Nous disposons de divers exemples : « Nicolas Louis Laguillon, 37 ans cuisinier est arrêté aux Champs-Élysées »(2), « Le 14 août 1784 la patrouille interpelle aux Champs-Élysées à 22h30 deux particuliers rôdant de manière suspecte : un inspecteur des bâtiments de 23 ans et un ancien marchand limonadier de 24 ans », « Le 26 juillet 1782 la patrouille arrête aux Champs-Élysées un maître boulanger qui était avec deux autres qui eux, ont pris la fuite (3) ». Comment, et sous quelle forme, ce lieu devient un lieu notoire pour les rencontres entre homosexuels masculins ? Cette question centrale appelle plusieurs questions annexes : sous quel mode ces hommes utilisent ce lieu ? Peut-on observer des modes de transgressions propres ? Que signifie l’émergence de ce lieu, dans une perspective géographique et sociale globale des pratiques homosexuelles sur Paris au début du XIXe siècle ? Quelle est la réaction de ceux résidant dans ce lieu ?
Dans un premier chapitre, nous analyserons le quartier des Champs-Élysées, au plan des rencontres homosexuelles, en procédant à une analyse spatiale et sociale de ce lieu. Puis, les autres facteurs avec lesquels les faits d’homosexualité masculine voisinaient ? Enfin, nous examinerons les modes d’appropriation de ce lieu et quels sont les comportements types, discernables dans les sources ?
Le second chapitre s’intitulera : « un lieu emblématique d’une certaine visibilité des pratiques homosexuelles masculines ». Nous y replacerons les Champs-Élysées dans le cadre de la visibilité de subcultures spécifiques. Cette visibilité ayant comme résultat une difficile cohabitation, les riverains de ce lieu exprimant des craintes à travers des lettres de protestation identifiées dans les archives DA 230 de la police de Paris.
I - Entre XVIIIe et XIXe siècle les rencontres homosexuelles aux Champs-Élysées.
Les archives de police de la fin du XVIIIe et de la première partie du XIXe siècle laissent apparaître une activité homosexuelle assez importante dans ce lieu parisien, à mi chemin entre zone rurale et zone urbaine. Ces sources semblent démontrer une constance dans la pratique de l’homosexualité masculine au sein de ce lieu. Des années 1770 jusqu’aux années 1850, ce lieu apparaît régulièrement dans les sources de police.
A/ Analyse spatiale et sociale des Champs-Élysées à la fin du XVIIIe siècle.
Au XVIIIe siècle, la débauche et la prostitution sont très présentes(4). Les Champs-Élysées sont une longue promenade boisée prolongeant la perspective des Tuileries, lieu aussi connu pour les rencontres homosexuelles. C’est une zone peu urbanisée. Elle se trouve à la limite de Paris à la fin du XVIIIe siècle. La Barrière de l’Etoile se situe entre la rue de Presbourg et la rue de Tilsitt. Il s’agit d’une zone de bosquets et d’une zone arboricole. C’est un endroit entre ville et campagne. L’avenue est peu fréquentée, obscure la nuit et risquée.(5) Comme le souligne Arlette Farge : « il faut s’imaginer un immense espace champêtre, traversé d’allées, planté d’arbres et de buissons, aménagé pour la promenade, côtoyé par les champs de blé de la plaine Maillot ».(6)Particulièrement, un triangle situé entre l’allée des veuves (actuelle avenue Montaigne) et le cours de la Reine est occupé par des jardins maraîchers. Cet endroit est isolé et mal fréquenté.(7) A l’aube du XIXe siècle, cette zone de Paris est une zone de loisirs et l’avenue est encore assez déserte.(8) Les boisements offrent des endroits discrets pour les rencontres homosexuelles.
Dès la fin du XVIIIe siècle, cette promenade des Champs-Élysées préoccupe les policiers et des flagrants délits de pédérastie y sont régulièrement constatés.(9) Cette géographie d’espace extérieur où s’exerce le pouvoir urbain est intéressante. Comme le souligne Robert Muchembled : « Là seulement peut exister une sorte de cour des miracles, espionnée de près, traitée sans ménagement dès que surgit le moindre problème ».(10) Ainsi, on retrouve une caractéristique fondamentale de la géographie de certains de ces lieux d’homosexualité, des lieux isolés, périphériques, marquant une certaine pratique de l’homosexualité, mêlée à d’autres facteurs comme la prostitution. Daniel Roche souligne lui-même combien les faubourgs contiennent une forte proportion de cabarets. Passée la frontière de la barrière de Paris, le peuple y a ses habitudes de loisir.(11) Au XVIIIe siècle, les Champs-Élysées ont mauvaise réputation. C’est un lieu qui attire délinquants et prostituées. Il suffit de consulter les dossiers de police du gardien Federici dont l’historienne Arlette Farge fait mention. On découvre dans les dossiers du gardien Federici un certain nombre de méfaits : agressions, bagarres, duels et outrages à la pudeur, dont les actes d’homosexualité. Au niveau sociologique, il y a une forte présence de ce que l’on pourrait nommer, par commodité, les classes populaires parisiennes : des garçons pâtissiers, garçons traiteurs…, des artisans, des employés, des ouvriers et des marchands, des soldats, quelques domestiques et des mendiants. Il y aussi des écoliers. Il semble que l’on ait affaire à un monde quelque peu agité. Entre la fin du XVIIIe et le milieu du XIXe siècle, les archives de police donnent, au plan sociologique, une image de ce lieu similaire à celle des dossiers du gardien Federici. Un certain nombre d’hommes sont arrêtés ou contrôlés dans ce lieu. En faisant un examen des dossiers qui comportent leur état social, on découvre aussi l’importance des classes populaires urbaines : une forte proportion d’artisans et de gens de métiers, des soldats, des domestiques, quelques garçons ou apprentis.(12)Donc, entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle, la sociologie des hommes fréquentant ce lieu ne semble pas avoir subi de modifications significatives. Jeffrey Merrick, analysant les papiers du commissaire Foucault, y constate une sociologie assez comparable à celle que nous décrivons.(13)Ces catégories sociales correspondent aux analyses produites par Michel Rey pour le XVIIIe siècle, au niveau parisien. Entre 1723 et 1749 : 48,5 % de petits artisans et commerçants, 26 % de domestiques et 14 % de gens de condition.(14)Pour la première partie du XIXe siècle, sur un total de 403 hommes ayant leur état social renseigné, les artisans, ouvriers, employés, sont 210(15). Ainsi, les hommes fréquentant les Champs-Élysées correspondraient globalement à la sociologie de ceux rencontrés plus globalement dans les lieux de rencontre parisiens. Cette sociologie pose la question du rapport de ces hommes à l’homosexualité. On peut affirmer que ceci n’implique nullement une identification à l’homosexualité. Certains de ces hommes peuvent passer d’un rapport masculin à un rapport avec une femme.(16)
B/ Les modes d’appropriation de ce lieu par ces hommes en quête de rapports homosexuels.
Comment ces hommes investissent-ils ce quartier de Paris ? Tout d’abord, nous avons le sentiment que ce lieu de rencontre fut fort fréquenté. Plusieurs rapports de police ou plusieurs lettres de protestation semblent l’indiquer. Une lettre envoyée au préfet de police au cours de l’année 1825 signale : « Les Champs-Élysées et le bois de Boulogne sont le soir le théâtre de désordres qu’il serait bien important que la police puisse faire cesser. Pendant le jour même de pareils scandales sont donnés en public ».(17)Ou ce rapport datant du 10 avril 1831 : « Les pédérastes qui avaient été obligés d’abandonner les Champs-Élysées pendant la mauvaise saison commencent à reparaître chaque soir. Malgré mon désir de les pourchasser, il ne m’en est guère possible sans auxiliaires ».(18) Ces exemples ne sont pas exhaustifs. De même, à la fin du XVIIIe siècle, la fréquentation du lieu par des hommes en quête de rapports homosexuels paraît inquiéter les services de police et elle est décrite comme conséquente : « Vendredi soir, il y eu la grande patrouille contre la pédérastie de Monsieur le commissaire Foucault et de l’inspecteur de police Noël ».(19) Nous pourrions distinguer plusieurs types de comportement dans ces lieux, démontrant une appropriation de ces endroits par ces hommes : attitudes ostentatoires de rencontre démontrant une crainte toute relative de la répression policière, des actes sexuels dans le lieu et parfois en plein jour, la présence de cafés à fréquentation homosexuelle dans le quartier des Champs-Élysées et des attitudes caractéristiques dans ces cafés. Avant tout, Regis Revenin souligne, pour le Paris de la Belle époque, l’importance des Champs-Élysées car les bois présentent l’avantage d’être de réels lieux d’intimité sexuelle, permettant d’éviter l’inculpation d’outrage public à la pudeur.(20) De même William A Peniston, dans son ouvrage Pederasts and others, souligne l’importance du lieu.(21) Par ailleurs au niveau des comportements spécifiques, Michel Rey mentionne une anecdote significative pour le XVIIIe siècle : « Le comte de Bussy déclarait à un indicateur de police… Je vois bien que vous n’êtes pas de ce métier là ».(22) Le mot métier soulignait un art de raccrocher dont il fallait faire l’apprentissage. Donc, il y avait bien, dans ce type de lieux, des modes d’appropriation spécifique.
Les attitudes ostentatoires ressortent assez régulièrement des sources disponibles. Un constat revient fréquemment à la lecture des fiches de police : « attitudes provocantes ». Par exemple, dans un rapport du 19 juin 1844 : « Monsieur le chef de poste des Champs-Élysées est requis de mettre au violon Chater Pierre 24 ans homme de peine sans travail, sans moyen d’existence, arrêté à 21 heures, provocant par ses regards ».(23)Ou bien, nous lisons dans d’autres rapports : « d’arrêter les pédérastes qui roderaient », « on déplore la présence importante de ces hommes », « présence très visible ». Ceci pourrait indiquer des attitudes ostentatoires de rencontre. Certains rapports du XVIIIe siècle font mention de signaux propres aux sodomites : « Monsieur Noël ainsi que ces gens étaient en bourgeois et savaient les signaux de ces débauchés, consistant dans la mise du chapeau, un crachement, deux coups de canne suivis contre un arbre, etc ».(24)Enfin, en termes d’attitudes, nous trouvons fréquemment comme annotation « des actions de pédérastie » dans les lieux mêmes. A la fin du XVIIIe siècle, les patrouilles de pédérastie du commissaire Foucault relatent certaines péripéties assez claires : « le 11 avril 1782 aux Champs-Élysées deux individus surpris culottes déboutonnées ». Ou « le 3 juin 1782 arrestation d’Abraham Garnier 50 ans. Il était dans les fourrés avec deux individus qui se sont sauvés ».(25) Enfin, une note de police en date du 4 août 1834 spécifie : « Les habitants du quartier neuf des Champs-Élysées viennent me faire connaître que la partie du cours de la Reine qui s’étend de l’allée d’Antin au quai de Billy est infesté de pédérastes qui s’y livrent à la débauche la plus dégoûtante ».(26)Ou encore, cette lettre d’un habitant des Champs-Élysées, en date du 2 février 1846, adressée au préfet de police de Paris spécifiant : « Sur le côté droit des Champs-Élysées… Il était tard et je ne voulu point revoir les mêmes horreurs que j’avais déjà vu en passant ».(27)Cette affirmation semble vouloir indiquer que ces hommes avaient des relations sexuelles furtives le soir, dans le lieu même. Certains rapports le notifient encore plus directement : « pédérastie en plein jour et en public, un pâtissier et un concierge surpris à se livrer à la pédérastie sur la voie publique entre 7 et 8 heures de l’après midi ».(28)Ces annotations ne sont pas rares dans ces sources policières.(29) Elles paraissent assez constantes. Elles semblent indiquer des comportements assez libres de la part de ces hommes.
Pour le XVIIIe siècle, Arlette Farge mentionne comme explication le poids de la vie de quartier. Le quartier devient un lieu de contrôle social. D’autant plus qu’il est rare de pouvoir garder un secret dans des maisons aux cloisons trop minces, aux portes qui laissent passer les bruits et les courants d’air. La rumeur naît de cette perméabilité et circule rapidement à l’extérieur.(30) Elle souligne la promiscuité des logements et le fait que les familles vivent les unes sur les autres et donc il est difficile, dit-elle, de garder un secret.(31)Les logements pour ces classes populaires ne sont pas des garanties de discrétion, ce qui peut, en partie, expliquer ces comportements en plein air. La fréquence de ces comportements pourrait aussi symboliser une appropriation physique de ce lieu par ces hommes, qui de ce fait se sentiraient assez sûrs pour pouvoir produire ces comportements. Enfin, au début du XIXe siècle, deux affaires relatées dans les sources, sur deux cafés, viennent confirmer une forme d’appropriation de ce lieu par ces hommes en quête de relations homosexuelles. Le premier, nommé le Café de l’étoile, se situe, en 1819, à l’entrée des Champs-Élysées, et il est tenu par un certain Charles de Bordeaux. Selon les sources, le propriétaire semble adepte des mœurs homosexuelles. Ce dossier comporte sept pièces. Nous découvrons des comportements très libres. Certains jeunes soldats de la garde s’y prostitueraient.(32)Un autre document le réaffirme et note que le même Charles de Bordeaux appelle ces soldats son bataillon sacré, en référence au Bataillon thébain de la Grèce antique.(33)On note la présence de trois cabinets où certains hommes pourraient aller pour plus d’intimité, moyennant trente sols. De même, il est fait allusion à des circulations entre le bois et cet établissement. Ces comportements semblent révéler une liberté, autant qu’une absence de culpabilité chez ces hommes. En 1822, un autre café, situé à l’entrée des Champs-Élysées, semble être le théâtre du même type de comportements. Le propriétaire paraît avoir acquis ce lieu dix sept ans auparavant. Il semble y encourager des comportements sexuels ostentatoires. Une pièce souligne des comportements de « débauches infâmes » dans ce café même.(34)Cette pièce indique également, comme pour le Café de l’étoile, l’existence d’un cabinet particulier servant à des relations sexuelles. Ces pratiques spatiales peuvent être analysées de plusieurs manières. La sexualisation de certains espaces fait entrer en jeu les notions du privé et du public et on assiste à une redéfinition de la notion de privacité.(35)D’abord, comme le souligne Marianne Blidon, la dissimulation de l’activité sexuelle doit être replacée dans le processus historique de civilisation, et ceci en s’appuyant sur les travaux de Norbert Elias.(36) La marginalité conduit aussi à utiliser de manière détournée certains lieux comme les pissotières.(37)Ces comportements seraient des comportements spécifiques, marquant la marginalité des pratiques homosexuelles. Les Champs-Élysées étaient sombres, boisés au XVIIIe et au début du XIXe siècle. Nous avons remarqué que les agents de police notent ces comportements plutôt le soir, voire la nuit. Il est sans doute plus facile de vivre ces relations homosexuelles dans ce type de lieu. (38)Ces comportements libres sur le plan sexuel et ces attitudes ostentatoires seraient propres à cet endroit. En quelque sorte, ces hommes redéfiniraient ce lieu sous une forme de privacité. Ces comportements ne préjugeraient aucunement des attitudes de ces hommes dans d’autres lieux, vis-à-vis de leur sexualité. De plus, il faut noter que les hommes fréquentant ces espaces ne se définissent sans doute pas par rapport aux activités sexuelles qu’ils produisent dans ce lieu. A la lecture de certains fichiers, nous percevons parfois un public fait d’hommes célibataires, vivants entre ces lieux et la fréquentation de certaines prostituées. A ce titre, bien que l’époque soit différente, nous pouvons faire mention de l’ouvrage de Laud Humphreys. Il y démontre, pour une ville américaine des années 1960, que celui qui fréquente les pissotières est monsieur tout le monde.(39) Il ne faudrait pas confondre le rôle renvoyant au comportement distinctif(40)et une action ponctuelle que l’on n’endosse pas forcément.(41)Dans l’état des sources, nous ne pouvons aller plus loin dans nos analyses de ces comportements.
II - Un lieu emblématique d’une certaine visibilité des pratiques homosexuelles masculines.
Entre XVIIIe et XIXe siècle, le lieu des Champs-Élysées est donc un lieu notoire pour les rencontres homosexuelles masculines. Au cours de la première partie du XIXe siècle, il paraît être devenu un lieu emblématique d’une forme de visibilité de ces comportements, visibilité jugée insupportable par les riverains.
A/ Un lieu à situer dans le cadre d’une visibilité des subcultures homosexuelles.
Cette notoriété des Champs-Élysées doit être replacée dans le cadre d’une visibilité croissante des subcultures homosexuelles. Ce terme, au plan sociologique, signifie une culture propre à un groupe social donné. Cette attitude émerge dans l’interaction d’un ensemble d’individus expérimentant les mêmes problèmes d’intégration. Une subculture spécifique possède ses propres caractéristiques. L’existence de subcultures spécifiques signifie que la visibilité s’étend au-delà du traditionnel vice aristocratique. Comme le notifiait Maurice Lever : « Au delà de ses disparités sociales, le monde homosexuel forme une communauté à part, avec son langage, ses règles, ses codes, ses rivalités, ses clans ».(42) Une géographie des lieux d’homosexualité entre XVIIIe et XIXe siècle permet de situer, dans ce cadre global, la notoriété des Champs-Élysées. Maurice Lever décrit, pour le XVIIIe siècle, le Paris homosexuel avec le jardin des Tuileries comme lieu emblématique par excellence.(43)Entre XVIIIe et XIXe siècle, nous pouvons dresser une cartographie des lieux de rencontre homosexuelle. Pour le XVIIIe siècle, nous distinguons un ensemble formé par le jardin des Tuileries, les Champs-Élysées, qui sont le prolongement des Tuileries, et les Invalides. Le Palais royal également est voisin des Tuileries.(44)A ces lieux, il faut ajouter les quais de Seine, les boulevards allant de la porte Saint-Antoine jusqu’à la porte Saint-Denis et le Luxembourg, la proximité de la porte Saint Antoine vers la Bastille. Pour la première partie du XIXe siècle, la géographie de l’homosexualité parisienne fait preuve d’une grande stabilité. Cependant, de nouveaux lieux apparaissent comme l’île Louviers, zone à demie campagnarde près de l’île Saint Louis, rattachée à Sully Morland en 1847(45), et les « passages » également cités plusieurs fois dans les années 1830 et 1840. Ils paraissent être des lieux de prostitution masculine, car certains rapports de police les signalent comme des lieux de prostitution de jeunes gens. Ils paraissent assez fréquentés le soir. Ces lieux n’apparaissaient pas dans les sources concernant le XVIIIe siècle et pour cause : ils furent construits dans la première moitié du XIXe siècle. Le plus ancien est le passage du Caire. Il fut ouvert en 1798 lors de la campagne d’Egypte. A tous ces endroits, il faut aussi ajouter des cabarets présents dès le XVIIIe siècle. Il est difficile de dresser une géographie des cabarets à fréquentation homosexuelle au XVIIIe siècle, vu l’état des sources. Au XVIIIe siècle, le lieu de La Courtille, se situant actuellement dans le quartier de Belleville, comportait plusieurs établissements spécifiques. Au cours de la première partie du XIXe siècle, nous possédons la trace de dix cabarets susceptibles de recevoir une clientèle homosexuelle. Ce chiffre paraît très modeste. Cependant, il faut souligner les limites des sources, et le fait que n’apparaît dans ces sources que les cabarets connus de la police, soulevant des problèmes de voisinage. En comparant le matériel disponible sur la promenade des Champs-Élysées et les cabarets dans ce même lieu, au cours des années 1830-1840, le quartier des Champs-Élysées ressort comme un lieu de rencontre important. Parallèlement à cette géographie de l’homosexualité parisienne, une sociabilité entre sodomites apparaît. Notamment, elle se caractérise par l’apparition d’attitudes propres, des sortes de rites et de coutumes volontairement assumés et ceci à partir du XVIIIe siècle. On peut identifier des attitudes de racolage propres « aux infâmes » pour reprendre la terminologie des rapports des mouches. Nous observons de plus en plus de références, dans les archives du XVIIIe siècle, à des gestes infâmes, des postures infâmes, des manières infâmes. On aurait affaire à une sorte de langage visuel. Enfin, nous avons dès le XVIIIe siècle, et encore au cours de la première partie du XIXe siècle, la mode de se parer de surnoms féminins ou de surnoms tout court. Ils expriment une particularité de l’individu. Le sociologue américain Howard Becker souligne que la délinquance se construit à travers une carrière. Le délinquant apprend à pratiquer une activité marginale ou délinquante, et il reconstruit sa représentation de cette activité pour présenter une image valorisante de lui-même. A partir de là, il construit avec d’autres semblables des subcultures marginales, qui dans notre cas, peuvent prendre le visage de réseaux. (46) L’existence de réseaux, au sens d’ensembles structurés sous-entendant des liens de connaissance fondés sur le fait d’avoir un intérêt commun, de vivre quelque chose de commun, est réel au XVIIIe comme au début du XIXe siècle. Ces réseaux peuvent être cernés par divers facteurs : liens entre ces hommes retissés à l’aide des fichiers de police, soirées particulières dans des domiciles privés, liaisons apparaissant à l’occasion d’affaires judiciaires. Ces réseaux pourraient aussi expliquer certains facteurs observables dans les deux cafés se situant dans le quartier des Champs-Élysées au début du XIXe siècle. Or, précisément, certains rapports sur le café de l’Etoile indiquent un lien particulier entre le propriétaire de cet établissement et certains militaires. On a l’impression d’un marché sexuel déjà organisé autour d’un réseau de connaissance.(47)L’émergence de ces subcultures homosexuelles rend l’homosexualité masculine visible et identifiable notamment aux Champs-Élysées. Cette visibilité semble bien inadmissible pour les riverains de ces lieux.
B/ Un voisinage insupportable pour certains riverains.
Les quelques lettres et dénonciations des riverains du quartier des Champs-Élysées, dont nous disposons, expriment un dégoût de devoir supporter un tel voisinage. Ces lettres proviennent essentiellement des archives DA 230 de la police. Toutes ces lettres sont écrites au cours des années 1815 à 1840. Elles semblent exprimer une sensibilité particulière. Un adjectif revient plusieurs fois : « infesté de pédérastes ». Ce mot fait référence à un phénomène envahissant comparé à une sorte de pandémie. La visibilité et la notoriété des fréquentations homosexuelles de ce lieu sont fort mal vécues. Pour exemple, nous pouvons citer une lettre datant du 14 août 1820 : « La pédérastie fait des progrès scandaleux pour ne pas dire plus. Chaque soir ses sectateurs se rassemblent en grand nombre, soit aux Champs Elysées dans la partie avoisinant le Jeu de paume, soit dans quelques rues construites sur le terrain du Colisée… Si les lois ne peuvent atteindre une pareille dépravation, ne pourrait-on pas par quelques mesures de police, obliger les individus que je signale à se renfermer pour se livrer à leurs jouissances illicites ? »(48) Nous pouvons citer également cette lettre datant du 30 juin 1819, concernant le Café de l’étoile, qui indique : « Le public et les alentours sont journellement témoins des scènes scandaleuses qui s’y passent ».(49) La visibilité des relations homosexuelles dans le quartier est d’autant plus décriée qu’elle semble perçue comme le résultat d’une tolérance tacite de ces mœurs. On ressent aussi une atteinte à la tranquillité, vue comme inhérente à un tel voisinage. La cohabitation avec ces hommes semble vécue comme une atteinte à l’ordre public. Les lieux de rencontre homosexuelle sont vécus comme des foyers de désordre, au même titre que la délinquance. Il s’agit bien de l’assimilation de l’homosexualité masculine à un fait de délinquance, au même titre que le vol et la prostitution. Cette cohabitation insupportable alimente le sentiment que l’homosexualité masculine fait d’inexorable progrès. Pour exemple, cette lettre d’un riverain des Champs Elysées en date de 2 février 1846, on peut y lire : « Les infamies qui ne cessent de déshonorer notre France en se commettant pour dire dans toutes les parties de ces provinces. Des maisons de prostitution de jeunes garçons causent bien souvent la désolation à des familles honnêtes ».(50)Enfin, certains courriers expriment la peur pour les plus jeunes. La présence voyante de ces hommes semble ressentie comme un danger majeur pour les plus jeunes. Parfois, cette crainte prend des accents pathétiques comme dans le courrier cité précédemment : « Plusieurs pauvres enfants accostés par des ignobles sodomites dont la mise élégante et riche n’annonçait pas être des ouvriers » ou « Viens enfant aurais-je du lui dire, si tu as faim viens avec moi, je te rendrais à ta famille qui peut être gémit de ton absence. Viens ô mon frère et ne te livre pas à la honteuse prostitution ».(51)Nous ne retrouvons pas de courrier similaire dans les archives du XVIIIe siècle. Est ce un trait qui indique l’installation de ces mœurs victoriennes, comme le souligne Robert Muchembled ?(52) Parallèlement, Jos Van Ussel note que la pudeur sexuelle de la bourgeoisie va s’étendre aux autres classes sociales aux XIXe et XXe siècles.(53)Cette visibilité insupportable dans le cas des Champs Elysées pourrait être la marque aussi de cette mutation de la morale sexuelle.
Conclusion
Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, les Champs-Élysées deviennent un lieu notoire de rencontres homosexuelles. Les sources policières en portent témoignage. Des comportements spécifiques y sont décelables. Ces comportements relèveraient de ce que Laud Humphreys nomme les modes d’appropriation collective. Le sexe, souligne t-il, nécessite une action collective qui requiert une forme de communication. Il faut donc que des signes convenus soient échangés.(54) C’est ce que les indicateurs de police, dits mouches, nommaient au XVIIIe siècle, les attitudes infâmes. Ces attitudes ou ces comportements spécifiques sont basés sur l’approche, les signes indiquant les pratiques sexuelles préférées. L’émergence des Champs-Élysées, comme lieu de rencontre entre hommes, doit être située dans le cadre de la visibilité de subcultures spécifiques au niveau parisien. C’est d’ailleurs précisément cette visibilité qui pose problème aux riverains. C’est une visibilité purement physique, c’est-à-dire que des riverains des Champs-Élysées se voient offusqués de devoir constater la présence physique de ces hommes, d’entrevoir des scènes à connotation sexuelles. Cette visibilité physique pourrait-elle faire craindre à certains que s’installe une visibilité sociale de fait ? L’anormalité, se définit, comme le soulignait Erwin Goffman, comme une transgression de l’ordre, par des comportements perçus comme profanatoires.(55) Ce type d’analyse pourrait expliquer l’emploi de l’adjectif « infecté », qui indique des faits portant en germe une forme de destruction, en l’occurrence de l’ordre établi. Ces pratiques sexuelles dans un jardin, ou un parc comme les Champs-Élysées, sont propres aux formes d’une sexualité non-conformiste, dans un monde qui va s’installer dans les mœurs victoriennes. Ce sont des pratiques spécifiques à ces lieux. L’homme fréquentant ces endroits, cherche à maintenir son comportement sexuel dans un cadre où il n’atteindra pas sa vie sociale. Donc, ces relations furtives dans les parcs répondent à cette problématique. C’est pourquoi, nous devons étudier ces faits d’homosexualité dans la ville, et plus spécifiquement dans un endroit précis, dans le cadre de l’étude des faits de marginalité et des exclus au niveau de leurs comportements, tout comme au niveau des représentations que les inclus ont de ces hommes.
Notes
1. Voir Michael Sibalis, « Paris », in David Higgs, Queer Sites: Gay Urban Histories Since 1600, London, Routledge, 1999, p. 17 Michael Sibalis note qu’après 1850 les Champs-Élysées deviennent un des principaux lieux de rencontres
2. Archives nationales Y 11724
3. Archives nationales Y 13409
4. Eliane Hensiger, « La prostitution et la police des mœurs au XVIIIe siècle à Paris », Mappemonde, 88/2, http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M288/p40-44.pdf
5. Jean Aillaud, Les Champs-Élysées 1789-1989, Paris, Association pour le bicentenaire des Champs-Elysées, 1990, p. 15
6. Arlette Farge, Flagrants délits sur les Champs-Élysées, Paris, Le mercure de France, 2008, p. 22
7. Alfred Fierro et Jean Yves Sarazin, Le Paris des lumières d’après le plan de Turgot (1734-1739), Paris, Réunion des musées nationaux, 2005, p. 135
8. Jean Aillaud, Les Champs-Élysées 1789-1989, …op. cit., p. 23
9. Arlette Farge, Flagrants délits sur les Champs-Élysées (1777-1791) : les dossiers de police du gardien Federici, …op. cit., p. 138-139 et voir archives patrouilles pédérastie série y 13407-13409
10. Robert Muchembled, Une histoire de la violence, Paris, Ed. du Seuil, 2008, p. 146
11. Daniel Roche, Le peuple de Paris, Paris, Fayard, 1998, p. 347
12. Cette analyse est produite en confrontant les séries Y 11724, Y 11727 et Y 13407-13409 des Archives nationales pour la fin du XVIIIe siècle et les séries F7 9546 des Archives nationales et DA230 des archives de la police pour la première moitié du XIXe siècle.
13. J. Merrick, “commissioner Foucault inspector noël and the pederasts of Paris”, 1780-3, Journal of social history, 1998, vol. 32, n° 2, p. 290
14. Michel Rey, « 1700-1750, les sodomites parisiens créent un mode de vie », in Paul D’Estrée, Les infâmes sous l’Ancien régime, Cahiers gai kitsch camp, n° 24, P. XXVII
15. voir ma thèse Thierry Pastorello, Sodome à Paris : protohistoire de l’homosexualité masculine fin XVIIIe – milieu XIXe siècle, Paris, Université Paris VII, 2009, p. 408
16. Didier Godard, L’amour philosophique : l’homosexualité masculine au siècle des Lumières, Béziers, H&O, 2005, p. 82-85
17. Archives nationales, F7/9546, Lettre au préfet de police, Dossier 4339 A2, 1825
18. Archives de la police, DA230, Champs-Élysées, Rapport du 10-04-1831
19. Arlette Farge, Flagrants délits sur les Champs-Élysées (1777-1791) : les dossiers de police du gardien Federici, op. cit…., p. 169
20. Regis Revenin, «L’émergence d’un monde homosexuel moderne dans le Paris de la belle époque », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre - décembre 2006, vol. 53, n°4, p. 74-86
21. William A. Peniston, Pederasts and others : urban culture and sexual identity in nineteenth century Paris, New York, London, Oxford, Harrington Park press, 2004, p. 131, p. 136
22. Michel Rey « L’art de raccrocher au XVIIIe siècle » , Masques : revue des homosexualités, n° 24, 1984, p. 92
23. Archives de la police, DA230, Champs-Élysées, Rapport du 19 juin 1844
24. Arlette Farge, Flagrants délits sur les Champs-Élysées (1777-1791) : les dossiers de police du gardien Federici, op. cit…., p. 138-139
25. Archives nationales, Y 13409
26. Archives de la police, DA230, Champs-Élysées, Rapport du 4-8-1834
27. Archives de la police, DA230, Champs-Élysées, lettre au préfet de police de Paris le 2 février 1846
28. Archives de la police, DA230, Champs-Élysées, rapport du 21-6-1832, 2e division, 2e bureau
29. Archives nationales Y11724, Y11727, Y 13407-13409 et F7 9546 et Archives de la police, DA230 et Arlette Farge, Flagrants délits sur les Champs-Élysées (1777-1791) : les dossiers de police du gardien Federici, op. cit
30. Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1992, p. 35
31. Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, op. cit. p 32-36
32. Archives nationales, F7/9546, Lettre au préfet de police du 19 mars 1819
33. Archives nationales, F7/9546, Lettre au préfet de police du 23 avril 1819
34. Archives nationales, F7/9546, Rapport du 8 juillet 1822 dossier café Dupetit
35. Voir Rommel Mendès Leite et Bruno Proth, « L’itinéraire des désirs. Déambulations sur les lieux de drague à Paris », French cultural studies, volume 9, part 3, n° 27, p. 367-383
36. Marianne blidon, « Jalon pour une géographie des homosexualités », Espace géographique, n° 2, tome 37, 2008, p. 176 voir notamment de Norbert Elias, La civilisation des mœurs, Paris, Calmann Levy, 1973
37. Marianne blidon, « Jalon pour une géographie des homosexualités », Espace géographique, op. cit., p. 179 et voir Erwin Goffman, Stigmate : les usages sociaux des handicaps, Paris, Ed. de Minuit, 1975
38. Marianne blidon, « Jalon pour une géographie des homosexualités », Espace géographique, op. cit., p. 181
39. Laud Humphreys, Le commerce des pissotières : pratiques homosexuelles anonymes dans l’Amérique des années 1960, Paris, Ed. La découverte, 2007, p. 116-142
40. Siegfried Frederic Nadel, La théorie de la structure sociale, Paris, Editions de minuit, 1970, p. 53
41. Patrick Fougeyrollas et Kathia Roy, « Regard sur la notion de rôles sociaux », Service social, vol. 45, n°3, 1996, p. 38, article p. 31-54
42. Voir Maurice Lever, Les bûchers de Sodome, Paris, A. Fayard, 1996, p. 299
43. Voir Maurice Lever, Les bûchers de Sodome, …op. cit., p. 299-308
44. Voir une carte géographique dans ma thèse, Thierry Pastorello, Sodome à Paris : protohistoire de l’homosexualité masculine, fin XVIIIe – première partie XIXe siècle, Paris, Université Paris VII, 2009, p. 100
45. voir Théophile Lavallée, Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu’à nos jours, Paris, M. Lévy, 1857, vol. 2, p. 7-8
46. Howard Saül Becker, Outsider’s : étude de sociologie de la déviance, Paris, A.-M. Métailié, 1985, passim
47. Voir Michael Pollak, « L’homosexualité masculine ou le bonheur dans le ghetto ? » in Ariès Philippe (dir.) Béjin André (dir.), Sexualités occidentales, Paris, Ed. du Seuil, 1984, p. 59-64
48. Archives de la police, « Lettre du 11-08-1820 » DA 230
49. Archives nationales, F7/9546, Lettre au préfet de police le 30 juin 1819, Dossier Café de l’étoile
50. Archives de la police, DA230, plainte sur le défaut de surveillance à l’égard des pédérastes des champs le 2 février 1846
51. Archives de la police, DA230, plainte sur le défaut de surveillance à l’égard des pédérastes des champs le 2 février 1846
52. Robert Muchembled, L’orgasme et l’Occident une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours, Paris : éd. du Seuil, 2005, 382 p., voir le chapitre sur le XIXe siècle ou Robert Muchembled mentionne l’installation de cette 54. pudibonderie « Mœurs victoriennes » à partir de 1800
53. Jos Van Ussel, Histoire de la répression sexuelle, Paris, Robert Laffont, 1972, p. 92-99
54. Laud Humphreys, Le commerce des pissotières : pratiques homosexuelles anonymes dans l’Amérique des années 1960, op. cit., p. 70-71
55. Anne Marcellini et Mahmoud Miliani, « Lecture de Goffman », Corps, sport et rites, [En ligne], Numéro 4 | 1999, mis en ligne le 24 septembre 2007, Consulté le 06 juillet 2010. URL : http://corpsetculture.revues.org/641
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