A travers le dialogue entre la théorie et la documentation historique et ethnologique, j’envisage donc d’étudier et d’analyser les différents parcours de l’ethnicité à l’intérieur de la dynamique historique et culturelle du peuple Cañaris.(1) Installés, selon l’archéologie, dans leur région d’origine il y a plusieurs siècles, les Cañaris habitent une zone de la cordillère des Andes faisant partie actuellement de l’Equateur. Organisés socialement comme une confédération, vers le XVème. siècle ce peuple envisage l’arrivée des Incas provenant des Andes du Sud. A l’époque, les Cañaris deviennent une des ethnies les plus affectées par la politique de déplacements démographiques mise en place par les Incas (système mitma) et, en conséquence, plusieurs colonies de Cañaris peuplent les différentes provinces de l’empire Inca ou Tawantinsuyu (Espinoza 1976-1977, Rostworowski 1988). Vers le XVIème. siècle, les Cañaris de la région d’origine du groupe ethnique, ainsi que ceux déplacés en condition de mitmaqkuna, envisagent l’arrivée des conquistadores Espagnols. De cette manière, en fonction des particularités des contextes régionaux, les populations d’origine ethnique Cañaris peuplant les Andes commencent à manifester diverses manières de structurer la vie collective et à mettre en évidence différents visages de ce que l’anthropologie appelle l’ethnicité. Au sein de cette multiplicité de nuances de l’identité ethnique Cañaris, je place ma recherche anthropologique.
Malgré l’existence d’une importante tradition d’études anthropologiques, historiques et ethno-historiques dans la région andine,(2) le cas des identités des populations déplacées dans la condition de mitmaqkuna (et de leurs descendants) a été rarement travaillé. Ils existent peu d’études comparatives orientées vers l’analyse des parcours culturels d’une ethnie préhispanique affectée par la politique mitma de déplacement de la population. Dans cet article, je me propose de présenter l’état actuel de ma recherche en mettant l’accent sur le cas de trois localités étudiées dans de précédentes visites de terrain (1999, 2000, 2004 et 2005): Quilloac, en Equateur; et Porcón et Chiara en Pérou. Je présente ici la base sur laquelle je me propose d’approfondir ma recherche sur les ramifications de l’ethnicité Cañaris dans les Andes. Cependant, cet exercice de compréhension des nuances de l’identité ethnique ne peut pas être présenté sans l’analyse préalable des coupures historiques qui donnent forme aux processus locaux, régionaux et nationaux.
a) L’expansion Inca et la fragmentation territoriale de l’ethnie Cañaris
L’histoire sociale andine se présente comme une complexe mosaïque d’ethnies en contact permanent les unes aux autres pendant plusieurs siècles avant la colonisation européenne. L’archéologie péruvienne traditionnelle a tendance à identifier des périodes d’une grande articulation en alternance avec des étapes de renforcement des identités locales et régionales. La dernière des grandes périodes d’articulation politique a été, en effet, l’empire Inca, qui atteint son expansion majeure vers le début du XVIème. siècle, juste avant la conquête Espagnole. Les Incas, provenant des Andes du Sud, trouvèrent dans leur marche vers le Nord la résistance de nombreuses ethnies dans des territoires faisant partie actuellement de l’Equateur et du Nord péruvien. Malgré cette résistance, vers le XVème. siècle les Incas consolident leur présence et mettent en place le système mitma de déplacement des populations intégrées au territoire du Tawantinsuyu. De cette manière, les peuples incorporés sont désarticulés territorialement et l’on établie des colonies ethniques de mitmaqkuna dans toutes les provinces de l’empire. Même si les sources des chroniqueurs Espagnols concernant cette période ne sont pas très fidèles, on est certain qu’une des ethnies les plus affectées par le système mitma fut l’ancienne confédération des Cañaris. Cette sorte de diaspora vers une quinzaine de lieus le long des Andes n’a pas été suffisamment étudiée, surtout en termes comparatifs. Il faut, cependant, souligner les apports notables fournis par les recherches de Crespo (2003), Espinoza (1978, 1999), Garzón (2005) et Oberem 1981 [1974-1976]. En effet, les profondes fractures sociales, culturelles et politiques qui pendant les siècles ultérieurs ont eu lieu dans les Andes rendent difficile une analyse comparative censée à déterminer les potentiels parcours de l’ethnicité des collectivités Cañaris.
b) La conquête Espagnole et les réponses des Cañaris et de leurs descendants
Les réactions des peuples faisant partie de l’Empire Inca face à la conquête Espagnole furent variées et complexes. Compte tenu l’ampleur du territoire, l’hétérogénéité ethnique et les diverses conditions sociales à l’intérieur du Tawantinsuyu, cette réalité devient encore plus imbriquée. Dans ce sens, il faut aussi souligner que l’arrivée des conquistadores eu lieu dans une période de déstabilisation interne de la société Inca. La fragilisation de l’empire Inca face aux ethnies récemment intégrées rend possible le soutien de plusieurs peuples à la conquête européenne. Apparemment, ce fut le cas des Cañaris, mais les réponses d’adaptation et de résistance à la société coloniale naissante varient en fonction des espaces territoriaux et de la diversité de conditions sociales établies par la diaspora mitma. Donc, chaque entité ethnique et territoriale réagit à la conquête Espagnole selon ses conditions particulières, mais celles-ci sont toujours conditionnées par la position ethnique et politique occupée dans l’ancien cadre de la société Inca.
Il existe peu de sources documentaires permettant de connaître la dynamique ethnique des peuples dispersés dans la condition de mitmaqkuna avant la conquête hispanique. On croit que, sous les Incas, les membres des ethnies déplacées maintinrent leurs droits dans leurs régions d’origine, en prévalant de cette manière l’ ius sanguis. Il est très probable aussi que le système mitma s’intégrât de manière fonctionnelle à l’ancien schéma de maniement démographique, productif et territorial de la région andine, connu comme le modèle d’archipel multi-ethnique (cf. Golte 2001, Murra 1975). Au-delà des caractéristiques du système mitma, l’archéologie et l’ethno-histoire andine montrent que les peuples déplacés en condition de mitmaqkuna ne furent pas longtemps sous la domination politique des Incas. Sans aucun doute, on ne peut pas comprendre les différents chemins de l’ethnicité des Cañaris et de leurs descendants sans prendre en compte la désarticulation territoriale et culturelle produite par la diaspora mitma mise en place par les Incas. Cependant, c’est à partir de la période de la conquête Espagnole qu’on peut établir une approche analytique de cette réalité ethnique. Dans le cadre de ma recherche, j’établie donc la conquête Espagnole comme le point de départ de l’enquête jusqu’à présent menée dans les trois localités signalées : Quilloac, en Cañar, Equateur ; Porcón, dans la région de Cajamarca, Pérou; et Chiara, dans la région d’Ayacucho, Pérou.
Comme je l’ai déjà souligné, les Cañaris habitent la région des Andes septentrionales depuis la période pré-Inca et furent déplacés, dans la condition de mitmaqkuna, le long de différentes provinces de l’Empire Inca, le Tawantinsuyu. L’information ethno-historique existante permet d’identifier une quinzaine de localités d’arrivée des mitmaqkuna Cañaris, faisant partie à l’heure actuelle des républiques de l’Equateur, le Pérou et la Bolivie. Cependant, jusqu’à présent il n’y a pas eu des recherches qui arrivent à analyser ces populations du point de vue historique et ethnologique. Le but de ma recherche est de contribuer au développement des études comparatives sur les descendants des mitmaqkuna dans la région andine. Les études de cas réalisées en Equateur et Pérou montrent un intéressant cadre d’analyse concernant les Cañaris et les différentes nuances de leurs identités à travers les siècles. Au futur, je me propose d’incorporer l’étude des descendants des Cañaris établis comme mitmaqkuna à Copacabana, faisant partie actuellement de la Bolivie (cf. Espinoza 1978 et Santos 1986).
En raison de la délocalisation provoquée par le système mitma de déplacements des populations, sous les Incas, et des enjeux de pouvoir relatifs à la colonisation Espagnole depuis le XVIème. siècle, il y a trois directions très différentes qui présente l’ethnicité Cañaris. Les travaux de terrain préliminaires au début de la recherche doctorale me permettent d’établir trois modèles basiques sur la base de la comparaison entre une réalité locale de permanence du groupe ethnique dans la région d’origine (Quilloac, Equateur) et deux emplacements qui furent des zones d’arrivée des mitmaqkuna Cañaris (Porcón et Chiara, Pérou).
- 1. Quilloac, Cañar (Equateur)
Après la conquête Espagnole, les habitants de l’ancienne confédération des Cañaris non mobilisés par le système mitma continuèrent à occuper la région d’origine du groupe ethnique. Le village de Quilloac est témoin donc de cette continuité au niveau de la provenance de la population locale. Le début de la conquête et la première colonisation suppriment les anciennes modèles de pouvoir et, en conséquence, les mœurs et les traditions locales sont fortement affectées. Comme il le note très précisément Jacques Poloni (Poloni-Simard 2000), vers le XVIII siècle la région aurait vécu un décollage économique notable. Au niveau du système foncier, cette récupération aurait été accompagnée d’un confinement des indigènes au sein des haciendas à cause de la demande de main-d’œuvre locale. De cette manière, même si la croissance économique de la région eu lieu dans le cadre de la société coloniale, l’organisation communale des Indiens Cañaris, à l’intérieur des haciendas, aurait subit aussi un processus de resurgissement.
Après l’indépendance de l’Equateur, en 1830, la vie sociale des populations indigènes ne varie pas de manière significative. Vers 1857, la suppression des tributs indigènes intègre les populations natives au cadre législatif de la république, mais –de la même manière que dans le cas péruvien- la loi ne prévoie pas leur participation politique au niveau électoral (Ibarra 1999 :73). Au cours du XIX siècle le niveau officiel génère la notion de race afin de définir les caractéristiques et le statut social des ethnies d’origine indigène. En employant des marqueurs de caractère phénotypique, linguistique et culturel, la légalité réglemente la différence. Un processus de renforcement et consolidation d’une identité négative, dévaluée, de l’indigène équatorien moderne apparaît (Ibarra 1991).
Cependant, au fil du temps et à la différence du cas péruvien, les identités ethniques indigènes se placent comme un mécanisme de mobilisation sociale et de demande de reconnaissance face à l’Etat (Ibarra ibíd. 72). De la main d’expériences des certaines ONG’s et des secteurs critiques des églises catholique et évangélique, les réformes agraires de 1964 et 1973 poussent les organisations indigènes à s’organiser. Ce processus s’articule dans tous les niveaux territoriaux du pays et les habitants de Quilloac font ainsi partie des nombreux soulèvements indigènes des dernières décennies du XXème. siècle. Liés la plupart de leurs leaders à la CONAIE(3) et aux autres organisations paysannes indigènes du niveau local, les habitants de cette localité tendent à se définir en termes ethniques, et quelques fois en claire opposition au monde métis et blanc.(4) Pourtant il est important de souligner que l’identification ethnique Cañaris se présent dans le cadre d’une formule de reconnaissance ethno-linguistique majeure : le monde kichwa.(5) Même si cette langue fut introduite par les Incas et diffusée par les Espagnols, elle reste la langue regroupant le monde indigène de la région andine équatorienne. Probablement la langue originaire des Cañaris disparaît très tôt, au début de la colonisation Espagnole, mais le kichwa est adopté en tant que marqueur ethnique du monde indigène et les différentes variétés dialectales permettent encore de distinguer les ethnies intégrées à l’Empire Inca.
En résumé, selon les études de terrain précédentes, les habitants de Quilloac inscrivent leurs notions d’auto-identification dans le cadre du processus de revendication ethnique qui connaît le monde indigène de l’Equateur contemporaine. Même si l’histoire traditionnelle montre que le groupe ethnique Cañaris fut incorporé à l’empire Inca et que cette ethnie assume majoritairement la langue kichwa par imposition de l’administration coloniale Espagnole, l’imaginaire social ne met pas l’accent sur les discontinuités préhispaniques Cañris/Inca. Donc, pour la plupart des habitants de Quilloac, ils font partie du monde indigène kichwa équatorien, dans sa version Cañaris, profondément associée à la notion pan-andine Inca de laquelle ils héritent la langue et certains marqueurs culturels. Cette notion d’auto-adscription ethnique ne reconnaît pas de discours contradictoires au sein d’une identité locale-communal, une autre de caractère ethnique Cañaris, une identité supra-ethnique kichwa et, finalement, une identité revendicative regroupant les Indiens rattachés nationalement à l’Equateur.
Porcón intègre un ensemble de petits villages et hameaux de la région Cajamarca aux Andes du Nord du Pérou. Cette zone reçoit d’importants flux migratoires de mitmaqkuna sous les Incas et l’ethno-histoire montre que l’origine ethnique de la plupart d’habitants de Porcón est Cañaris (Espinoza 1976-1977, Miño 1982, Rémy et Rostworowski 1992, Rostworowski 1988). Peu de temps après être établis dans la région, ces mitmaqkuna Cañaris connaissent l’invasion et la conquête Espagnole qui commence précisément à la ville de Cajamarca, à une dizaine de kilomètres de leur territoire d’arrivée. On ne sait que peu de choses sur les relations interethniques établies entre les conquistadores hispaniques et les populations Indigènes vivant sous les Incas dans la région. Néanmoins, il est fort probable que la colonisation Espagnole n’a pas pris en compte les différences ethniques notables à l’intérieur de la population conquise. Très rapidement, les habitants de Porcón sont incorporés au système d’encomiendas qui usurpait la main d’œuvre indienne en bénéfice des conquistadores et des congrégations religieuses. Le pouvoir blanc de la région se concentre à la ville de Cajamarca et ses habitants, les conquistadores Espagnols et les premiers métis, maîtrisent les encomiendas de l’entourage Indien.
Vers la fin du XVIème. siècle, le système d’encomiendas, qui datait du début de la colonisation hispanique, connaît une grande crise et l’administration de la région (le corregimiento) promeuve un autre système foncier, celui des haciendas, toujours sous le contrôle des Espagnols. Vers le début du XVIIème. siècle, l’hacienda Porcón se consolide et devient administrée par l’ Hospital de Nuestra Señora de la Piedad de Cajamarca. A cause d’une gérance précaire, en 1677 l’hôpital et l’hacienda sont rendus à la congrégation bélémite. En 1752, l’hacienda connaît un grand soulèvement paysan contre les inhumaines conditions de travail et vers la fin du XVIIIème. siècle, Porcón devenait la plus grande factorerie (obraje) de la région. Pourtant, la pression tributaire de l’époque pousse à la congrégation bélémite à coincer encore plus la situation des Indigènes, en prenant leurs terres communautaires. En conséquence, en réponse aux excès du système d’haciendas les paysans de Porcón brûlent la factorerie peu avant l’arrivée de l’Indépendance, en 1821 (Alfaro 1992, Escalante 1974).
Ils existent de témoignages de la fin du XVIIIème. siècle qui permettent d’identifier l’intérêt des maîtres des haciendas pour la reproduction du système d’exploitation organisé sous la forme d’une administration ethnique. Je propose particulièrement de mettre l’accent sur certains documents censés à formaliser les droits des maîtres à surveiller les mariages des paysans afin d’éviter le sous-peuplement de leurs haciendas (Escalante 1974: 61). Cette pulsion pour l’endogamie des Indiens peut être aussi comprise comme un mécanisme de maintien de la différence ethnique en tant que marqueur de la distinction sociale. De cette manière, pour les maîtres des haciendas il aurait été fonctionnel de conserver la différence ethnique dans la mesure où celle-ci apportait un soutien idéologique à la structure sociale de la région. Les constatations historiques et ethnologiques montrent que le système de propriété de la terre associé à un cadre de hiérarchie ethnique continua jusqu’à la reforme agraire de 1969. Il est fortement surprenant le fait de constater jusqu’à présent la profonde particularité ethnique et culturelle de Porcón dans le cadre régional. Même si la situation sociale change drastiquement depuis la découverte de gisements miniers dans la zone et à cause de l’arrivée de nombreuses églises évangélistes, les degrés d’endogamie, d’emploi du quechua et de reconnaissance d’une forte singularité culturelle locale témoignent l’existence d’une conscience ethnique construite en opposition avec le monde blanc/métis, espagnolisé et urbain installé à Cajamarca depuis la colonisation. Les dernières visites de terrain permettent donc de constater un sentiment collectif d’infériorité par rapport au milieu urbain identifié avec des marqueur ethniques clairement reconnaissables : langue, vêtement, traits phénotypiques, etc. Néanmoins, cette réalité subit de profonds changements.
Les Espagnols arrivant dans la région d’Ayacucho, le mécontentement des Cañaris installés dans la zone par les Incas permet une alliance entre les conquistadores et ce groupe ethnique. En effet, en 1542 la Diposicion de Vaca de Castro exempte les Cañaris de Chiara de tributs et de services personnels en raison du soutien rendu à la Couronne pendant la conquête et la Guerra de los Encomenderos, un conflit interne entre les Espagnols. Donc, on établit les conditions structurelles pour rendre possible la construction d’une identité locale caractérisée par le développement des stratégies d’affirmation de la particularité culturelle et ethnique Cañaris, censée à consolider et conserver le statut ethnique relativement privilégié fourni par la Couronne aux Cañaris et Chachas (des autres mitmaqkuna) de Chiara.
Dans la mesure où la pression Espagnole pour les incorporer au système productif et tributaire de la colonisation se renforce, il devient stratégique pour les Cañaris et Chachas de maintenir leur particularité ethnique, constituant deux ethnies tout à fait favorisées par rapport aux autres collectivités de la région. Comme il l’a montré méticuleusement Espinoza (1999), au niveau de la parenté on renforce l’endogamie et au niveau juridique, on constate de nombreux conflits légaux contre la volonté de les soumettre au sein de la structure économique coloniale. De cette manière, la communauté locale des Cañaris déploya pendant presque trois siècles plusieurs mécanismes d’affirmation et de maintien de sa particularité ethnique et trouva dans cette condition une singulière formule de résistance à la domination coloniale espagnole.
A l’arrivée de la période républicaine, le cadre juridique qui rendait possible le maintien du statut de privilège relatif disparaît et également la nécessité de conserver les stratégies de parenté et légales d’affirmation identitaire. L’Etat nation péruvien établit de nouvelles règles depuis 1824 et l’ensemble de la population indienne des Andes du Sud fera partie d’un autre système d’exploitation également radical et hiérarchisé : celui des haciendas. Les siècles XIX et XX témoignent donc l’incorporation des habitants de Chiara, soit d’origine Cañaris, soit d’origine Chacha, à une dynamique de domination sur la population indienne, sans distinction de provenance ou d’origine ethnique.
De la même manière que dans plusieurs zones de la région andine, à Chiara l’identification territoriale locale reste la forme privilégée d’identité. En conséquence, parmi les différents groupes générationnels l’auto-perception de l’habitant de Chiara tende à s’établir en fonction de la différence par rapport à Manayasacc, le village le plus proche, et à Huamanga, la capitale du département. Il faut souligner que cette distinction est aussi économique et non seulement territoriale: les habitants de Manayasacc sont perçus comme plus riches par la majeur concentration d’élevage et ceux d’Huamanga en raison de sa condition urbaine. Par ailleurs, à l’occasion d’une visite de terrain en 2005, peu de témoignages montrent une affirmation identitaire de niveau ethnique et la plupart de jeunes nient connaître la langue quechua, même si la réalité linguistique de la zone est fondamentalement bilingue quechua-espagnol. A présent, les habitants de Chiara ne gardent pas une mémoire historique ou une tradition orale permettant de relier leur passé avec celui des descendants des mitmaqkuna Cañaris et Chachas qui reçurent des prérogatives de la part des Espagnols.
Avant de passer à signaler des divers sujets qui lient l’ethno-histoire et l’anthropologie andine aux débats ethnologiques majeurs, je voudrais résumer l’état de ma recherche jusqu’au moment actuel. Le cas des habitants de Quilloac, Equateur, montre le parcours historique des Cañaris qui restèrent dans leur région d’origine. Après la conquête et la colonisation Espagnole qui suppriment les anciennes structures de pouvoir, les Cañaris sont soumis au système d’hacienda qui connaît une sévère crise de main d’œuvre. La récupération économique de la région, au XVIIIème. siècle, est précisément accompagnée d’un confinement des Indiens au sein de leurs terroirs, en renforçant de cette manière la vie communautaire. Néanmoins, le système d’exploitation de la main d’œuvre indienne continue jusqu’au XXème. siècle, mais la réalité sociale de l’Equateur contemporaine inscrit le monde social Cañaris dans le cadre d’une revendication ethnique indigène. A présent, les habitants de Quilloac, dans la région du Cañar, articulent leur identité sur la base de différentes représentations, telles que l’idée d’appartenance au monde kichwa équatorien qui intègre plusieurs nationalités comme celle des Cañaris de la quelle font partie. Dans la plupart de témoignages le discours revendicatif de la condition indienne permet d’articuler de manière harmonieuse, sans coupures, les représentations des Cañaris pré-Incas, des Incas, des Cañaris sous la domination Espagnole et des organisations communautaires faisant partie du mouvement indigène actuel.(6) L’altérité est établie donc face au monde métis-blanc, plutôt urbain, et de langue espagnole.
Dans le deuxième cas étudié, celui des descendants des Cañaris établis à Porcón, Cajamarca (Pérou), les approches historiques et ethnologiques permettent d’identifier une dynamique de maintien de la particularité culturelle au sein d’un contexte qui oppose la condition indigène des habitants de Porcón au monde culturel espagnolisé, représenté par la ville de Cajamarca et ses habitants métis et blancs. Le système foncier qui plaçait à la base de la pyramide sociale locale les habitants de Porcón, de langue quechua, permettait la reproduction d’un ordre collectif ethniquement hiérarchisé qui, avec des nuances, a continué jusqu’à la reforme agraire de 1969. Issus d’une communauté fortement endogame, les habitants de Porcón ont conservé une notable particularité ethnique, non liée –après leurs représentations sociales- à l’origine Cañaris de leurs ancêtres, mais à la condition paysanne, non urbaine et non blanche. Même si la particularité culturelle est encore évidente, notamment par rapport à l’emploi de la langue quechua, les conditions structurelles qui rendaient possible leur confinement (système foncier d’hacienda et éloignement des réseaux de marché) ont disparues. L’identité des habitants de Porcón, descendants des mitmaqkuna Cañaris de l’époque Inca, semble être encrée dans les domaines de la citoyenneté péruvienne, l’intégration au marché et les identités religieuses.
Dans le cas des descendants des Cañaris déplacés à Chiara, Ayacucho (Pérou), le parcours de l’identité locale est fortement lié à une situation historique concrète : le soutien rendu à la couronne Espagnole pendant la conquête des Incas au XVIème. siècle. En raison de ce fait les descendants des Cañaris mettent en place une série de stratégies juridiques et de parenté censées à conserver certains privilèges concédés en 1542. Les travaux ethno-historiques consultés suggèrent la mise en place d’une sorte d’ethnicité stratégique chez les descendants des Cañaris et les Chachas, dans le cadre de la colonisation Espagnole. L’indépendance du Pérou arrivant en 1824, les bases juridiques qui rendaient possible le maintien d’un certain statut ethnique privilégié chez les descendants des mitmaqkuna Cañaris disparaissent et cette population doit s’intégrer au monde des haciendas. De cette manière, on perd le besoin de mettre en évidence une origine particulière au sein du monde indigène des Andes du Sud du Pérou. A l’heure actuelle les habitants de Chiara ne conservent pas une singularité remarquable par rapport à l’entourage de la région d’Ayacucho. Cependant, on peut noter des témoignages montrant une conscience collective basée sur un certain sentiment de subalternité face le niveau urbain (la ville d’Huamanga, capitale régionale) et en raison de leurs marqueurs ethniques traditionnels tels que la langue quechua.
L’histoire des sociétés andines a été un domaine d’études abordé par plusieurs approches théoriques de niveaux divers. Les contributions de l’ethno-histoire entre les décennies de 1950 et 1980 ont permis de comprendre beaucoup mieux la dynamique des cultures qui habitent cette région continentale depuis plusieurs siècles. Cette étude comparative des différents parcours qui présente l’ethnicité des Cañaris essaie d’articuler les nombreuses approches disciplinaires concernant ce peuple, pour tenter une analyse des nuances de l’ethnicité en tant que construction sociale permanente. L’étude de la dynamique identitaire des populations andines affectées par le système de déplacement mitma introduit la possibilité d’analyser des réponses sociales qui prennent la forme de résistance, stratégie, adaptation, etc. Cependant, l’approche historique permet de bien situer les différentes manifestations identitaires dans un cadre de dialogue et de tension entre les conditions structurales et l’action des agents sociaux. A Chiara, l’endogamie constituerait une stratégie pour conserver certains droits acquis dans le cadre de la conquête Espagnole, alors que, à Porcón, elle semble être imposée aux Indiens afin de maintenir la hiérarchie ethnique au sein de l’hacienda. Les Cañaris en Equateur vivent à présent un moment d’affirmation ethnique important, alors que les descendants des mitmaqkuna Cañaris établis au Pérou font partie des différents contextes régionaux (et d’un contexte national) où l’appartenance ethnique n’a pas joué un rôle décisif tout au moins jusqu’aux dernières décennies. En effet, seuls les ethno-historiens et les anthropologues ont tendance à identifier les différentes ramifications ethniques des Cañaris en tant que continuité d’un passé commun. Un regard « essentialiste » tendrait donc à reconnaître comme Cañaris les descendants des mitmaqkuna déplacés à l’actuel Pérou il y a environ cinq siècles, même s’ils ne s’identifient que comme des paysans péruviens, de telle ou telle région, religion ou localité… En revanche, et dans un contexte où les processus d’ethnicisation commencent à caractériser la société péruvienne, on serait tenté de qualifier comme fictionnels toutes les dynamiques sociales qui tendent à assumer un visage ethnique. L’ethnicité, vue de cette manière, ne serait qu’un produit stratégique répondant à la logique de la politique conjoncturelle…
L’ethnicité est, certainement, une construction qui se nourrit de l’histoire et de l’action quotidienne des acteurs sociaux pour acquérir un sens. Néanmoins, cette construction ne devient pas fictionnelle ni imaginaire, puisque elle a lieu seulement si les conditions permettent une réédition du fait ethnique. La réconciliation de l’anthropologie avec l’histoire rend possible l’interprétation des réalités ethniques et de leur évolution, mais aussi celle des enjeux politiques à l’intérieur du fait ethnique… et au sein des analyses censées à le comprendre…
Notes
(1) Cf. Poutignat, Philippe et Streiff-Fenart, Jocelyne. Théories de l’ethnicité. Quadrige, Presses Universitaires de France, 1995.
(2) La recherche sociale dans la région a attiré l’attention de nombreux chercheurs français : Nathan Wachtel, Thierry Saignes, Gérald Taylor, Anne-Christine Taylor, Anne-Marie Hocquenghem, Thérèse Bouysse-Cassagne ou Carmen Bernand. La plupart d’eux ont été rattachés au cadre de recherche de l’Institut Français d’Etudes Andines (IFEA), qui travaille depuis 1948.
(3) CONAIE (Confederación de Nacionalidades Indígenas del Ecuador).
(4) Carmen Bernand réalise une des plus profondes études ethnologiques dans la région et présente les différentes nuances du processus du contact entre la culture local et le monde officiel moderne : Bernand-Muñoz, Carmen. Les renaissantes de Pindilig (Provincia de Cañar) : anthropologie de la déculturation d’une population indigène des Andes équatoriennes. Edit. CEDOCAL. Toulouse, 1993.
(5) En faisant référence à la même langue et afin de respecter l’articulation phonétique locale, j’emploi dans cet article le mot kichwa pour désigner l’ensemble de dialectes parlés en Equateur, et quechua pour parler de ceux du Pérou. Pour une approche plus profonde sur la place de la langue quechua dans la culture de la région andine, consulter : Itier, César. Parlons quechua, la langue du Cuzco. L’Harmattan, Paris, 1997.
(6) Sur le même sujet, consulter aussi Fock et Krener, 1977.
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