Et le Musée de l'Homme rouvrit ses portes



C’est un formidable outil qui ouvre ses portes ce 17 octobre 2015, après six années de travaux physiques, muséographiques, intellectuels.
L’établissement, mémoire de nos savoirs, est unique dans sa qualité de musée-laboratoire, ou vitrine scientifique. C’est ici qu’il y a un siècle les disciplines confrontaient leur naissance, se qualifiaient et prenaient leur essor. C’est ici qu’aujourd’hui, les savoirs sont mêlés comme indissociables d’un tout : l’homme dans ses diversités culturelles, temporelles, d’adaptabilités.
L’établissement est engagé, sensible à l’environnement et aux interactions morphologiques, culturelles en relation.


Le Musée de l’Homme est une rencontre de disciplines nouvelles formées au rythme des découvertes. Depuis « De l’origine des espèces » en 1859 et la société savante de Paul Broca en anthropologie physique fondée la même année, les nouveaux outils se placent pour favoriser l’émergence et l’autonomie des sciences de l’homme. Les disciplines de Préhistoire et d’Anthropologie culturelle et sociale ont dans leurs fondements une pluridisciplinarité originelle qui est propre au contexte de l’époque. Naturalistes, biologistes, philosophes, prospecteurs, littéraires, juristes, médecins, administrateurs : les réseaux de connaissance et de formation vont créer cette belle utopie de regrouper en un seul lieu les savoirs de l’homme.

Le musée d’ethnographie du Trocadero, porteur des missions Griaule, Schaeffner, va laisser place au Musée de l’Homme et laisser ses collections françaises à Georges-Henri Rivière pour fonder le musée des Arts et Traditions Populaires. Ce lieu de rencontres dépasse la communauté scientifique pour interpeller et inspirer les artistes et intellectuels de l’époque, notamment Salvador Dali et Pablo Picasso. 

André Leroi-Gourhan apportera autant d’enseignements à l’anthropologie qu’à la préhistoire. Les sciences spécifient leur méthode, elles se séparent dans les institutions et les formations.
 
En haut le Palais en 1878, en bas le Palais en 1937 et tel qu'il est actuellement
En haut le Palais en 1878, en bas le Palais en 1937 et tel qu'il est actuellement

Le fossé entre chacune devient parfois un gouffre dans les structures universitaires. L’anthropologie est souvent enseignée avec la sociologie, loin des connaissances des premiers hommes. La préhistoire rejoint sa suite chronologique, et le lien entre les deux est souvent dissolu, quand il n’est pas volontairement reformé, dans la majorité de nos formations. Cet homme complet, dans son passé, dans son présent, du loin et du proche n’est plus. Et c’est là et maintenant, après une carence de cette grandeur qui l’a conçue, après l’arrachement de cette utopie, que se reforme, se repense, se refonde le Musée de l’homme.

Dans cette entité refondée, à nouveau les savoirs des différentes disciplines se traversent et se mêlent pour donner une figure de l’homme dans sa multiplicité et sa complexité.

Résolument moderne dans l’ouverture des champs et la muséographie, il porte à nouveau fièrement son nom de musée-laboratoire. Sa structure complexe interpelle, questionne, pose les diversités de l’homme comme un tout.

Le Balcon des sciences

Balcon des sciences
Balcon des sciences
Le Balcon des sciences s’ouvre sous la verrière de l’ancien Palais du Trocadero de 1878. Il est le lieu de rencontre avec les métiers et leurs évolutions, de la découverte jusqu’à la validation scientifique en passant par l’expérimentation ici pleinement habilitée. De-ci de-là des outils, des carnets, et de nombreux panneaux numériques ludiques explicatifs. Il vivra au rythme de l’activité du musée et de la recherche en cours.

Exposition temporaire : Chroniques d'une renaissance (du 17 octobre 2015 au 19 juin 2016)

Chroniques d'une renaissance
Chroniques d'une renaissance
L’exposition temporaire nous présente le questionnement et la rénovation. Tous les outils sont à disposition : maquettes, projections murales, des feuilles explicatives en libre service avec pour titre, par exemple, « Musée-Densité », « UPA Muséo – Unité de performance autonome muséographique », « Intérieur-Extérieur ».

On y parle de la continuité dans la nouveauté du Musée de l’Homme, de sa situation en tant qu’entité nouvelle « De sorte que vouloir étiqueter le Musée de l’Homme, ne serait-ce que dans sa forme, est encore prématuré ». On explique le choix de ne pas climatiser la Galerie de l’Homme, la réflexion sur l’appréhension spatiale en plusieurs dimensions de l’exposition.
Cette exposition temporaire est le chaînon manquant entre le musée d’hier et celui d’aujourd’hui.

En fin de parcours on traverse un abécédaire géant avec des entrées pêle-mêle sur les espèces vivantes, l’environnement, les productions de l’homme.

La Galerie de l'Homme

Naissance, Galerie de l'Homme
Naissance, Galerie de l'Homme
Quel bonheur de découvrir cette exposition habile de l’homme, la nature, les mammifères, ses productions culturels, sa biologie, au passé, au présent. Il y a un vrai travail d’aboutissement et de maturité scientifique. Les savoirs sont confondus. Sa diversité et sa multitude le font apparaitre dans une unicité universelle percutante. Et c’est là que parfois, dans l’intelligence muséale, les images sont plus fortes que des mots. 

L’exposition questionne immédiatement. On sait déjà qu’on va revenir. La contemplation est largement dépassée pour entrer dans l’action. L’exposition est plurielle, comme cette grande idée qui a fondé ce musée-laboratoire au démarrage. 

Plus qu’ailleurs peut-être on sent la présence des chercheurs. Les supports sont une nouvelle fois multiples, et aident à guider dans un exposé qui peut paraître déroutant de prime abord aux non initiés, mais tellement riche. 

 

Panneau des langues
Panneau des langues
Le panneau des langues est un des éléments originaux et ludiques, la cabine de transformation de soi en Cro-Magnon quelle que soit notre physionomie repositionne nos ancêtres communs à tous. Le navire de bustes contextualise une anthropologie physique dont nos disciplines ont beaucoup souffert, notamment dans les mauvais usages qui en ont été fait. Les bustes sont mêlés ensemble, sans ordre apparent, pour passer à cette autre recherche qui est la nôtre aujourd’hui.
 
A chaque étape du parcours un mot revient : « buissonnant » pour signifier les évolutions des hommes, parallèles, diverses à chaque période. Notre berceau africain est très présent, et se verra peut-être augmenter dans les prochaines années par d'autres origines asiatiques.

Outils de culture, Néolithique, Faucilles, Tribulum,
Outils de culture, Néolithique, Faucilles, Tribulum,
Le néolithique a la part belle de cette révolution, changeant complètement notre rapport à la nature et posant les bases de nos civilisations. Notre adaptation à l’environnement est toujours aussi présente, notre adaptation alimentaire aussi, ce qui questionne sur ce que l’on consomme aujourd’hui.


Enfin, cette camionnette récupérée à Dakar dans laquelle on embarque pour un voyage audiovisuel est-elle un clin d’œil à la mission Dakar-Djibouti ?

« L’homme comme un tout indivisible dans l’espace et le temps », Paul Rivet, Ouverture, 1938.
 
Dans un prochain article, nous présenterons le centre de ressources Germaine Tillon, la Bibliothèque de recherches Yvonne Oddon, l’accueil fait au Comité du film ethnographique, l’auditorium Jean Rouch et les masters enseignés.

Dans l’attente, le Musée de l’homme et le Museum d’Histoire Naturelle proposeront un ensemble de conférences pour une autre lecture de l’homme et de son environnement autour de la Cop 21.
 

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Pour citer cet article : Sophie Haberbüsch-Sueur, "Et le Musée de l'Homme rouvrit ses portes", 19 octobre 2015, http://www.anthropoweb.com/Et-le-Musee-de-l-Homme-rouvrit-ses-portes_a772.html , ISSN : 2114-821X, Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com  .
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