Exile ton rêve, joue le !






Aujourd'hui hui comme souvent dans l’histoire des hommes entre eux, on peut déplorer le déni fait à l’étranger, l’exclusion banalisée, la stigmatisation.
Mais on peut aussi l’interroger et partir de là pour inventer des discours neufs.  
Ce que nous suggère la voix des rêves, les voix de nos patients et de leurs histoires,.
Depuis le rêve de fraises d’Hannah Freud dont le motif phonétique évoque le babillage et imprime la langue imagée des rêves de la fillette de l’expression d’un désir insatisfait, en parcourant les dessins et les jeux d’enfants, je me suis prise au jeu de mots :


Au jeu des questions ?
Revient-on de nos exils par le rêve ?
 Comment rêver permet t-il et ouvre t-il l’exil ?
Se  livrer à cet exercice de liens que demande l’analyse d'un rêve revient à aller explorer l’espace que nous laissons à nos patients pour se mouvoir dans leurs histoires emmurées, dans le blanc de la parole, l’accent de leur souffrance, le poids de leurs fantômes, leurs  deuils non hérités.
L ‘héritage laissé par leurs parents aux enfants de migrants  nous appartient aussi.
Il met au défi nos espaces de travail :
 Nous ne sommes plus à l’ère de l’orthophonie qui examine les carences, pallie, rattrape les défauts.
Vivre une pratique clinique dynamique et de son temps, c’est savoir faire avec ces changements, ces différences qui enrichissent.
C’est aussi ressentir l’exil même si l’on est chez soi, être l’étranger, voyager dans ces espaces difficiles.
Attendre et recevoir l’autre, c'est faire face alors aux situations traumatiques liées à la migration.
Etre lieu de passage et non refuge où seule la langue est offerte en partage. Donner Langue comme
territoire à conquérir, expérience qui sépare les conflits, ouvre les formes de l'indicible, explore la division, menace de liberté, expérimente la différence, permet la rencontre.
 
Quand nous sommes consultés car chez tel enfant :
 «  Rien ne se dit », « rien ne s’écrit», « impossible lecture ».
Rien à penser, rien à graver : Silence se fait.
Langues, oh langues meurtries,
Quelle est la nature de cet oubli ?
Le don des langues, ça n’existe pas.
Le vol d'une langue oui.
Quand les mots étrangers envahissent, colonisent, assimilent, prescrivent, inscrivent, signent, tamponnent, oblitèrent, effacent et recommencent.
Combien de langues perdues ? De peuples mutilés ? D'enfants apatrides ?
Combien de chants, de musiques, de ritournelles, de comptines perdues ?
Ecoutons ces voix de l exil, qui cherchent ces temps perdus, cette honte enfouie.
C ‘est d’entre les lignes de l’exil que je parle : oubliées les carences définies par les livres, laissées en reste les ressources cognitives.

Exile ton rêve, joue le :
Mise en jeu :
De quel théâtre sommes-nous la scène ? Pouvons nous demander à nos lieux
d’y loger un certain temps l‘absence de lieu à soi, de temps en soi ?
Où et  qui sommes nous alors quand  on frôle ces frontières du social et du pathologique : croisée de l’inconnu, du terrifiant, des blancs, de liens encore indistincts, informels et hétérogènes.
Clandestin ou citoyen ? La guerre est-elle finie ?
 
Mots clés : langue,  jeu, espace, lien, regard
 
Bibliographie :
Anzieu A., Barbey L., Bernard-Nez J., Daymas S. : Le travail du dessin en psychothérapie de l’enfant. Dunod,  Paris, 2002
Brigaudiot M. et Danon-Boileau L. : La naissance du langage dans les deux premières années. PUF,  Paris, 2009
Bruner  J. : Le développement de l’enfant : Savoir faire, Savoir dire. PUF,  Paris, 1998
Diatkine R. :  Langage et activité psychique de l’enfant. Editions Papyrus,  Montreuil, 2004
Brun D. :       <http://www.decitre.fr/auteur/1614631/Daniel+Brun/> , Monique Schneider
                        <http://www.decitre.fr/auteur/162090/Monique+Schneider/> , Jacques Sédat
                        <http://www.decitre.fr/auteur/284164/Jacques+Sedat/> , Conrad Stein, 2011
                        <http://www.decitre.fr/auteur/162157/Conrad+Stein/> . Le monde du rêve, le monde des enfants Editions AUBIER BROCHÉ,  Paris
François F. : Enfants et Récits - Mises en mots et « reste ». Didactiques Septentrion, presses universitaires. 2004 Freud S. : L’interprétation des rêves, trad. par Jeanine Altounian et al. PUF, Paris, 1900
Freud S. :   La création littéraire t le rêve éveillé, Essais de psychanalyse appliquée, trad. par  M. Bonaparte et E Marty. Gallimard, Paris, 1908b
Hassoun J. :   Les contrebandiers de la mémoire.  Syros, Paris, 1994
Lacan J. :  Le séminaire. Livre VI. Le désir et son interprétation.  Seuil, Collection le champ freudien,  Paris, 1958 : 199
Lebovici, S. :   Le bébé, le psychanalyste et la métaphore.  Odile Jacob,  Paris, 2002
Winnicott, D.W. :. Jeu et réalité : l’espace potentiel. Gallimard Revues, Paris, 1971
- Journal de  la psychanalyse de l’enfant 28 : le rêve.  Bayard Editions. 2001
Gane H., Guises E., Huerre P. :   Jouer.   Enfances et psy.  47.  Eres, Paris, 2001

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Pour citer cet article : Florence Belaïs : "Exile ton rêve, joue le !", 14ème Colloque de la Revue L'Autre, "Rêves d'exil, exil de rêves. Pratiques ethnopsychatriques avec les familles migrantes", Abbaye de Neumünster, Luxembourg,  6 et 7 décembre 2012, http://www.anthropoweb.com/Exile-ton-reve-joue-le-_a562.html, ISSN : 2114-821X, Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com.

Mardi 26 Février 2013
Florence Belaïs