Les croyances et leurs représentations dans la production de la performance sportive au handball


Raymond Tamoufe Simo

Cette étude dans le champ sportif, porte sur une analyse de type socio-anthropologique liée aux croyances et aux pratiques magico-religieuses. Figurez-vous combien de fois a-ton vu des athlètes adopter des attitudes singulières et inhabituelles à savoir:


- Faire le signe de croix ou baiser le praticable avant ou après une rencontre,


- Observer un instant de silence dans une posture insolite,


- Réciter des versets bibliques ou coraniques avant les matchs,


- Observer des périodes de jeûne et ou des neuvaines lors des stages de préparations, etc.


Il est évident que l'amélioration de nos connaissances sur ces faits et gestes initiatiques/exotériques contribuera à la compréhension des attitudes/comportements qui constituent désormais un culte important pour la réussite de nos athlètes. De ce fait, si leurs modes d'acquisition et leurs systèmes de pratiques ont une incidence sur les représentations de leurs performances sportives, on est amené à envisager leurs émergences dans le champ des pratiques sportives compétitives. Théoriquement, ces croyances/pratiques magico-religieuses associées aux constructions mentales sur lesquelles elles se fondent, s'appréhendent sous deux indicateurs :


- Le premier indicateur situe la société comme le lieu de construction mentale et de découverte de la performance sportive(1).


- Le second indicateur présente les facteurs socioculturels comme vecteurs de la mise en place des représentations sociales des symboles et autres objets religieux.


Notre objectif à travers ce thème se traduit par la volonté de faire comprendre les logiques qui expliquent les attitudes « insolites » et la présence des objets/pratiques magico-religieux chez l’athlète de haut-niveau. En quoi leurs usages ont-ils une importance dans la production de la performance chez les handballeurs africains ?


Sans avoir la prétention de vouloir étiqueter ou stigmatiser un groupe social, notre contribution repose sur une réflexion autour des croyances et des pratiques cultuelles traditionnelles négro-africaines. Dans cette perspective, les pratiques modernes sont astreintes à subir l’influence de cette idéologie traditionnaliste. En Afrique noire subsaharienne, nous pouvons énoncer quelques exemples significatifs. On fait recours aux croyances et aux rituels de la tradition dans le champ des pratiques:
  • agricoles ;
  • à caractère festifs, funéraires, ludiques, artistiques ;
  • médicinales/thérapeutiques (procréation, fécondité) ;
  • guerrières, etc.
Toutes les activités humaines font référence aux croyances, aux pratiques et aux rituels. Dans les sociétés africaines on verse toujours un peu de boisson par terre, on jette toujours un peu de nourriture au sol en guise de témoignage aux ancêtres, aux esprits et aux dieux. En somme, le négro-africain a une spiritualité. Il croit à la présence des ancêtres, esprits et/ou divinités qu’il mêle quotidiennement à toutes les activités qu’ils président, inspirent, fécondent, etc. à vrai dire, si le négro-africain scrute cet environnement divinatoire, c’est pour y découvrir les messagers d’une divinité à travers les signes qui se manifestent. Le champ des pratiques sportives est alors un espace de prédilection pour appréhender ces différentes formes de pratiques /croyances qui structure au quotidien la quête de la performance sportive, gagner un match, être retenu en sélection nationale, être performant avoir une promotion sociale, etc. Quelques illustrations témoignent des faits. 

A. Quelques illustrations

Il faut souligner qu’en Afrique subsaharienne, plusieurs organisations, tant nationales qu’internationales, interdisent les pratiques fétichistes au sein des équipes sportives. À titre d’exemple, un extrait du journal Elima(2) évoque qu’en 1980, le ministère des Sports zaïrois fit paraître en son article 12(3) les règlements du championnat national. De même, la Confédération africaine de football (CAF) a toujours condamné le fétichisme. Ainsi, en 1980, le président de la CAF a insisté sur le fait que le fétichisme en sports était un fléau, affirmant qu’«il n’est pas admissible qu’en plein vingtième siècle, on puisse voir des gris-gris, des amulettes, qui perturbent le déroulement régulier des compétitions(4)».
 
Une autre observation note que les chapelets et autres « porte-bonheur » sont très répandus dans les habitudes comportementales des athlètes. Certains croient encore en leur efficacité mystérieuse, car dans leur construction mentale, ces objets sont dominés par des interprétations occultes devenue plus importantes que les préparations physiques / techniques intensives. Dès lors, les clés du succès sportif résident dans les poches des joueurs, dans les objets et symboles magiques jalousement consignés dans le système nerveux central.
 
Le sport occupe une place de choix dans le processus de construction des identités sociales, ce qu’illustre parfaitement l’exemple du football en Europe et en Amérique du Sud. Dans la mémoire collective, certains assimilent sciemment ces faits énumérés ci-dessus à la «mentalité magique» dont la sorcellerie est une des manifestations les plus importantes.
 
Selon Michael G. Schatzberg(5), le phénomène de « sorcellerie » et/ou de pratiques magiques sont légions en Afrique. D’ailleurs, dans un contexte social fortement dominé par l’émergence des nouvelles Eglises, une certaine presse(6) révélait que les clubs dépensaient des sommes exorbitantes pour les services des féticheurs. Peut-être plus intéressant encore est le fait que des clubs de handball importants en Afrique y divulguent régulièrement des investissements sans gêne ni honte. Aussi, un article paru dans la presse camerounaise en 1987 invite l’intellectuel africain à prendre conscience du fait qu’il «faillirait gravement à sa tâche s’il tenait un discours qui ne se démarque pas de la vision magique du monde. Par contre, l’histoire lui saurait gré s’il contribuait par ses écrits à l’avènement d’une mentalité scientifique en Afrique(7)». Alors, notre préoccupation scientifique est d’analyser la manière dont se construisent le transfert de certaines croyances religieuses observées et les implications que cela a pu susciter dans la production de la performance au handball en Afrique. 

B. Les croyances : une identité négro-africaine ?

a. L'Afrique...

L'Afrique est une entité. La majeure partie de son territoire, est constitué d’une diversité des peuples qui pourrait être regroupé en deux blocs distincts au point de vue ethnique comme d'un point de vue culturel:
  • l'Afrique du nord ou méditerranéenne(8) ;
  • l'Afrique noire, ou plus exactement l’Afrique subsaharienne à forte majorité noire(9).
Ces deux ensembles sont géographiquement séparés par les étendues désertiques du Sahara et du désert de Nubie. Le contexte africain qui constitue notre espace d’étude se caractérise aussi par sa grande diversité climatique et culturelle, dont les traditions religieuses, us et coutumes de référence seront fortement noyés par l’avènement des pratiques corporelles modernes hérités de la colonisation: le cas du Handball. 


b. Quelle Afrique ?

À l’inverse des sociétés occidentales à technologie avancée, où les logiques de savoir et de bien-être sont devenues matérialistes et dépossédées de leur capital du sacré, autant celui-ci reste prépondérant en Afrique noire. Alors, pour comprendre cet Afrique, il est incontestablement indiqué de s’appesantir sur les aspects raisonnés. Car, ceux-ci traduisent dans leurs essences la mentalité des peuples par le biais des champs bien précis :
  • Les croyances et les pratiques religieuses traditionnelles
  • pratiques sacramentelles.
Or, l’Afrique a cet avantage de disposer en même temps des traditions chrétiennes, musulmanes, animistes et païennes. Il existe des similitudes entre les coutumes africaines et la tradition musulmane. On retrouve des deux côtés l'existence d'un monde matériel qui double le monde immatériel que seuls les initiés peuvent scruter. L'islam est également friand des confréries et des pratiques magico-religieuses, notamment à travers ses oracles, voyants, marabouts et guérisseurs. 


c. L'Afrique des croyances et/ou l'univers de l'immatériel ?

La littérature négro-africaine offre des possibilités de connaissance et de découverte de sa culture. Mais, au-delà de sa diversité, deux indicateurs symbolisent la philosophie des pratiques et des croyances traditionnelles:
  • L’animisme <=> religion traditionnelle, cette réalité religieuse qui prête une âme à tout ce qui nous entoure (êtres vivants, objets, phénomènes naturels).
  • Le fétichisme <=> maraboutisme qui est représenté comme étant le culte des objets auxquels on attribue un pouvoir mystique. 
En effet, nous osons croire que le dénominateur commun de ces deux pratiques repose sur ce qu’on pourrait nommer le rapport à l’immatériel, c'est-à-dire :
  • L’univers des esprits et des forces occultes (êtres surnaturels, génies, démons, divinités, ancêtres.etc.)
  • Le lieu des incantations secrètes, des desseins voilés, sacrifices, etc. Chaque homme y a son double(10).
La plupart des mythologies africaines considèrent qu’un Dieu est à l’origine de la création du monde, et qu’ensuite une cohorte d’esprits, de génies et de forces diverses peuplent l’univers(11). Ainsi, incarnés dans le corps des humains, ils sont représentés comme étant les « esprits de Dieu ». Ils sont presque tous bienfaisants(12) et s’intéressent à la gestion du quotidien des humains. On pourrait les classer en trois catégories :
  • les devins qui voient mais n’ont pas le pouvoir d’agir sur les esprits;
  • les sorciers qui sont doté d’un pouvoir mais qui malheureusement le mettent au service du mal.
  • les guérisseurs ou marabouts, sorte d’exorcistes/soigneurs qui ont également un pouvoir et l’utilisent pour essayer d'empêcher les forces du mal de se produire.
Tous sont susceptibles d'être consultés pour satisfaire les désirs de l’homme. Toutefois, on ne peut jamais se fier totalement à eux(13). Ces esprits vivent dans le monde immatériel, mais aussi dans la nature(14). Signalons que dans ce contexte traditionnel, les pratiques et les croyances sont l'expression de la force spirituelle. D'où son importance dans de nombreuses pratiques sociales qui sont fonction des usages et représentations. 

C. Les représentations sociales

Avec Denise Jodelet(15) La représentation sociale est une forme de connaissance socialement élaborée et partagée ayant une visée pratique et qui concourt à la construction d’une réalité commune à un ensemble social. En Afrique, et au sein des équipes de handball en particulier, ces connaissances s’élaborent à partir des codes d’interprétations propres à l’environnement, et constituent ainsi un phénomène social. C’est ainsi que le processus de représentation des croyances et des pratiques religieuses donnent lieu à des constructions ou une reconstruction de la réalité en intégrant spécifiquement la dimension psychologique et sociale.
Afin de mieux appréhender cette notion de représentation sociale des croyances sur les performances réalisées, il serait aisé de présenter comment se structure cette transformation réelle en un objet mental, son processus d’élaboration par rapport à son contenu. 


1. Caractéristiques générales de la performance sportive à travers la notion de représentation sociale

- Structuration

La performance sportive à travers la notion de représentation sociale, est constituée d’un ensemble de processus. D’abord, la transformation d’une réalité sociale en un objet mental. Ensuite elle est fonction de la position sociale qu’occupent les filles au sein du groupe, et dans l’espace sportif national. Enfin, elle est fonction des relations de type identitaire que celles-ci construisent avec leur environnement. 


- Contenu

  • Les caractéristiques des représentations sociales de la performance sportive sont liées à son contenu, et constituées par un ensemble d’informations relatif à l’objet social : le cognitif.  
  • La définition du rapport figure/sens, selon MOSCOVICI(S), « le caractère significatif n’est jamais indépendant de son caractère figuratif (16)». Par conséquent, les significations passent par des images lesquelles produisent des significations.
  •  Le symbolique : il constitue un élément de la représentation, car ce qui est absent, prend signification en s’appuyant sur lui, et en lui conférant des qualités qui l’investissent de sens. Le contenu symbolique des représentations se réfère à la structure imaginaire des individus. 

 
2. Les croyances et leurs représentations ?

Dans la mythologie négro-africaine, il est à noter la facilité avec laquelle les forces mystiques peuvent être logées dans les objets ou les amulettes. L’animisme et fétichisme sont des pratiques traditionnelles dont les vertus et les constructions mentales sont socialement élaborées. Dans la mémoire collective, le port des objets, gris-gris ou amulettes agit sur les acteurs dans l’optique de les protéger, voire leur donner une puissance surnaturelle. Par conséquent, le désengagement de l’individu vis-à-vis du caractère « puissant et magique » de ces objets a une influence négative sur les évènements.
Pour le négro-africain, « tout est lié(17) ». L'accident, la maladie, le malheur, l'échec, la mort, la défaite, etc. Tout élément anormal qui survient dans l'existence d'un individu est le fruit d'agissements provoqués. Ce qui explique les nombreux rituels et pratiques ancestraux qui peuvent s'étaler sur une période durant laquelle le pouvoir acquis jouera son rôle prépondérant. Quelles représentations dans le contexte des sciences du sport ? 


3. Les croyances, pratiques et rituels traditionnels : Quelles constructions en sciences du sport ?

Les sciences dites « dures » (physiologie, anatomie, biomécanique) permettent d’expérimenter, afin de généraliser et de formaliser les protocoles des programmes d’entraînement des jeux sportifs. L’entraînement, dans ses développements tend à l'individualisation des protocoles cette préparation. Autrement dit, si l’athlète doit être soumis à des enseignements scientifiquement démontrées, il n’en demeure pas moins de prendre en compte la spécificité de chaque groupe social, dès lors que les pratiques sociales peuvent s'avérer en complète contradiction entre elles. C'est pourquoi, à travers cet article, nous nous proposons de relativiser les exigences élaborées dans les théories générales de l’entraînement en rapport avec les représentations sociales.
 
Les croyances et les autres types de pratiques religieuses ne devraient-ils pas être analysées à la fois comme un instrument d’action et d’interprétation ? Surtout qu’ils fournissent à la pluridisciplinarité scientifique les moyens de «comprendre» certains mécanismes sociaux. Tout en soulignant l’influence des forces religieuses sur les comportements des sportifs, la lecture socioanthropologique des faits montre que les sciences biologiques ne sont pas les seuls modes de production de la performance sportive. Il y a lieu d’intégrer cette combinaison complexe de construction et d’interprétation de la performance en fonction des gestes et des symboles.
Dans le champ sportif négro-africain, les résultats des clubs sont là pour témoigner de leurs exploits. La solidité des représentations sociales attachées aux croyances tient en grande partie à la force de leur enracinement dans la mémoire collective. Le handball devient progressivement un sport populaire auquel ces représentations liées aux pratiques et aux rituels sont socialement construites. 


4. La construction symbolique des croyances et des rituels

Les croyances et autres rituels mystico-religieux assument un rôle primordial dans la transmission des messages. Bien que la religion traditionnelle africaine soit oralement articulée, elle dispose d'un riche langage des signes, de paroles, de gestes et de symboles, parfois complexes. Le geste rituel assure un rôle primordial important dans la transmission des messages religieux. Chez l’athlète négro-africain, cette symbolique révèle, témoigne, dévoile et explique les croyances d'une action vécue. Par l’adoption de ces signes visibles que représentent les formes de croyances, l'athlète se rassure et s'assure de l'aide des forces surnaturelles, soit dans son effort de réussir un geste ou une habileté, soit dans le désir de sortir vainqueur.
Bien que les sciences exactes trouvent que le symbole manque de précision et qu'il s'oppose à l'expression de la rationalité, il ne faut pas oublier qu'il y a dans le symbole, un pouvoir singulier, un potentiel transformateur qui libère l’athlète et oriente ses énergies(18). Si on accepte que certains sentiments qui émanent des convictions religieuses, s'expriment par un discours conceptuel, on pourrait mieux évaluer l'importance de la transmission des messages le symbole(19). Dans cette perspective, nous pouvons citer R. Guénon qui disait à propos du symbole que: « … qu’il n'est que la fixation d'un geste rituel(20). » 


5. L'interprétation du geste rituel

Dans la tradition négro-africaine, il n'existe pas de « codes de gestes » qui pourraient fournir des critères infaillibles pour la compréhension des messages(21). Nous avons choisi diverses approches offertes par les modèles culturels de la pensée symbolique (coutume, religion traditionnelle, christianisme, Islam, etc.). Ainsi, lors des pratiques et des rituels vécus chez les acteurs traditionnels négro-africain, une série de gestes deviennent mentalement opératoire par :
  • la signification des parties du corps touchées(22).
  • l’application aux articulations(23) du corps qui révèlent ainsi leur sens.
  • les attitudes, privations, mouvements imposés au corps(24).
Dans le champ des activités sportives, cet ensemble de constructions et/ou de fixations mentales ont pour dénominateur commun la production de la performance. Mais, quelle performance sportive ? 


D. Performance sportive et croyances

Selon la littérature spécifique à l’entraînement des jeux sportifs et collectifs, il est établie que la production de la performance s’établi sur trois facteurs principaux à savoir :
  • facteurs mécaniques(25)
  • physiologiques(26)
  • psychologiques.
Alderman définit les facteurs psychologiques comme étant tributaire de la compétitivité. Il dit aussi que c’est: « … aptitude à satisfaire un puissant besoin de réussir dans les situations de compétition (27)». En rapport avec notre préoccupation sur le comportement des athlètes, cette définition évoque à notre avis l’ensemble des pratiques que celui-ci observe dans le souci de se doter d’une force psychologique afin de mieux asseoir sa performance sportive.
 
Ainsi considérée, cette approche ne trouve-t-elle pas sa pertinence en fonction du contexte socioculturel et des différents types de croyances ? Dans la diversité des pratiques sociales, il est évident que l’appartenance à une confession religieuse et/ou les représentations que l’on se construit autour d’une pratique permet de mieux illustrer la pertinence du comportement individuel et/ou collectif dans la production de la performance. Ce qui pose la problématique des formes de croyances comme étant la résultante du bien être psychologique de l’athlète dans la production de la performance. Schématiquement nous la représentons comme suit : 
Figure 1: Illustration schématique des éléments constitutifs de la force psychologique
Figure 1: Illustration schématique des éléments constitutifs de la force psychologique

Se référant à la grande littérature dans le champ des sciences du sport, force est de constater que l’évolution des recherches scientifiques a permis depuis la fin du siècle dernier, non seulement de reconsidérer les valeurs biologiques, physiologiques, psychologiques et sociologiques dans la prise en compte du bien-être corporel de l’athlète, mais aussi de développer les co-relations avec d’autres disciplines scientifiques à objet sportif. 

1. L'entrainement : Une construction des formes de croyances à la production de la performance

- Qu'est-ce que la performance ?

Cette expression désigne : « l’accomplissement … validé par homologation (28)». Cette définition n’intègre pas les paramètres qui précisent les situations d’acquisition et de réalisation. 


a. La performance sportive

La performance sportive dans le contexte de réalisation et d’efficacité peut s’exprimer sous forme de distance, de temps, de résultat ou spécifique à une compétition. Aussi, Platon la définit comme « l’expression des possibilités maximales d’un individu dans une discipline à un moment donné de son développement (29)» à la suite de Platonov, Jürgen Weineck apporte une particularité en la considérant comme étant : « … le degré d’amélioration possible d’une certaine activité motrice sportive, et s’inscrivant dans un cadre complexe, elle est conditionnée par une pluralité de facteurs spécifiques(30) ».
 
L’article d’André Rauch sur le sport et l’hygiène à la naissance de l’olympisme moderne illustre nos propos. Ecrit-t-il « l’exercice physique, l’entraînement en général deviennent des facteurs de santé lorsqu’ils favorisent et améliorent l’équilibre de la personne. Etre en forme c’est alors cultiver la condition physique pour que le bien-être ne soit pas le bonheur aléatoire d’un jour, mais devienne une constante renouvelable (31)». Nous restons cohérents avec les propos d’André Rauch qui déploie une argumentation fiable entre l’activité physique, le souci du corps et le bien-être.
 
Comme on peut le constater, à la suite de ces deux définitions, la performance sportive devient quelque chose de difficilement décelable qui s’acquiert dans le processus d’entraînement. Elle et est influencée par certains facteurs : 
  • Facteurs liés à la technique ;
  • Facteurs liés à la condition physique ;
  • Facteurs psychiques et/ou psychologiques ;
  • Facteurs constitutionnels et médicaux.
  • Facteurs liés à la socioculture, etc. 
L’intégration de ces nouveaux paramètres dans la définition de la performance s’avère justifiable. Ainsi, la performance sportive se révèle être le résultat d’un ensemble de paramètres complexes qui interagissent.
Figure 2 : illustration schématique des paramètres significatifs qui rentrent dans la construction de la performance sportive
Figure 2 : illustration schématique des paramètres significatifs qui rentrent dans la construction de la performance sportive

De ce fait, la lecture anthropologique du corps et des pratiques qui s’y inscrivent témoignent de l’évidence de ce que le corps performant soit devenu le dénominateur commun des travaux d’analyses dans le champ des sciences du sport. Dans le souci de rendre compte de la délicatesse des formes de croyances, d’usages, des pratiques, de rituels et des objets mystico-religieux dans la production de la performance, la lecture des habitudes et comportements des athlètes ne détermine-t-elle pas la qualité de sa performance sportive ? Cette construction ne serait-elle pas socialement construite et élaborée dans le champ du handball africain ? 

b. Contribution des systèmes de représentations associées au handball africain

À l’observation des comportements des athlètes et des clubs en général, force est de constater que les croyances et les pratiques religieuses sont de plus en plus présentes dans les comportements. La question de leurs intérêts sociaux mérite d'être approfondie. À ce titre, l'analyse des systèmes de représentations associées à ces pratiques (produites, réappropriées ou renouvelées) peut être un moyen de compréhension de leur émergence.
 
La construction d'un système de représentations nécessite au préalable d'identifier les attitudes puis de définir les différents types de représentations qu'ils peuvent susciter. Dans un travail plus vaste sur les représentations sociales associées à la pratique du handball, nous avons pu identifier quelques formes particulières que nous avons, schématiquement, associées à quatre types de représentations à savoir :
  • les représentations structurantes ;
  • les représentations culturelles ;
  • les représentations imaginaires ; (idéologies, mythes, perceptions de l’avenir, etc.).
  • les représentations des pratiques.
Figure 3: Illustration schématique des formes de représentations qui interagissent à travers des systèmes complexes pour produire la performance sportive
Figure 3: Illustration schématique des formes de représentations qui interagissent à travers des systèmes complexes pour produire la performance sportive

Ce sont les interactions réelles représentations socioculturelles qui assurent une dynamique et croyances. Mais notre intérêt se porte principalement sur la notion de système et des relations entretenues. 


c. Fondements sociologie des usages et des comportements

Une présentation de la sociologie des usages critères opérationnels auxquels elle est rattachée. Il nous apparait donc difficile de séparer les logiques socioculturelles des systèmes de croyances. Mais, il n’en demeure pas moins  que les approches théoriques et les problématiques s’établissent, à savoir :
  • les fréquentations des espaces religieux ;
  • les modes d’appropriation des objets religieux ;
  • les modalités d’usages et leurs symboliques.
Ces indicateurs définissent en fin de compte les modes de vie qui influencent les comportements de nos athlètes. À en croire les fondements sociologiques des usages et des comportements, on peut affirmer qu’ils donnent essentiellement accès à ce qu’on pourrait qualifier avec Bourdieu(P.) de « culture dominante (32) ». 

Conclusion

En tant qu’entraîneur de handball, nous avons des habitudes qui devraient nous placer dans une relation contextuelle où l'athlète « écoute » l'entraîneur. Dès lors que l'entraîneur souhaite aborder les domaines du « suivi psychologique », il est indispensable qu'il s'astreigne à l'effort d'inversion de rôle. Pour développer et/ou entretenir la force psychologique chez l’athlète, il y a la délicatesse de prendre en compte la personnalité sociale et culturelle de l’athlète. Au besoin, dans la l’élaboration des conditions de production de la performance, l’entraîneur se devrait de connaître les origines socioculturelles de son athlète. Ainsi, l’analogie à le transfert maïeutique socratique évoquée comme suit : « Connais-toi toi-même » pourrait-être « connais-le lui-même », qui veut dire en d’autres termes qu’il convient de connaître ses croyances et les représentations de ses pratiques traditionnelles regroupées sous le label de « forces psychologiques », et qui sont finalement au service de son « épanouissement mental » et impulsent sur ses performances en club. Ce concept est du domaine du psychosociologique, il convient de l’accepter comme tel. Qu'elle que soit la « force » que l’entraîneur souhaiterait développer (physiologique ou psychologique), c'est ce référent « croyant » qui l'incitera à mieux élaborer ou non les qualités fonctionnelles chez son athlète.

Notes

1. Pratiques et modalités de pratiques, discours, conception et orientation
2. «Les pratiques fétichistes sont prohibées!», Elima (Kinshasa), 7 janv. 1980, p. 15.
3. L’article 12 stipule que: «Tout club qui sera surpris tant sur le terrain que dans les installations sportives en flagrant délit de pratique fétichiste perd le match par forfait. Quiconque constate un cas de pratique fétichiste sur le terrain, dans les installations sportives (couloirs, toilettes, vestiaires, locaux, etc.) ou aux abords immédiats de celles-ci est tenu d’informer instamment le commissaire du match. Ce dernier procédera à la vérification des faits et en fera cas dans son rapport.»
4. «Le fétichisme en sport est un fléau», Le Soleil (Dakar), 27 fév. 1980, p. 10.
5. Schatzberg (M.G), « La sorcellerie comme mode de causalité politique » in Politique africaine, n° 79, octobre 2000, P 33
6. «La vie dans nos clubs. Les dépenses: snobisme ou nécessité?», Fraternité Matin (Abidjan),28 oct. 1980, pp. 12-13.
7. Dong’aroga (J), «Sorcellerie et développement,», in Cameroon Tribune, Yaoundé, 5 juin 1987, p. 7.
8. Ce schéma ne se vérifie pas à l'est du continent dans le triangle formé par le Nil, la mer rouge et l'océan indien. Le Nil est une voie naturelle de communication entre ces deux parties et, aux latitudes subsahariennes de savane et de brousse, se dresse ici le verdoyant massif de l'Éthiopie, château d'eau de l'Afrique orientale. Du nord vers le sud, la faille du Rift Valley, riche en lacs et en volcans, double puis prolonge cette voie naturelle du Nil jusque dans la partie australe de l'hémisphère sud.
9. Aux latitudes équatoriales, la présence d'une vaste zone forestière évoque par son importance, la forêt amazonienne Elle occupe tout le cœur du continent. Elle génère bien sûr des habitudes de vie et des traditions différentes de celles que l'on rencontre dans les zones de brousse ou de savane.
10. Chaque individu se révèle à travers sa doublure qui est en fait son totem.
11. Stéphane Bigo (S ), Un certain regard sur le cheval et sur le monde : L'homme de l'Afrique Noire, ( Kéba M'Baye, Le Droit de la Famille en Afrique noire et à Madagascar Ed G.-P. Maisonneuve et Larose, Ass.Inter.Sces.Jurid. Marc Abélès et Chantal Collard, Age, pouvoir et société en Afrique noire, Ed Karthala. Christian Aurenche, Tokombéré, au pays des grands prêtres Ed. de l’Atelier) 2005
12. Il existe des personnes qui ont le don de la double vue (soit parce qu'ils le possèdent naturellement, soit parce qu'on leur a « ouvert les yeux ») et qui donc, voient ce qui se passe dans ce monde invisible.
13. Ils sont un peu comme le lion avec leur dompteur: capables de manger le magicien qui a tenté de les apprivoiser.
14. Comme on peut le lire dans les oeuvres de Birago Diop, ils sont dans les rochers, les arbres, les rivières ou s’incarnent dans les animaux, etc.
15. Jodelet (D)., les représentations sociales, paris, P.U.F, 1991.
16. Préface à HERZLICH (C), Santé et maladie, analyse d’une représentation sociale, paris, mouton, 1969.
17. Tous les évènements trouvent une explication, il n'y a pas d'effet sans cause mystérieuse.
18. Jung (C. G.), Symbolik des Geistes. 1948
19. Hochegger (H), « Pour l'universalité des gestes », in R. Kleinpaul, Sprache ohne Worte. 1888
20. Guénon (R )., Les symboles fondamentaux de la science sacrée. Paris, 1962
21. Hochegger (H), Le langage des gestes rituels, ceeba II, volume III, P.66-68.
22. Cheveux, front, tempes, nez, bras, cuisse, genoux, etc.
23. Poignet, coude, cou, genoux, etc.
24. Abstinence, silence, réclusion, deuil, mort symbolique, etc.
25. Tailles, poids, etc.
26. Force, vitesse, endurance, coordination, etc.
27. Alderman (R. B)., Manuel de psychologie du sport, édition Vigot, Paris, 1990.
28. Dictionnaire Petit Larousse illustré.
29. Platon in TAMOUFE SIMO, Les Représentations Sociales du Sport scolaire et civil chez les jeunes au Cameroun (10-22 ans) : Etude comparative de trois sports collectifs : Handball, Volley-ball, Basket-ball. Mémoire maîtrise, Strasbourg, juin, 2001 Représentations Croyances Force Psychologique
30. Weineck (J)., Manuel de l’Entraînement, 4ème édition, Paris, Avril 1996.
31. Rauch (A)., « Sport et hygiène à la naissance de l'Olympisme moderne » in Coubertin et l’Olympisme. Questions pour l’avenir, P. 166
32. Bourdieu (P)., « La métamorphose des goûts » In, Questions de sociologie, Paris, Editions de Minuit, 1980

Bibliographie
Ouvrages
1. Abélès (M) et Collard (C ), Age, pouvoir et société en Afrique noire, Ed Karthala.
2. Alderman (R. B)., Manuel de psychologie du sport, édition Vigot, Paris, 1990.
3. Aurenche (C ), Tokombéré, au pays des grands prêtres Ed. de l’Atelier 2005
4. Guénon (R )., Les symboles fondamentaux de la science sacrée. Paris, 1962
5. HERZLICH (C), Santé et maladie, analyse d’une représentation sociale, paris, mouton, 1969,
6. Hochegger (H), Le langage des gestes rituels, ceeba II, volume III,
7. Jodelet (D)., les représentations sociales, paris, P.U.F, 1991.
8. Jung (C. G.), Symbolik des Geistes. 1948
9. Kéba M'Baye, Le Droit de la Famille en Afrique noire et à Madagascar Ed G.-P. Maisonneuve et Larose, Association Internationale Sciences Juridiques.
10. Kleinpaul (R ), Sprache ohne Worte. 1888
11. Weineck (J)., Manuel de l’Entraînement, 4ème édition, Paris, Avril 1996.
 
Articles, Journaux et Dictionnaire
1. Bourdieu (P)., « La métamorphose des goûts » In, Questions de sociologie, Paris, Editions de Minuit, 1980
2. Dictionnaire Petit Larousse illustré,
3. «La vie dans nos clubs. Les dépenses: snobisme ou nécessité?», in Fraternité Matin (Abidjan), 28 oct. 1980.
4. «Le fétichisme en sport est un fléau», in Le Soleil (Dakar), 27 fév. 1980.
5. «Les pratiques fétichistes sont prohibées!», in Elima (Kinshasa), 7 janv. 1980.
6. Dong’aroga (J), «Sorcellerie et développement,», in Cameroon Tribune, Yaoundé, 5 juin 1987
7. Michael G. Schatzberg, « La sorcellerie comme mode de causalité politique » in Politique africaine, n° 79, octobre 2000
8. Rauch (A)., « Sport et hygiène à la naissance de l'Olympisme moderne » in Coubertin et l’Olympisme. Questions pour l’avenir, CIO
9. Bigo (S), « L'homme de l'Afrique Noire » in Un certain regard sur le cheval et sur le monde, 2005
10. TAMOUFE SIMO, Les Représentations Sociales du Sport scolaire et civil chez les jeunes au Cameroun (10-22 ans) : Etude comparative de trois sports collectifs : Handball, Volley-ball, Basket-ball. Mémoire maîtrise, Strasbourg, juin, 2001

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Pour citer cet article : Raymond Samoufe Timo, Les croyances et leurs représentations dans la production de la performance sportive au handball, Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com , 14 décembre 2011, ISSN : 2114-821X, URL : http://www.anthropoweb.com/Les-croyances-et-leurs-representations-dans-la-production-de-la-performance-sportive-au-handball_a376.html


Jeudi 8 Décembre 2011