Pratiquant l’ethnothérapie dans le dispensaire d’une réserve atikamekwe (Haute‑Mauricie, Québec) éloignée des centres urbains et des villages blancs, j’observe une cohabitation de civilisations. Celle‑ci s’opère parfois de manière douce et harmonieuse, et d’autres fois plus brusquement et violemment. De fait, d’un côté, l’isolement de cette communauté dans la forêt permet le maintien de traditions millénaires telles que la chasse, la pêche et la cueillette comme mode de vie pour certains. De plus, tant le nomadisme que le chamanisme restent d’actualité pour plusieurs, et la pratique de la spiritualité autochtone (tente de sudation, cérémonie de la pleine lune, pow wow, etc.) remporte un vif succès, quelques décennies après l’arrêt de son interdiction. Parallèlement, cela fait plusieurs dizaines d’années que la culture occidentale fait sentir son influence sur cette bande, principalement par le biais d’institutions (les églises catholique et pentecôtiste, les pensionnats, les écoles, la garderie, le dispensaire, la direction de la protection de la jeunesse, la police, la justice, etc.). Et la modernité se montre de plus en plus présente, notamment par l’intermédiaire de la télévision, de la téléphonie (fixe, pas encore mobile), de l’internet, des moyens de transport, etc. Mais aussi à travers les problèmes de société qui lui sont associés, telles les conduites auto‑destructives (suicide, dépression, dépendance aux drogues, etc.).
Dans mon bureau, les souffrances qui me sont exposées reflètent la grande diversité des histoires vécues. De fait, je peux aussi bien me retrouver devant un chasseur‑cueilleur, qu’un chamane, qu’un travailleur de la construction ou qu’un adolescent qui vient de se faire plaquer, via facebook, par une fille qu’il n’a jamais rencontrée en personne. Mais s’il y a bien une dimension qui reste centrale pour tous mes clients, c’est celle du rêve. Tout d’abord, il y a les rêves de la nuit et la recherche des signes que ceux‑ci véhiculent. Il y a aussi les rêves prémonitoires de ceux qui ont un accès privilégié au
monde de l’invisible. Enfin il y a tous ces rêves concernant l’avenir, que ces derniers visent les individus qui les font, leur famille ou la communauté. Comment se défaire des traces encore très présentes de la conquête et du génocide culturel qui a suivi? A travers des illustrations, ce sont ces thèmes que je souhaite aborder lors de votre colloque de décembre 2012. Pour titre de ma présentation, je propose: ‘rêves de nomades’.
Mots clés: amérindiens d’Amérique du Nord, Canada, spiritualité autochtone, chamanisme, choc de civilisations.
Bibliographie:
Jean-François Beaudet (1989): ‘‘Aussi insensés que les pauvres indiens’ Les coureurs de bois et l’univers spirituel amérindien’, dans ‘Religiologiques’, vol.6, pp.41-61.
Marie-Pierre Bousquet (2002): ‘Les Algonquins ont-ils toujours besoin des animaux indiens? Réflexions sur le bestiaire contemporain’, dans ‘Théologiques’, vol.10, n.1, pp.63-87.
Marie-Pierre Bousquet (2005): ‘La production d’un réseau de sur-parenté: Histoire de l’alcool et désintoxication chez les Algonquins’, dans ‘Drogues, santé & société’, vol. 4, n.1, pp.129-173.
Conseil en éducation des Premières Nations (2007): ‘Légende wyandot: L’origine de la médecine wendat’, dans ‘Nos légendes à lire et à raconter’, vol.1, pp.29-32.
Georges Devereux (1996): ‘Ethnopsychiatrie des Indiens Mohaves’, Paris, Synthelabo, coll. les empêcheurs de penser en rond.
Claude Gélinas (2001): ‘Le lac Obedjiwan, un lieu de rassemblement autochtone traditionnel’, dans ‘Histoire Québec’, vol.7, n.1, pp.13-14.
Jacques Leroux (2008): ‘Heurs et malheurs de la fonction paternelle chez les Algonkins du Canada’, dans ‘L’Anthropologie de Claude Lévi-Strauss et la Psychanalyse’ de Marcel DRACH & Bernard TOBOUL (dir.), Paris, La Découverte, coll. Recherches, pp. 235-254.
Jacques Leroux (2009): ‘Ethique et symbolique de la responsabilité territoriale chez les peuples algonquiens du Québec’, dans ‘Recherches Amérindiennes au Québec’, vol.39, n.1-2, pp. 85-97.
Dans mon bureau, les souffrances qui me sont exposées reflètent la grande diversité des histoires vécues. De fait, je peux aussi bien me retrouver devant un chasseur‑cueilleur, qu’un chamane, qu’un travailleur de la construction ou qu’un adolescent qui vient de se faire plaquer, via facebook, par une fille qu’il n’a jamais rencontrée en personne. Mais s’il y a bien une dimension qui reste centrale pour tous mes clients, c’est celle du rêve. Tout d’abord, il y a les rêves de la nuit et la recherche des signes que ceux‑ci véhiculent. Il y a aussi les rêves prémonitoires de ceux qui ont un accès privilégié au
monde de l’invisible. Enfin il y a tous ces rêves concernant l’avenir, que ces derniers visent les individus qui les font, leur famille ou la communauté. Comment se défaire des traces encore très présentes de la conquête et du génocide culturel qui a suivi? A travers des illustrations, ce sont ces thèmes que je souhaite aborder lors de votre colloque de décembre 2012. Pour titre de ma présentation, je propose: ‘rêves de nomades’.
Mots clés: amérindiens d’Amérique du Nord, Canada, spiritualité autochtone, chamanisme, choc de civilisations.
Bibliographie:
Jean-François Beaudet (1989): ‘‘Aussi insensés que les pauvres indiens’ Les coureurs de bois et l’univers spirituel amérindien’, dans ‘Religiologiques’, vol.6, pp.41-61.
Marie-Pierre Bousquet (2002): ‘Les Algonquins ont-ils toujours besoin des animaux indiens? Réflexions sur le bestiaire contemporain’, dans ‘Théologiques’, vol.10, n.1, pp.63-87.
Marie-Pierre Bousquet (2005): ‘La production d’un réseau de sur-parenté: Histoire de l’alcool et désintoxication chez les Algonquins’, dans ‘Drogues, santé & société’, vol. 4, n.1, pp.129-173.
Conseil en éducation des Premières Nations (2007): ‘Légende wyandot: L’origine de la médecine wendat’, dans ‘Nos légendes à lire et à raconter’, vol.1, pp.29-32.
Georges Devereux (1996): ‘Ethnopsychiatrie des Indiens Mohaves’, Paris, Synthelabo, coll. les empêcheurs de penser en rond.
Claude Gélinas (2001): ‘Le lac Obedjiwan, un lieu de rassemblement autochtone traditionnel’, dans ‘Histoire Québec’, vol.7, n.1, pp.13-14.
Jacques Leroux (2008): ‘Heurs et malheurs de la fonction paternelle chez les Algonkins du Canada’, dans ‘L’Anthropologie de Claude Lévi-Strauss et la Psychanalyse’ de Marcel DRACH & Bernard TOBOUL (dir.), Paris, La Découverte, coll. Recherches, pp. 235-254.
Jacques Leroux (2009): ‘Ethique et symbolique de la responsabilité territoriale chez les peuples algonquiens du Québec’, dans ‘Recherches Amérindiennes au Québec’, vol.39, n.1-2, pp. 85-97.
Dr Ariane L.M.A. Warnant
L.Ps., M.Ps., M.Sc. & Ph.D.
Centre de Santé d’Opitciwan, 15 Wapictan, Obedjiwan (Québec), Canada G0W 3B0
D'origine belge, Ariane Warnant vit à Montréal depuis bientôt 20 ans. Son cheminement scolaire en psychologie à l'Université de Louvain l'a amenée à réaliser des expériences de travail à l'étranger (France, Paraguay, Égypte et Colombie) et à prendre la décision de poursuivre des études en anthropologie au Québec. Si c'est vers de l'anthropologie économique qu'elle s'est tournée dans le cadre de son mémoire de maîtrise, en s'intéressant au concept de culture de pauvreté (étude réalisée dans les Inquilinatos du centre-ville de Bogota), c'est en anthropologie de la santé qu'elle a obtenu son doctorat. Celui-ci est consacré aux questions reliées à l'honneur dans les cadres psychothérapeutique et ethnopsychiatrique (étude réalisée à Montréal et Paris).
Et, suite à une dizaine d'années d'expérience dans diverses cliniques transculturelles du paysage montréalais en tant que co-thérapeute et thérapeute principale, elle pratique actuellement la psychologie dans le dispensaire d'une communauté atikamekwe de Haute-Mauricie, 22 semaines par an.
L.Ps., M.Ps., M.Sc. & Ph.D.
Centre de Santé d’Opitciwan, 15 Wapictan, Obedjiwan (Québec), Canada G0W 3B0
D'origine belge, Ariane Warnant vit à Montréal depuis bientôt 20 ans. Son cheminement scolaire en psychologie à l'Université de Louvain l'a amenée à réaliser des expériences de travail à l'étranger (France, Paraguay, Égypte et Colombie) et à prendre la décision de poursuivre des études en anthropologie au Québec. Si c'est vers de l'anthropologie économique qu'elle s'est tournée dans le cadre de son mémoire de maîtrise, en s'intéressant au concept de culture de pauvreté (étude réalisée dans les Inquilinatos du centre-ville de Bogota), c'est en anthropologie de la santé qu'elle a obtenu son doctorat. Celui-ci est consacré aux questions reliées à l'honneur dans les cadres psychothérapeutique et ethnopsychiatrique (étude réalisée à Montréal et Paris).
Et, suite à une dizaine d'années d'expérience dans diverses cliniques transculturelles du paysage montréalais en tant que co-thérapeute et thérapeute principale, elle pratique actuellement la psychologie dans le dispensaire d'une communauté atikamekwe de Haute-Mauricie, 22 semaines par an.
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Pour citer cet article : Ariane Warnant : "Rêves de nomades : les Atikamekws du Québec", 14ème Colloque de la Revue L'Autre, "Rêves d'exil, exil de rêves. Pratiques ethnopsychatriques avec les familles migrantes", Abbaye de Neumünster, Luxembourg, 6 et 7 décembre 2012, http://www.anthropoweb.com/Reves-de-nomades-les-Atikamekws-du-Quebec_a557.html, ISSN : 2114-821X, Le Portail des sciences humaines, www.anthropoweb.com.

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