Motivations
Dans cette présentation, j’ai voulu partager mon projet de recherche doctorale en anthropologie et quelques résultats préliminaires d’une étude pilote qui le précède. Il porte sur les technologies médicales, plus spécifiquement sur la transfusion sanguine, et sur les implications que celles-ci a dans un contexte clinique caractérisé par la diversité des patients. Ce projet répond à la fois à la pénurie de recherches socio-anthropologiques qui traitent de la transfusion de sang et aux intérêts des médecins par rapport à la perspective des patients et de leurs proches vis-à-vis de cette procédure. Également, ce projet rejoint les idées de plusieurs chercheurs en sciences sociales quant à la complexité que représente cette procédure sociale et clinique, complexité qui s’exprime en termes éthiques, politiques et économiques.
Hypothèses
La transfusion de sang est une pratique sociale et relationnelle traversée par des sens et des valeurs inscrits dans un environnement social, culturel, biomédical et clinique concret. De plus, la richesse symbolique du sang et les différents discours et intérêts économiques et politiques qui l’entourent font de celui-ci un terrain pluri-sémantique. Dans ce sens, il est intéressant d’explorer la façon selon laquelle les personnes qui reçoivent une transfusion de sang vivent cette procédure. Également, l’impact que la transfusion de sang a sur l’identité des receveurs et de leurs familles et sur l’imaginaire des personnes impliquées.
La méthode
Cette étude suit une méthodologie qualitative basée sur des entrevues semi-dirigées (+/-45), des observations et des études de cas (auprès de 4 familles). La population est composée de patients dont la prise en charge médicale inclue la transfusion sanguine, de leurs proches et des professionnels de la santé impliqués. Le groupe de patients se divise en deux sous-groupes : ceux du premier groupe sont affectés par des conditions de santé chroniques et ont reçu plusieurs transfusions; ceux du second groupe sont affectés par des conditions de santé aiguës et dont la transfusion et les soins se sont déroulés sur une courte durée de temps. En ce qui a trait au personnel soignant, il est composé de médecins hématologues, d’infirmières et d’un psychologue et/ou travailleur social. Le travail de terrain se déroule au CHU Sainte-Justine avec la collaboration du GRTS (Groupe de recherche en transfusion sanguine), lequel est financé par le FRSQ
Les grands points abordés
Dans l’étude pilote, on a constaté qu’il existe une grande ambiguïté et variété quant aux idées entourant le sang et son transfert. Pour certaines personnes, la transfusion sanguine est devenue « naturelle » tandis que pour d’autres, cette conception est une banalisation du sang. Également, il y a de l’ambiguïté quant à la propriété du sang: on constate l’existence d’idées prises des messages véhiculés par les compagnies qui traitent le sang à travers les médias ainsi que différentes notions religieuses. Aussi, certaines personnes ont mentionné leurs préoccupations quant au fait de recevoir du sang d’une personne qui ne partage pas les mêmes convictions religieuses qu’eux.
Conclusions
La population qui accède aux services de santé d’une institution québécoise comme le CHU Sainte-Justine est diversifiée non seulement sur le plan de l’origine nationale, mais aussi en ce qui concerne les pratiques religieuses, les parcours de vie, la classe socio-économique et les représentations du sang. Dans le contexte des institutions de santé, l’étude ethnographique est pertinente, car elle est une fenêtre qui nous permette d’observer la culture et la société dans lesquelles la clinique se situe. L’ethnographie nous aide à mieux connaître l’impact que les technologies médicales ont sur les différentes populations et personnes, sur la vie quotidienne des gens et sur leurs expériences.
Les perspectives ouvertes
Face à la diversité d’opinions quant au fait de croire que le sang véhicule -ou non- les caractéristiques du donneur, on pourrait se questionner sur les implications que la transfusion sanguine a sur la configuration identitaire du receveur de sang. À cet égard, les notions de bioidentité et d’intercorporalité sont intéressantes, car elles mettent en relation les frontières corporelles et la conception de soi avec la perméabilité de ces frontières par les échanges sociaux et de fluides.
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Pour citer cet article : Liliana Gomez Cardona : "Les technologies médicales dans un contexte pluriculturel. La transfusion de sang à Montréal.", Intervention du Colloque "Anthropologie au Québec. Diversité des pratiques et pertinence des terrains locaux", 81ème Congrès ACFAS. Université de Laval, Ville de Québec, 10 mai 2013, http://www.anthropoweb.com/Les-technologies-medicales-dans-un-contexte-pluriculturel-La-transfusion-de-sang-a-Montreal_a642.html, ISSN : 2114-821X, Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com.

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