Le PSU dans la Somme (1960-1974) : un milieu partisan


Julien Cahon

Qu'y a-t-il de commun entre Jack Lang et Arlette Laguiller ? Ces politiques contemporains, comme beaucoup d'autres (Michel Rocard, Pierre Bérégovoy, Jean-Paul Huchon, Alain Lipietz, Marylise Lebranchu, François Lamy...) sont tous passées au Parti socialiste unifié, parti politique français disparu depuis plus de vingt ans, qui a en effet constitué un véritable tremplin pour la carrière politique de beaucoup. Le PSU a représenté une formation très attractive entre 1960 – année de sa naissance – et 1974, année où se sont tenues les « Assises du socialisme » qui, dans la foulée des élections présidentielles, ont poursuivi le mouvement d'unification des socialistes au sein du PS en ralliant de nombreux membres du PSU.


Son histoire, liée à la guerre d'Algérie et aux luttes sociales lors des mobilisations des années 68, est restée un angle mort de la recherche sur les partis politiques, même si le PSU est présent aux marges de nombreuses recherches, dans la mesure où il apparaît comme un acteur central à la fois de la redistribution des cartes à gauche et des nouvelles formes du mouvement social(1). Né le 3 avril 1960 dans la banlieue parisienne, à Issy-les-Moulineaux, de la fusion de l'Union de la gauche socialiste (UGS)(2), du Parti socialiste autonome (PSA)(3), de Tribune du communisme de Jean Poperen, et du Centre d'action démocratique (CAD) de Pierre Mendès-France, le PSU a souvent été assimilé à un laboratoire d’idées, un lieu de réflexion.


Cet article s'inscrit à la fois dans le cadre de travaux de recherches doctorales en cours sur « Les gauches dans le département de la Somme, des années 1930 à 1972 », dans le sillage du renouveau de l'histoire politique et du renouvellement historiographique concernant le PSU(4). Ainsi, il s’agit de participer à la dynamisation d'un pan entier de la recherche sur les mutations des gauches françaises à partir des années 50, en entamant un travail de constitution d’une connaissance solide sur ce parti.  En interrogeant les formes de l’implantation du PSU, son hétérogénéité, l’objectif est de révéler l’identité de ce parti politique en mettant en lumière son rôle dans les élections, les mobilisations, les idéologies.


Le cadre géographique, celui du département de la Somme devrait permettre de saisir la structuration du milieu partisan PSU et d’appréhender le fonctionnement de ce parti dans le jeu d'un territoire politique, au cœur des réalités locales. L'étude d'un parti politique, d'un mouvement, d'un espace géographique précis permet d'ailleurs de nuancer le tableau global et schématique que nous avons l'habitude de présenter au niveau national. L'échelon départemental est aussi celui où  les partis s'implantent, où ils organisent leurs fédérations.


Dans cette perspective, un axe est  privilégié : le milieu partisan. Quelles mouvances ont participé à la genèse PSU ? Quelles furent les matrices et les filières d’adhésion ? Quels liens a-t-il tissé avec les autres structures (politiques, syndicales, associatives) ? L’enjeu est donc de restituer de manière fine l’implantation du PSU, géographiquement, sociologiquement et électoralement tout en  mettant en lumière des trajectoires individuelles, afin d'esquisser une facette de l'histoire de ce parti dans la Somme.  



I. La genèse PSU dans la Somme: des cercles au Parti


Le PSA et l'UGS furent les principales formations à participer à la genèse PSU dans le département. L'originalité de la configuration du PSU dans la Somme tiendrait à l'absence de Tribune du communisme et du CAD. Les radicaux ayant rejoint le PSU sont issus des Jeunesses radicales et de la Nouvelle gauche et ont adhéré via l'UGS. Comme sur le plan national, le PSU de la Somme s'est donc nourri de chrétiens de gauche, d'une frange de radicaux mendésistes, de dissidents communistes et socialistes. L'adhésion de Pierre Doutrellot, député SFIO sous la IVe République, figure locale du parti, fut même un temps envisagée au moment de la création de la fédération PSU: en désaccord avec la direction de la SFIO, très tôt hostile à la guerre d’Algérie, refusant de rallier le général de Gaulle en 1958, il se heurta à Max Lejeune, secrétaire de la fédération socialiste de la Somme, ministre chargé des affaires algériennes au gouvernement, et s'attira l'opposition du secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet. Mis en minorité au sein de la Fédération de la Somme, il se retira de la vie politique en ne se représentant pas aux élections législatives de novembre 1958, mais accompagna Edouard Depreux, en 1959, dans différentes localités de la Somme, pour une prise de contacts en vue de promouvoir la création du PSA. Pierre Doutrellot affirma finalement,  dans la presse socialiste locale, son attachement à la SFIO.


Le congrès constitutif du PSU dans la Somme devait normalement se tenir en décembre 1960 mais avait du être repoussé. Suite au premier congrès fédéral du PSU en mars 1961, Pierre Sogno, professeur d’anglais, responsable SGEN-CFTC, devint secrétaire fédéral du PSU. François Etienne, géomètre, ancien membre et responsable local de la SFIO puis du PSA, en était le secrétaire adjoint. Francine Page, professeur au lycée technique d’Amiens et ex-SFIO, était la trésorière fédérale du parti.


En 1964, Charles Blineau succéda à Pierre Sogno à la tête de la fédération PSU de la Somme. Co-directeur de l'agence Blijac à Amiens (transactions immobilières et commercial), Charles Blineau résidait à Poulainville, commune de la périphérie amiénoise. Militant des mouvements catholiques, il fut directeur de la maison familiale de Villers-Bocage. Il adhéra au PSU dès sa constitution et devint secrétaire fédéral de ce parti le 30 août 1964. Il fut candidat à plusieurs élections, représenta la fédération à plusieurs congrès nationaux du PSU(5) et occupa des responsabilités nationales au sein du parti(6). Maurice Devime, artisan amiénois, ancien membre de la SFIO et vice-président départemental de la Libre Pensée, remplaça François Etienne au poste de secrétaire fédéral adjoint. La même année, la fédération se dota d'un organe de presse: Unité socialiste picarde, journal bimestriel dont François Etienne devint le gérant. Mais sa parution cessa rapidement du fait des frais d'impression et du nombre important des invendus(7). Enfin, Henri Masclet, employé SNCF, responsable local CFTC(8) puis CFDT(9), ancien membre de la Jeune république puis de la Nouvelle Gauche(10), assumait le rôle de correspondant fédéral à Tribune du socialisme, hebdomadaire officiel du parti.


II. Implantations


Le PSU était implanté uniquement dans des centres urbains, en premier lieu Amiens, et surtout des villes de l'Est de la Somme (Albert, Péronne, Montdidier) – partie du département tenue par Pierre Doutrellot lorsqu'il était au secrétariat fédéral SFIO à partir de 1945 et dans les années cinquante. Le PSU a totalisé, dans les années soixante, 100 à 200 militants, répartis, en 1968, dans cinq sections(11), un comité d'action lycéenne d'une dizaine de membres (cité scolaire d'Amiens) et une section étudiante comptant environ vingt adhérents des facultés de médecine, des sciences et des lettres. C'est en 1968 que la fédération a connu son apogée en nombre de militants, dynamisation à mettre en parallèle avec le bouillonnement idéologique de ces années, tant sur le plan local que national, avec la diffusion du tiers-mondisme et du pacifisme, notamment autour des mobilisations contre la guerre du Vietnam. Si la préfecture de la Somme estime qu'entre avril et septembre 1968, la fédération a accru ses effectifs d'une soixantaine de membres, passant de 140 à 200 militants, Le courrier du PSU de mars 1969 estimait que la fédération de la Somme comptait moins de 100 adhérents au 31 décembre 1968(12).Dès la fin des années 1960, le parti avait perdu de son influence. En 1972, l'importante section PSU d' Albert adhéra au PS, tandis que la section d'Amiens semblait réduite au groupe d'Etouvie, qui se faisait le porte parole des habitants du quartier Nord, prit position sur la politique des jeunes de la ville, dénonça les conditions de logement des travailleurs immigrés, et dont l'activité se manifestait par l'édition et la distribution d'un bulletin.

Le PSU dans la Somme (1960-1974) : un milieu partisan

Le PSU resta donc faible dans le département de la Somme. Il n'exista pas une réelle implantation du PSU dans la Somme mais plutôt des implantations. Cela tenait notamment à la forte implantation locale des forces de gauche socialiste et communiste – entre SFIO et PCF, le PSU ne disposait donc que d'un espace politique très étroit – mais aussi à l'orientation imprimée sur la fédération SFIO par Max Lejeune, qui régnait notamment sur l'ouest du département.


III. Réseaux et passerelles


Sur une centaine d'adhérents qu'a compté le PSU dans le département de la Somme au cours des années 1960, le parcours, plus ou moins complet, de 36 militants a pu être retracé à partir d'enquêtes de terrain fouillées. A partir de cet échantillon, se dégage un profil partisan: cette enquête limitée permet cependant de dégager les caractères essentiels des adhérents du PSU dans la Somme.


Les militants PSU de la Somme sont jeunes: sur les 24 militants dont l'âge est connu, 14 avaient entre 18 et 39 ans dans les années 1960,  6 entre 40 et 49 ans. Les hommes représentaient la très grande majorité de notre corpus: 91,7% d'hommes contre 18,3% de femmes. Le monde éducatif a constitué la colonne vertébrale du parti. La fédération de la Somme, marquée par sa majorité enseignante et étudiante (58,1%), n'a donc pas fait exception(13).


D'autre part, les notices PSU de la Somme laissent apparaître une multitude de liens tissés avec d'autres structures politiques, syndicales ou associatives:

* des associations de défense de la laïcité :

- la Libre Pensée (Arthur Coillot, membre du bureau fédéral du PSU en 1964 en était le président départemental entre 1960 et 1965 ; Maurice Devime, secrétaire fédéral adjoint du parti en 1964 en était le vice président départemental) ;

- le comité d'action laïque (Pierre Scalabre fut le président départemental du CAL).

* des syndicats:

- l'UNEF (Jean-Noël Tournemolle présida l'UNEF-Amiens dans les années 1960) ;

- la CFTC / CFDT ;

* les mouvements catholiques (CFTC, Témoignage chrétien) ;

 

* la Ligue des droits de l'Homme (Pierre Scalabre présida la LDH dans la Somme de 1963 à 1970)

* le PCF: le PSU participa à diverses manifestations pacifiques aux côtés du Parti communiste, ainsi qu'aux cérémonies anniversaires de la mort de Jean Catelas(14). Dans le cadre électoral, le PSU se désista systématiquement en faveur du PCF. Le PSU amiénois prépara, avec le PCF, le rassemblement des gauches pour les élections municipales de 1965. Plusieurs de ses membres appartenaient ainsi au Comité d’unité d’action des gauches d'Amiens, créé après les élections municipales d’Amiens d’avril 1959 au cours desquelles des socialistes dissidents firent liste commune avec le PCF. Les deux partis s'opposèrent cependant en 1968-1969: lorsque le PSU chercha à constituer des cellules d'entreprise  sur la zone industrielle d'Amiens en 1968-69, le PCF vit d'un mauvais oeil que le PSU chasse sur ses terres. Les socialistes unifiés accusaient alors les communistes d'abandonner la classe ouvrière en choisissant l'union des gauches et la voie parlementaire.

 

* l'extrême gauche et la mouvance pacifiste: 

- la Ligue communiste dans le cadre du Front de Solidarité Indochine ;

- le Parti communiste révolutionnaire (marxiste-léniniste) dans le cadre du projet de création d'un comité départemental Viet Nam – Cambodge ;

- le Secours rouge ;

- le MPDL (Mouvement pour la paix, le désarmement et la liberté).

 


Une part relativement importante des militants du corpus PSU-Somme n'était pas des novices en matière d'engagement dans un parti politique, ce qui permet de mettre en évidence des filières d'adhésion, des passerelles militantes avant le passage au PSU:  sur un échantillon de 14 militants sur 36 dont les trajectoires politiques antérieures sont connues, la moitié était passée par la SFIO, trois par l'UGS, deux par le PSA et deux par le PCF. Ces chiffres cachent néanmoins des itinéraires individuels plus complexes:

* SFIO – PSA – PSU.

François Etienne, militant socialiste SFIO, accéda au secrétariat de la section socialiste de Hombleux en mars 1949 – il était alors âgé de 26 ans. L'année suivante, il fit son entrée au comité fédéral des Jeunesses socialistes, suite à leur deuxième congrès fédéral d'avril 1950. En mars 1952, il accéda au bureau fédéral et fut chargé de la propagande. Il occupa à partir de cette date le poste de secrétaire de la section SFIO de Montdidier. Elu au comité exécutif fédéral de la SFIO en mars 1953, il fut réélu dans cette instance en mars 1954. François Etienne quitta la SFIO en 1958 et fut élu secrétaire provisoire du Parti socialiste autonome en octobre 1959. Il conserva ce poste jusqu’à ce que cette organisation fusionne le 15 mai 1960 avec l’Union de la gauche socialiste pour former le PSU.

* Parti radical-socialiste – NG – UGS – PSU.

Claude Joly fut le promoteur, dans la Somme, en juillet 1957, de la fédération de la Nouvelle gauche, dont il devint secrétaire fédéral. Il avait auparavant appartenu au bureau des Jeunesses radicales-socialistes de la Somme, à la tendance mendésiste affirmée. Employé à la mutualité agricole, Claude Joly fut ensuite secrétaire de l’UGS dans la Somme, et intégra le PSU, dont il fut membre du bureau fédéral en 1969.

* JR – NG – PSU.

Henri Masclet, employé SNCF, militant pacifiste de confession catholique, fut membre de la Jeune république. Il milita ensuite à la Nouvelle gauche et intégra le bureau fédéral de cette formation. Dès 1960, Henri Masclet adhéra au PSU en 1960. Membre du bureau fédéral provisoire du PSU de mai 1960 à mars 1961 (premier congrès fédéral du PSU au cours duquel furent constitués les organismes fédéraux), il intégra à nouveau le bureau politique fédéral de ce parti en 1964.

* JR – PSA – PSU.

Pierre Sogno, militant PSU qui devint, en mars 1961, secrétaire fédéral du PSU, suite au   premier congrès fédéral du parti, était un ancien membre de la Jeune république et avait assumé à partir d'octobre 1959, la fonction de secrétaire de la section d’Amiens du PSA.

* SFIO – PSU – FGDS.

Pierre Scalabre, membre de la SFIO, entra en dissidence avec ce parti en 1959 et prit l'étiquette de « socialiste de gauche »(15). Il milita ensuite au Parti socialiste unifié. Défenseur de la motion Martinet favorable à une coopération-association avec la FGDS en 1967, il fut délégué de la fédération au congrès national du parti avec Charles Blineau et Jean-Pierre Martein. Pierre Scalabre rejoignit ensuite la FGDS(16) et était membre du comité de la section FGDS des quatres cantons d’Amiens en juin 1968.



IV. Luttes partisanes et combats électoraux


Dans la Somme, le PSU comptait quelques élus municipaux, sept au sein de notre corpus départemental dont cinq maires: Pierre Villain (maire de Beauval), Valette (maire de Roisel), R.Michel (maire de Méricourt-l'Abbé), Lucien Brillant (maire socialiste indépendant puis PSU de Davenescourt,1950-1965) et François Etienne, maire de Montdidier de 1971 à 1983. Le PSU s'est, en effet, enraciné durablement à Montdidier  avec François Etienne: conseiller municipal de cette commune de 1965 à 1971, à la tête d’une liste d’Union de la gauche en 1971, François Etienne fut alors élu maire de Montdidier. Réélu avec ses 23 colistiers en mars 1977, il dut affronter en mars 1983 une liste conduite par Guy Floury, militant socialiste exclu juste avant le premier tour des élections municipales. La liste emmenée par François Etienne, toujours membre du PSU, obtint 1150 voix et cinq élus parmi lesquels la tête de liste contre 2 261 voix et 24 élus à celle de son concurrent. A Amiens, le PSU présenta aussi des candidats aux élections municipales: en 1965, il fit liste commune avec le Parti radical-socialiste, la SFIO et le PCF. Cette liste d’union de la gauche composée de seize socialistes dont la tête de liste Camille Goret, dix sept communistes, deux radicaux et deux membres du PSU (Pierre Scalabre(17) en 4e position et Maurice Devime(18) en 22e position) échoua face à la liste du maire socialiste sortant, Maurice Vast (21 796 voix contre 29 843 à son adversaire), qui avait formé une liste avec les gaullistes et était ainsi entré en dissidence avec la SFIO. En 1971, le PSU a soutenu, sans participation la liste – victorieuse – PCF-SFIO-CIR emmenée par René Lamps(19), mais des membres du parti, figurant sur la liste du maire sortant, firent leur entrée au conseil municipal de la capitale régionale en 1977 et en 1983.


Mais, le Parti socialiste unifié n'avait pas d'élus au conseil général et aucune représentation parlementaire. Bien qu'il prétendait participer au combat électoral et qu'il représenta une force non négligeable au niveau des candidats, il ne fut pas en mesure de présenter des candidats dans les cinq circonscriptions législatives ou la quarantaine de cantons. Il privilégia ses zones de force et y présenta, le plus souvent, des militants aguerris qui avaient été des précurseurs du PSU dans le département. Aux élections cantonales, il présenta un candidat en 1961, quatre en 1964, deux en 1967.
Aux élections législatives, le poids électoral du PSU oscilla entre 2 et 4% au niveau national. Les élections législatives de 1962 furent les premières de ce type pour le parti. Deux députés socialistes unifiés étaient élus en 1962, quatre en 1967, mais aucun en 1968. Si les électeurs du département de la Somme n'envoyèrent jamais de représentants du PSU au Palais Bournon, les candidats PSU à la députation réalisèrent des scores faibles mais appréciables. Jean Cleuet, directeur du CEG de Moreuil, conseiller municipal socialiste SFIO puis PSU de Moreuil de 1947 à 1965 (au moins), fut le seul candidat PSU aux élections législatives de 1962 dans la deuxième circonscription de la Somme (Montdidier) avec comme suppléant le maire de Davenescourt, Lucien Brillant(20): ce tandem recueillit 7,6 % des suffrages exprimés(21).


Aux élections législatives de 1967,  avec deux candidats, le PSU réalisa, dans la Somme, un score global de 2% et y totalisait 41% de ses voix en Picardie. Cependant, une analyse plus fine permet de mieux appréhender la performance du parti. Jean-Pierre Martein, professeur d'histoire-géographie au lycée Lamarck d'Albert, responsable fédéral et régional de la commission économique et sociale du PSU, fut candidat dans la cinquième circonscription (Péronne-Doullens): il y recueillit 6,7% des voix(22). La même année (1967), il fut aussi candidat aux élections cantonales dans le canton d'Albert: 507 voix (sur 7273 suffrages exprimés) se portèrent sur son nom, soit 6,9% des suffrages exprimés. François Etienne, élu municipal de Montdidier, fut aussi candidat du PSU aux élections législatives de mars 1967 dans la deuxième circonscription de la Somme et réalisa un score de 3,8%(23). Il avait également représenté son parti aux élections cantonales de 1961 et 1967 dans le canton de Montdidier, recueillant respectivement 800 voix sur 3936 exprimés, et 656 voix 4322 exprimés, soit des scores de 20,3% puis 15,2%.


Au premier tour des législatives de 1968, si le PSU, qui présentait quatre candidats, augmentait son score moyen dans le département avec 2,71% des suffrages exprimés (6897 voix sur 253 792 suffrages exprimés), la Somme ne représentait plus que moins d'un tiers du poids électoral du PSU en Picardie (30,5%). Edith Kawer, psychologue spécialisée dans la protection de l'enfance, ne totalisa que 2,5% des suffrages(24) dans la première circonscription (Amiens), tandis que dans la 2e circonscription (Montdidier-Corbie), André Raoux, conseiller pédagogique, comptait 3,6% des voix(25). Charles Blineau, élu conseiller municipal de Poulainville en 1965 sur une liste d'union de la gauche, candidat dans la 4e circonscription (Abbeville) réalisa le faible score de 1,8%(26) –  aux cantonales de mars 1964 dans le canton de Villers-Bocage, il n'avait recueilli que 121 voix au premier tour sur 3032 exprimés. Jean-Pierre Martein, dans la cinquième circonscription (Péronne-Doullens) affichait un score moindre par rapport à 1967, avec 5,6%(27).

 


Mouvement politique atypique, à la fois nébuleuse, réelle formation partidaire et « mini parti d'intellectuels idéalistes »(28), le PSU occupa une place à part sur la scène politique locale (et nationale). Bâti sur le rejet de la SFIO, du stalinisme et du gaullisme, le Parti socialiste unifié,  prêt à agir en concertation avec le PCF mais sans sacrifier son autonomie, incarna une voie alternative à gauche: une « deuxième gauche ». La fédération PSU du département de la Somme était représentative du PSU à l'échelon national. Elle ne fut ni un désert, ni bastion pour le parti. Traversé par les mouvances d'extrême-gauche et la gauche chrétienne, il devait sa naissance à la réunion des gauches dissidentes, de quelques syndicalistes, de  transfuges communistes, socialistes et radicaux mendésistes. Malgré un prestige intellectuel non négligeable acquis suite aux premières luttes contre le colonialisme, le PSU n’a jamais pu construire un véritable parti de masse. Difficultés d'implantation et faiblesse électorale conduisirent à son absorption par le PS. L’apport de ce courant fut néanmoins significatif dans la réflexion des socialistes sur les nouvelles questions politiques qui ont émergé après 1968.


Notes

 

1. Parmi les premières références sur le sujet, citons notamment Gilles Morin, De l'opposition socialiste à la guerre d'Algérie au Parti socialiste autonome. Un courant socialiste de la SFIO au PSU, thèse pour le doctorat d'histoire sous la direction d'Antoine Prost, université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne, UER d'histoire, mars 1992 ; Marc Heurgon, Histoire du PSU. Tome 1: la fondation et la guerre d'Algérie (1958-1962), Paris, La Découverte, 1994.
2. L'UGS était elle-même issue de la fusion de différents courants : au sein de l'UGS se réunirent, en 1957, les membres de la Nouvelle gauche (rassemblement hétéroclite de transfuges socialistes et communistes), des chrétiens de la Jeune république, des trotskistes.
3. Dissidence SFIO, née en 1958, en opposition avec la politique algérienne du Parti socialiste-SFIO.
4. Tudi Kernalegenn, François Prigent, Gilles Richard, Jacqueline Sainclivier (ss. Dir.), Le PSU vu d'en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d'idées (années 1950-années 1980), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, 376 pages. Signalons aussi Soïg Malfroy, La fédération du PSU des Côtes du Nord face au programme commun de gouvernement. Visions et divisions de l'unité de la gauche (1972-1974), IEP Rennes, mémoire master, 2004.
5. Le congrès national de 1974 eut lieu à Amiens.
6. Il était  membre de la commission nationale des comptes du PSU en 1965, 1967 et 1970. Nos sources ne nous permettent pas de préciser si Charles Blineau en était membre entre ces dates.
7. Il fallut attendre 1968 pour que le PSU lance un bulletin intérieur ronéotypé paraissant tous les deux mois.
8. Au début des années soixante, il fut secrétaire adjoint du syndicat CFTC des cheminots d'Amiens-Longueau, secrétaire adjoint départemental et membre du bureau départemental de la CFTC.
9. Vice-président de l'UD-CFDT et président de l'UL-CFDT d'Amiens en 1964-1965.
10. La Nouvelle gauche intégra l'UGS avant de fusionner dans le PSU. L'état de nos sources ne permet pas d'affirmer qu'Henri Masclet ait adhéré au PSU via l'UGS.
11. Abbeville, Albert, Amiens, Corbie et Montdidier. En 1967, les cinq sections de la fédération étaient implantées à Abbeville, Albert, Amiens, Montdidier et Rue tandis que trois autres étaient en cours de formation : Picquigny, Villers-Bocage et Péronne.
12. Cayrol Roland et Tavernier Yves, « Sociologie des adhérents du PSU », Revue française de science politique, 1969, volume 19, n°3, pages 699-707. Les auteurs de cette étude précise cependant que la plupart des fédérations départementales n'avaient pas, à cette date, transmis la totalité des volets des cartes d'adhérents prises en 1968.
13. Les professions de 31 militants de notre échantillon sont connus: 13 enseignants, 5 étudiants, 4 employés dont un fonctionnarisé à la SNCF, deux agents commerciaux, deux artisans, un débitant de boissons, un géomètre, un dessinateur industriel, un médecin et une psychologue.
14. Député communiste d'Amiens élu en 1936, Jean Catelas assura, à partir de 1939, la direction clandestine du parti en région parisienne. Arrêté, il fut guillotiné en 1941. A ce sujet, voir Julien Cahon, Le PCF dans la Somme, 1938-1947, Amiens, mémoire de Master, 2006, et Jean-Pierre Denne, Jean Catelas, film documentaire, 2009.
15. Il fut candidat aux élections municipales à Amiens en 1959 sur la liste communiste.
16. Les trajectoires militantes après le passage au PSU restent un champ à explorer pour le département de la Somme.
17. Candidat aux cantonales de 1964 dans le canton d'Amiens nord-est, il ne recueillit que 356 voix (sur 7475 suffrages exprimés), et Léon Dupontreué fut facilement réélu dès le premier tour avec 3840 voix.
18. Egalement candidat PSU aux élections cantonales de 1964 dans le canton d'Amiens nord-ouest, Maurice Devime  ne recueillit que 209 voix sur 5279 exprimés, derrière Augustin Dujardin (PCF, 2504 voix), Yves Mercher (SFIO, 1818 voix) et Henri Moisan (UNR-UDT, 748 voix).
19. Sur ce sujet, lire Julien Cahon, « René Lamps, un instituteur communiste à l'épreuve du pouvoir local et de la gestion municipale d'une capitale régionale de province », Paris: université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Journées d'études: les territoires du communisme. Elus locaux, politiques publiques et sociabilités militantes, 1er et 2 décembre 2009, mise en ligne des actes prévue au cours du deuxième semestre 2010 sur le site Internet du Centre d'Histoire Sociale du XX e siècle de l'Université Paris 1.
20. Débitant de boissons à Montdidier, Lucien Brillant fut élu conseiller municipal de Davenescourt en 1939. Il conserva ce poste à la libération et devint maire de cette commune en 1950 avec l'étiquette de « socialiste indépendant ». Il adhéra au PSU au début des années 1960.
21. Avec 2952 voix sur 40290 votants et 38778 exprimés, il arrivait derrière André Coël (SFIO, 5382 voix), Jean Doublet (indépendant paysan, 8759 voix), Georges Pellerin (PCF, 9301 voix) et Edouard Heitz (UNR, 12384 voix).
22. Avec 3391 voix sur 50569 suffrages exprimés, Jean-Pierre Martein était devancé par  Lefebvre (Centre démocrate ; 3986 voix), Paul Lejeune* (FGDS ; 5752 voix), Alfred Leclercq* (PCF ; 13809 voix) et Emile Luciani (Ve République ; 23631 voix).
23. Il avait recueilli alors 1 672 voix sur 44 505 suffrages exprimés au premier tour loin derrière le communiste Georges Pellerin* et le candidat de la FGDS le docteur Millet.
24. Elle recueillit 1566 voix sur 61266 exprimés, derrière le communiste René Lamps (22512 voix), le gaulliste Fred Moore (17308 voix), le maire d'Amiens, socialiste dissident, Maurice Vast (16142) et Max Arniaud, candidat de la FGDS (3738 voix).
25. Il totalisa 1631 voix sur 45040 exprimés. Jean-Louis Massoubre (UDR) était réélu dès le premier tour avec 25347 voix devant Georges Pellerin* (PCF, 10761 voix) et Jean Millet* (FGDS, 7301 voix).
26. 848 voix sur 47461 exprimés. le candidat UDR (Dezoteux) devançait de plus de 4500 voix Max Lejeune (FGDS, 16911 voix), et le communiste Guy Rocques (8185 voix).
27. Il a recueilli 2852 voix sur 50334 exprimés, Emile Luciani (UDR) étant largement réélu dès le premier tour (27866 voix) devant le communiste Alfred Leclercq (13181 voix) et le candidat de la FGDS Jack Pinçonnet (6435 voix).
28. Archives Départementales de la Somme, série W : note du directeur des RG au préfet, 19 septembre 1968.


Lundi 29 Novembre 2010