Introduction
La résilience est définie par le Dictionnaire Encarta (2008) comme « l’aptitude à résister aux chocs ». Ce concept caractérise la résistance au choc, voire la capacité à se relever d’un choc physique, émotionnel, social, … ou de toute autre situation susceptible d’entraîner des dommages physiques, émotionnels et matériels, des perturbations ou des dysfonctionnements. C’est aussi un processus par lequel la reconstruction/adaptation se réalise dans un système social. D’où l’on peut parler de la résilience des populations en situation post-crise sociopolitique, de la résilience d’un patient des suites d’une intervention médicale ou d’un choc psychologique. Pour Boris Cyrulnik, le concept désigne le fait de « surmonter les événements de vie difficiles ».
Dans le domaine des accouchements et des soins gynéco-obstétricaux, la résilience désigne la capacité d’une mère à surmonter l’intervention et son incidence sur la qualité de sa vie sociale. Mais où réside le rapport entre césarienne et résilience ? Parler de résilience demande a minima d’identifier l’objet qui subit la crise, d’identifier les facteurs de choc. En d’autres termes, l’approche de la résilience recommande d’identifier :
- la population-cible
- les facteurs de choc dans cette population-cible
- les indicateurs de résilience
- les acteurs et facteurs de la résilience
Comment la mère adapte-elle la condition d’utérus cicatriciel à son mode de vie ? Comment s’adapte-elle aux contraintes dues à la plaie opératoire ? C’est en ces termes que nous allons analyser le problème de la résilience post-césarienne chez les mères.
Le présent article aborde les facteurs de résilience des suites de césariennes indiquées chez les mères. Dans le cadre de cette analyse, nous allons retenir la définition selon laquelle la résilience désigne la capacité pour un sujet confronté à des stress importants au cours de son existence de mettre en jeu des mécanismes adaptatifs lui permettant non seulement de «tenir le coup» mais de rebondir en tirant un certain profit d’un tel affrontement. » Pour cet auteur, il vaudrait mieux de parler de degrés ou de différences de résilience selon chaque individu.
- La situation relative à la santé maternelle et aux césariennes à travers le monde
L’association Césarine a publié, en 2005, un bulletin d’informations sur la naissance par césarienne qui mentionnait qu’il y a 1 cas sur 5 accouchements. La Politique nationale de la Santé maternelle et infantile s’attèle également à réduire la mortalité et les morbidités maternelles. Elle place les questions liées à la mortalité maternelle au rang des priorités dans le Système de santé publique national, à l’instar des autres pays en développement. Mais au-delà de la volonté politique visant l’amélioration des indicateurs de participation des femmes au développement. Car dans leur grande majorité, les décès maternels et infantiles sont dus au manque d'accès aux services de santé de base (en l’occurrence la planification familiale, les soins élémentaires, l’assistance qualifiée lors de l'accouchement, d'examens médicaux et de conseils durant la grossesse.
En Somalie, après deux décennies de conflit sociopolitique ayant causé l’effondrement du système de santé publique, 1 naissance sur 14 se soldait par le décès de la mère. La Guinée équatoriale, par exemple, atteint la cible d'une réduction de 75 % des décès maternels énoncée dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement. L'Éthiopie et le Rwanda figurent au nombre d'autres pays où la réduction du taux de mortalité maternelle a déjà dépassé les 60°%(1).
Selon l’OMS (OMS, 2013)(2), environ 287 000 femmes meurent chaque année de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. La plupart de ces décès, certes évitables, surviennent dans des pays à faible revenu et dans les zones rurales et pauvres. En 2012, l’Organisation et plusieurs Partenaires internationaux au développement socio-sanitaire se sont engagés à promouvoir les actions non cliniques visant à réduire le nombre de césariennes(3). Bien que ces efforts visent la réduction des taux de mortalité et de morbidité maternelles, la santé post-césarienne semble exclue des approches du système de gouvernance des soins. Notre opinion s’appuie sur des témoignages et des observations sur le problème. Les femmes avec des complications hémorragiques sont préférentiellement des multipares ayant déjà subi une césarienne.
Alors face au problème que la situation pose à la bonne gouvernance en matière de santé maternelle, il convient d’orienter notre analyse sur les facteurs de résilience postopératoire chez la mère.
Méthodologie
L’enquête s’est déroulée dans la communauté villageoise de Azaguié-Ahoua, dans le Département d’Agboville. Sa population est estimée à 6 000 habitants(4).
Les problèmes de santé les plus fréquents chez les mères qui sont accueillies au Centre de santé rural (CSR) d’Azaguié sont : le paludisme sur grossesse, les grossesses précoces (surtout chez les élèves), la malnutrition, l’insuffisance pondérale du bébé, l’anémie, les cas de bassin-limite ou de bassin généralement rétréci (BGR), les hémorragies sur grossesse/sur post-partum, les menaces d’accouchement, les métrorragies (ou hémorragies utérines) simples ou sur grossesse, les perturbations de la menstruation, les IST gynécologiques simples ou sur grossesse.
La population-cible à l’étude est composée des femmes césarisées d’origine Abbey et résidant dans la communauté. En termes d’unités d’observation, cette enquête a porté sur dix (10) femmes répondantes dont huit (08) mères indiquées sur grossesse et deux (02) sur accouchement pour la première opération. La distribution des unités d’observation se présente comme suit en fonction des caractéristiques spécifiques de la population-mère : l’âge, la situation familiale, la situation de l’utérus, l’événement de la première césarienne, et l’option en cas d’un prochain besoin de césarienne.
- L’âge des enquêtées varie entre 16 et 50 ans, avec trois (03) états de l’âge, à savoir les mères jeunes (moins de 20 ans), les mères en activité (entre 21 et 44 ans) et les mères ménopausées (au moins 45 ans selon la logique médicale).
- 80% de mères en âge d’activité dans notre échantillon. 60% d’entre les mères interrogées vivent maritalement. Mais 20% d’entre disent qu’elles sont divorcées ou vivent des difficultés conjugales du fait de l’événement de césarienne.
- 70% d’entre les femmes enquêtées sont uni-cicatricielles et 30% doublement cicatrisées. En plus, la majorité des recours à la méthode porte sur les grossesses précieuses ou les premières grossesses.
- 80% des enquêtées ont été indiquées sur l’accouchement pour la première intervention. 66,66% des patientes doublement cicatrisées ont été indiquées sur la grossesse pour la seconde opération, c’est-à-dire qu’elles sont identifiées et orientées au cours des consultations prénatales.
- Les données sur le facteur "Option en face d’un prochain besoin" ressortent que 50% des mères vont accepter difficilement une prochaine indication. La tendance à se résigner ou à refuser des indications augmente les risques de morbidité et de mortalité.
Au moment de l’enquête, aucune répondante n’est en état de grossesse. Nous avons aussi interrogé les principaux acteurs de prise en charge postopératoire de la patiente (famille, guérisseuses, accoucheuses traditionnelles, agents de santé publique, et leaders sociaux). Les enquêtées ont ou non des antécédents de césarienne dans l’environnement social immédiat. Les critères de sélection des enquêtées sont : l’appartenance sociolinguistique, l’âge, la parité, la gestité, la situation scolaire, la situation matrimoniale, la situation de l’utérus dans l’environnement familial, et l’option en face d’un prochain besoin de césarienne. Les entretiens ont été effectué auprès de 11 mères césarisées avec les caractéristiques décrites plus haut, 05 conjoints de mère césarisée, 15 acteurs familiaux de prise en charge de la mère césarisée, 02 guérisseuses de la mère et de l’enfant, 03 leaders communautaires, 12 agents et praticiens des césariennes à Azaguié (03), Agboville (05) et Anyama (01), Abidjan (03).
Technique d'investigation
Pour réaliser la présente recherche, nous avons construit une représentation de l’ensemble des unités d’observation au moyen de la technique dite d’échantillonnage séquentiel (ou en chaîne)(5). Cette technique d’échantillonnage qualitative(6) s’apparente à quelques points de vue à l’échantillonnage par réseaux ou par boule de neige. Elle s’est prêtée mieux au contexte spécifique de notre initiative. La technique d’échantillonnage séquentiel a consisté, pour les membres de la communauté, à « aiguiller » le chercheur vers les personnes porteuses des informations recherchées. Et cela, à partir des membres qui ont quelque rapport avec l’objet ou le groupe-cible de la recherche. Ainsi, nous avons été « aiguillés » par les patientes enquêtées et d’autres personnes qui ont eu connaissance de l’événement, notamment des proches-parents de la patiente, des personnes intervenant dans les soins communautaires de la mère et de l’enfant, …
L’enquête préliminaire a permis d’organiser une série de quinze (15) entretiens informatifs avec des spécialistes des SOU, le personnel du Service technique de la mairie, le chef du Service épidémiologique de la Direction Départementale, et de trente-trois (33) entretiens individuels approfondis avec dix (10) patientes césarisées, des membres de l’environnement familial, des acteurs de soins traditionnels de la mère et de l’enfant, et des leaders communautaires. Les entretiens semi-dirigés et les observations ont visé les groupes d’acteurs que sont les autorités administratives de la commune, des spécialistes de la Gynécologie obstétrique des structures de référence, les guérisseuses, les leaders sociaux de la Communauté villageoise, les mères césarisées et leur conjoint, les autres acteurs de la prise en charge communautaire.
Recueil des données
Le recueil de données a été réalisé de Janvier 2012 à Mai 2012. Les structures impliquées dans la prise en charge maternelle de la population-cible (notamment le CSR d’Azaguié, le CHR d’Agboville, le CMSLO d’Anyama, …) ont été visitées lors de la collecte des données. En fonction des objectifs de l’enquête, des informations complémentaires à la revue des registres d’accouchement ont été recueillies directement auprès des professionnels de santé. Les informations collectées portaient sur les caractéristiques sociodémographiques, les antécédents de césariennes indiquées, les besoins de santé sur la grossesse, l’accouchement, et les suites de couche y compris les complications graves ayant conduit à référencer la parturiente. Nous avons aussi collecté des données sur les établissements sanitaires qui ont accueilli les patientes incluses dans l'étude, ainsi que leurs activités.
Transcription et analyse des données collectées
Les entretiens (soient-ils informatifs ou personnels approfondis) ont été enregistrés, et réécoutés en vue de la retranscription. L'analyse des données a été effectuée au moyen de la méthode de l’analyse des contenus.
Les observations et les données d’entretiens de l’enquête ont été traitées de façon manuelle, en les organisant et en dégageant des typologies. Le taux de réponses chez les mères s’élève à 90,91%, et est marqué par un (01) cas de non-réponse. Et les fréquences estimées des variables et indicateurs à l’étude ont été déterminées. Elle a consisté à présenter l’ensemble des pratiques et des cheminements par lesquels l’analyse des données apparaît cohérente et objective.
Dans une approche phénoménologique, nous avons mobilisé la théorie de la motivation de la protection pour comprendre comment les perceptions sociales et les attitudes thérapeutiques sont construites et mobilisées, et comment ces facteurs orientent les stratégies (médicales, individuelles ou communautaires) en vue de la protection de la santé de la mère césarisée et de l’enfant. La population à l’étude est composée des mères césarisées ayant des antécédents avant l’enquête. Les principaux critères d'inclusion de l'étude étaient : avoir au moins un antécédent de césarienne, être membre du groupe sociolinguistique, et résider dans la communauté.
Résultats
Les données collectées sur le terrain de l’enquête présentent des facteurs de résilience de la mère césarisée. Ces facteurs aident les mères de la communauté villageoise à se relever des problèmes attribués à l’opération (y compris les contraintes psychosociales, …). Lorsque les acteurs impliqués dans la prise en charge post-césarienne ne les intègrent pas effectivement aux initiatives à l’intention des mères césarisées, ces facteurs dits de résilience sont susceptibles de se muer en facteurs de risques des suites de césarienne. Nous allons les évoquer en analysant aussi leurs portées respectives sur la qualité de vie postopératoire.
- Le respect des règles communautaires de mariage
Dans l’imaginaire de la communauté observée, le respect des règles du mariage est un facteur de résilience de la mère césarisée. Lorsque ces règles sont respectées, les mères croient que l’entourage familial va leur apporter son soutien en cas de complications sur l’accouchement°; et quand elles n’ont pas été respectées par les conjoints, les enquêtées croient qu’il y aurait un risque de complications sur la vie sexuelle de la mère. Lorsque la grossesse a été contractée à la suite d’une infidélité conjugale, alors la culpabilité de la mère en cas de complications sur l’accouchement détermine aussi les chances de relèvement après une césarienne.
- La représentation socioculturelle de la grossesse (voire de la maternité)
Les images, les idées et expressions par lesquelles les populations se représentent la grossesse et l’accouchement par césarienne, peuvent jouer sur les capacités de la mère à résilier. En effet, pour la conscience communautaire d’Azaguié-Ahoua, l’accouchement vaginal est le mode d’accouchement qui soit normal°; et le recours à l’opération constitue une complication de l’accouchement. Ainsi, les mères perçoivent l’accouchement par césarienne comme « un échec », « une frustration », « et l’expression de leur « incapacité à accoucher comme les autres ».
- La survie du nouveau-né (enfant né par ce mode)
Les chocs psychologiques majeurs de la femme sont causés par la survie de l’enfant. Comme nous l’a expliqué un spécialiste, « ce qui crée le choc, c’est lorsque l’enfant naît mort-né alors qu’elle se voit cicatrisée pour lui. Avec les anesthésies locorégionales, la parturiente entend le cri de son enfant. Lorsqu’elle le voit, elle se sent alors consolée. Les douleurs postopératoires, ce n’est plus son problème. Mais quand il y a cas de mort-in-utero ou de mort-né, le choc est très difficile pour elle. Cela peut conduire même à la folie. » Autrement dit, la survie du nouveau-né peut prévenir des problèmes psychologiques et mentaux chez la mère césarisées.
- La situation socioéconomique du ménage
La capacité économique détermine les possibilités pour le ménage à répondre aux besoins financiers de santé de la mère. La situation socioéconomique oriente la prise en charge des besoins de santé. Dans la communauté villageoise d’Azaguié-Ahoua, les données collectées faisaient été de refus récurrents en cas de référence à d’autres structures pour la prise en charge des complications obstétricales. Cette situation était constamment mise en rapport avec le manque de moyens. En plus, certaines perceptions sociales non-favorables aux indications de soins obstétricaux d’urgence (y compris les césariennes) portent sur le coût élevé de la prise en charge de l’opération.
A ce niveau, nous relevons les contraintes économiques liées aux travaux champêtres menés par les femmes en milieu rural. Leur économie repose principalement sur les exploitations de bananes et de fleurs, la culture de manioc, patates, légumes, cacao, palmier à huile, hévéa, la vente de poissons fumés, ...
- La situation de santé postopératoire de la mère
L’état général de la mère après l’opération est déterminant pour apprécier son rétablissement des suites opératoires. Si l’on constate l’apparition de certains problèmes de santé après l’opération, alors la plupart des enquêtées les attribuent à l’intervention.
La situation de santé postopératoire de la mère dépend de plusieurs facteurs tels que la nature du diagnostic qui a fondé l’intervention, les effets secondaires des produits anesthésiants utilisés, les infections postopératoires, et la mauvaise cicatrisation due aux suppurations pariétales. Les problèmes de santé postopératoires sont, entre autres, les douleurs postopératoires (les douleurs pelviennes ou « maux de bas ventre », les vertiges liées à l’anesthésie pour les césariennes normales, les douleurs lombo-sacrées, la fragilité acquise, les nausées, les hémorragies, les problèmes d’indigestion y compris le ballonnement, la perte de la capacité à procréer, et le risque d’indication sur une grossesse subséquente. Il y a également les suppurations pariétales (complications directes majeures si le bloc n’est pas stérile ou si la prise en charge de la plaie n’est pas bien faite), la durée de la cicatrisation, le lâchage de la plaie opératoire pouvant conduire à la reprise de la suture, puis en conséquence, les états fébriles ou de fatigue physique.
Dans le cadre de la présente étude, un Médecin anesthésiste-réanimateur a expliqué que la nature des problèmes de santé des suites de couche dépend aussi de l’indication. En effet, « les césariennes programmées ou électives posent moins de problèmes de santé aux parturientes. Elles n’entraînent pas de complications immédiates de façon générale. Lorsque le diagnostic est posé, les complications susceptibles sont théoriquement connues.».
- Un environnement socio-familial harmonieux et paisible
Dans le cadre de la présente étude, nous avons aussi observé que la mère parvient à surmonter le sentiment d’« un échec » de l’accouchement lorsque son environnement socio-familial présente les caractéristiques de la cohésion sociale. C’est-à-dire que la mère bénéficie du soutien social de son entourage, y compris la disponibilité et l’écoute du conjoint. Cependant, dans cette communauté, 20% des enquêtées révèlent qu’elles ont été divorcées suite à l’opération, 10% affirment que leur conjoint « les fuit ».
Ces facteurs de résilience de la mère des suites opératoires n’ont pas été énumérés par ordre de priorité.
Discussion
Dans la présente étude, nous avons identifié des facteurs de résilience de la mère et des indicateurs de risques de non-résilience. Les indicateurs de risque désignent également les facteurs qui sont susceptibles de causer la vulnérabilité de la mère, et d’influencer les chances de succès des processus de rétablissement. Ces facteurs de vulnérabilité sont, en général, opposés aux facteurs de résilience des suites opératoires.
Les facteurs de résilience de la mère des suites opératoires n’ont pas été énumérés par ordre de priorité. Notre analyse de la résilience conduit à faire un rapprochement avec la question de l’Intelligence émotionnelle. Dans la mesure où, à l’aide de l’Intelligence émotionnelle, le processus de résilience se déroule avec succès jusqu’à l’adaptation de la mère à sa nouvelle condition de « mère césarisée », avec toutes les contraintes que la plaie opératoire pourrait lui causer.
Pour Delphine VIRIOT (2013), l’Intelligence émotionnelle contribue à protéger les mères contre les anxiétés à l’égard de la santé (AES), et à optimiser en conséquence leur prise en charge effective. Le concept « Intelligence émotionnelle » a été connu avec Daniel GOLEMAN, à travers son ouvrage L'Intelligence émotionnelle (Emotional Intelligence: Why It Can Matter More Than IQ). Pour ces auteurs, il suppose la capacité à contrôler ses sentiments et émotions et ceux des autres, à faire la distinction entre eux et à utiliser cette information pour orienter ses pensées et ses gestes. » Mayer et Salovey (1997) ajoutent qu’elle désigne aussi « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres ».
Dans le sens de la promotion des compétences psychosociales, BAR-ON (1997) a proposé une gamme de capacités émotionnelles et sociales telles que :
- être conscient de soi ;
- se comprendre et s’exprimer ;
- être conscient des autres, les comprendre et entretenir des rapports avec eux ;
- faire face à des émotions fortes ;
- s’adapter au changement et régler des problèmes de nature sociale ou personnelle.
Bar-On justifie que « l’intelligence décrit l'agrégation d'habilités, de capacités et de compétences [...] qui [...] représente une collection de connaissances utilisées pour faire face à la vie efficacement. L'adjectif émotionnel est employé pour mettre en relief que ce type spécifique d'intelligence diffère de l'intelligence cognitive ». Il pose l’hypothèse que les personnes qui ont un quotient émotionnel (QE) supérieur réussissent mieux à faire face aux exigences et aux pressions de l’environnement°; et qu’une déficience dans l’intelligence émotionnelle peut empêcher le succès des processus de résilience en relevant l’existence de problèmes psychologiques chez la mère.
Manciaux (2005) a axé son analyse de la résilience sur le processus qui peut amener un certain nombre de ces victimes de violences sexuelles à surmonter leur traumatisme. D’où le concept de « parcours de résilience ». Pour Boris Cyrulnik, le concept désigne le fait de « surmonter les événements de vie difficiles ». Il parle des traits de résilience.
L’interaction entre les facteurs de risque et les facteurs de protection pourra conduire vers la résilience ou vers la vulnérabilité. Dans cette logique, les travaux de Géraldine DJAMENT-TRAN (2012) nous éclairent davantage sur la question des facteurs de résilience des suites opératoires, bien qu’elle traite d’une façon générale des anxiétés à l’égard de la santé (AES). Cette auteure distingue les facteurs de résilience individuelle et les facteurs de résilience collective ou familiale.
Les facteurs de résilience individuelle sont :
- les habilités personnelles de résolution de problèmes
- l’autonomie (sociale et économique) de la mère
- les capacités de distanciation face à un environnement perturbé
- la disposition de compétences sociales
- la perception d’une relation positive avec un adulte
- la bonne connaissance du planning familial
Les facteurs de résilience collective sont :
- l’altruisme, la sociabilité dans l’environnement social
- la responsabilité parentale
- la bonne connaissance du planning familial
- la bonne qualité de la communication dans la famille
- les interactions chaleureuses et positives
- et les valeurs d’entraide et de tolérance sociales
Pour elle alors, la résilience en matière de santé implique à la fois la patiente et son environnement social. La plupart des facteurs de résilience individuelle et collective ont été retrouvés dans le cadre de ce travail. Mais, ils s’imbriquent entre eux de façon que nous avons opté pour une approche globalisante de ces différents facteurs.
C’est aussi pourquoi nous en avons réduit le nombre en les regroupant tel que présenté dans la partie des résultats de l’étude. Nous mettons ainsi l’accent sur la dimension communautaire ou collective des facteurs de résilience. Et cette posture répond à notre objectif de cohésion, de solidarité, et de mobilisation des ressources communautaires en vue d’une meilleure prise en charge des mères de césarienne indiquée. L’existence de personnes de confidence pour la patiente est un facteur-clé que nous avons observé comme résultat dans cette étude. Elle correspond à ce que Géraldine DJAMENT-TRAN (2012) a désigné par « perception d’une relation positive avec un adulte ». Nous entendons ainsi par adulte toute personne digne de confiance et susceptible d’être le confident de la mère. Il pourrait s’agir dans ce cas du conjoint, d’un parent, des pairs, ou d’un agent de santé. Le fait de parler de votre ressenti et votre vécu avec des personnes qui peuvent entendre, comprendre et accepter ce qui est dit, des personnes qui ont vécu des expériences similaires (réseaux de soutien, associations comme Césarine) ou des professionnels (psychologue, sociologue, gynécologue, sage-femme, psychothérapeute, ...) est aussi d’un apport important dans les processus de résilience des suites de césarienne indiquée.
D’autres auteurs abordent la notion de résilience dans le sens de la promotion des compétences dites psychosociales en santé. C’est le cas de Manciaux qui appréhende le concept comme « un processus de résistance et de construction après avoir résisté à un traumatisme sévère, une situation déstabilisante, un accident de parcours voire des épreuves de vie ».
Au sujet des facteurs de vulnérabilité, nous nous référons d’abord au Programme des Nations-Unies pour le Développement qui a développé en 1989, un index de vulnérabilité sociale qui évalue « les caractéristiques d’un individu ou d’un groupe, leur situation et leur capacité à anticiper à faire face, à résister et à se remettre des conséquences d’un risque naturel »(7). D’autres auteurs notent que le manque de soutien pratique et affectif ou de critiques de la part de membres de la famille pourrait constituer un risque sur le processus de résilience de la mère. (Inandi, 2002).
Conclusion
La question de la résilience des suites de césariennes indiquées vise la promotion de la santé postopératoire des mères. Elle met l’accent sur le développement de compétences psychosociales chez les mères de césariennes indiquées, en intégrant les facteurs de résilience et les indicateurs de risques sus-mentionnés. Parce qu’à travers les processus de résilience des suites opératoires, celles-ci surmontent l’expérience d’un accouchement par césarienne vécue comme un échec de maternité. Elles surmontent les contraintes et les problèmes induits sur la qualité de vie, et parviennent à se reconstruire une vie qui vaille la peine d’être vécue. Ainsi dans le cadre de notre approche, la résilience pose le double problème de l’adaptabilité de la condition d’utérus cicatriciel à son mode de vie et de l’adaptabilité de la mère aux conditions sociales et sanitaires induites par cette expérience.
Les facteurs de résilience favorisent le bien-être de la mère dans son environnement socio-familial, et peuvent accroître les chances d’un accouchement vaginal après une césarienne. Parce qu’une meilleure qualité de vie favorise le bon développement de la grossesse, et réduit les risques de complications sur la grossesse, l’accouchement et les suites de couche.
Les facteurs de vulnérabilité influencent les processus de résilience chez les mères césarisées. En effet, ces facteurs amenuisent les chances d’un accouchement vaginal après une césarienne, et accroissent également les risques de complications sur la grossesse, l’accouchement et les suites de couche. Car ils déterminent la capacité des acteurs de la prise en charge communautaire à répondre aux besoins sociaux et sanitaires des mères.
Notes
1. FNUAP/UNFPA, 2013. CARMMA, 27 janvier. C’est une Campagne pour Accélérer la Réduction de la Mortalité Maternelle en Afrique.
2. OMS, 2013. 10 Faits sur la profession de Sage-femme.
3. Département Santé et Recherche génésiques (PNUD, UNFPA, UNICEF, OMS, Banque Mondiale), 2012. Programme spécial de Recherche, de Développement et de Formation à la Recherche en Reproduction humaine, Événements marquants de l’année 201, p. 27.
4. Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique (MSHP). 2011. Carte sanitaire.
5. Cf. Stratégies d’échantillonnage consulté sur http : www.unu.edu le 19 Février 2011. Ce document propose, dans le cadre des études qualitatives, que l’on parle plutôt de « représentations de l'ensemble » sous étude. La notion d’ « échantillon » ne traduirait pas bien la réalité des données qualitatives.
6. Les enquêtes qualitatives accordent une attention particulière au caractère unique, qu'il s'agisse d'un individu, d'un foyer ou de toute autre unité d'analyse. Les échantillons qualitatifs ont tendance à être d'abord ciblés et non aléatoires, parce que la définition initiale de l'ensemble est plus spécifique. Aussi, les processus sociaux possèdent une logique et une cohérence que l'échantillonnage aléatoire ne percevrait pas. Jacques COENEN-HUTHER (2003) parle dans ce sens des « échantillonnages théoriques qui privilégient des caractères typiques ou atypiques », à côté des échantillonnages qui prônent la représentativité statistique pour affirmer leur validité scientifique.
7. Hélène Thomas, 2008. Page 11.
Bibliographie
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3. GIRARD, F., BURLET G., BAYOUMEU F. et al. 2001. « Les complications sévères de la grossesse et de l'accouchement : État des lieux en Lorraine dans le cadre de l'enquête européenne. Enquête morbidité grave et mortalité maternelles » In Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction, Vol. 30, N° Sup. 6 - octobre. Paris, Masson : JGYN-10-2001-30-S6-0368-2315-101019-ART2.
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