Politiques d'intégration des pygmées au Cameroun


Henriette Bindzi Mballa

Pourquoi les politiques visant l’intégration des Pygmées sont vouées à l’échec ? Développée sur divers plans, l’intégration des Pygmées, peuple nomade devient une priorité et est appelée à une activité désormais de premier plan. L’Etat a moult fois pris des tentatives tendant à scolariser les Pygmées. Mais les Pygmées n’ont jamais marqué leurs adhésions quant à la politique de l’Etat. Les politiques d’intégration entreprises en faveur des Pygmées sont souvent vouées à l’échec. C’est ainsi qu’il nous revient après un constat de réfléchir sur le pourquoi et sur le comment parvenir à scolariser les Pygmées.


Politiques d'intégration des pygmées au Cameroun

Sur le plan de la scolarisation, des problèmes fondamentaux restent à élucider, à considérer. Il convient de souligner qu’il y a inadéquation entre le calendrier scolaire et la  cadence de départ des Pygmées en forêt. Lorsque le moment du départ en forêt arrive, les Pygmées s’en vont emportant ainsi leurs enfants sans se soucier de l’école formelle pour ceux qui en savent quelque chose. Pour ceux de leurs enfants qui sont non scolarisés, le problème ne se pose aucunement. Ceux qui sont scolarisables, pourquoi sont-ils non scolarisés ?

 

Les parents d’élèves Pygmées partis en forêt s’interrogent-ils sur l’avenir de leurs progénitures ?

 

Le départ en forêt des Pygmées représente un moment de communion en rapport avec leur culture, où le Jeingui est loué au cours d’une cérémonie rituelle conçue à cet effet. Il s’agit d’un moment d’apprentissage où les jeunes générations entrent en contact avec les pratiques culturelles et éducatives de leur peuple, en rapport avec leur mode de vie. Les Pygmées célèbrent leur dieu le Jeingui au cours d’un cérémonial chantée au rythme du « Yéli » que fredonnent les femmes avec des mélodies choisies pour la circonstance.

 

La forêt représente un lieu d’apprentissage où les jeunes garçons font leur entrée dans le monde des adultes après avoir été éprouvés en  passant des actes de bravoure.

 

La chose scolaire a-t-elle un sens pour les familles Pygmées ? Si oui, pourquoi donc ce désintérêt face à l’instruction scolaire au profit de la forêt ? La déforestation causera du tort au peuple pygmée dans la mesure où elle sera dépouillée de son contenu, voire des essences dont les qualités sont reconnues en matière des soins de santé.

 

L’école constitue-t-elle la seule voie pour l’intégration des Pygmées dans la Nation ?
Peut-être que jusqu’à présent des actions de sensibilisation n’ont pas encore été mises sur pied dans le but de susciter un intérêt et de provoquer un certain engouement auprès des Pygmées  pour l’école institutionnelle sans toutefois ignorer l’école traditionnelle. De toutes les manières, les deux formes d’éducation sont appelées à se compléter. Certes, il n’y a pas qu’à l’école institutionnelle que l’on peut acquérir des savoirs. L’école informelle existe, voire l’école de la rue, l’apprentissage sur le tas par exemple.

 

Vouloir changer à tout prix le mode de vie des Pygmées contre leur gré n’est-il pas une forme de violence organisée par les Bantou ? Les Bantou aussi avaient connu de la violence de la part de l’homme Blanc quant à l’instruction scolaire. La raison donnée à cela est d’amener un peule à la vie moderne.

 

Laisser ainsi un peuple en marge de l’éducation scolaire n’est-il pas de la violence ? Si on laisse les Pygmées à leur mode de vie le problème de communication se posera entre les peuples ; en tout cas, on se heurtera au problème de la cohabitation entre les divers peuples. En somme, le problème de l’altérité se posera avec acuité. De plus, il ne faudrait pas penser à la place des Pygmées et ne pas les contraindre à penser comme nous.

 

« Qui vous dit que les Pygmées ont des problèmes ? »  C’est plutôt les Bantou qui ont des  problèmes, a dit un Pygmée lors d’une enquête de terrain, chez les Baka à l’Est du Cameroun

 

Evidemment les Bantou jouissant d’un complexe de supériorité et se targuent d’être les meilleurs ; mais les Bantou s’estiment supérieurs par rapport à quoi ? Ce n’est pas parce qu’un peuple ne va pas à l’école qu’il est considéré comme attardé, arriéré. Lévy Brhul s’était largement étendu dans son ouvrage parlant de l’âme primitive. Disons que les Pygmées détiennent des savoirs dont les Bantou en sont dépourvus. Les Pygmées détiennent une grande pharmacopée ; c’est domaine où ils excellent et ils ont une grande maîtrise des essences de la forêt. Lévy Strauss, quant à lui, dira que nul ne naît idiot contrairement aux idées de Hégel pour ce qui concerne le Nègre, en pratique de sa dialectique maître/esclave. Les Pygmées aussi peuvent avoir les aptitudes leur permettant d’aller à la lune.

 

D’autres activités peuvent servir de tremplin aux Pygmées pour leur insertion sociale, en exemple, l’agriculture, le commerce, le sport.

 

Un suivi et un recensement sont nécessaires pour les enfants Pygmées scolarisés.

 

Si aujourd’hui les politiques d’intégration des Pygmées intentées par l’Etat sont vouées à l’échec, il faudrait vérifier si quelques incompréhensions n’existent pas entre les protagonistes. Adapter le calendrier des départs des Pygmées en forêt avec la cadence scolaire s’avère opportun.

 

Donner de la considération au peuple Pygmée comme des êtres humains, comme des élèves à part entière, les mettre sur la même enseigne que les élèves Bantou serait un début de solution et fera évoluer la situation pour une société juste où on pense que les minorités aussi ont droit au respect, le repli identitaire causant du tort aux uns tandis que les autres perpétuent les rapports de force (dominants /dominés). Pourtant, Karl Marx met l’accent quant à la production. En tout cas, la société a besoin de toutes les strates sociales. Alors, les Pygmées sont d’une utilité indéniable.


 
Il est à noter que les Baka représentent 0,4 % de la population de l’Est Cameroun contre les 13 % des Bororo d’après le MINASS car l’Etat a déployé 9 millions de francs pour l’insertion sociale des populations marginales et en minorité en 2009.

 

A présent, les Politiques éducatives se doivent de prendre en compte la dimension humaine des Pygmées, en tant  que entité nationale contribuant à la construction de la Nation. Il ne s’agit pas de concevoir des politiques éducatives particulières pour les Pygmées. Les Pygmées sont des individus à part entière autant que les Bantou.

 

Néanmoins, on peut dire à présent que les Pygmées ne constituent pas la seule population à se plaindre de la vie dure. Mais, les effets de cette vie dure sont perçus diversement. Le phénomène de l’altérité n’épargne personne. Les frères d’une même ethnie peuvent souffrir de l’altérité à titre d’exemple.

 

Les élèves baka vont devoir s’habituer à leurs frères Bantou en classe, dans la cour de l’école, au terrain de jeu, en l’occurrence lors d’une compétition de football.
Si l’éducation n’est réservée qu’à une certaine catégorie de personnes, à quoi peut s’en tenir les autres ?

 

Les décideurs doivent prendre en compte, dans leurs priorités, les différences entre les élèves pour ce qui concerne la chose scolaire. Ce qui permettra une plausible et même une meilleure intégration de chaque peuple dans le tissu national. Sans toutefois sombrer dans de l’utopie, mais la paix et l’équité dans la société demeurent une préoccupation primordiale qu’il faut promouvoir. Ceux qui sont chargés de promouvoir la paix et l’équité sociale ont une obligation de résultat afin que la cohésion sociale règne.

 

La multiplication des infrastructures scolaires contribuent à remédier  aux problèmes d’effectifs pléthoriques permettant ainsi de donner une chance aux populations marginale afin qu’elles puissent aussi scolariser leurs enfants dans de bonnes conditions.

 

Nous pouvons dire à présent que notre souhait est que les gouvernements accordent davantage d’intérêt à la politique d’intégration des Pygmées. Les politiques visant l’intégration sociale des Pygmées ne connaîtront pas l’échec si un véritable dialogue s’installe entre l’Etat qui est le garant du bien-être de l’individu et le peuple pygmée. L’Etat, en prenant ses responsabilités et en respectant ses engagements fera des Pygmées ce qu’ils doivent être et pas malgré eux. Les bonnes   volontés prennent le relais face à l’action de l’Etat.


Vendredi 5 Novembre 2010