu de deux ouvrages de Daniel Roche, Ethnologie française, XIII, 3 : 71-73.
MERCIER Louis-Sébastien, 2006 [1779], Le tableau de Paris, Paris, La Découverte, coll. « Poche ».
MICOUD André (dir.), 1991, Des hauts-lieux. La construction sociale de l’exemplarité, Paris, CNRS éditions.
NORA Pierre, 1984, 1986, 1993, Les lieux de mémoire, 3 tomes, Paris, Gallimard.
PÉTONNET Colette, 1987, « Variations sur le bruit sourd d’un mouvement continu », in Jacques Gurtwirth et Colette Pétonnet (dir.), Chemins de la ville. Enquêtes ethnologiques, Paris, Éditions
du CTHS : 247-258.
PINÇON Michel et Monique PINÇON-CHARLOT, 2001, Paris mosaïque, Paris, Calmann-Lévy.
SANSOT Pierre, 2002 [1992], Les gens de peu, Presses universitaires de France.
SIMON Miriam (dir.), 2011, Le peuple de Paris au XIXe siècle, Paris, Musée Carnavalet-Histoire de Paris, Paris musées.


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Pour citer cet article : 
Monjaret Anne, « Pour une anthropologie de Paris »,
Ethnologie française, 2012/3 Vol. 42, p. 413-417. DOI : 10.3917/ethn.123.0413, extrait autorisé publié sur Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com.

Alors que l'histoire nationale est marquée par la prégnance politique et culturelle de la capitale, il a fallu attendre le développement de l'anthropologie urbaine pour que Paris devienne un terrain d'exploration pour les ethnologues. D'abord centrés sur la transformation de ses quartiers, l'installation des migrants ou les activités industrielles et artisanales, les travaux se sont ensuite orientés vers ses lieux emblématiques, hauts sites politiques, financiers ou touristiques. Paris était alors plutôt pris pour cadre que pour cible de la recherche, et l'ethnologie de Paris était principalement une ethnologie dans Paris. Ville festive, ville mythique, ville patrimoniale, c'est à ce Paris-là qu'est consacré ce numéro. L'ethnographe y passe et repasse et, à petits pas, se nourrit des micro-espaces géographiques ou sociaux qui font la capitale. Il s'intéresse aux manières d'occuper la ville, d'y vivre, comme à la façon dont les populations s'y croisent. Il traite ainsi d'un Paris incarné par des lieux souvent chargés d'histoire, mais qui sont aussi ceux de la vie ordinaire et culturelle des Parisiens ou des gens de passage. Lieux d'habitation : un immeuble haussmannien, des squats, des résidences secondaires, des ateliers-boutiques. Lieux de consommation et de distraction : un grand magasin, un bistrot, des dancings, le Moulin Rouge. Lieux de balade et de recueillement : des jardins et des squares, le cimetière du Père-Lachaise. Lieux de culture : la tour Eiffel, le Louvre et sa pyramide. Lieux de circulation enfin, avec les Halles et la gare du Nord. Tous contribuent à leur manière à la "fabrique de Paris".


Vendredi 8 Février 2013