Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre


Jean-Claude Thiery

Les Seksawa sont bien connus depuis que Jacques Berque, dans les années 1950, et à sa suite Paul Pascon y ont consacré une étude approfondie sur leur organisation sociale(1). Ce groupe humain se répartit dans une vallée de montagne du Haut-Atlas traversée par une piste de plus de 60km qui s’élève vers le plateau de transhumances estivales du Tichka. Assez éloignées de la plaine, ces populations ont gardé un fort attachement aux traditions amazigh. Le Bilmawen(2) marque un moment de l’année. Il est un personnage qui passe de maison en maison et à sa façon rappelle l’essence de cette culture. Nous proposons de suivre sa trace et d’apporter notre interprétation sur son rôle et la fonction qu’il occupe.


Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Le jour qui suit l’Aïd El-kébir est le début de plusieurs journées appelées Bilmawen. Dans la vallée des Seksawa située sur les contreforts occidentaux du Haut-Atlas marocain, la fête Bilmawen  du douar de Zenite dure une journée. L’excitation visible dans les jours qui précèdent me fait dire que tous attendent ce moment, les enfants en particulier mais aussi les femmes(3). Dans une maison, à l’abri des regards, dès 8 heures du matin, une dizaine d’hommes du douar âgés de 25-30 ans se retrouvent. Ils vont se parer entièrement de peaux de chèvre avec leurs pattes et sabots. Plus aucune partie de leur corps ne restera visible. Il leur faudra au moins deux heures pour se préparer. Pour cela, ils prennent des peaux de chèvres noires qu’ils assemblent au moyen d’une grosse aiguille de métal et de ficelle. L’un des hommes est le spécialiste de ce travail. Petit à petit les jambes, les bras, le torse, la tête sont recouverts. Ils prennent soin de mettre en évidence les testicules de l’animal, sans doute pour exhiber leur virilité et signifier leur identité masculine. Cela les fait rire. Les testicules de l’animal sont accrochés au niveau de leur sexe ou bien attachés au niveau de leur taille. Quand toutes les parties de leur corps sont recouvertes, vient le moment de mettre le masque sur leur visage. Il s’agit d’une tête de chèvre dépecée cousue aux peaux qui couvrent déjà leur tête. Des trous sont effectués à la place des yeux. Ils taillent ensuite un petit morceau de bois en forme de fourche qu’ils maintiendront entre leurs dents, chacune des deux fourches traversant les nasaux de la chèvre. Ainsi mis en place ils pourront avec leurs mâchoires apporter du mouvement à ce masque. Cela participera aux peurs de ceux qu’ils rencontreront. Pour terminer la confection de ce déguisement, l’ensemble est fixé au moyen d’une corde qui les enserre comme un harnais passant entre les jambes, la taille et les épaules. Fortement serrés ces cordages permettront de maintenir fermement cet harnachement jusqu’à la tombée du jour. Ainsi pourront-ils courir, sauter, bondir et tirailler sans cesse leurs proies, sans ménager leurs efforts. Cette mise en place est pour eux un moment de rire et de plaisanterie, entrecoupé de prises de thé apporté par une voisine et quelques bouffées de kif. Pendant ce temps, trois autres hommes se préparent. Leur parure est celle de femme, deux d’entre eux se vêtissent comme les femmes du village tandis que le troisième s’habille en femme occidentale blonde aux lèvres maquillées. Dans un autre coin de la maison, deux autres jeunes hommes se déguisent à leur tour, l’un en homme revêtu d’habits déchirés porte une perruque de cheveux sales, longs et très ébouriffés ; le dernier se déguise en berger d’ici. Tous à l’exception des personnages féminins se passent du noir de fumée sur le visage, les mains et pieds.

Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Dehors, les enfants regardent à bonne distance la maison où se font ces préparatifs. Ils sont nerveux à l’idée de les voir sortir. Bilmawen(4) (Bilmo’n en phonétique) est le nom des trois personnages revêtus des peaux de chèvre. Tout est prêt. Les Bilmawen et les cinq personnages sortent. Ils montent vers le haut du village, des personnes les accompagnent, ils entrent seuls dans le cimetière. Là, les Bilmawen se roulent sur la terre à sept reprises. Ainsi  symbolisent-ils les ancêtres sortant de leur tombe pour visiter les gens vivants de leur village. Cette mise en scène figure la force et l’esprit dont ils viennent se nourrir auprès des ancêtres. Ils démontrent aussi combien le souvenir des morts est important. Ainsi chaque année le jour d’après l’Aïd, les morts se rappellent aux vivants. Pendant que les Bilmawen exécutent ces roulades d’imprégnation, les autres personnages jouent des rythmes sur leurs tambourins.

Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Ce rituel terminé, comme l‘éclair, les Bilmawen se lancent à toute allure vers le village. Ils sont pleins d’une énergie qu’ils n’avaient pas quelques instants plus tôt. Ils font la course aux gens qui sont dans les rues. Ils tentent de les attraper et de les frapper avec les pattes de l’animal qu’ils tiennent dans leurs mains. Adultes et enfants, hommes et femmes courent pour ne pas être frappés, beaucoup se réfugient dans les maisons dont ils ferment la porte à clef derrière eux, ou bien dans des lieux interdits aux Bilmawen, tels un petit espace proche d’une maison en retrait de la rue, la Zaouïa de Lalla Aziza et la mosquée. Lorsqu’une personne est attrapée par un ou plusieurs Bilmawen, elle est bousculée sans ménagement et frappée avec les pattes de chèvre. Pour se délivrer, elle devra donner quelques pièces de monnaie ou objets, mais cela ne se fait pas dès la capture. Après chaque don effectué, les Bilmawen et leurs compagnons récitent quelques versets courts du Coran. La personne capturée se débat quelques minutes et résiste aux Bilmawen comme pour signifier qu’elle réfute la sentence qui va lui être infligée. Le contact physique est violent, mais adouci à l’égard des personnes âgées, des femmes et de quelques personnes particulièrement respectées. Se faire frapper par Bilmawen est important car cela est perçu comme une promesse de bonheur. Ainsi certaines femmes viennent-elles au contact de Bilmawen, laissant voir sur leur visage une peur manifeste mais sachant que les coups de patte lui apporteront la chance, les protégeront ainsi que leur famille contre les mauvais coups de la vie. Les hommes âgés (de plus de 50 ans), attirant le respect et sans doute craints dans le village, ne détournent pas leur chemin devant Bilmawen, ils se laissent frapper à leur tour. En signe de respect sans doute, les Bilmawen se font même un devoir de les frapper mais je vois que les coups sur l’épaule ou dans le dos sont moins violents. Les Bilmawen pénètrent dans les maisons ouvertes, ils font preuve de ruses, certains entrent en escaladant le mur ou la terrasse, d’autres profitent de l’entrée d’une personne dans une maison pour se faufiler et aller faire la course aux habitants de la maison, traversant le patio et les autres pièces. Il règne alors dans la maison un climat de panique et de peur mais aussi le contentement d’être visité par un porte-bonheur.

Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Les Bilmawen dans leur toute puissance, tirée de l’esprit des ancêtres, ne sont pas sans règles à respecter comme je l’indiquais précédemment. Il est des lieux qu’ils ne peuvent pénétrer. S’ils se livraient à quelques dépassements de ces règles, ils seraient soumis à de sévères punitions ; ainsi la peau d’animal qu’ils portent resterait alors définitivement collée à leur corps et ils ne pourraient jamais plus revenir dans le monde des humains. Ils seraient alors livrés au monde des animaux, des chèvres. Les Bilmawen et leurs compagnons récoltent de l’argent pendant cette journée. Celui-ci est divisé à parts égales et chacun d’entre eux est ainsi payé(5) en retour du rôle qu’il aura tenu pour ce jour de fête.

Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen est un rite d’agrégation qui participe aux fondements de ce groupe humain, à sa pérennité dans le temps et dans l’espace. Cette fête a pour fonction de réaffirmer les valeurs collectives, de rappeler à chacun sa place dans la communauté. C’est le message de l’esprit des morts par les Bilmawen. L’inversion momentanée de l’ordre des choses et la transgression des interdits en sont l’expression. Celle-ci se décline sur un mode paradoxal dans lequel tout se joue dans la dualité des contraires : vivant/mort, Homme/animal, masculin/féminin, Aïd Elkébir/Bilmawen, bonheur/craintes, maison/rue, jour/nuit, religieux/profane. Ce jour-là, sur l’inspiration des ancêtres, beaucoup d’interdits sont levés, tels pénétrer dans une maison sans frapper à la porte, agresser des personnes plus âgées, lever la main sur des femmes, voire utiliser des mots provocants. Mais la transgression des interdits de ce jour particulier vient surtout confirmer tout ce qui est proscrit les autres jours, dans ce peuple du Haut-Atlas. C’est dans ce paradoxe que les valeurs communes fondamentales prennent et reprennent tout leur sens, Bilmawen est une renaissance. Il est toutefois une chose qui connaît une transgression particulière, c’est le rapport Homme-Femme, car si les Bilmawen sont autorisés à frapper des femmes, ils le font parce qu’ils ne sont pas eux-mêmes considérés comme des êtres humains ordinaires mais comme figure d’ancêtres revenus sous les traits d’animaux. En fait les Bilmawen ne sont ni hommes, ni ancêtres revenus, mais l’esprit réincarné en animal viril. Un animal qui par ailleurs sert de nourriture, facile à maîtriser, qui en cette journée particulière, montre qu’il peut avoir une autorité sur les villageois et attirer alors la peur, sinon le respect. Ainsi l’inversion de l’ordre des choses est-elle aussi à l’endroit de cette chèvre noire. Un animal plus humble encore que le mouton qui représente une certaine richesse. Transgression et inversion sont la règle de ce jour, de Bilmawen.

Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Par contre, les personnages qui accompagnent les Bilmawen ne sont pas de l’ordre des esprits mais des humains chargés de mettre en scène la rencontre entre les Bilmawen et les villageois. Le fait que trois d’entre eux soient en habits féminins et puissent se mouvoir comme tel leur permet d’approcher et d’interpeler les femmes et filles du village, chose impossible aux hommes dans la vie courante. Ainsi ces personnages féminisés peuvent-ils attirer sans honte les femmes du village dans les exhibitions des Bilmawen. Ces personnages féminisés joueront un rôle important au terme de la journée, car la nuit venant les Bilmawen disparaîtront et ce sera le moment des chants et des danses. Cela se déroule chaque année dans ce lieu où j’ai souvent remarqué que le soir venu, des femmes et enfants sont réunis pour s’amuser ou discuter. Des jeunes hommes viennent regarder cet ahwach(6)  mais sans y prendre part, à l’exception de quelques-uns, à l’écart. En effet cet ahwach rassemble des femmes et des filles, ce qui est exceptionnel dans ce peuple où  elles ne peuvent danser avec et en présence des hommes. Dans cette soirée, où les danses sont réservées aux femmes et aux filles, les « personnages féminisés » viendront partager leurs danses. Mais nous remarquons que le clivage coutumier Homme-Femme n’est pas transgressé car ce sont des "personnages féminisés" qui dansent en ce lieu,  chacun sachant malgré tout que ce sont des hommes qui accompagnent alors les femmes du village. Cette ambiguïté, dont personne n’est dupe, n’a-t-elle pas aussi pour fonction de rappeler certaines formes de sociabilité et de relations sociales entre hommes et femmes qui caractérisent ce peuple amazigh des sommets de l’Atlas. Encore une fois c’est dans le paradoxe que se fondent les règles. Les exceptions à la règle possibles ce jour renforcent la puissance des règles qu’ils devront respecter strictement à l’avenir.

Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
A plusieurs reprises nous avons souligné les situations paradoxales dans lesquelles les hommes et femmes de cette vallée se retrouvent. Nous pensons que la tension paradoxale met chacun en position de rupture avec les comportements traditionnels. La force du paradoxe est de montrer l’incohérence et les risques encourus s’il n’y est pas remédié. Ces situations mettent en évidence le chaos, l’absurde et la décadence d’un monde qui ne serait point maîtrisé. La démonstration passe par les agissements des Bilmawen qui viennent rappeler les principes d’un monde serein dont les esprits des anciens sont les gardiens. Quelques éléments attirent notre attention car ils participent du questionnement que ce peuple a sur lui-même.




Du paradoxe Mort/Vivant

Les morts sont plus vivants que les vivants. Ils viennent rappeler l’ordre des choses et semoncent fermement ceux qui s’écartent des bonnes manières. Les morts chargent les Bilmawen de rappeler les règles en prodiguant des coups de sabot aux habitants. Ces coups sont des sanctions pour toutes les mauvaises choses commises mais ce faisant les Bilmawen sont doués du pouvoir d’apporter le bonheur à ceux qu’ils malmènent. C’est en faisant parler les morts que les vivants ne périssent pas.



Du paradoxe Homme/Animal

La chèvre, cet animal des gens simples vient prêter main forte à l’esprit bienveillant des anciens pour corriger ceux qui font peu de cas des bonnes manières. Rapide et agile, elle sait aussi ruser afin de rattraper ou déjouer les tromperies des villageois qu’elle croise. Si d’ordinaire, elle est dirigée par un berger, aujourd’hui c’est elle qui donne les ordres et les hommes lui obéissent comme elle le fait sous la menace du bâton ou des jets de pierre. Par ailleurs lors de cette fête, la chèvre change d’environnement, tandis que chaque jour ce sont les hommes qui la maîtrisent voilà maintenant qu’elle se meut librement dans un univers de femmes. L’absurdité de l’animal est plus qu’il n’y paraît la voix de la sagesse dont l’Homme a besoin.



Du paradoxe Religieux/Profane

Le jour de Bilmawen est le lendemain du jour de l’Aïd Elkebir. Cette juxtaposition paraît comme un ensemble fort contrasté. En effet l’Aïd est un jour pour célébrer la foi en Allah et cette fête souligne les valeurs contenues dans l’obéissance et la soumission. Ce qui la caractérise c’est la gravité, celle du sacrifice du fils par le père et la bonté de Dieu pour les hommes de foi. Devant le sérieux de ce moment, Bilmawen se pose en contre-point, dans une concomitance surprenante. Car c’est une journée où le rire, la plaisanterie, le dérisoire et, par certains côtés, le mauvais goût sont dans la rue. L’animal devient le maître du jeu et vient éprouver les humains. Les divinités ont laissé la place aux affres du monde animal. La sagesse de la parole divine venant des cieux rencontre le message des anciens sortis de terre, le message de la nature.



Du paradoxe Homme/Femme

Les femmes souvent discrètes, quotidiennement occupées aux tâches rudes et fatigantes, dans la maison, dans les champs ou à la rivière, sont dans la rue. Elles affrontent les Bilmawen avec le courage qui les caractérise. Elles expriment leur joie et participent pleinement à ce moment de chants et de danses. Pour elles, le quotidien connaît une rupture, une interruption brève. Tandis que les hommes, les autres jours sont dans les rues, ce jour de Bilmawen, ils sont peu visibles. Ils se rendent dans la Zaouïa pour y consommer le repas du mouton de l’Aïd à l’abri des murs du mausolée. Dans un monde où les hommes sont les principaux garants du devenir de la communauté, ce sont les femmes qui se saisissent des messages des anciens comme modèle indispensable à la pérennité de la communauté.



Du paradoxe Crainte/Espoir

Les Bilmawen sont des personnages qui inspirent deux sentiments opposés se renforçant mutuellement. La peur, des coups et des gesticulations spectaculaires dans l’affrontement avec cet animal non-maîtrisable, est à la hauteur du désir de recevoir la bienveillante protection dont il est aujourd’hui porteur. Le bonheur espéré et dont les Bilmawen sont les messagers n’est accessible qu’au prix de la peur et des coups à recevoir.


Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Bilmawen chez les Seksawa ou le langage paradoxal d’une chèvre, Jean-Claude Thiery
Les paradoxes contenus dans cette fête révèlent un mode original que ces populations des Seksawa se donnent pour maintenir leurs valeurs et structures sociales. Nous savons qu’il est des travaux développant une analyse de Bilmawen comme une activité carnavalesque. Nous ne reprenons pas à notre compte cette orientation dans la région où nous conduisons cette recherche car il ne s’agit pas ici, dans ce groupe humain, de tourner en dérision et d’exposer au vu et au su de tous les caricatures des  pratiques sociales n’y de moquer publiquement la bonne  morale ou les travers des habitants, ce qui nous semble être les fins du carnaval. Le Bilmawen des Seksawa a comme fonction de restaurer les valeurs traditionnelles en s’appuyant sur la sagesse des ancêtres. Il n’y a rien de grotesque dans ce jour de fête mais la mise en scène d’une chèvre qui rappelle à sa manière quelques principes qui fondent cette communauté. 

Nous pourrions pousser plus loin cette étude en recherchant dans le passé les façons dont cette fête était pratiquée, Ceci nécessiterait de travailler dans trois directions : comment les ancêtres étaient « invités » dans cette manifestation,  quels étaient la place et le rôle des femmes, comment cette fête profane s’articulait avec la pensée religieuse et de l’islam en particulier. Ces pistes doivent venir en complément d’un questionnement sur le comment  de tels principes paradoxaux sont présents dans d’autres activités sociales contemporaines.

Par ailleurs, nous ne devons pas écarter que ces paradoxes relèvent aussi des arrangements qui se sont opérés et s’opèrent encore dans la rencontre entre les cultures amazigh et arabe. Sur la dimension religieuse, l’islamisation très ancienne de ces peuples n’a jamais été totalement réalisée comme on le constate dans d’autres cultures africaines. Les amazigh ont accommodé les apports arabo-musulmans à leurs traditions. Ce que nous observons aujourd’hui chez les Seksawa est singulier, nous constatons qu’ils ont intégré des éléments venus de l’islam à leurs rites profanes, mais gageons que ce que nous remarquons à Bilmawen se vérifie à d’autres moments, dans d’autres activités ancrées sur des croyances profanes et/ou religieuses. Ce faisant nos travaux dressent le constat d’une culture qui ne s’est pas laissée acculturer, les amazigh tissent au quotidien un mode de vie qui leur est propre, enraciné dans leurs traditions, leur histoire et leurs rencontres. Nul n’est besoin  de démontrer que la culture amazigh est vivante et donc en perpétuelle transformation. Mais n’est-ce pas la destinée de toute culture.




Notes
1. Mot de la langue Tamazigh qui signifie « celui qui porte les peaux de chèvre » ; en langue Arabe, il se nomme « Boujloud »
2. Environ 150 Dh par personne ainsi que quelques bougies et pierres de sucre
3. En Tamazigh « fête avec musique et danse »
4. Berque (Jacques), Structures sociales du haut-Atlas, PUF, Paris 1955
5. Tradition ancestrale profane pratiquée dans de nombreux peuples africains subsahariens
6. Ces notes sont issues des observations conduites en novembre 2009

Mardi 9 Mars 2010