Le nouveau musée d’Ethnographie de Genève




Dans la première salle du nouveau Musée d’Ethnographie de Genève, le « MEG », une longue table dresse en préambule un tableau synoptique de ses collections et de leur histoire. Dès ses premiers pas, le visiteur est informé de l’intention de son équipe scientifique : « L’idéologie du progrès fit appeler les Autres des primitifs. La science volait au secours de la domination des Européens sur le monde en contredisant l’égalité des hommes décrétée dans l’enthousiasme révolutionnaire ». D’emblée, il est clair que, l’équipe de ce musée, dirigée par l’anthropologue et historien de l’art Boris Wastiau, plaide « la connaissance contre l’ignorance »… et la violence ! Sur le mur face à cette profession de foi, une vidéo intitulée La mer, œuvre de l’artiste Ange Leccia, rappelle que, nous les humains et toutes les créatures de cette planète, nous en sommes tous issus. Une œuvre qui insuffle un sentiment de dignité humaine et d’éternité… Ce musée n’a-t-il pas pour « mission de conserver des objets illustrant la culture des peuples à travers l’histoire du monde » ? 

Ici, nous sommes en Suisse, terre d’accueil plurilingue et pluriculturelle où, depuis des siècles, se sont réfugiés nombre de persécutés, à Genève où se croisent les représentants de tous les pays qui viennent palabrer à l’ONU. Quelle leçon ! Et c’est effectivement une série de leçons humanistes qu’offre ce musée extraordinaire dont la forme suggère celle d’une pagode. L’entrelac géométrique de son toit « permet de jouer avec la lumière », explique Marco Graber qui, avec Thomas Pulver, en a conçu l’architecture. Le design de son jeu optique n’est pas sans évoquer aussi les savantes combinaisons des toits végétaux tropicaux, par exemple celui de la tavywa, immense hutte qui constitue le cœur culturel des Tupi-Guarani en Amazonie, ou encore les fractales de l’architecture, de l’art et du design africains… 

Ici, le respect du pluralisme insuffle un sentiment de dignité humaine. Pas de scénographie pseudo-esthétique misant sur un désir d’exotisme, mais une simplicité recherchée misant sur la lumière qui laisse toute leur place aux informations scientifiques accompagnant les 1200 objets exposés sélectionnés à partir d’une collection permanente de 80.000 objets issus des cinq continents – comprenant notamment des cartes de navigation en branchages de Polynésie, un porte-amulettes en forme de baleine d’Alaska – de véritables trésors pouvant contribuer à l’éducation pour tous, à la science… et à l’ethnomusicologie, l’un des points forts du MEG. Ce musée non seulement possède une collection de sons unique, la collection Brailoiu, avec plus de 3.000 enregistrements historiques constituant la Collection universelle de musique populaire  et environ 2.250 instruments de musique, l’un des patrimoines ethnomusicologiques les plus importants d’Europe, mais encore il offre un confortable Salon de musique aux mélomanes, scientifiques et passionné-e-s désireux d’écouter quelque 16.000 heures d’enregistrements et, pourquoi pas, y dénicher la perle rare dans ce qui est aujourd’hui l’une des plus importantes collections des musiques du monde jamais rassemblées… Le MEG abrite aussi un Ciné de poche, salle de projection prévue pour une dizaine de personnes pouvant visionner à loisir les films ethnographiques de la collection, ainsi qu’une bibliothèque comprenant 45.000 ouvrages spécialisés.

Fidèle à la vocation internationale de Genève, où se trouve l’Office des Nations Unies depuis 1966, le MEG interroge nos certitudes et envisage sous un angle nouveau les enjeux du monde contemporain, tout en cultivant une réflexion propre à l’ethnologie et à l’anthropologie telles qu’elles se pratiquent aujourd’hui.

Scénographie : Atelier de scénographie Pascal Payeur, Paris Photo : MEG, V. Tille
Scénographie : Atelier de scénographie Pascal Payeur, Paris Photo : MEG, V. Tille
À la suite des commémorations du 70e anniversaire de la destruction d’Hiroshima et de Nagazaki par la Bombe A et fidèle à la tradition pacificatrice de la Suisse, le MEG propose, du 9 septembre 2015 au 10 janvier 2016, une exposition intitulée Le Bouddhisme de Madame Butterfly – le japonisme bouddhique, avec la participation exceptionnelle du Musée national des arts asiatiques Guimet. Cette expostion permet d’approfondir, dans sa dimension immatérielle, le bouddhisme nippon, une composante de la spiritualité mondiale et de l’histoire des idées en revisitant le « japonisme » qui, en Europe, marqua profondément les œuvres de nombreux artistes de la « Belle Époque », notamment les Impressionnistes, des écrivains tels que Pierre Loti (Madame Chrysanthème) et des musiciens – dont Puccini, auteur de l’un des opéras les plus joués au monde, Madame Butterfly. Un symposium international se tiendra sur Le japonisme bouddhique : négocier le triangle « religion, art et nation », du 18 au 19 septembre 2015. 

Programme du Grand Théâtre de Genève Madame Butterfly, saison 1909 - 1910 Bibliothèque de Genève
Programme du Grand Théâtre de Genève Madame Butterfly, saison 1909 - 1910 Bibliothèque de Genève
Le Bouddhisme de Madame Butterfly couronne le premier anniversaire nouveau Musée d’Ethnographie de Genève, inauguré le 31 octobre 2014. Et, bien que le bouddhisme soit une religion sans dieu, le MEG possède aussi une exceptionnelle collection de 770 documents sur le Panthéon japonais que les spécialistes pourront apprécier à cette occasion. 

Vidéo de présentation : Cocoon prod, réalisateurs Roman Brunisholz et Yvon Labarthe, 2015, MEG.


En savoir plus : 
- Dossier de presse de l'exposition

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Pour citer cet article : Claudine Brelet, Le nouveau musée d'Ethnographie de Genève , 22 septembre 2015, http://www.anthropoweb.com/Le-nouveau-musee-d-Ethnographie-de-Geneve_a752.html , ISSN : 2114-821X, Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com    .
Claudine Brelet