Les tabous et les interdits alimentaires influencent l’alimentation camerounaise, créant ainsi des situations de déséquilibre nutritionnel au niveau des couches sociales les plus vulnérables. Par ailleurs, certaines périodes de la vie – notamment chez le nourrisson et le jeune enfant – s’accompagnent de besoins physiologiques plus élevés pour assurer une meilleure croissance. Pour cela, une diversification alimentaire précoce s’avère indispensable. En Afrique subsaharienne – et notamment au Cameroun – l’alimentation est fortement influencée par des pratiques socioculturelles qui ne sont pas régies par des bases scientifiques, mais plutôt par des considérations d’ordre social dictées par la tradition. La diversification des aliments riches en micronutriments dépend donc des caractéristiques sociodémographiques de la mère.
Plusieurs études réalisées au Cameroun sur les déséquilibres nutritionnels – en l’occurrence la carence en fer – se sont appesanties sur les facteurs de risque d’origine biologique, nutritionnelle et infectieuse (Cornu et al., 1986; CDC, 1989; Cornet et al., 1998). Si de telles études sont nécessaires, elles ne sauraient en aucun cas être suffisantes. En effet, elles sont limitées dans leur approche parce qu’elles n’établissent pas de lien entre la carence martiale chez l’enfant et le statut sociodémographique de la mère. Or, pour mieux cerner les facteurs de risque de carence en fer chez les jeunes enfants, il apparait indispensable de se placer dans un contexte social. D’où l’intérêt de ce travail, dont l’objectif général est d’établir une relation entre le statut sociodémographique de la mère et l’anémie ferriprive chez les jeunes enfants au Cameroun.
1. Methodologie
Un échantillon représentatif de la population camerounaise, constitué de 2297 enfants âgés de 6 à 35 mois issus de 2287 femmes en âge de procréer, a été sélectionné à partir des données de base de la troisième Enquête Démographique et de Santé du Cameroun (EDSC-III).
L’EDSC-III, réalisée à partir d’un échantillon représentatif de femmes âgées de 15 à 49 ans, visait à atteindre un certain nombre d’objectifs, dont les principaux sont :
- Recueillir des données sur les pratiques nutritionnelles des enfants, y compris au cours de l’allaitement;
- Prendre des mesures anthropométriques pour évaluer l’état nutritionnel des femmes et des enfants;
- Réaliser un dosage d’hémoglobinémie auprès des enfants de moins de cinq ans, et des femmes de 15 à 49 ans;
- Recueillir des données sur la prévention et le traitement du paludisme (en particulier la possession et l’utilisation de moustiquaires par les femmes enceintes et les enfants), le traitement de la diarrhée et de la coqueluche.
Commanditée par le Gouvernement camerounais, l’EDSC-III fait partie du programme international des Enquêtes Démographiques et de Santé (Demographic and Health Surveys-DHS). Elle est le résultat de l’effort conjugué de nombreuses institutions internationales et nationales. Cette enquête a été conduite par l’Institut National de la Statistique (INS), en collaboration avec le Ministère de la Santé Publique et sous la supervision du Ministère de la Planification, de la Programmation du Développement et de l’Aménagement du Territoire (MINPLAPDAT).
L’analyse des données nous permettra d’identifier diverses variables indépendantes (explicatives) et une variable dépendante (expliquée) :
► Variable dépendante ou expliquée :
- Anémie ferriprive :
La définition de l’anémie dans cette étude a été restreinte à l’anémie nutritionnelle, et notamment celle due à une carence en fer. Son diagnostic a été effectué à l’aide du dosage du taux d’hémoglobine dans le sang. Ainsi, cette variable a été classée en trois modalités selon les critères établis par l’OMS en fonction de l’hémoglobinémie :
- anémie sévère lorsque le taux d’Hb est inférieur à 7,0 g/dl;
- anémie modérée lorsque le taux d’Hb est compris entre 7,0 g/dl et 9,9 g/dl;
- anémie légère lorsque le taux d’Hb est compris entre 10,0 g/dl et 11 g/dl.
► Variables indépendantes ou explicatives :
- Statut sociodémographique de la mère :
C’est l’ensemble des caractéristiques individuelles et sociales de la mère. Certaines variables identifiées ont permis d’illustrer ces caractéristiques : activité ou catégorie socioprofessionnelle, niveau d’instruction, milieu de résidence, religion, appartenance ethnique et âge de la mère. Par ailleurs, les comportements des mères face à certaines pratiques alimentaires (mode et durée de l’allaitement, âge d’introduction d’aliments variés) ont également été retenus.
- Variables propres aux enfants
Il s’agit de l’âge, du sexe et de l’état morbide.2. Résultats
2.1- Le statut sociodémographique des mères :
► Age :Pour des raisons pratiques, les mères ont été réparties en trois groupes (cf. Figure 1) :
- les femmes à la maternité précoce (moins de 25 ans),
- les femmes dont l’âge est compris entre 25 et 34 ans,
- et enfin celles ayant eu un enfant à un âge plus avancé (35 ans ou plus).
Il ressort de cette distribution que les femmes âgées de moins de 25 ans (42,2%) et celles dont l’âge est compris entre 25 et 34 ans (44,1%) sont les plus représentées dans notre échantillon.
► Niveau d’instruction :
Trois modalités ont été retenues pour illustrer cette variable (cf. Figure 2) :
- les femmes n’ayant suivi aucun cursus scolaire, ne sachant ni lire ni écrire;
- celles qui sont allées à l’école primaire et qui ont ensuite arrêté leurs études;
- les femmes qui ont atteint un niveau d’instruction secondaire ou supérieur (universitaire).
Les résultats de l’enquête montrent que près de la moitié des mères (45,5%) a un niveau d’instruction primaire. Environ une mère sur trois (29,3%) a atteint un niveau secondaire ou supérieur, alors qu’une mère sur quatre (25%) ne sait ni lire ni écrire.
Le lieu de résidence est appréhendé de façon dichotomique, en distinguant les femmes qui vivent en zone urbaine de celles qui habitent le milieu rural (cf. Figure 3). La répartition de cette variable montre que plus de la majorité des femmes interrogées réside en milieu rural (61,3%).
► Catégorie socioprofessionnelle :
La catégorie socioprofessionnelle de la mère a été répartie selon trois modalités (cf. Figure 4) :
- les femmes qui n’exercent aucune activité professionnelle (sans emploi),
- celles qui travaillent dans le secteur agricole,
- celles qui exercent une activité lucrative dans le secteur moderne (administration publique) ou qui exercent des petits métiers générateurs de revenus (vente/industrie).
Il est alors intéressant de souligner que près de la moitié des mères interrogées (43,3%) sont agricultrices.
► Religion :
Les données relatives à la religion de la mère ont été regroupées selon trois modalités (cf. Figure 6) :
- les femmes de religion chrétienne (catholique et protestante),
- les femmes musulmanes,
- les femmes de religion traditionnelle/animiste.
Il apparaît ainsi que la majorité des femmes (69%) participant à l’étude est de religion chrétienne.
► Ethnie :
Au Cameroun, on recense près de 231 ethnies qu’il est difficile de dénombrer de façon exhaustive sans une codification et une hiérarchisation. Compte tenu de cette diversité, cette variable a été regroupée sur la base des proximités géographiques des lieux d’origine. A cet effet, quatre regroupements ont été effectués (cf. Figure 6) :
- les femmes Peuhls/Arabe-Choa du Nord du pays,
- les femmes Côtiers/Bakossi du Littoral et du Sud-ouest,
- les femmes Bamiléké/Bamoun/Bakeri de l’Ouest et du Nord-ouest,
- les femmes Bassa/Beti-Boulou/Fang/Maka du Centre, du Sud et de l’Est du Cameroun.
Au vu de cette répartition, les résultats montrent que les proportions des femmes dans les différents groupes sont quasiment identiques.
Cette variable a été répartie selon trois modalités, selon que les femmes aient allaité pendant 6 mois au moins, entre 7 et 12 mois ou bien qu’elles aient prolongé l’allaitement au-delà d’un an (13 mois ou plus) (cf. Figure 7). Il ressort de cette distribution que la majorité des femmes (49,2%) prolonge l’allaitement maternel au-delà de 12 mois.
2.2- Caractéristiques des enfants :
► Age et sexe :
La population cible est constituée de 2297 enfants âgés de 6 à 35 mois (cf. Figure 8).
Parmi eux, 1139 enfants (soit 49,6%) sont de sexe masculin et 1158 (soit 50,4%) sont de sexe féminin (cf. Figure 9).
L’état morbide est une variable composite répartie selon deux modalités. Au cours de l’enquête, il a été demandé aux mères si leur(s) enfant(s) avaient souffert d’une symptomatologie paludéenne ou avaient été victimes de diarrhée au cours des deux semaines précédant l’entretien (cf. Figure 10). Il ressort de cette répartition que 60,3% des enfants n’ont pas présenté de symptômes paludéens, et n’ont pas souffert de diarrhée.
2.3- Prévalence de l’anémie chez les enfants :
Les résultats de cette étude révèlent que sur l’ensemble de l’échantillon des enfants âgés de moins de trois ans, 1600 enfants (soit 73,8%) souffrent d’une anémie (cf. Figure 11). La distribution suivant les différents critères établis par l’OMS laisse apparaître que parmi les enfants anémiques près de la moitié (45,1%) souffre d’une anémie modérée, 22,6% présentent une anémie légère, et 6% une anémie sévère.
2.4- Variation du statut en fer des enfants selon leurs caractéristiques personnelles :
D’après les résultats du tableau I, il apparaît que la relation entre l’âge des enfants et l’anémie ferriprive est significative (P<0,000). Les pourcentages élevés d’anémie modérée/légère se rencontrent chez les enfants de 12 à 23 mois (73,8%), suivis de ceux dont l’âge est compris entre 24 et 35 mois (66,5%); enfin viennent les nourrissons âgés de 6 à 11 mois (63,0%). Par ailleurs, lorsque l’on s’intéresse à l’anémie sévère, c’est également dans le groupe d’âge de 12 à 23 mois que les enfants sont le plus frappés par cette affection (8,1%), mais cette fois suivis des nourrissons (5,6%).
Les résultats concernant la morbidité des enfants (et particulièrement ceux ayant été affectés soit par le paludisme, soit par la diarrhée, voire ceux ayant été atteints par les deux affections à la fois) (cf. Tableau III) montrent que l’anémie ferriprive est fortement associée à cette variable (P<0.000).
2.5- Variation du statut en fer des enfants selon les caractéristiques sociodémographiques de la mère :
► Influence de l’âge :
Aucune association n’est mise en évidence entre l’âge de la mère et l’anémie par carence en fer chez les enfants (P<0,578) (cf. Tableau IV).
Le niveau d’instruction de la mère est fortement corrélé à la carence en fer chez les jeunes enfants (P<0,000). Les résultats (cf. Tableau V) indiquent que les enfants des femmes qui ont un niveau d’instruction primaire présentent les plus fortes proportions d’anémie modérée/légère (70,2%), suivis de ceux dont les mères ne savent ni lire ni écrire (68,9%). En outre, il convient de souligner que les enfants des femmes qui ont atteint un niveau d’instruction secondaire ou supérieur représentent une proportion relativement faible des anémies sévères (3,7%).
Le lieu de résidence de la mère est fortement associé à l’anémie ferriprive chez les enfants (P<0,000). Les enfants des femmes qui vivent en milieu rural (cf. Tableau VI) présentent un pourcentage d’anémie modérée/légère légèrement supérieur à ceux dont les mères résident en zone urbaine (68,9% et 65,7% respectivement). Par ailleurs, pour ce qui concerne l’anémie sévère, on retrouve la même problématique.
L’activité de la mère est fortement corrélée à l’anémie ferriprive chez les jeunes enfants (P<0,000). Les résultats (cf. Tableau VII) montrent que quel que soit le type d’emploi exercé par la femme, la prévalence de l’anémie modérée/légère est quasi présente chez son enfant. En revanche, s’agissant de l’anémie sévère, ce sont les enfants des femmes agricultrices qui présentent le plus fréquemment une anémie sévère (7,5% des cas).
A la lumière des résultats tableau VIII, il est intéressant de noter que l’appartenance religieuse de la mère n’est pas associée à l’anémie ferriprive chez les jeunes enfants (P<0,090).
Les résultats du tableau IX indiquent une forte association entre l’ethnie de la mère et l’anémie par carence en fer chez les enfants (P<0,000). Les enfants des mères Peulhs/Arabes-Choa présentent la proportion la plus élevée d’anémie modérée/légère (71,3%). Pour ce qui concerne l’anémie sévère, ce sont les enfants nés de mères Bamiléké/Bamoun/Bakeri qui représentent la plus faible proportion (2,1%).
Cette variable est fortement associée à l’anémie chez les jeunes enfants (P<0,000). Selon les résultats mis en évidence dans le Tableau X, les enfants des femmes qui ont allaité pendant six mois seulement présentent de faibles proportions d’anémie sévère (1,5%), et une anémie modérée/légère dans 57,7% des cas. Alors ceux dont les mères ont continué l’allaitement au-delà de six mois ont des proportions plus élevées d’anémie sévère (10,4%) et d’anémie modérée/légère (70%). En outre, les enfants des femmes qui ont prolongé l’allaitement au-delà de 12 mois sans ajouter d’aliments de substitution riches en fer souffrent encore plus fréquemment d’anémie modérée/légère (71%) et d’anémie sévère (6%).
3. Discussion et Recommandations
3.1- Discussion :
La carence en fer est un concept dynamique, et son diagnostic suppose naturellement une définition claire, acceptée et partagée. Il s’agit d’une série d’étapes dont la phase avancée correspond à l’anémie ferriprive (Oski, 1993; INACG, 1985). Cette définition opérationnelle consiste à dire qu’il y a carence lorsque l’apport en fer alimentaire ne permet pas la synthèse normale des composés de fer essentiels, l’hémoglobine étant parmi ceux-ci le composé le plus facile à mesurer.
► Prévalence de l’anémie chez les jeunes enfants :
L’anémie nutritionnelle ou carentielle constitue, de par son ampleur, un problème majeur de santé publique au Cameroun. Les résultats de cette étude révèlent que près de trois enfants sur quatre (73,8%) âgés de moins de trois ans souffrent d’une anémie ferriprive. Cette situation est la conséquence de l’évolution de plusieurs facteurs. La carence en fer chez les jeunes enfants est tout d’abord liée à un manque d’apport, cet apport dépendant essentiellement de la consommation d’aliments de substitution riches en fer. Cependant, les bouillies traditionnelles de céréales données aux enfants en complément de l’allaitement maternel ne suffisent pas à couvrir leurs besoins en fer, besoins particulièrement élevés à partir du sixième mois. De plus, il n’existe pas de programme de lutte contre la carence en fer chez les jeunes enfants, ni de supplémentation systématique. D’où la prévalence de ce trouble nutritionnel.
S’agissant de l’âge, les résultats indiquent que c’est dans la tranche d’âge de 12 à 23 mois que les enfants sont les plus vulnérables sur le plan alimentaire. Ces résultats ne sont donc pas surprenants, car les besoins de l’enfant au cours de la première année de vie sont importants. Le placenta est un important récepteur de transferrine, qui capte voracement le fer de la mère pour le transmettre au fœtus (Skikne et al., 1990). La plus grande partie du fer est donc transférée à l’enfant au cours du dernier trimestre de la grossesse. Chez le fœtus et le nouveau-né, le fer est principalement emmagasiné dans le foie et la moelle osseuse. Mises à part les pertes sanguines variables de la période pré ou postnatale, les réserves sont suffisantes pour les quatre à six premiers mois de la vie. Après six mois, ces réserves s’épuisent graduellement du fait de l’expansion de la masse érythrocytaire et de la croissance des tissus de l’organisme (Hercberg, 1988, 1989 et 1990; Hallberg, 1992). Ensuite, l’apport exogène de fer devient indispensable. Compte tenu des besoins liés à la croissance, le déficit en fer provient essentiellement de la pauvreté en fer aisément assimilable des aliments de substitution des jeunes enfants.
Pour ce qui concerne le sexe de l’enfant, les résultats montrent que les garçons sont plus affectés que les filles, quelle que soit le type d’anémie par carence martiale. De manière naturelle, les garçons sont beaucoup plus vulnérables à un jeune âge que les filles. Ces résultats vont donc dans le sens des études réalisées par Stoltzfus et al. (2000) et Schneider et al. (2005).
Quant à la morbidité des enfants, il ressort que ceux qui ont été atteints par le paludisme et/ou la diarrhée au cours des deux dernières semaines ayant précédé l’enquête sont les plus touchés par l’anémie sévère. C’est dans ce sens que l’Unicef (1986) a souligné que la présence de maladies chez le nourrisson est une cause de malnutrition (et donc de carence en fer) aussi importante que le manque de nourriture. Mais l’interaction entre carence nutritionnelle et infection mérite une attention particulière. Car prendre en charge l’une sans prévenir ou traiter l’autre se révèle toujours sans grand effet.
► Influence du statut sociodémographique de la mère sur la carence en fer chez les enfants :
Il est indispensable de rappeler que l’examen de la relation entre le statut sociodémographique de la mère et l’anémie chez les enfants a révélé que l’âge de la femme et son appartenance religieuse ne sont pas associés à la carence en fer des nourrissons. En revanche, le niveau d’instruction, le lieu de résidence, la catégorie socioprofessionnelle, l’appartenance ethnique et la durée de l’allaitement maternel sont fortement corrélés à l’anémie par carence en fer de l’enfant.
D’après les résultats obtenus, les enfants des femmes qui ont atteint un niveau d’instruction secondaire ou supérieur sont moins touchés par l’anémie ferriprive. Il convient de souligner que cette problématique est encore plus importante pour ce qui est de l’anémie sévère. Plus une mère est instruite, moins ses enfants souffrent de carence nutritionnelle. Cette influence est d’autant plus importante lorsque les mères ont bénéficié des connaissances médicales modernes. Elles disposent de meilleures capacités à adopter des pratiques de sevrage saines, à s’affranchir de coutumes alimentaires inadéquates. Elles peuvent bénéficier également d’un statut social plus valorisant et font un meilleur usage de l’hygiène domestique et alimentaire.
Principale gestionnaire de la nutrition et de la santé familiales, la femme est garante de la qualité des aliments et des soins apportés à ses enfants. Le fait qu’elle ait un niveau secondaire ou supérieur lui confère plus d’aptitude à fournir des aliments de meilleure qualité et indispensables à la croissance de sa progéniture. Ce résultat confirme les études d’Alaimo et al. (2001). En effet, l’instruction des femmes améliore leurs connaissances en matière d’hygiène alimentaire et nutritionnelle (Dackam, 1990).
Dans les PED (et particulièrement au Cameroun), l’ignorance des besoins spécifiques de l’enfant, les croyances et pratiques poussent souvent les mères à donner à leurs enfants des aliments pauvres du point de vue de la quantité et de la qualité nutritive. Ainsi, seul le niveau d’instruction de la mère peut aider à pallier ce phénomène. Ainsi, il est important de relever que les mères ne sachant ni lire ni écrire ignorent pour la plupart les besoins, les notions d’équilibres nutritionnels et d’apports nécessaires pour leurs enfants. Par ailleurs, il convient de noter que ces dernières vivent parfois dans des conditions précaires caractérisées par une insécurité alimentaire (où la nourriture peut être disponible mais limitée et non diversifiée), et par des conditions de logement parfois insalubres.
Concernant le lieu de résidence, il ressort que les enfants des femmes qui habitent dans les zones rurales sont plus affectés par l’anémie sévère que ceux qui résident en ville. Ce résultat confirme l’étude de Minh et al. (2002) et celle de El Hioui et al. (2005). Cet écart entre les deux milieux pourrait s’expliquer par la disponibilité et la diversité des produits alimentaires sur le marché, la présence d’infrastructures et de meilleurs équipements sanitaires en ville. C’est en ville – et particulièrement dans les grandes villes – que se concentrent les hôpitaux de référence et où l’on retrouve l’accès à un éventail de choix d’aliments plus important qu’en milieu rural (Nations Unies, 1985). Du fait de la disponibilité de ces équipements, il est plus facile de mettre en œuvre des mesures de santé publique en ville que dans les campagnes. De manière générale, l’accès plus facile aux centres de santé et de meilleures opportunités économiques sont au nombre des facteurs qui favorisent un bon état nutritionnel chez les enfants.
Quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle de la mère, la prévalence de l’anémie modérée/légère est sensiblement la même, alors que se dégagent des différences notables pour les cas d’anémie sévère. Ceci pourrait témoigner soit de l’absence d’un diagnostic précoce, soit de l’inaccessibilité d’aliments de substitution riches en fer et/ou de services de santé. En sachant que tous ces facteurs sont en lien avec la situation économique des femmes. Ce qui confirme les études d’Alaimo et al. (2001) et de Seguin et al. (2003). Ainsi, les femmes qui effectuent des travaux champêtres ne disposent généralement pas assez de temps pour s’occuper de leurs enfants. Parfois, elles confient la garde de ceux-ci soit à leurs frères cadets, soit à d’autres membres de la famille qui très souvent ne maîtrisent aucune hygiène alimentaire et éprouvent des difficultés à assurer les soins adéquats à l’enfant. En outre, il arrive qu’elles emmènent leur(s) enfant(s) avec elles aux champs, malgré les risques que cela engendre. A contrario, les femmes sans emploi peuvent se montrer plus attentives, consacrer plus de temps à la préparation des aliments de substitution et à leur répartition au cours de la journée. Par ailleurs, les femmes qui exercent une activité dans le secteur moderne ou qui font un métier générateur de revenus disposent de ressources financières, et donc peuvent accéder à un meilleur choix d’aliments riches en fer.
La religion et l’appartenance ethnique dans une approche explicative des carences nutritionnelles chez les jeunes enfants s’avèrent cruciales en Afrique au Sud du Sahara (Akoto, 1993). Des diversités culturelles se dégagent de différences comportementales, d’attitudes et de croyances qui influent sur l’état nutritionnel des enfants. Ces deux variables sont des facteurs culturels qui agissent sur le mode et la durée de l’allaitement, sur le mode de cuisson et de conservation des aliments, sur le choix des aliments de substitution et sur les soins préventifs et curatifs apportés aux enfants.
L’ethnie est le lieu par excellence de transmission des us et des coutumes. C’est une composante culturelle fondamentale dans les PED et particulièrement au Cameroun, dont l’influence sur l’état nutritionnel des enfants dérive des habitudes et des pratiques alimentaires propres à chaque groupe. Dans cette optique, les résultats obtenus dans notre étude vont dans le sens des travaux de Sargent et al. (1996) et de ceux de Jasti et al. (2003).
Presque indubitablement, certaines variations attribuées aux facteurs socioéconomiques ou géographiques sont en réalité – ou au moins en partie – d’origine culturelle. Ainsi, les résultats de l’étude réalisée par Akoto (1993) ont révélé que l’influence de l’appartenance ethnique sur les carences nutritionnelles des enfants était principalement due aux us et coutumes, plutôt qu’aux facteurs de l’environnement géographique. Au Cameroun, la plupart des individus se conforment aux valeurs et aux normes traditionnelles véhiculées au sein de leur groupe d’origine. On rencontre souvent des différences importantes entre les groupes ethniques de niveau socioéconomique comparable. En outre, au sein de certaines ethnies sont souvent véhiculées des croyances nuisibles à la santé et au développement physique et psychique des enfants. Par exemple, l’interdiction de nourrir les enfants avec des aliments riches en fer héminique tels que la viande est de nature à compromettre leur statut en fer. De plus, la crainte dans certaines sociétés de l’accouchement d’un gros bébé amène certaines femmes à se priver d’aliments de valeurs nutritives importantes et de suppléments de fer (Dallman, 1987; Jasti al., 2003).
La durée de l’allaitement maternel joue un rôle crucial dans l’alimentation des nourrissons. De la naissance jusqu’à l’âge de six mois, le lait maternel seul suffit pour couvrir les besoins du nourrisson. A cet effet, l’OMS et l’Unicef (1998) recommandent que les enfants soient exclusivement nourris au sein jusqu’à six mois, ce qui rejoint les préoccupations du Cameroun en la matière.
De par sa valeur nutritionnelle, ses propriétés anti-infectieuses et ses aspects psychoaffectifs, l’allaitement maternel constitue le régime optimal du jeune enfant (Cornu et al., 1991). Il contient une gamme complète d’éléments nutritifs indispensables (entre autres une quantité de fer suffisante) pour une bonne croissance, du moins pour les six premiers mois; des apports complémentaires en fer sont cependant nécessaires par la suite (Berger et al., 2002).
En dépit du fait que le lait maternel ait une faible teneur en fer, son absorption est meilleure (50%) comparée au lait de vache frais. Au delà de six mois, l’introduction et la diversification des aliments de substitution sont requises pour répondre aux besoins physiologiques. L’idéal serait de tendre vers une consommation de produits riches en fer héminique (viande, poisson, volaille) et de fruits riches en vitamine C (afin de faciliter l’absorption du fer). Mais ces produits sont souvent onéreux et donc inaccessibles pour certaines couches de la population (Berger et al., 2002). Les aliments complémentaires couramment servis aux enfants sont composés de céréales, qui non seulement constituent de médiocres sources de fer, mais contiennent par ailleurs des substances qui inhibent l’absorption de ce dernier. L’allaitement maternel exclusif prolongé a pour corolaire un apport réduit en fer alimentaire. A cet effet, l’ajout tardif d’aliments complémentaires peut déclencher le processus de carence dans la mesure où les besoins de l’enfant ne sont pas couverts, ce qui accentue sa vulnérabilité.
En outre, l’allaitement est déterminant pour l’état de santé des jeunes enfants, et doit être en permanence ajusté à des besoins qui évoluent rapidement. Des études menées dans différentes régions d’Afrique ont montré que la mauvaise qualité des aliments de substitution expliquerait en grande partie les carences nutritionnelles relativement nombreuses (Akoto, 1993; Dillon, 2000; WHO, 2001). Une alimentation bien préparée, conservée dans de bonnes conditions et donnée à l’enfant à partir de quatre mois augmente les capacités de résistance de son système immunitaire. La pauvreté nutritionnelle des aliments de sevrage alliée à l’insalubrité entourant leur préparation fait que, généralement, le sevrage correspond au début de la période de vulnérabilité de l’enfant.
3.2- Recommandations :
Notre étude met en exergue l’importance du niveau d’instruction de la femme sur la prévalence des carences nutritionnelles observées chez les enfants. La prise en charge de cette problématique représente clairement le pilier de toute politique de développement au Cameroun (MINEPAT, 2002). Dans cette optique, un certain nombre de recommandations peut être formulé :
- Toute intervention visant à améliorer l’état nutritionnel des enfants doit cibler en priorité les enfants de moins de trois ans, car au delà de cet âge les interventions sur les éventuelles carences martiales auront moins d’efficacité;
- Il n’existe pas de méthode idéale susceptible de faire disparaître à elle seule la carence en fer. Le caractère souvent plurifactoriel du déficit en fer et l’hétérogénéité des populations concernées font que seule une combinaison de mesures agissant à différents niveaux peut être envisagée. Ainsi, des campagnes d’IEC (Information, Education et Communication) doivent être mises en place pour sensibiliser et informer les parents sur les valeurs nutritionnelles des aliments disponibles dans leur localité. L’éducation nutritionnelle et l’hygiène alimentaire sont à promouvoir.
- L’éducation nutritionnelle est une stratégie utilisée pour améliorer le bien-être nutritionnel des populations les plus vulnérables. Elle doit être basée sur l’étude des modifications comportementales souhaitées en favorisant l’adoption de pratiques alimentaires adéquates. En outre, elle doit tenir compte des réalités socioculturelles des populations en matière d’alimentation, de disponibilité, et de l’accessibilité à des denrées alimentaires diversifiées.
- Le succès de la plupart des interventions passe par la participation de la communauté. L’information et l’éducation des populations, notamment à travers les campagnes de sensibilisation et de mobilisation sociale, sont essentielles. Car la carence en fer induit peu de symptômes visibles, facilement reconnaissables par des individus qui, de fait, appréhendent mal la réalité du problème et ses conséquences.
- La réduction des pertes par la lutte contre les infections à travers des mesures d’assainissement, associée à une éducation sanitaire bien adaptée, sont indispensables.
- Une bonne pratique de l’hygiène et un contrôle régulier des maladies parasitaires constituent des moyens efficaces pour réduire les risques d’anémie par carence en fer.
En définitive, les carences en micronutriments (et en fer en particulier) sont souvent associées à d’autres formes de déficiences dues à une insuffisance d’apport protéique ou énergétique. Ainsi, la consommation de protéines animales, outre la couverture des besoins protéiques, assure un apport en fer héminique et facilite l’absorption du fer non héminique contenu dans les repas. Ainsi, l’amélioration du statut en fer devrait être intégrée dans un large programme d’éducation nutritionnelle et viser une amélioration globale des pratiques nutritionnelles axée sur les connaissances, les habitudes, les comportements de la population cible (les femmes).Conclusion
L’objet de notre étude était d’identifier les caractéristiques des mères sur lesquelles on pourrait agir afin de réduire la prévalence de l’anémie par carence martiale chez les jeunes enfants au Cameroun. La finalité étant d’apporter une modeste contribution à la mise en œuvre du Programme National de Nutrition nouvellement créé. Ceci dans l’optique de fournir aux décideurs des informations fiables sur le sujet et susceptibles de les aider à mieux orienter leur intervention.
Pour y parvenir, un certain nombre d’études concernant la carence en fer et l’anémie chez les enfants et les femmes en âge de procréer a été recensé. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la littérature inhérente au lien existant entre les caractéristiques sociodémographiques de la mère et les carences nutritionnelles (en fer) du nourrisson est relativement pauvre (Lozoff et al., 1991; Meghna et al., 2005; Redd et al., 1994).
La conclusion à laquelle notre étude a abouti n’est peut être pas nouvelle, mais elle apporte une précision complémentaire et spécifique concernant les caractéristiques sur lesquelles on peut agir pour réduire de façon sensible le risque d’exposition des enfants à des carences nutritionnelles. L’éducation nutritionnelle des femmes est donc à promouvoir, pour une meilleure santé et une croissance harmonieuse de leur(s) enfant(s).
L’éducation nutritionnelle contribue sensiblement au changement du comportement nutritionnel. Elle dote les mères de connaissances leur permettant de lutter efficacement contre les déséquilibres nutritionnels chez les jeunes enfants. Ces connaissances sont de nature à favoriser l’abandon des tabous alimentaires, des pratiques inadéquates, au profit d’une alimentation équilibrée. La diversification des aliments de substitution demeure également une stratégie efficace de prévention de la carence martiale chez les jeunes enfants. Pour cela, l’éducation nutritionnelle est fondamentale et représente la clé de réussite de tout programme d’intervention nutritionnelle qui se veut pertinent et porteur de réussite.
Références
1. Longpré B. Les anémies. 2ème édition, Masson, Paris, 1994, 276 p.
2. Bougle D, Walraveng Ph, Duhamel JF et Favier A. Intérêts thérapeutiques des oligoéléments dans les pathologies de l’enfant In : Chappuis Ph et Favier A. Les oligoéléments en nutrition et thérapeutique. Lavoisier, Tec&Doc, édition Méd, Int. Paris, 1995, 261-75.
3. Agence Française de la Sécurité Sanitaire des Aliments. Apports Nutritionnels conseillés pour la population française. 3ème éds Tec & Doc, Paris, 2001 ; 605.
4. ACC/SCN. Firth report on the world Nutrition situation- Nutrition for improved development outcomes, Geneva; ACC/SCN, 2004, 121.
5. Latham C. La nutrition dans les pays en en voie de développement. FAO, Rome, 2001, 88 p.
6. Demaeyer E, Dallman P, Gurney JM et al. Prévenir et combattre l’anémie ferriprive dans le cadre des soins de santé primaire, guide à l’usage des administrateurs de la santé et des responsables du programme. OMS Génève, 1991, 61.
7. Allen L. Malnutrition and human function: a comparison of conclusions from the INCAP and Nutrition. CRSP Studies. J Nutr 1995; 125:1119S-1126S
8. Lozoff B, Andraca I, Castillo M, Smith JB, Walter T et Pino P. Behavioral and developpement effects of preventing Iron-Deficiency Anemia in healthy full term infants. Am Aca Ped 2003; 112(4):846-854.
9. Konofal E, Lecendereux M, Arnulf I et Mouren MC. Iron deficiency in children with attention-deficit/hyperactivity. Arch. Pediatrics Adoleslesc Med. 2004; 158:1113-15.
10. Demaeyer EM. Prévalence de l’Anémie dans le monde. In : Lemonnier D. et Ingenbleek Y. Les carences nutritionnelles dans les pays en développement. 3ème Journée Scientifiques Internationales du GERM, édition Karthala, Rue conté, Paris, 1989, 252-60.
11. INS. Troisième Enquête Démographique et de Santé du Cameroun. Yaoundé, 2004, 326 p.
12. Organisation Mondiale de la Santé. Malnutrition : The Global Picture. OMS, Genève, 2000.
13. Cornu A, Pondi NO et Agbor ET. Anémie et malnutrition protéino-énergétique modérée chez l’enfant de la province du Nord Cameroun. In : Lemonnier D et Ingenbleek Y. Les malnutritions dans les Pays du tiers monde. Colloque Inserm, 1986 ; 136 : 121-32.
14. Centers for Disease Control and prevention (CDC): Criteria for amenia in child and child bear âge women morbidity and mortality. Weekly report, 1989, 38: 400-04.
15. Cornet M, Le Hesran JY, Fievet N, Cot M, Personne Ph, Gounoue R, Beyeme M & al. Prevalence of risk factors for anemia in young children in southern Cameroon. Am J Trop Med Hyg, 1998, 58(5): 606-11.
16. Oski FA. Iron deficiency in infancy and childhood. N Engl J Med. 1993; 329: 190-193.
17. International Nutritional Anemia Consultative Group (INACG): Carence en fer chez le nourrisson et chez l’enfant. Washington, 1985, 57 p.
18. Skikne B, Flowers CH et Cook JD. Serum transferrin receptor: A quantitative measure of tissue iron deficiency. Blood, 1990, 7:-1870-1876.
19. Hercberg S. Carence en fer en nutrition humaine, Lavoisier, Tec&Doc, Paris, 1988, 203 p.
20. Hercberg S. Evaluation du statut en fer des populations en contexte tropical : Choix des indicateurs épidémiologiques. In : Lemonnier D. et Ingenbleek Y. Les carences nutritionnelles dans les pays en Développement. 3ème Journée Scientifiques Internationales du GERM, édition Karthala, Paris, Rue conté, 1989, 273-9.
21. Hercberg S. Les anémies par carence en fer et en folates, l’enfant en milieu tropical. 1990, 186 p.
22. Hallberg L. Alimentation et nutrition humaine. édition ESF, Paris, 1992 ; 189 p.
23. Stoltzfus RB, Chwaya HM, Montresor A, Albonico M, Savioli L and Tielsch JM. Malaria, Hookworms and recent fever are related to anemia and iron status indicators in 0-to 5-y old, Zanzibar children and these relationships change with age. J. Nutr. 2000; 130:1724-1733
24. Schneider JM, Fujii ML, Lamp CL, Lönnerdal B, Dewey KG and Ziddenberg-Cherr S. Anemia, iron deficiency, and iron deficiency anemia in 12-36 mo-old children from low-income families. Am J Clin Nutr, 2005, 82:1269-75.
25. Unicef. La situation des enfants dans le monde. Aubier Montaigne; Paris, 1986; 184.
26. Alaimo K, Christine MO, Frongillo EA and Briefel RR. Food Insufficiency, Family income, and Health in US Prescholl and School-Age Children. Am J Public Health. 2001; 91(5):781-6.
27. Dackam NR. Education de la mère et mortalité des enfants en Afrique. Les cahiers de l’IFORD, (2), Yaoundé, 1990, 160.
28. Ninh XN, Berger J, Quen DT, Khan NC, Traissac P et Khoi HH. Efficacité de la supplémentation en fer quotidienne et hebdomadaire pour le contrôle de l’anémie chez le nourrisson en milieu rural au Vietnam, Cahiers Santé 2002, 12 : 31-7.
29. El Hioui M, Ahami AOT, Aboussaleh Y, Lemrini JD, Loutfi H. Anémie en milieu hospitalier Marocain ; Typologie et influences des facteurs sociodémographiques sur son incidence. Anthropo 2006, 12:83-91.
30. Séguin L, Xu Q, Potvin L, Zunzunegui MV and Frohlich KL. Effects of low on infant health. CMAJ, 2003; 168(12):1533-8
31. Akoto EM. Les déterminants socioculturels de la mortalité des enfants en Afrique Noire; Hypothèses et recherche d’explication. Louvain la Neuve, Academia, 1993; 269.
32. Sargent JD, Stukel ThA, Dalton MA, Freeman JL and Brown MJ. Iron deficiency in Massachusetts Communities: Socioeconomic and demographic risk factors among Children. Am J Pub Health, 1996, 84(4): 544-550.
33. Dallman P. Iron deficiency and immune response, Am J Clin Nutr, 1987, 46:329-34.
34. Jasti S, Siega-Riz AM and Bentley ME. Dietary supplement use in the context of Health Disparities: Cultural, Ethnic and Demographic Determinants of Use. J Nutr 2003, 133:2010S-1013S.
35. Unicef. Stratégie visant à améliorer la nutrition des enfants et des femmes dans les pays en développement. Situation des enfants dans le monde. 1998 ; 89.
36. Cornu A, Simondon F, Olivola D, Goma I, Massamba JP, Tchibindat F et Delpeuch F. Allaitement maternel prolongé et malnutrition. In : Lemonnier D et Ingenbleek Y. Alimentation et nutrition dans les pays en développement. 4ème Journées Scientifiques Internationales du GERM. Edition de l’INSERM. Karthala-ACCT-UPELF, Paris, 1991; 225-34.
37. Berger J et Dillon JC. Stratégies de contrôle de la carence en fer dans les pays en développement. Cahiers Santé 2002 ; 12(1):22-30.
38. Dillon JC. Prévention de la carence en fer et des anémies ferriprive en milieu tropical. Méd Trop, 2000 ; 60 :83-91.
39. World Health Organisation/United Nations/University/Unicef. Iron deficiency anemia, assessment, prevention and control: a guide for programme managers. Geneva, WHO, 2001.
40. MINEPAT. Déclaration de la Politique Nationale de Population (DPNP). Yaoundé, 2002, 21p.
41. Lozoff B, Jimen E & Wolf AW. Long-term developmental outcomes of infants with iron deficiency. N Engl J Med, 1991, 325:687-694.
42. Meghna R, Desai, Dianne J, kwena AM, Penelope A, Phillips-Howard, Simon K et al. Factors associated with hemoglobin concentration in preschool children in western Kenya: Cross-sectional studies. Am J Trop Med Hyg. 2005, 72(1): 47-59.
43. Redd SC, Wirima JJ, Steketee RW. Risk factors anemia in young children in rural Malawi. Am J Trop Med Hyg, 1994, 53:581-5.

Articles

Anthropologies




















