L’être humain, dans sa dimension ne saurait avoir le droit de trancher sur la vie de ses commensurable. Pour ce qui concerne les Pygmées, il n’est pas question de parler de peuple attardé dans la mesure où il n’existe pas une quelconque course et par rapport à quoi ? Les Pygmées pourraient aussi être à l’avance. Chaque peuple évolue à son rythme et disposent de certaines choses dont les autres en sont dépourvus. Le modèle de référence de l’évolution est le quel ? Et avec quel thermomètre ? Le modèle de référence de l’évolution pourrait aussi être entaché d’une certaine subjectivité et d’une certaine relativité.
Ce n’est pas parce qu’un peuple ne va pas à l’école qu’il sera traité de peuple arriéré. Nul ne naît idiot. Les Pygmées possèdent des choses, des atouts considérables que les autres peuples ignorent. L’école demeure une institution moderne selon le côté où on se trouve. La tradition appartient au peuple. Valoriser l’école institutionnelle au détriment de l’école traditionnelle semble léger. Il semble que qu’il faille parler de relation de complémentarité. Ainsi, la négation du peuple pygmée quant à leur entrée dans l’institution scolaire n’a pas de fondement. Toutefois, il appartient à chaque peuple de penser en toute liberté en rapport avec son écosystème. C’est par rapport à cet état de chose qu’il faut éviter l’amalgame. L’acquisition des connaissances peut s’effectuer différemment et à des lieux divers. Ce qui importe, c’est ce que l’individu en fait de ses connaissances, la finalité de son action et ses objectifs afin d’être utile à la société ou au milieu auquel il est particulièrement destiné.
L’école ne saurait être un lieu de perversion des Pygmées à présent dans la mesure où ceux-ci sont appelés à composer dans le modernisme. Mythe que l’école fut pour les Pygmées jadis ; aujourd’hui, le mythe s’est transformé en une réalité dont le futur nous plongera dans les méandres de ses contradictions et nous donnera de plus amples explications.
Faudrait-il aussi se demander pourquoi l’accès à l’institution scolaire n’était pas facile pour les Pygmées ? Est-ce qu’il appartient à l’école de se rapprocher des Pygmées ou s’agit-il du contraire ? Ou bien, les deux se sollicitent-ils ? Si c’est le cas, c’est la société qui devrait recevoir car se sont les individus qui composent la société. La société est faite de la somme des individus qui reçoivent de l’éducation leur permettant de servir la société et à tous les niveaux car la société a besoin de toutes les couches sociales. La société n’exclue personne et ce sont les gens s’excluent. En allant vers une société d’inclusion, le regard serait autrement.
Les Pygmées qui entrent dans l’institution scolaire sont une fois de plus les serviteurs de la société ; cette même société qui à son tour les servira. Les Pygmées se sont défaits de leurs pratiques traditionnelles sous forme d’entorse et sont allés à la rencontre de l’institution scolaire quelle que soit la manière dont cela se déroule. Il s’agit d’une mutation sociale. Il y a aussi de la résistance.
La scolarisation des Baka est effective désormais. Mais le hic est de savoir pour quels rôles sociaux ? Car, d’autres éléments entrent en ligne de compte qui pourraient entraver cette mutation quant à la réception de cette éducation scolaire allant jusqu’à enfreindre son élan, notamment son côté bénéfique, voir rentable. Est-ce que l’éducation moderne que reçoivent les Pygmées a-t-elle pour but de les rendre utile à la société ? Les Pygmées n’effectueraient pas une rupture d’avec leur société traditionnelle pour rien. La société n’éduque pas ou on ne forme pas un homme pour rien.
Les difficultés ou les embûches qui jonchent le chemin de l’école pour les Baka ne sont pas propres aux Baka. D’autres peuples en sont aussi concernés, en l’occurrence leurs voisins Bantou. Les Pygmées ont aussi des objectifs à atteindre, par exemple, entrer dans l’état de modernité et cohabiter avec les Bantou. Autrement, ce serait une forme de violence organisée.
Peut-on dire qu’il est mieux de laisser les Pygmées entrer librement dans la vie moderne ? Au lieu de réfléchir ou de penser en lieux et places des Pygmées, il serait préférable de respecter leur façon d’être. Peut-être que les Bantou et autres connaissent plus de problèmes existentiels que les Pygmées dont ils ont l’air de s’en soucier si tant. Il n’ y a pas lieu de se voiler la face avec autant d’hypocrisie car les rapports de force font des uns et des autres ce qu’ils ne sont pas. Les rapports de dominants/dominés sévissent dans la société et transforment l’être en monstre de la violence.
Pourquoi empêcher les Pygmées d’entrer dans la vie moderne ? L’égoïsme des uns les phagocytent à point que l’esprit servile et mercantile prend le dessus au détriment de la générosité et la solidarité, valeurs dont l’humanité a tant besoin.
Pourquoi encourager les Pygmées à aller à la rencontre de la vie moderne par le truchement de l’école ? Cela ne se passe pas seulement par l’école car l’école n’est pas l’unique voie de la réussite sociale. Chacun naît avec une intelligence comme le dit Lévy Brühl mais l’environnement joue de son influence. Alors les Pygmées en sont capables. Piaget dit que c’est l’environnement qui façonne l’individu et c’est dans cet univers que le sujet trouve son action.
La scolarisation des Pygmées est effective quoique encore timide par endroits. Cependant, il faut reconnaître que l’action des ONG demeure louable quant à l’encadrement qu’elles assurent auprès des populations marginales, en l’occurrence, les Pygmées et ceci, dans divers plans, notamment sur le plan scolaire.
Aujourd’hui, les gouvernements ne sauraient émettre de la négation quant à la considération dont le peuple pygmée à droit. Car, il appartient aux divers gouvernements de jouer leurs rôles, de se soucier du bien-être de tous ; le contraire serait de l’irresponsabilité.

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