Une Lila chez les Hammadcha (Zerhoun, Maroc)


La confrérie des Hamadcha a été fondée au Maroc au 17ème siècle de notre ère par deux saints soufis, Sidi Ali Ben Hamdouch et Sidi Ahmed Dghoughi. Dans l’imaginaire populaire, leurs descendants, les chorfa, ont reçu d’Allah un pouvoir de guérir (la baraka) par l’intermédiaire des saints fondateurs de l’ordre ; cette faculté leur confère également un rôle particulier dans les relations entre les hommes et les êtres invisibles, les jnun. Mâles ou femelles, musulmans, juifs, chrétiens ou païens, les jnun sont venus sur Terre avant l’homme et organisent leur monde en se calquant sur le nôtre. Parmi les jnun musulmans, certains d’entre eux sont considérés comme les rois et reines du panthéon spirituel ; on les appelle les mlouk. A leur tête, Lalla Aïcha, puissante reine soudanaise qui fut, selon la légende, capturée par Sidi Ahmed Dghoughi pour qu’il l’assiste dans son combat contre les forces maléfiques. Les mlouk jouent un rôle particulier dans le rituel des Hamadcha (la lila), établissant des relations complexes avec les humains, exprimant auprès d’eux un certain nombre d’exigences : s’habiller de telle couleur, brûler tel encens, consommer telle nourriture, respecter tel interdit sexuel, célébrer la lila, une cérémonie rituelle et musicale dont la finalité est d’établir ou de maintenir un contact avec les mlouk. La musique en est l’élément indispensable, c’est elle qui attire les génies vers le monde des hommes, incitant la transe et maintenant les affiliés dans un état de possession, non pas en vue de chasser l’esprit mais plutôt pour s’en faire un allié. La musique des Hamadcha n’exorcise pas, elle dompte et agit en médiateur.

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Une Lila chez les Hammadcha (Zerhoun, Maroc)
Rédigé le Mardi 30 Mars 2010