Une identité "racaille"


David Puaud


« Vous en avez assez de cette bande de racaille ? Et bien on va vous en débarrassez !». Ces deux phrases sur-médiatisées furent prononcées en octobre 2005 par le ministre de l’intérieur de l’époque, N.Sarkozy, lors d’une visite dans le quartier d’Argenteuil(1) . Suite à cet événement, en novembre 2005 durant trois semaines, des émeutes urbaines importantes(2) eurent lieux dans les banlieues françaises(3) . Certains auteurs, tels que S. Beaud et M. Pialoux(4) , établirent un lien entre cette « sémantique guerrière(5) » et les émeutes dans les quartiers comme une des conditions du renforcement de ces violences urbaines. Par la suite, l’UMP mena son projet politique sur la sécurité nationale qui conduisit N.Sarkozy à la présidence de la république en 2007.


Cet article s’inscrit dans le cadre d’un travail de terrain mené depuis 2005 en tant que praticien-chercheur(6) dans un quartier populaire de l’ouest de la France au sein d’une équipe de prévention spécialisée. Notre fonction d’éducateur spécialisé, nous a permis d’observer et de débuter des analyses à travers le fonctionnement d’un service social sur la gestion sociale des jeunes les plus marginalisés. Le substantif « racaille » est un terme « chargé » historiquement. De manière globale, il vise à caractériser une partie de la population jugée comme méprisable.


L’anthropologue D.Fassin(7) , délimite la présence de deux types de frontières dans le contexte français : l’une externe, l’autre interne. L’auteur s’appuie sur deux définitions anglaises du terme pour étayer son propos : le mot « border » caractérisant « la ligne territoriale et légale qui sépare les étrangers et les nationaux ou les immigrées et les autochtones » et le terme « boundary » désignant « Les limites invisibles, symboliques tracées entre catégories sociales et groupes humains ». La désignation d’un groupe « racaille » contribue selon nous à la création de « nouvelles frontières internes à la société française ». En effet, ce substantif (8) catégorise toute une frange de la jeunesse des quartiers populaires exclue de la sphère sociale et économique. Ils contribuent à créer des limites sociales renforçant des « frontières identitaires».


Les paroles du ministre de l’intérieur en 2005 eurent un écho retentissant au sein des banlieues françaises. Nous avons eu l’occasion d’aborder sur le terrain la signification du mot racaille auprès de quelques habitants. Dans la plupart des situations, le terme leurs renvoie une stigmatisation violente, désignant l’ensemble de la jeunesse, voire de la population des quartiers populaires français(9) , d’une origine (par exemple, les maghrébins de France). L’usage de ce terme renforçait de fait des tensions existantes entre une partie des citoyens français insérés socialement, participant à la vie politique et une seconde, perçue et considérée comme en dehors de la citoyenneté française(10). En effet, l’accompagnement social auprès de jeunes en grande marginalité nous a permis d’observer que ces jeunes font l’objet d’un traitement administratif, politique particulier lors de leurs rapports aux institutions de droits communs. Le cumul des problématiques sociales, judiciaires, familiales font d’eux un groupe d’« indésirables(11) », catégorisé socialement, mis au ban même de leurs droits de cité élémentaires. Ces groupes « racailles » sont regroupés dans des listings, ballotté entre les structures sociales, les conseillers. Par exemple, nous avons accompagné un jeune auprès de la Mission Locale ayant fait l’objet d’un suivi auprès de huit conseillers différents en cinq ans.


Ces constats de terrain, nous conduisent à faire l’hypothèse que le discours de N.Sarkozy en 2005 sur la dalle d’Argenteuil constitue un « moment objet(12) » ré-amorçant un « dispositif(13) » lié à l’usage d’un terme « racaille » catégorisant notamment les jeunes les plus marginalisés dans les banlieues, perçus comme des « étrangers de l’intérieur(14) . »


1. Un « moment-objet »


Cet événement en septembre 2005 constitue un « moment objet » au sens entendu d’un moment daté et localisé, perçu par un groupe comme une cause, un objet (délimité et visible) entraînant des conséquences sociales. En effet, il est intéressant de constater que la nomination de Mr Sarkozy comme ministre de l’intérieur en janvier 2005 amorce un changement de la politique sécuritaire française selon le site Internet « pouvoirs publics(15) ». On observe, en effet le passage progressif d’une « sécurité intérieure(16) » vers un dispositif de « sécurité nationale(17) ».


La loi d’orientation et de programmation pour la sécurité du 21 janvier 1995, qui posait le concept de la police de proximité prit fin en 2005. A partir de cette période, la politique de sécurité intérieure a connu une réorientation de l’action opérationnelle favorisant une police d’investigation et d’interpellation. Il s’est mis en place un dispositif d’actions contre la délinquance et les violences urbaines fondé sur la « culture du résultat »(18) . Selon le site « vie publique » : « Les nouvelles formes de délinquance se concentrent dans les zones urbaines et péri-urbaines et évoluent avec une part croissante de violences faites aux personnes (19) ». La loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance consacre la sécurité comme une « politique publique permanente ».



1.1 Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale


En France, la notion de défense nationale est implicitement liée à celle de la résistance à l’invasion, à la garde des frontières. Le livre blanc présenté par N.Sarkozy en 2008 met fin aux clivages entre sécurité intérieure et extérieure. Le ministère de l’intérieur devient le lieu central de gestion du dispositif de sécurité nationale. En 2009, la loi dite LOPSSI(20) renforce les mesures de lutte contre la délinquance. Puis le 16 février 2010 a été adoptée à l’assemblée la loi Loppsi 2, visant à fixer les orientations des forces de l’ordre. Elle met l’accent sur les moyens techniques que peuvent utiliser les policiers, gendarmes et juges : vidéosurveillance, mouchards informatiques, couvre feu pour les mineurs, croisement des fichiers policiers. Nous avons dénombrer la mise en place de cinquante huit orientations législatives favorisant le passage d’une sécurité intérieure à une sécurité nationale entre 2005 et 2009(21) .


Ce changement majeur de la politique sécuritaire française renforce la place à la défense, c’est à dire l’intégration des forces militaires dans un dispositif de sécurité nationale instillant une continuité entre une sécurité intérieure et extérieure. Ce « dispositif politique » vise à renforcer la lutte contre l’immigration clandestine, mais également contre la délinquance dans les banlieues françaises. On assiste donc au renforcement des frontières entre « inclus » et « exclus ». Les lignes ne sont plus exclusivement externes, territoriales, mais sont également instituées politiquement comme internes, invisibles et symboliques définissant des catégories sociales démarquant des groupes humains(22) .


L’événement sur la dalle d’Argenteuil n’aurait pu être qu’un événement anodin, inaperçu ne constituant qu’une visite politique dans la continuité des projets politiques de sécurité intérieure menés depuis le 11 septembre 2001. Cependant deux éléments selon nous font de cet événement un « moment-objet » :

1- La préfiguration d’un passage d’une sécurité intérieure à une sécurité nationale, créant un renforcement législatif contre la délinquance des jeunes des banlieues.

2- La force entropique du mot-objet employé ré-amorçant un espace de significations historiques, renforçant l’opposition entre des catégories sociales.


Dans une perspective constructiviste, il n’est pas question pour nous de dénoncer le caractère volontaire ou involontaire de la terminologie employée par N.Sarkozy. Notre propos tend à démontrer que cet événement a contribué à ré-amorçer un « dispositif sécuritaire(23) », au sens foucaldien contenu dans la définition même du terme. La mise en place d’un tel dispositif s’accompagne de la mise en place d’une sémantique particulière, alimentée quotidiennement par des faits d’actualité. Elles forment un processus discursif, support à l’action politique.


Une identité "racaille"

2. La sémantique identitaire


Depuis cet événement, on perçoit de manière régulière la résurgence dans les discours politiques du « spectre de la racaille », illustré par une sémantique identitaire. Par exemple récemment, N.Morano, secrétaire d’Etat à la famille déclara dans le cadre d'un débat sur l’identité nationale que les jeunes musulmans ne doivent pas « parler verlan » et « mettre leur casquette à l’envers ». N.Morano, pour sa défense, assumant pleinement ses propos, a mis en cause : « ceux qui ne veulent pas regarder en face le problème d'insertion des jeunes dans les quartiers(24) ». Un autre exemple, B.Hortefeux a indiqué lors d’un rassemblement des jeunes de l’UMP à un jeune militant d’origine Arabe: « Il ne correspond pas du tout au prototype » en référence à l'origine arabe du jeune homme, avant d'ajouter : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes(25) ». Citons également Le maire de Goussainville, A.Valentin, qui lors d’un débat sur l’identité nationale indiquait : « Il est temps qu'on réagisse parce qu'on va se faire bouffer(26) » faisant référence aux habitants de sa commune issus de l’immigration. Comme l’indique le sociologue D.Lapeyronnie, les ghettos dans le contexte français se forment également par le « sentiment partagé de ses habitants de la trahison du langage commun », notamment celui provenant des classes dominantes et médiatiques. L'écart langagier renforce la séparation sociale entre deux rives: « ils affirment l'égalité au moment où ils justifient l'inégalité. Ils prétendent au respect au moment où ils humilient(27) ».


Cette catégorisation d’un groupe particulier conduit à une « réification totale » d’un ensemble renvoyant l’autre à son étrangeté, sa différence. Le jeune des banlieues serait un adolescent rusé et fourbe. Son groupe d’origine, son milieu de vie est représenté par une foule de gens bruyants et vulgaires. Le dérapage du maire de Marseille J.C.Gaudin illustre cette réification hâtive. Ses propos, faisant suite à la réaction de supporters de l’équipe de football algérien (match Egypte-Algérie), indiquent le rapprochement hâtif établi entre une foule tumultueuse et un peuple, une croyance religieuse(28) . La complexité du réel est niée, le groupe est perçu dans un ensemble. Cette identité « racaille » assignée agit globalement comme un marqueur, suscitant des troubles de l’agitation, de l’inquiétude, de la confusion dans les foules.


Ces déclarations politiques forment la « configuration d’un ensemble(29) » identitaire stigmatisant les habitants des quartiers populaires. Ce processus conduit des personnes des quartiers à se vivre pour certains comme des « colonisés(30) » pour reprendre les analyses de D.Lapeyronnie citant les définitions de ce terme de F.Fanon, A.Memmi, ou V.S.Nainpaul : « définis par le regard et les catégories extérieures et dominantes, ils intériorisent ce regard et ces catégories et se trouvent « déréalisés » par la façon dont ils sont traités(31) ».


L’étymologie, l’histoire d’un terme, permet de percevoir son influence dans la représentation populaire. En effet comme l’indique V.De Rudder(32) citant C.Guillaumin, le passé des mots sédimente et persiste à travers le temps. La définition agrège des sens ré-activés selon le contexte social présent, néanmoins leur profondeur historique éclaire leur choix. L'étymologie du terme racaille, va nous permettre d'appréhender en quoi l'énonciation de ce terme renvoie notamment à tout un imaginaire sédimenté dans et à travers l'histoire. Comme nous le rappelle V.De Rudder, le scientifique se doit de travailler à un « nominalisme méthodologique(33) », les mots ayant une histoire « forgés dans le travail et pour le travail(34) ».



2.1. Une « configuration d’ensemble » : la ré-activation d’un terme historique(35)


Les jeunes les plus marginalisés dans les quartiers populaires font l’objet de dénominations particulières depuis de nombreuses décennies. On parlait des Apaches au début du vingtième siècle, des loubards dans les années 50, des blousons noirs en 1970, des sauvageons en 1990. Toutes ces dénominations visent à catégoriser une partie de la population jugée improductive et ayant une propension à des passages à l’acte délinquants. Le terme « racaille » en 2005 venaient dans la continuité de ce processus discursif définissant des jeunes banlieusards oisifs, délinquants potentiels. Dans les quartiers populaires, ce terme vise bien souvent négativement des jeunes se comportant comme le stéréotype du banlieusard en référence aux ghettos noirs américains. Le signes distinctifs de cette condition sont, entre autres, d’être vêtus de vêtements larges, baggy, casquette, chaîne en or (en référence au Gangsta rap américain) ou de vêtements imitant des grandes marques. Ces adolescents développeraient un langage, une terminologie propre (verlan, raccourci, détournement de mots issus du langage voyageur, ou arabes…). Le plus souvent, les adolescents utilisent ce terme de manière négative, dérisoire : « t’as vu la Kaira » définissant un jeune trop clinquant, démonstratif.


Globalement le terme racaille désigne un groupe ou un individu pauvre jugé méprisable, une partie du peuple considéré comme la plus vile en opposition à un groupe dominant(36) . Il aurait un sens proche du mot canaille. Cette catégorie d’individus différent des normes dominantes de part leurs attitudes gestuelles, vestimentaires, leurs comportements, leurs moyens d'existences et coutumes inhabituelles sur un territoire donné. De manière paradoxale ce terme peut également désigner de manière péjorative des élites mondaines ayant pour caractéristique d’être sans scrupules, corrompues(37) .


Nous pouvons repérer au moins cinq origines distinctes du terme racaille :

1- Selon F.Darras(38) , l'étymologie du terme racaille nous renverrait à sa racine grecque « ethnos » (peuple) désignant un groupe ou une population aux institutions mal affirmées, antérieure et inférieure à la « polis », c’est à dire à la cité et surtout la cité-état(39) .

2- Pour Auguste Brachet dans son dictionnaire étymologique(40) , le mot racaille proviendrait du diminutif « rac » d’origine germanique, le terme Racker signifiant en allemand équarisseur.

3- Selon le dictionnaire le Littré, le terme racaille proviendrait de l’ancien scandinave racki, rack signifiant chien. Le mot Rascal(41) en anglais provient également du mot racaille en français. Il aurait également pour origine dans le vieil anglais le mot Rack désignant un chien(42) .

4- Autre définition selon le site internet Wikipédia, le mot racaille aurait pour origine le mot « rascaille » tiré de l’ancien français lui même formé à partir d’un verbe normand « rasquer » issu d’un bas-latin « rasicare signifiant « racler » ; « gratter ». La racaille désignerait dans cette situation une partie de la population considérée comme une saleté, une raclure.

5- Enfin, selon un recoupement des différentes sources citées ci-dessous, il paraît également probable que ce terme injurieux aurait une signification beaucoup plus lointaine qui proviendrait du mot Raca, entendu comme une insulte présent à plusieurs reprises dans l’évangile(43) . Ce terme Raca (ou Raka) aurait une origine syriaque signifiant : « être fou, avoir la tête vide(44) ». Il est intéressant de constater que ce terme comporte également quarante et une significations proches dans la langue syriaque(45) . Dans cette définition en réseau du substantif « Raca », le terme désigne autant des troubles observés chez un individu (rusé, fourbe), dans une foule (tumultueuse, vulgaire) mais également chez un peuple.



2.2. Le terme Raca : une définition en réseau.


Le terme Raca est donc employé dans le nouveau testament par l’apôtre Saint Mathieu. Il tend à signifier l’affichage verbal du mépris que l’on a pour une personne qualifiée d’« ignoble ou de rebut ». L’apôtre Saint Mathieu indique dans son évangile que tout homme qui traitera son frère de « raca » en répondra devant le conseil des apôtres. Selon son origine Syriaque, le terme Raca comprendrait donc quarante et une définitions, ou assertions proches :


Nous avons regroupé en quatre catégories l’ensemble des définitions(46) :

1- Quatre définitions désigneraient des conditions contribuant à la formation d'une entité stigmatisée(47) .

2- Dix qualifieraient ou feraient référence selon nous à la perception, des sentiments négatifs éprouvés par un individu ou un groupe au détriment d’un autre(48) .

3- Douze renverraient aux réactions de ces groupes face à la perception des sentiments négatifs induisant un rapport de force : la violence soudaine d’une personne, des émeutes collectives(49) .

4- Quinze définitions traiteraient de la gestion de ces populations, des individus les plus en marges alliant la force(50) et la charité(51) .


L'origine du terme racaille, apparenté à celui de terme « raca », nous renvoie donc à une définition en réseau. Celle-ci définie un ensemble explicatif en germe, contenu dans la définition à l'origine du terme. Nous faisons l’hypothèse que la définition-réseau du terme Raca pourrait comporter en elle un ensemble discursif figurant la constitution d’un « dispositif politique » de stigmatisation de l'autre. En effet, la formulation du terme Raca envers un groupe déjà stigmatisé renforce sa catégorisation. Celle-ci forme un ensemble de préjugés, voire de jugement perçu au quotidien par le groupe opprimé. En réaction, celui-ci met en place des stratégies défensives pouvant prendre une forme individuelle (violence, passage à l'acte délinquant) ou collective (émeutes). Enfin ces réactions entraînent la mise en place d'une gestion alliant une approche coercitive et compréhensive de la part de l'oppresseur. On peut percevoir la chaîne sans fin de ce dispositif, en effet les violences des personnes définies comme « raca » entraînent un renforcement du stigmate des oppresseurs, qui en retour répriment les émeutes populaires alimentant l'image négative de ces populations désignées.


Celui-ci nous permet de mieux appréhender, en partie, les réactions de la population désignée suite à la ré-activation de ce terme en 2005.


Selon nous, ce bref détour historique autour du substantif racaille permet d’appréhender la prégnance de la catégorisation sociale à travers l’histoire. En un mot, ce terme ne s’est pas plutôt agréger de nouveaux sens, mais selon ces différentes origines diverses et variées, le terme n’a eu de cesse d’être ré-activé. L’origine du mot racaille apparenté à celui de « Raca » permet de circonscrire et de mettre en exergue un continuum définitions . Ce terme alimenterait des rapports de forces extrêmes entre des groupes opposés. En ce sens la catégorisation racaille serait un élément d’un « dispositif politique », définissant une frontière symbolique avec l’autre, l’immigré (venant de l’extra territorialité), mais également avec l’autre, citoyen français, catégorisé comme « étranger de l’intérieur ».



3. L’épreuve du terrain


Comme nous l’avons indiqué, nous exerçons en tant qu’éducateur de rue depuis cinq ans dans un service de prévention spécialisée(52) . La mission de ce type d’institution est d’intervenir dans un quartier auprès des enfants et adolescents dits en « difficulté sociale », âgés de 6 à 25 ans. Elle se caractérise par des principes spécifiques à ce domaine de l’intervention sociale dans le contexte français. En effet, les travailleurs sociaux de rue agissent sans mandat nominatif auprès des jeunes, en respectant leur libre adhésion et l’anonymat. Dans le cadre de le cadre de cet activité, nous constatons le fait que les jeunes les plus marginalisés se retrouvent assignés comme des « racailles ».


Globalement, ces jeunes sont plus ou moins déscolarisées depuis l’âge de 14 ans, ils cumulent des difficultés familiales et judiciaires se retrouvant confrontés à des difficultés d’insertion sociale redondantes. Lorsqu’ils trouvent une activité salariale, celle-ci est bien souvent précaire. Comme l’indique le sociologue M.Boucher(53) , au fil du temps le découragement laisse place à une accumulation de désillusions conduisant à une dévalorisation de soi. Ces sentiments au fil du temps laissent place à de la rage. L’économie de la débrouille, les passages à l’acte délinquants sont une forme de conservation d’une certaine dignité. Le groupe de pairs valorise les actes, le passage en prison pouvant également constituer un renforcement d’un leader-ship sur le quartier. Ces jeunes deviennent au fur et à mesure incasables. Ils ressentent eux-mêmes cette mise à l’écart, le fait qu’ils soient considérés comme en dehors de la citoyenneté. Cette relégation s’exprime sur le terrain par exemple lorsqu’un jeune se voit signifier à plusieurs reprises que ses antécédents judiciaires l’empêcheront de réaliser des formations, lorsque le jeune accueilli à la Mission Locale se retrouve avec des rendez-vous de plus en plus espacés, lorsqu’on ne lui propose plus que des stages de remise à niveau en langue française depuis plusieurs années. Certains se voient également demander régulièrement par les administrations, institutions leurs origines géographiques, identitaires alors que leurs familles est en France depuis plusieurs générations. Ces jeunes se ressentent au quotidien comme des mauvais objets, définis de par leurs appartenances à tels quartiers, origines ethniques. Ils se perçoivent au fur et à mesure comme des « étrangers de l’intérieur ». Comme nous le constatons dans notre pratique quotidienne, ces étrangers peuvent également être des français dit de « souche », notamment tous les jeunes issus des classes ouvrières, fortement touchés par la déstructuration du monde ouvrier (54).


Dès lors, la catégorisation « racaille » renvoie une stigmatisation de plus à ce groupe social. Elle nomme et discrédite de manière légitime, politique et sociale ces jeunes en difficultés. Cependant cette immobilisation fictive se retrouve mise en jeu par les jeunes. Le stigmate est renvoyé dans un jeu de réciprocité lors de confrontations avec la police, de passages à l’acte délinquants. En effet le stigmate(55) peut être retourné en terme de positivité, la plupart du temps sous la forme de la dérision(56) . Certains jeunes développent par exemple des stratégies de contre stigmatisation en incarnant le profil-type du banlieusard, une « esthétique de la violence(57) » comme l’indique le sociologue M.Boucher soit dans la réalité ou dans la culture artistique (rap, graff). Celle-ci a fournit de la matière pour permettre de s’extraire d’une « exo-définition négative en la remplaçant par une endo-définition valorisée(58) ». Ce retournement du stigmate alimente également un marché de la « culture racaille » dont certains médias et réalisateurs nationaux ont su saisir l’opportunité(59) . Bien que la définition du terme racaille renvoie à une catégorie négative, des jeunes méprisés, elle est dans le même temps imbriquée dans une dynamique identitaire. En effet pour reprendre les analyses interactionnnistes des sociologues P.Poutignat et de J.Streiff-Fenart(60) , nous nous identifions par rapport à l’autre, la catégorisation n’est pas exclusivement exogène, elle est également endogène, produite de l’intérieur du groupe même stigmatisée. L’ethnicité « racaille » devient donc un processus dynamique de stigmatisation co-produit.



Conclusion : un dispositif politique de stigmatisation formant des étrangers de l’intérieur.


L’historien P.Weil stipule qu’il faut passer de l’histoire racontée en légende à l’histoire qui s’est faite. Le travail devient alors événement(61) . Parce qu’il ne répète pas, il a pour effet de changer l’histoire légende en histoire travail. Nous avons essayé de mettre au travail dans cet article au regard de notre expérience la notion de racaille. L’objectif de cet article est de mettre en exergue le fait qu’au delà d’un simple dérapage politique, cet événement à constituer le ré-amorçement d’un « dispositif politique » définissant un groupe humain comme des « étrangers de l’intérieur ». M.Foucault(62) envisageait le dispositif comme le réseau qu’il est possible de tracer entre différents éléments, un ensemble hétérogène qui inclut virtuellement chaque chose.. L’événement à Argenteuil a constitué un « moment-objet » à mettre en lien avec un processus d’évolution de la politique sécuritaire française amorcée depuis 2001. Nous avons également formulé l’hypothèse que l’énonciation du terme racaille contribuait à réactiver un ensemble discursif historique lié aux définitions originelles du terme Raca. Selon G. Deleuze le dispositif a toujours une fonction stratégique concrète et s’inscrit toujours dans une relation de pouvoir. En reprenant les analyses énoncées de l’anthropologue D. Fassin, le substantif « racaille » a renforcé des frontières internes entre des jeunes inclus socialement et d’autres exclus, catégorisés comme « étranger de l’intérieur ». Il s’est créé autour du terme racaille un espace de signification sécuritaire validant un dispositif politique basé sur la stigmatisation de l’autre résultant « du croisement des relations de pouvoir et de savoir ». Cette catégorisation sociale est distillée au quotidien dans les institutions, les représentations médiatiques, par des travailleurs sociaux. Cependant la catégorie « racaille » n’est qu’une configuration identitaire parmi un ensemble beaucoup plus vaste visant à instituer des « nouvelles frontières dans la société française ».


Notes

 

1. Rappelons succinctement les faits. Nous sommes en octobre 2005, N.Sarkozy est ministre de l’intérieur en visite à Argenteuil (Val d’Oise), répondant à une habitante qui aurait employé la première ce vocable, indique qu’il « est là pour éradiquer la gangrène (et qu’) on va vous débarrasser de cette bande de racaille »? Ces propos venaient également dans la continuité de sa promesse de « nettoyer les cités au Karcher ». Lors des émeutes en novembre 2005, il réitérera ces propos indiquant notamment : « Ce sont des voyous, des racailles, je persiste et je signe », Le Monde du 11 novembre 2005.

2. Ces émeutes firent l’objet d’un traitement médiatique considérable au niveau national mais également international. On a pu notamment apercevoir sur les télévisions américaines une carte de la France littéralement en état de siège où l’on visionnait les villes émeutières représentées sous la forme de feux.77]

3. Suite aux décès accidentels de deux jeunes à Clichy Sous Bois.

4. « Ainsi, les émeutiers ont, dès les premiers jours, été rebaptisés du nom de « racaille » par Sarkozy ». Beaud Stéphane, Pialoux Michel : La “racaille” et les “vrais jeunes”. Critique d’une vision binaire du monde, lien socio, novembre 2005.p.3

5. Cette expression est du sociologue A.Begag , alors ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances dans le gouvernement de D. De Villepin. Il déclara également deux ans après les faits : « Les mots «Kärcher» et «racaille» ne sont pas oubliés. Sarkozy aurait dû exprimer des regrets » Le monde du 17 janvier 2007.

6. Nous sommes actuellement en doctorat en anthropologie à l’EHESS à Paris.

7. Fassin, Didier (dir.). Les nouvelles frontières de la société française. Paris : La découverte, 2010. pp.5-23.

8. Selon la définition du Littré le terme substantif : « se dit de tout nom d'être désigné par l'idée de sa nature, de sa substance. Le nom substantif est un mot qui marque une chose qui subsiste ».

9. Nous pouvons citer cette conversation avec un père de famille : « En plus il nous traite de racailles, ça veut dire quoi ! on est tous des bons à rien ? C’est pas des paroles d’un président de la République ça ! » Note de terrain de décembre 2009.

10. Selon Le Littré le citoyen est : « celui ou celle qui jouit du droit de cité dans un État ». Quant à la définition dans le Larousse, le citoyen est : « Le membre d’un Etat considéré du point de vue de ses devoirs et de ses droits civils et politiques ».

11. Nous reprenons ce terme employé par l’anthropologue M. Agier . Agier, Michel. Gérer les indésirables. Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire. Paris : Flammarion, 2008. (Coll. Bibliothèque des savoirs). 341p

12. Ce terme, redéfini selon nos analyses, est emprunté à l’historien Patrick Weil . WEIL, Patrick, Liberté, égalité, discriminations. L’identité nationale au regard de l’histoire, Paris, Grasset et Fasquelle, 2008, p.114.

13. Selon la définition de Gilles Deleuze empruntée à Michel Foucault, un dispositif se compose selon trois principes : « 1) Il s’agit d’un ensemble hétérogène qui inclut virtuellement chaque chose, qu’elle soit discursive ou non : discours, institutions, édifices, lois, mesures de police, propositions philosophiques. Le dispositif pris en lui-même est le réseau qui s’établit entre ces éléments. 2) le dispositif a toujours une fonction stratégique concrète et s’inscrit toujours dans une relation de pouvoir. 3) comme tel, il résulte du croisement des relations de pouvoir et de savoir. » Deleuze, Gilles, « Qu’est-ce qu’un dispositif ? », Michel Foucault philosophe, Seuil coll. « Des Travaux », Paris, 1989, pp. 185-195.

14. Nous reprenons cette expression au sociologue Christophe Robert spécialiste de la question Tzigane : Robert, Christophe, Eternels étrangers de l’intérieur - Editions Desclée de Brouwer - Novembre 2007.

15. http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/securite-interieure/index/

16. En France, la sécurité intérieure est principalement assurée par la police nationale et la gendarmerie. À ces deux corps, il convient d'ajouter la police municipale et la sécurité privée.

17. La défense et la sécurité, formant la sécurité nationale, sont des fonctions régaliennes d'un État qui visent à assurer, en tous lieux, tous temps et toutes circonstances, l'intégrité du territoire, la protection de la population et la préservation des intérêts nationaux contre tous types de menaces et d'agressions. Elles participent également au respect des alliances, traités et accords internationaux.

18. Ibid.

19. Ibid

20. Lois d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure.

21. Ibid

22. D. Fassin. . Les nouvelles frontières de la société française. Op.cit.

23. Selon M. Foucault les dispositifs sécuritaires sont caractérisés par quatre traits, soient : « 1) l’espace de sécurité, c’est-à-dire le milieu : la ville ou les rues de la ville, 2) le problème du traitement de l’aléatoire par des régulations, 3) le type ou la forme de normalisation propre à la sécurité, en somme, les normativités différentielles et 4) le lien entre sécurité et population, la population étant à la fois sujet et objet des mécanismes sécuritaires ». Louis•Philippe Blanchette. Michel Foucault : Genèse du bio pouvoir et dispositifs de sécurité Lex Electronica, vol.11 n°2 (Automne/2006).

24. Un extrait du discours prononcé par N. Morano : « Ce sont nos enfants, "ils sont nés sur notre territoire" et "moi je pense que notre devoir c'est de les aider à trouver un travail et qu'on les sorte de cette caricature", a-t-elle dit."évidemment que dans les quartiers ça ne concerne pas que les jeunes qui pourraient s'appeler Mohammed ou Ahmed ça concerne aussi Eric et Pierre" ‘on ne fait pas le procès d'un jeune musulman. Sa situation, moi je la respecte. Ce que je veux, c'est qu'il se sente Français lorsqu'il est Français. Ce que je veux, c'est qu'il aime la France quand il vit dans ce pays, c'est qu'il trouve un travail, et qu'il ne parle pas le verlan. C'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers" ». http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/politique/contre_debat_sur_lidentite_nationale/20091216.OBS0855/nadine_morano_assume_ses_propos_et_se_pose_en_victime.html

25. http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/09/10/le-derapage-de-brice-hortefeux-a-l-universite-d-ete-de-l-ump_1238744_823448.html

26.http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/politique/contre_debat_sur_lidentite_nationale/20091202.OBS9456/quand_un_maire_ump_derape_sur_l'identité_nationale.html

27. Lapeyronnie, Didier. Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui. Paris : Robert Laffont, 2008. (Coll. La monde comme il va). P.43.

28. L’élu UMP J.C.Gaudin avait déclaré : "Nous nous réjouissons que les musulmans soient heureux du match, sauf que quand après ils déferlent à 15000 ou à 20000 sur la Canebière, il n'y a que le drapeau algérien et il n'y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas".Le Parisien. http://www.leparisien.fr/politique/identite-nationale-gaudin-derape-a-marseille-16-01-2010-780177.php

29. Agier, Michel. Gérer les indésirables. Op.cit.p.1O4.

30. Lapeyronnie, Didier. Op.cit. p.17.

31. Ibid. p17

32. De Rudder, Véronique ; Poiret, Christian ; Vourc’h, François, « Précisions conceptuelles et propositions héoriques », in L’inégalité raciste. L’universalité républicaine à l’épreuve, Paris, PUF, Pratiques théoriques, 2000, pp. 25-45.

33. V.De Rudder reprend une notion définit par K.Popper : « ce qu’étudient les sciences sociales, ce sont, en fait des relations entre des phénomènes, eux mêmes incorporés dans des rapports sociaux. Cette notion s’oppose à l’ ‘essentialisme méthodologique’ choséifiant la réalité sociale. De Rudder. Ibid. p.28.

34. Ibid.p.28.

35. L’usage du terme dans la littérature permet également de se rendre compte de la prégnance de cette catégorisation « racaille » au fil des siècles. Par exemple au 17ème siècle des auteurs tel que Guy Patin l’utilisèrent (Lettres, tome II, p. 93) : « Le mari et la femme qui ne purent être pendus à la porte de Paris vendredi dernier pour le tumulte que les laquais y excitèrent, furent hier, en plein midi, au même lieu, pendus et étranglés, pour montrer à cette racaille de laquais qu'on ne les craignait point ». Jean de La Fontaine : « La racaille dans des trous.... Se sauva sans grand travail » (LA FONT. Fabl. IV, 6) ; « Trop peu d'entendement Me rend tout étonné : vous n'êtes que racaille, Gens grossiers, sans esprit, à qui l'on n'apprend rien » (LA FONT. ib. VIII, 21) ou Voltaire : « Puis-je en mes vers.... Des Cotins de mon temps poursuivre la racaille ? » (VOLT. Ép. 95). Le terme Racaille pour ces auteurs désignait dans toutes les situations la partie la plus méprisable de la population.

36. http://www.cnrtl.fr/definition/racaille

37. Nous pouvons citer les frères Goncourt écrivant : « La racaille bourgeoise, révolutionnaire. C'est Masson (...) qui amène toute cette petite racaille académique! » (GONCOURT, Journal, 1887, p. 641). ou G. Benjamin : « Les notaires? D'la racaille! Des mecs qui prennent cent sous pour vous écrire deux lignes... » (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 94).

38. Ce pseudonyme est utilisé par Jean François Kahn

39. http://www.presence-pc.com/forum/ppc/LeBistrot/francais-sujet-13472-1.htm .(Rivera 2000, p. 101).

40. Auguste Brachet, Dictionnaire étymologique de la langue française, p. 443.

41. Le terme Rascal peut également se traduire par le mot fripon en français signifiant une personne malicieuse.

42. Racaille serait un mot formé sur le même principe que Canaille qui dérive indirectement du latin canis ("chien") et que l’on propose souvent en synonyme. http://fr.wikipedia.org/wiki/Racaille

43. Dans le nouveau testament on peut lire : « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère : Raca ! mérite d'être puni par le sanhédrin » Mathieu, 5, 22 dans le Nouveau Testament.

44. Cependant ce terme pourrait provenir de source araméenne également car le terme Raca ou Reqa, dans l’araméen du Talmud désigne « un vide, un fou la tête vide, un bon à rien ». En Araméen, il pourrait être ריקא ou ריק, qui est aussi sa forme en hébreu.

45. http://www.lexilogos.com/syriaque_dictionnaire.htm

46. Cette analyse subjective est un premier travail qui nécessitera un développement ultérieure

47. Quelques définitions du terme pour illustrer « la méchanceté (X3); la malveillance, vouloir du mal aux autres, la corruption, la perfidie, l'exubérance crasse, « considéré comme risible, ridicule, absurde, farce, pathétique »; « Un coquin, un coquin, une écume, un peuple faible commun, l'un de la canaille, racaille, racaille ». Ibid.

48. Le dictionnaire syriaque définit notamment le terme Raca par le fait : « De mettre mal à l'aise ; L'état d'être agité ou perturbé (douleur, anxiété), l'inquiétude, la perturbation, l'appréhension, le stress mental, difficile à gérer ; avoir l'impression de déranger, de gêner, D'être frustré, dérangé, étant ennuyé ; la peine, un cas de détresse (gêne ou similaire). Ibid.

49. Quelques définitions exprimant la réaction des opprimés: « Tumulte, violente perturbation, remue-ménage d'une foule, bruit et la confusion, l'agitation violente. À l'écrasement, de se briser ou briseront violemment et avec fracas, de faire éclater, , écraser. Un fléau, qui frappe. Un accident vasculaire cérébral, un oppresseur, celui qui opprime (contraintes, les causes de détresse ...), une brute (tyran) ; opposition / affrontement / contrariété / contrariété / ennui / chagrin / chagrin / endolorissement; un crack / soudaine et importante claquer son, de tout éclater. » Ibid.

50. Quelques définitions sur la gestion par la force des oppresseurs : « Se lancer, écraser par la collision, de faire éclater, afin de frapper, battre ; Plantage, le fait de briser en morceaux violemment et bruyamment, briser, casser, de collision, de compresser ou de contusion entre deux corps, compression et meurtrissures entre deux corps durs, la pulvérisation, le broyage , à la force par la pression de manière à détruire la forme naturelle ;; Battre, frapper à coups successifs de violence, le martèlement, de sabotages, de la rupture ; De déranger, de mixer se mêlent, de perturber ». Ibid.

51. Quelques définitions sur la gestion par la charité des oppresseurs : « À peine, à mettre en mouvement confus, à déranger, à agiter, à se soucier , , d'inviter à l'avant, d'éveiller, de stimuler ; de ressentir ou d'exprimer beaucoup de soin ou de l'anxiété ; la souffrance, la tristesse, la douleur ; 'l'inquiétude, la peine, de s'inquiéter, à troubler, à susciter des inquiétudes ; Les soins, la souffrance de l'esprit ; les soucis, les préoccupations ou anxiété » « la conception, l'élaboration de l'esquisse préliminaire de la planification / mise sur les planches à dessin, la coupe, la couture ». Ibid.

52. La « prévention spécialisée » se différencie de par ses méthodes des actions dites de « prévention naturelle ». Cette dernière correspond à toutes les actions provenant du milieu lui-même (associations, clubs). La prévention spécialisée est composée de professionnels mandatés sur un territoire pour mener des actions éducatives spécifiques.

53. Boucher Manuel. « L’expérience du ghetto. Stomy, Roger, Abou et leur clan : rebelles et débrouillards », Déviance et Société, vol. 33, février 2009, p. 242

54. Voir Pialoux Michel, Beaud Stéphane. Retour sur la condition ouvrière [1999]. Paris : Fayard, 2004. (Coll. 10/18). 479p.

55. Selon Erving Goffman un individu est dit stigmatisé lorsqu'il présente un attribut qui le disqualifie lors de ses interactions. Goffman Erving. Stigmate. Les usages sociaux des handicaps (1963), traduit de l'anglais par Alain Kihm, coll. Le Sens commun, Éditions de Minuit, Paris, 1975.

56. Un jeune sur le terrain m’indiquait, justifiant ces passages en justice : « moi, David, mais je suis une racaille ! »

57. Boucher Manuel. « L’expérience du ghetto. Stomy, Roger, Abou et leur clan : rebelles et débrouillards ».op.cit.p.242.

58. Ibid.p.242.

59. Nous pensons à certains films de Luc Besson (Banlieue 13 entre autre) ; à une production de Mathieu Kassovitz (La haine), aux émissions télévisées diffusées sur Canal + : Kaira shopping, les Lascars. Mais également à des production musicales tels que « Le Blues Des Racailles » un album de Tonton David. « La Racaille Sort Un Disque » un album de NAP (New African Poets).

60. Poutignat, Philippe. Théories de l'ethnicité. Les groupes ethniques et leurs frontières [1995]. Streiff- Fenart Jocelyne; Barth Fredrik. Paris : PUF, 2008. (Coll. Le sociologue). 270p.

61. WEIL, Patrick, Liberté, égalité, discriminations. L’identité nationale au regard de l’histoire. Op.cit.p.114.

62. Michel Foucault définissait un dispositif par : « un ensemble résolument hétérogène, comportant des discours, des institutions, des aménagements architecturaux, des décisions réglementaires, des lois, des mesures administratives, des énoncés scientifiques, des propositions philosophiques, morales, philanthropiques, bref : du dit, aussi bien que du non-dit. ». Foucault Michel, Le jeu de Michel Foucault, Dits et écrits, T. II, Paris, Gallimard, 1994 [1977]. pp. 298-329.


Jeudi 23 Septembre 2010