L'histoire de l'exposition Homo Spinassien Sapiens


Patrick Le Chevoir

Comment l'arrivée d'un "ethnologue en déroute" peut bouleverser la petite vie tranquille d'un centre socioculturel dès qu'il laisse libre cours à son imagination pour monter une exposition à l'occasion de la semaine nationale d'éducation contre le racisme et les discriminations. Cet article relate l'aventure de l'exposition intitulée "Homo Spinassien Sapiens" qui eut lieu en 2003 à Epinay-sur-Seine.


Une des parois de la grotte
Une des parois de la grotte
La genèse

Prenez un ethnologue en déroute, faites lui donner des cours de français langue étrangère et d’alphabétisation dans un Centre Socioculturel, laissez le mijoter quelques mois et bientôt votre Centre ressemblera à un vaste chantier d’où émergeront un vaisseau spatial venu d’ailleurs, une grotte ornée de peintures pariétales, un menhir, un plastron de tortue sur lequelle vous découvrirez des caractères chinois archaïques...

Lorsque j’ai accepté ce poste à temps partiel pour donner des cours de français, j’étais loin d’imaginer qu’une aventure hors du commun allait bouleverser la petite vie tranquille du Centre où je travaillais. Durant une pause café, rite essentiel auquel je me suis vite adapté, j’entendis la phrase suivante : "qu’allons-nous faire pour la journée contre le racisme ?". Les quelques propositions échangées ne semblaient pas satisfaire l’auditoire. "C’est toujours la même chose ! Il faudrait innover." De toute évidence, la manière d’aborder le sujet du racisme se construisait selon deux possibilités diamétralement opposées. La première approche, que nous pourrions qualifier d’approche douce, avec un message moralisateur du style : nous sommes tous des frères (sans oublier les sœurs), la deuxième, plus dure, avec le poids des mots et le choc des photos !

Amusé par cette partie de ping-pong et poussé par l’espièglerie, je mis les pieds dans le plat : "Pourquoi est-ce mal d’être raciste ? D’ailleurs, qu’est-ce que le racisme? Imaginons que je sois raciste et que vous me disiez qu’il faut que je change de position, le ferai-je pour autant ?" Des yeux ronds me fixaient et attendaient la suite.

J’exposai donc mon point de vue : la première condition était de traiter du racisme sans prendre position, c’est-à-dire sans jugement de valeur moralisant. La seconde, de trouver un fil conducteur en essayant de comprendre le concept de race. Je me remémorai alors une expérience que j’avais menée avec un groupe de collégiens en difficulté scolaire, quelques années auparavant. Au fil d’une discussion, une question avait surgi spontanément : "Combien y a-t-il de races d‘hommes ?". Les réponses furent intéressantes et les enfants avec lesquels je travaillais répondirent : "Il y en a 4 ! Les Français, les Arabes, les Chinois et les Noirs !". Au final de cette discussion passionnante, ils furent étonnés et heureux d’apprendre qu’ils étaient tous des Homo Sapiens Sapiens ! A la séance suivante, un collégien absent la veille se vit poser la même question par le reste du groupe. Il répondit : "4" ! Sur ce, les autres lui apprirent avec fierté : "Waou ! Dans le vent ! Y en a qu’une ! On est tous des Homo Sapiens Sapiens ! Toi aussi tu es un Homo Sapiens Sapiens comme nous !"

Le fil conducteur était devant nos yeux. Il nous fallait parler de la diversité humaine à travers son unité, remonter le temps depuis les débuts de l’humanité pour arriver jusqu’à nos jours. Mais si nous voulions garder notre non positionnement face aux concepts de "race et racisme", nous étions obligés de justifier notre démarche comme étant scientifique, il nous fallait donc une sorte d’ethnologue incorruptible et naïf, vidé de tous concepts relatifs à l’humanité : un véritable extra-terrestre, l’anthropologue par excellence ! Cet extra-terrestre aurait guidé le public à travers le temps et l’histoire de l’homme pour comprendre ce que peuvent bien signifier les termes "race" et "racisme", deux concepts inconnus dans sa propre civilisation. Ce serait au public d’expliquer ces notions à travers une sorte de parcours initiatique qui le ferait réfléchir au travers des questions posées par un Malinowski de l’espace !

J’appréhendai que l’on me prenne pour un fou, cependant l’idée leur sembla intéressante mais resta sans suite.

Hache de la dynastie Shang -Reproduction Patrick Le Chevoir
Hache de la dynastie Shang -Reproduction Patrick Le Chevoir
La conception

Deux mois et demi avant la semaine nationale d’éducation contre le racisme et les discriminations, le directeur du Centre me demanda d’écrire la partie du projet concernant la conception et la réalisation de l’exposition, me précisant que si elle devait avoir lieu, elle se déroulerait dans une structure annexe située dans le parc de la Chevrette à Epinay-sur-Seine. Nous sommes allés visiter cette structure, un des trois bungalows sphériques implantés dans le parc, une des trois "bulles" comme les surnomment les jeunes Spinassiens.

Contrairement aux deux autres, la "bulle" du milieu était désaffectée. Un tas de vieilles choses, vestiges d’une activité sociale recouverts de poussière, s’entassaient dans les quatre salles qui la composaient. Malgré l’état d’abandon qui régnait alors, la structure intérieure me plut de par l’emplacement des différentes salles et par sa hauteur de plafond démesurée. Le lendemain matin, la partie du projet qui m’incombait se trouva à peu près en ces termes sur le bureau du directeur :

Plan de l'exposition
Plan de l'exposition
"Des extra-terrestres venus visiter notre planète pour en comprendre notre histoire, nos civilisations et nos coutumes, ont amassé une quantité impressionnante de données sur l’Homme et son Histoire. Durant leur séjour sur terre, ils ont été confrontés à deux concepts n’existant pas dans leur monde : celui de "race" et de "racisme". Avides de comprendre et bien résolus à ne quitter notre planète qu’une fois ces deux concepts révélés, ils ont posé leur astronef sur la pelouse du Parc de la Chevrette à Epinay-sur-Seine. Afin de ne pas effrayer la population, leur soucoupe volante a été transformée à l’instar des deux bungalows déjà existants dans le parc. Les Spinassiens seront invités à monter à bord pour être confrontés aux richesses de l’Histoire de l’Homme et répondre aux questions restées sans réponses des voyageurs de l’espace.

Avant même de pénétrer dans l’astronef, un extra-terrestre accueillera les visiteurs en leur expliquant le pourquoi de leur présence. Il leur délivrera un passeport intergalactique sur lequel ils trouveront un plan détaillé de l’exposition ainsi que des explications relatives à la visite.

La porte d’entrée s’ouvrira sur un sas afin d’habituer les visiteurs à l’obscurité puis ils pénétreront dans la première salle, la salle des origines, où ils seront pris en charge par un deuxième voyageur de l’espace qui visera les passeports des terriens. Dès leurs premiers pas, ils se trouveront à l’intérieur d’une grotte où ils découvriront plusieurs reproductions d’art pariétal et d‘autres éléments liés à la préhistoire : le squelette de Lucy, la tête de Toumaï, de l‘industrie lithique, une défense de mammouth... Le guide venu d‘ailleurs laissera découvrir l‘ensemble de la grotte dans un premier temps puis interviendra pour poser des questions et donner des explications sur les différents éléments se trouvant dans la grotte, les anecdotes liées aux différentes découvertes et productions humaines. A l’image de l’espace physique, l’espace sonore sera occupé par un enregistrement diffusant des sons liés à l’ambiance souterraine et moite du lieu.

Les questions du guide orienteront le public vers une même réflexion, à savoir l’unité de l’origine des hominidés et de l’espèce humaine. Plus de six millions d’années sépareront Toumaï des dernières peintures pariétales, legs artistique des derniers en liste, à savoir les Homo Sapiens Sapiens qui quitteront définitivement la préhistoire avec l’invention de l’écriture.

Les visiteurs quitteront la grotte en passant par un deuxième sas avant de pénétrer dans la salle des écritures. Un nouveau guide laissera découvrir les lieux et les différents éléments : un arbre retraçant l’étymologie du terme "race" du XVIème siècle jusqu’à l’apparition du terme "racisme" en 1930, une tablette sumérienne, un plastron de tortue recouvert de caractères chinois archaïques, la Pierre de Rosette, des ouvrages en ancien français et toutes sortes d’écritures trouvées de par le monde. L’espace aérien sera occupé par des pendules représentant les termes suivants dans un maximum de langues écrites : Amour et Haine.

Le guide interviendra pour retracer l’histoire de l’écriture et de ses deux foyers (Sumer et Chine) et les anecdotes liées aux différents éléments présents. Il devra insister sur l’évolution des groupements humains plus importants, la formation des villages et des villes, la nécessité de tenir une comptabilité, etc. Quant aux définitions suspendues à l’arbre de l’histoire du terme "race", il insistera sur son évolution et ses différentes significations à travers le temps.

Cette salle a pour objectif de souligner les points communs entre les différentes écritures, à savoir entre autres, l’extériorisation de la mémoire sur un support et le legs aux générations futures.

En quittant la salle des écritures, le public passera à nouveau par le sas puis découvrira la salle de la diversité. Celle-ci comprendra des productions humaines venues des quatre coins du monde et permettra aux visiteurs d’en appréhender la richesse. Les objets exposés devront être "ethniquement" marqués afin de faire voyager le public dans l’espace et le temps à travers un même fil conducteur : l’esthétisme. Le guide devra être à même d’expliquer les techniques rattachées à chaque objet tout en introduisant un jeu de questions-réponses pour accroître la notion de rêve et de voyage.

Intérieur du vaisseau spatial
Intérieur du vaisseau spatial
Dernier passage par le sas avant de découvrir la dernière pièce, la salle des expériences, où le public pénètrera à l’intérieur même du poste de pilotage du vaisseau spatial. Les visiteurs seront confrontés à des expériences ayant pour objectif de faire comprendre aux extra-terrestres si oui ou non les notions de races et de racisme sont fondées.

Expérience n°1 : Les cercles des préjugés
Sur une carte du monde, les visiteurs seront invités à poser des "cercles des préjugés" au centre desquels sera inscrit "civilisés", puis en s’éloignant du centre, "barbares", puis encore plus loin"sauvages" et pour finir "monstres". Au fur et à mesure que les cercles seront posés, ils s’enchevêtreront, montrant ainsi que ceux qui nous paraissent sauvages ou monstrueux, peuvent à leur tour nous juger de la même manière. Les cercles des préjugés seront imprimés sur un support transparent.

Expérience n°2 : le squelette
Un extra-terrestre posera la question suivante face à un squelette : de quelle couleur était sa peau ? Après avoir laissé le public répondre, il avouera finalement ne pas savoir...

Expérience n°3 : les rhésus
Trois bocaux d’hémoglobine contenant différents rhésus appartenant à trois hommes, dont la couleur de peau sera différente, devront servir pour une transfusion sur trois femmes dont la couleur de peau correspondra à celle des trois hommes. Il faudra deviner qui peut donner du sang à qui. Les rhésus ne seront dévoilés qu’après le choix des visiteurs.

Expériences n°4 : le miroir des vérités
Les visiteurs seront face à une porte sur laquelle sera écrit : "derrière cette porte, à gauche, se trouve une personne qui peut être victime du racisme, et, à droite, une personne qui peut devenir raciste". Les visiteurs devront passer un à un. Une fois entrés, ils découvriront, à gauche comme à droite, un miroir...

Expérience n°5 : la machine de l’espoir
Sur cette machine se trouvera un écran divisé en deux parties, la première accueillant des photos d’hommes de différentes ethnies, la seconde, le même nombre de femmes de diverses ethnies elles aussi. A chaque photo sera attribué, un nombre pour les hommes, une lettre pour les femmes. Un clavier dont les touches correspondront aux nombres et aux lettres, sera à disposition des visiteurs qui devront choisir un couple en appuyant sur deux touches (un homme, une femme). Quelle que soit la combinaison choisie, le résultat diffusé dans un casque audio sera le même : les premiers cris d’un enfant venant de naître.

Avant de franchir la sortie, les terriens-visiteurs devront passer par le bureau des douanes intergalactiques où leur passeport sera de nouveau tamponné mais, cette fois-ci, avec la mention "Homo Sapiens Sapiens". Les visiteurs se verront attribuer un petit cadeau, une carte souvenir de leur passage chez les extra-terrestres sur laquelle ils découvriront une définition futuriste du terme "racisme" :

"Racisme : terme désuet, utilisé pendant le XXème siècle et une courte période du XXIème siècle qui signifiait une incompréhension entre les Homo Sapiens Sapiens."
Sur la porte de sortie, un panneau indiquera : "sortie des Homo Sapiens Sapiens"."

Squelette de Lucy, reproduction
Squelette de Lucy, reproduction
Du rêve à l'obtention de l'aval

Une semaine plus tard, une réunion était organisée à l’intérieur même de la "bulle" afin de déterminer le partage des taches. La plupart des membres de l’équipe du Centre étaient présents. Au bout d’un quart d’heure, le partage fut effectué : la salle de la diversité fut confiée au secteur enfance. La salle des écritures devait faire appel en partie aux A.E.P.S.(ateliers éducatifs péri-scolaires), le secteur Jeunesse se voyait attribuer la réalisation technique de la salle des expériences. L’animateur socioculturel devait se charger de la réalisation des passeports, de l’affiche et de la communication, le coordinateur Enfance-Jeunesse de la logistique et le directeur de la coordination. La réalisation des reproductions m‘incombait (squelette de Lucy, crâne de Toumaï, outils de pierres...) et un intervenant Arts Plastiques devait, en principe, me seconder pour les reproductions de l’art pariétal.

La réunion s’éternisant, la communication, la logistique, la coordination et moi-même quittions l’espace cuisine de la futur grotte pour commencer à déblayer les trois autres pièces encombrées par plusieurs mètres cube à mettre aux ordures. Dès lors, deux groupes ainsi formés s’affirmèrent dans leur démarche jusqu‘au jour de l‘inauguration, à savoir le groupe de ceux qui pensaient, réfléchissaient, conceptualisaient et argumentaient à renfort de grands discours et le second composé de ceux qui agissaient !

Cette exposition non budgétée sur l’année en cours, devait recevoir l’accord de la Mairie si nous voulions qu’elle soit réalisée voire que quelques fonds soient débloqués. Seule la présentation du projet écrit risquait fort de ne pas suffire à obtenir l’aval, nous devions fournir des preuves concrètes de la faisabilité de l’exposition. D’un commun accord avec le directeur du Centre, nous avons décidé de mettre l’accent sur la première salle, celle de la grotte en présentant quelques mètres de parois rocheuses avec un exemple d’art pariétal et le squelette de Lucy.

Bison, grotte d'altamira
Bison, grotte d'altamira
Il me restait quelques pains d’une pâte à modeler à base de plâtre dont le temps de séchage est assez rapide. La nuit même, les premiers ossements de Lucy ressuscitaient sur la table de la salle à manger. Il est intéressant de noter que, parmi les nombreuses photos de Lucy trouvées sur Internet, aucune d’entre elles ne comportait d’échelle. Le plus surprenant fut de découvrir que le nombre d’os composant le squelette différait fréquemment ! Quant à Toumaï, je rencontrai le même problème d’échelle, n’ayant comme repère à peu près fiable que la proportion existante entre la main de l’inventeur et le fruit de sa découverte.

J’obtenu l’effet de vieillissement des os à l’aide des gouaches de ma fille qui ne ratait pas une miette de l’évolution des maquettes. Le jour J, Lucy, trois mètres de paroi et quelques outils préhistoriques étaient fin prêts pour accueillir la directrice de la Vie des Quartiers ainsi que les directeurs des autres Centres Socioculturels. Nous avions le feu vert ! Il nous restait deux mois pour monter l’exposition.


Du rêve à la réalisation

A partir de ce moment, les heures passées à la réalisation de l’exposition ne comptèrent plus ! Au bout d’un mois, la grotte était pratiquement terminée mais la hauteur du plafond que j’avais appréciée lors de la première visite posa vite un problème. Il nous fallut la rabaisser de moitié à l’aide d’un filet de camouflage de l’armée, maintenu par des cimaises, sur lequel nous disposâmes du papier kraft froissé. Le résultat fut plus que surprenant.

Quant aux réalisations liées aux autres salles, elles se caractérisaient par leur absence ! Le créateur des passeports et de l’affiche vint en renfort pour la fixation de la voûte de la grotte et le coordinateur Enfance-Jeunesse fut initié au modelage et à la sculpture pour la confection de l’arbre de la salle des écritures... Le retard était tel que je fis appel au voisinage pour nous prêter main forte. C’est ainsi que j’entraînai dans la galère un de mes voisins, artiste spécialisé dans le carton, pour la réalisation de l’intérieur de l’astronef à partir des plans que je lui avais fournis. Un autre voisin vint nous aider les week-ends à peindre la salle des expériences. Malgré nos efforts et les nuits blanches, nous ne voyions rien venir du côté du groupe qui s’était constitué dès la première réunion. Ainsi, nous fumes obligés de supprimer quelques éléments de l’exposition lors d’une réunion musclée où nous faisions le point sur l’avancement des travaux. Adieu "cercles des préjugés", au revoir "l’expérience du squelette", fini les réalisations tant attendues de la salle de la diversité, envolés les pendules de la salle des écritures... L’ambiance à l’intérieur du centre socioculturel était des plus tendues !

Il nous fallait à tout prix sauver la salle de la diversité. Nous décidâmes alors de nous en remettre aux habitants du quartier. Epinay-sur-Seine a cet avantage d’être une ville où se côtoient des représentants d’horizons multiples et variés. Nous avons donc invité les riverains à venir exposer des objets représentant leur culture. Un ami artiste qui habitait à deux pas du Centre vint couvrir un mur entier de ses oeuvres représentant des scènes de la mythologie indienne sur métal repoussé... La salle de la diversité était sauvée. Il manquait une pièce centrale pour combler le vide du milieu de la salle. Je pensai tout d’abord à une reproduction d’une des fameuses statues de l’île de Paques, mais faute de chevrons et de bandes plâtrées, nous avons transformé un vieux bureau qui était destiné à l’une des expériences manquantes en menhir !

Une obélisque, dont la base était constituée de vieux livres, vit le jour dans la salle des écritures. Les côtés furent recouverts d’inscriptions provenant du monde entier.

La tension était à son paroxysme quelques minutes avant l’inauguration et les derniers points de colle furent posés dans la salle des expériences alors que les invités commençaient à visiter la grotte !

Line, la mascotte de l'équipe, face au miroir des vérités
Line, la mascotte de l'équipe, face au miroir des vérités
Du rêve encore du rêve

La réaction du public récompensa nos efforts. L’exposition qui ne devait durer qu’une semaine se prolongea pendant un mois. Alors que nous nous apprêtions à la démonter, nous reçûmes comme consigne de la garder intacte jusqu’au mois d’octobre pour Festiv’Art, une manifestation organisée chaque année par le Centre socioculturel des Econdeaux.

Certaines réactions m’ont touchées. Les enfants, par exemple, lorsqu’ils se demandaient comment nous avions pu transporter une grotte dans "la bulle", comment nous avions pu dérober Lucy, etc. Mais la féerie ne se limita pas aux enfants, elle toucha aussi les adultes. Je me souviens d’une femme sortant les larmes aux yeux de l’expérience des miroirs, expérience si simple, le reflet de sa propre image... Que dire des regards attendris lorsque, munis des écouteurs, les visiteurs écoutaient le résultat du couple qu’ils venaient de choisir ? Je suis conscient du fait que cette exposition ne fut qu’une toute petite pierre ajoutée au combat contre le racisme, mais nous avons réussi notre pari, à savoir : traiter du racisme avec un peu de poésie et de rêve sans jamais intervenir dans le libre arbitre de chacun.

Ce sont les sourires des enfants sortant de leur voyage à travers les quatre salles de l’exposition qui restent à jamais gravés dans ma mémoire. J’espère qu’un jour, il pourront lire dans leur dictionnaire :

"Racisme : terme désuet, utilisé pendant le XXème siècle et une courte période du XXIème siècle qui signifiait une incompréhension entre les Homo Sapiens Sapiens."
Mais où s’achève le rêve ?

Jeudi 5 Mars 2009